<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Livre numérique &#8211; affordance.info</title>
	<atom:link href="https://affordance.framasoft.org/category/livre-numerique/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://affordance.framasoft.org</link>
	<description>Le blog d&#039;un maître de conférences en sciences de l&#039;information. ISSN 2260-1856</description>
	<lastBuildDate>Thu, 06 Oct 2016 16:45:00 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>
	<item>
		<title>Médiation de la connaissance à l&#8217;ère du numérique</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2016/10/mediation-connaissance-numerique/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2016/10/mediation-connaissance-numerique/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Oct 2016 16:45:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Biblio"Tech"]]></category>
		<category><![CDATA[Document numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Domaine Public]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2016/10/06/mediation-connaissance-numerique/</guid>

					<description><![CDATA[J&#39;interviens en ce moment même à Stéréolux pour parler de la médiation à l&#39;ère du numérique. Voici les slides. L&#39;intervention est filmée, dès qu&#39;elle est en ligne je vous donnerai le lien. &#0160; La médiation à l&#39;heure du numérique from olivier]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="J" class="cenote-drop-cap">J</span>&#39;interviens en ce moment même à Stéréolux pour parler de la médiation à l&#39;ère du numérique.</p>
<p>Voici les slides. L&#39;intervention est filmée, dès qu&#39;elle est en ligne je vous donnerai le lien.</p>
<p>&#0160;</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="485" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="//www.slideshare.net/slideshow/embed_code/key/aVqkpCjzfn9fbI" style="border: 1px solid #CCC; border-width: 1px; margin-bottom: 5px; max-width: 100%;" width="595"> </iframe></p>
<div style="margin-bottom: 5px;"><strong> <a href="//www.slideshare.net/olivier/la-mdiation-lheure-du-numrique" target="_blank" title="La médiation à l&#39;heure du numérique" rel="noopener">La médiation à l&#39;heure du numérique</a> </strong> from <strong><a href="//www.slideshare.net/olivier" target="_blank" rel="noopener">olivier</a></strong></div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2016/10/mediation-connaissance-numerique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Appendice A : le jour où Google a renoncé à sa régie publicitaire.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2016/04/google-appendice-8/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2016/04/google-appendice-8/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Apr 2016 19:58:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Moteurs et autres engins]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2016/04/27/google-appendice-8/</guid>

					<description><![CDATA[La Silicon Valley et le monde entier se souviendront longtemps du mercredi 27 Avril 2016. L&#39;annonce qui suit est une véritable bombe. Les deux fondateurs de Google, Serguei Brin et Larry Page viennent de déclarer, lors d&#39;une conférence qui se termine à l&#39;instant, qu&#39;ils renonçaient définitivement à la régie publicitaire du moteur de recherche. Oui, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="L" class="cenote-drop-cap">L</span>a Silicon Valley et le monde entier se souviendront longtemps du mercredi 27 Avril 2016. L&#39;annonce qui suit est une véritable bombe. Les deux fondateurs de Google, Serguei Brin et Larry Page viennent de déclarer, lors d&#39;une conférence qui se termine à l&#39;instant, <strong>qu&#39;ils renonçaient définitivement à la régie publicitaire du moteur de recherche</strong>. Oui, vous avez bien lu !!! Dès demain aux Etats-Unis et dès le mois de Juin en Europe, Google cessera d&#39;afficher des résultats issus de sa régie publicitaire. Nul ne sait encore comment ni par quoi cette régie, qui représente tout de même plus de 95% des revenus du moteur, sera remplacée, personne n&#39;est ce soir capable de dire quel sera le nouveau modèle économique qui sera mis en place, mais en tout cas les deux fondateurs sont longuement revenus sur les raisons de ce tournant historique de la Silicon Valley. Voici une retranscription de la fin de cette conférence (déjà historique !) qui dura à peine plus de 15 minutes. Et à en juger par les fluctuations actuelles du cours de bourse de l&#39;action Google, les prochains jours vont être assez incroyables à suivre !! Moi qui publiais il y a quelques jours un billet pour m&#39;interroger sur la possible fermeture prochaine de Facebook je n&#39;imaginais pas que ce soir serait peut-être la fin définitive de Google tel que nous le connaissons &#8230; Mais voici donc l&#39;extrait de la fin de cette conférence. Accrochez-vous !