Typologie de mes amis : l’ami cahouète est sur Facebook.

J'ai – probablement – comme la plupart d'entre vous une somme "d'amis" assez élevée (Près de 500 dont les 2/3 sont composés d'anciens étudiants). Des vrais mais également du tout venant. L'occasion d'essayer d'y voir un peu plus clair dans la typologie des mes amis. Et des vôtres.

L'ami de droite (ou de gauche).

Soyons honnêtes, comme nombre d'études l'ont montré et Facebook ayant par ailleurs horreur de la friction, nous avons tous tendance à fréquenter des gens qui pensent comme nous – homophilie – et cette tendance est souvent amplifiée par la logique du média Facebook qui a intérêt à nous proposer de nouveaux amis en accord avec nos propres modes de pensée (effet bulle de filtre). Donc si nous sommes plutôt de gauche nous allons virer (ou n'allons pas accepter) d'amis de droite. Sauf un(e). Que l'on n'accepte ou que l'on ne conserve pas "parce qu'il est de droite et moi de gauche" mais en général, au départ, parce qu'il travaille dans un champ ou un domaine qui nous intéresse ou qui est en relation directe avec notre propre réseau professionnel, ou alors parce qu'il est drôle, et que l'on va ensuite aussi conserver parce qu'il représente la moyenne d'expression tolérable qui permet à la fois de nous lamenter sur sa vision (de droite) archaïque et rétrograde de la société, mais également parce qu'il nous laisse entrevoir l'espoir d'une possible conversion à notre vision de gauche à force de fréquenter nos propres publications gauchisantes. Cet ami de droite définit en miroir le périmètre exact de notre croyance, de notre espérance et de notre expression politique : si je suis de gauche social démocrate, mon ami de droite sera plutôt issu du modem, si je suis d'un courant de la gauche radicale, la radicalité de mon ami de droite sera elle aussi plus forte et plus marquée.

Nota-Bene : La limite est atteinte pour les gens d'extrême-gauche qui évitent en général – sauf pour les affronter violemment – les amis d'extrême-droite.

L'ami bonne conscience.

Il ou elle est celui ou celle à qui nous déléguons volontiers une partie de notre (in)capacité d'indignation. Qui nous rappelle la loi du "mort-kilomètre" à chaque nouvel attentat lointain quand les médias occidentaux ne s'occupent que de Foot, l'un des derniers à continuer de publier des messages politiques explicites sur les passages en force du 49.3 alors même que l'essentiel de notre mur est passé en mode résignation. L'ami bonne conscience partage naturellement nos opinions politiques, notre vision de la société et notre goût pour les mojitos et les barbecues. À moins que nous ne partagions les siens.

Nota-Bene : nous envions autant sa capacité d'indignation intacte que nous aspirons à devenir l'ami bonne-conscience de quelqu'un d'autre. Ce qui n'est pas peu dire. L'ami bonne conscience est aussi très souvent un ami alibi.

L'ami professeur.

C'est le mentor, la référence, notre exercice d'admiration quotidien. Il n'est d'ailleurs pas nécessairement "professeur" mais il est celui dont on continue de s'étonner et de se glorifier narcissiquement qu'il ait bien voulu nous accepter comme ami. Avec lui on ne débat pas : l'espace discursif que le moucheron que nous sommes s'autorise à avoir avec cet aigle de la pensée se résume à un "like" bien senti, un "share" ostentatoire ou un "Merci !" à chacune de ses nouvelles publications élevées au rang de mantra cosmique. L'ami professeur est étranger aux routines de publications classiques, ne publie jamais de photos de chats qui pètent, ne partage jamais rien d'insignifiant, et ne s'avilit jamais à "liker" un autre contenu que celui qu'il publie lui-même.

Il existe en vérité deux catégories "d'ami professeur", compatibles et non-exclusives l'une de l'autre, et dépendant de notre propre situation professionnelle (et de notre besoin de reconnaissance) : l'ami professeur choisi (celui que l'on se plaît à admirer), et l'ami professeur contraint : à l'université par exemple, nombre d'étudiants en master ou en doctorat se voient contraints de se choisir un ami-professeur.

Nota-Bene : un jour d'épiphanie, l'ami-professeur partagera ou likera un de nos status. Nous vivons quotidiennement dans l'attente de ce nirvana que pourrait constituer une notification messenger indiquant que nous venons de recevoir un message privé de notre ami professeur.

L'ami contraint.

Cet ami là nous est imposé par la loi de la proximité géographique. Il a la même utilité que la lecture de la rubrique "nécro" du journal local. Il vit ou travaille dans la même ville ou le même village que nous, nous le croisons souvent à la sortie de l'école, au troquet du coin ou au supermarché. Avant que Facebook ne nous suggère de nous en faire un "ami" on aurait dit de lui que c'était une "connaissance", la connaissance qu'il nous apporte étant celle des dernières actualités dudit village, dudit troquet, de ladite école.

Nota-Bene : l'ami contraint est totalement indépendant de l'ami de droite (ou de gauche) étant donné qu'il est avant tout choisi pour sa capacité à nous éviter de lire la page nécro du journal local.

L'ami Stasi.

Facebook, cette "version post-moderne de la Stasi" comme se plaît à le répéter Julian Assange, nous a offert à tous la possibilité de s'acoquiner, par différents biais, avec différentes accointances plutôt qu'amis véritables, lesquelles ont cette délicieuse capacité de nous fournir la vision du camp adverse, des "ceux que l'on n'aime pas", nous transformant à bon compte et à moindre frais en autant d'agents double du renseignement de l'inutile, de l'espionnage du futile. Et permettant, ce qui est tout sauf accessoire, de se répandre en calomnies bien senties avec nos vrais amis pas Stasi.

Nota-bene : nous sommes toujours l'ami Stasi de quelqu'un d'autre.

L'ami sexy.

Non je ne parle pas de ces jeunes filles russes habitant dans le gers aimant le sport, les voyages, la culture et la musique et posant en string sous leur doudoune comme la plupart des habitants du gers. Je parle ici de celui ou celle que l'on ne connaît en général pas vraiment, mais que par le biais "d'amis d'amis d'amis" il nous a été possible d'ajouter à nos propres amis. L'ami(e) sexy n'a aucun autre intérêt que d'attiser notre libido fantasmée, et ce indépendamment de la fréquence (ou de l'absence) de nos rapport sexuels ou de notre statut marital actuel. Il / elle remplit le même rôle social que les héroïnes sexy et glamour de films ou de feuilletons télé sur lesquelles notre imaginaire amoureux se plaisait à flâner pendant que notre compagne réelle nous contemplait nous grattant l'entrejambe sur le canapé du salon, bien incapable qu'elle était de distinguer l'Alain Delon qui sommeillait en nous, et en jogging. L'ami(e) sexy remplit ce même rôle mais avec une proximité presque physique qui suffit à nous combler d'aise à défaut de nous permettre d'oser lui avouer la place qu'il / elle occupe au panthéon de nos inavouables fantasmes.

Nota-Bene : on ne parle pas avec un ami-sexy. Par contre on like à tout va la moindre photo de pizza qu'il / elle poste et on sur-réagit en partageant la moindre de ses publications dans l'espoir fou qu'il ou elle saura déceler dans cette attention portée, la marque de notre désir. Le like remplit ici sa fonction première d'attouchement pervers aussi flatteur que non nécessairement consenti. Avec la plupart du temps l'efficacité d'un vendeur de roses pakistanais à la terrasse d'un restaurant fermé dans l'aboutissement d'une relation amoureuse ou la concrétisation d'une relation sexuelle.

L'ami de circonstance.

Nous avons tous des amis de circonstance. Ces amis que l'on choisit en fonction de l'usage circonstanciel que nous avons de Facebook. Mes amis de circonstance à moi ce sont par exemple ces presque 400 anciens étudiant(e)s. D'autres amis de circonstance peuvent être ceux des groupes que nous fréquentons ou des pages que nous avons likées en commun. Ou bien des collègues de travail. Ou bien ta mère.

Nota-Bene : Ça dépend surtout des circonstances donc. 

L'ami mort.

Ah bé oui mais on peut pas non plus tout le temps rigoler. Et il faut se faire une raison vu que comme le disait l'autre, "Socrate est sur Facebook, les utilisateurs de Facebook sont mortels, donc Socrate est mortel".  Donc nous avons hélas déjà – ou nous aurons, hélas toujours, bientôt – un certain nombre d'amis-morts. La pertinence de l'ami-mort se mesure avant tout à l'aune de l'ami-vivant qu'il était : était-il un ami vivant de droite (ou de gauche) ? Etait-il un ami vivant de circonstance ? Un ami vivant Stasi, un ami vivant contraint, un ami vivant professeur, etc … Dans tous les cas l'ami-mort à tendance à plomber plus ou moins efficacement notre journée à chaque date anniversaire de sa naissance lorsque Facebook nous rappelle d'aller lui souhaiter son anniversaire alors que … ben il est mort.

Nota-Bene : la réapparition de la photo ou du statut d'un ami-mort sur notre mur déclenche une sorte d'effet Z, effet Zombie, qui nous rappelle à quel point il est important de passer du temps avec les gens que l'on aime et de s'inscrire à une cure de Digital Detox. Effet Zombie tout aussi immédiatement annulé par l'effet NMA, effet "Non mais attends". Non mais attends t'a vu cette vidéo où un type saute sans parachute depuis le haut d'une tour de Dubaï ? Non mais attends t'as vu cette vidéo de cette fille de 6 ans qui pète des briques avec son front ? Non mais attends t'as vu la vidéo du bras d'honneur de Paul Pogba ? Non mais attends t'as vu la vidéo de l'entraîneur allemand qui se gratte les couilles ?

L'ami molette.

L'ami molette n'est jamais seul. Il est un collectif d'amis qui jouent le rôle de "molettes", c'est à dire de "Pièces cylindriques striées servant, quand on les fait tourner, à rapprocher ou à éloigner deux éléments." Ces amis-molette sont ceux avec qui nous interagissons assez faiblement mais qui vont principalement servir d'éléments de mise en relation nous permettant de trouver d'autres amis. Molette ou pas.

Nota-Bene : L'algorithme de suggestion d'amis de Facebook est à lui seul notre meilleur ami-molette.

L'ami cahouète.

L'ami cahouète est le bringueur, le turbulent, le d'jeuns que nous ne sommes plus ou que nous aurions aimé être. Nous le regardons avec un regard à la fois envieux mais aussi emprunt de mépris commode devant la superficialité totale de sa vie. Il est celui ou celle qui partage essentiellement sur son mur les événements festifs auxquels il participe. Il est des amis cahouètes comme il est des rats. Certains sont des villes et d'autres des champs. L'ami cahouète des villes est Hype et Trendy, au grand banquet de la vie, l'ami cahouète est assis. L'ami caouhète des champs ne se manifeste qu'au début de l'été et des congés payés : sa vie – et son mur Facebook – jusqu'alors morne et taciturne se transforme en une orgie des photos de terrasses – où l'on immole de la saucisse par quintal – et de parasols – à l'ombre desquels reposent en paix et en tièdeur des hectolitres de Kronembourg et de Ricard. Autre différence notable, l'ami cahouète des villes organise des Ice-Buckett Challenge en lien avec des associations caritatives en Indonésie ou au Népal, l'ami cahouète des champs trouve que la place naturelle des glaçons est au fond d'un verre de Ricard.

Nota-Bene : si tu es invité chez l'ami cahouète, penses à en apporter. Des cahouètes.

L'ami guimauve.

L'ami guimauve est le seul à disposer de cette capacité de déclencher autant notre hilarité que notre lassitude. Deux raisons pour lesquelles nous avons tous un ou deux amis guimauve que nous nous refusons à virer car ils cumulent accessoirement un autre statut, le plus souvent ami-stasi ou ami-contraint. L'ami guimauve se reconnaît facilement, il n'aime que 3 choses : les animaux, ses enfants, et les proverbes pourris. Son mur Facebook est donc principalement composé de proverbes pourris, de soutien à la SPA, et de râles béats d'admiration devant la vidéo de l'un de ses enfants déguisé en courgette à la fête de l'école pour la danse des légumes.

Nota-Bene : vous perdez un point de vie à chaque fois que vous tombez nez à nez avec un proverbe chinois mal incrusté sur une photo approximative. Par exemple(s).

Fr_1_1041

Fr_1_0106

Fr_1_1125

 Voilà.

2 commentaires pour “Typologie de mes amis : l’ami cahouète est sur Facebook.

  1. Pfffff c’est du gros lourd ce coup-là.
    Ça me rappelle un bon mot d’un anonyme qui disait “L’Internet serait une toile comme les autres si elle n’avait ses millions d’araignées…”
    Voilà, désolé.

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