</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">A l&#39;heure actuelle, le business model prédominant pour les moteurs de recherche est celui de la publicité. L&#39;objectif de ce modèle publicitaire ne correspond pas toujours à la capacité de fournir des résultats de recherche de qualité pour les utilisateurs. A titre d&#39;exemple, dans notre moteur de recherche, lorsque l&#39;on tape &quot;téléphone mobile&quot;, l&#39;un des 1ers résultats organiques est un article de recherche &quot;Les effets de l&#39;usage du téléphone portable sur la capacité d&#39;attention des conducteurs&quot;, qui détaille les raisons pour lesquelles il est dangereux de téléphoner en conduisant. Ce résultat est sur la 1ère page du fait de sa pertinence calculée par notre algorithme. Il est clair qu&#39;un moteur de recherche dont la régie publicitaire bénéficierait de l&#39;argent versé par des annonceurs qui vendent des téléphones portables aurait des difficultés à justifier la présence de cet article en première page de résultats. <em>C&#39;est actuellement le cas de Google.</em> Pour cette raison et du fait de notre longue expérience avec d&#39;autres médias, <strong>nous déclarons que les moteurs de recherche reposant sur un modèle économique de régie publicitaire sont biaisés de manière inhérente et très loin des besoins des utilisateurs</strong>.</p>
<p>S&#39;il est vrai qu&#39;il est particulièrement difficile, même pour les experts du domaine, d&#39;évaluer les moteurs de recherche, les biais qu&#39;ils comportent sont particulièrement insidieux. <em>Une nouvelle fois, le Google de ces dernières années en est un bon exemple puisque nous avons vendu</em> à des entreprises le droit d&#39;être listé en lien sponsorisé tout en haut de la page de résultats pour certaines requêtes. Ce type de biais est encore plus insidieux que la &quot;simple&quot; publicité parce qu&#39;il masque l&#39;intention à l&#39;origine de l&#39;affichage du résultat. <em>Si nous persistons dans ce modèle économique, Google cessera d&#39;être un moteur de recherche viable</em>.</p></blockquote>
<blockquote><p>Il est pourtant vrai que des biais moins flagrants sont encore tolérés par le marché. Par exemple un moteur de recherche pourrait ajouter une petite variable pour favoriser les résultats des entreprises &quot;amies&quot; ou partenaires, et déclasser de la même manière les sites de ses concurrents. <em>Ce qui est exactement ce que nous reproche l&#39;union européenne</em>. Ce type de biais est très difficile à détecter mais peut avoir un effet très significatif sur le marché. De plus, la publicité est le plus souvent une incitation à fournir des résultats de recherche de mauvaise qualité. <em>(suit ici <a href="http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2015/08/27/enquete-antitrust-google-repond-aux-accusations-de-l-union-europeenne_4738688_1656994.html" target="_blank" rel="noopener">une série d&#39;exemples autour des points reprochés à Google par la commission européenne</a>)</em>. <strong>En général et du point de vue de l&#39;utilisateur, le meilleur moteur de recherche est celui qui nécessite le moins de publicité possible pour lui permettre de trouver ce dont il a besoin</strong>. Ce qui, bien sûr, condamne le modèle de régie publicitaire de la plupart des moteurs de recherche actuels. De toute façon, il y aura toujours d&#39;énormes quantités d&#39;argent investies par des publicitaires soucieux d&#39;orienter le consommateur vers leurs produits ou de créer chez lui un besoin de &quot;nouveauté&quot;. <strong>Mais nous croyons que le modèle publicitaire cause un nombre tellement important d&#39;incitations biaisées qu&#39;il est crucial de disposer d&#39;un moteur de recherche compétitif qui soit transparent</strong> <em>et transcrive la réalité du monde</em>.</p></blockquote>
<p>Et voilà.</p>
<h2 style="text-align: right;">Incroyable non ?&#0160;</h2>
<p style="text-align: justify;">S&#39;il est un article que toutes celles et ceux qui s&#39;intéressent au web en général et aux moteurs de recherche en particulier ont lu, c&#39;est probablement &quot;<a href="http://infolab.stanford.edu/~backrub/google.html" target="_blank" rel="noopener">The Anatomy Of A Large-Sclae Hypertextual Web Search Engine</a>&quot;, paru en 1998 et rédigé par deux jeunes diplômés de Stanford, Serguei Brin et Larry Page. Cet article jette les bases du moteur de recherche Google, à l&#39;époque encore hébergé sur les serveurs de l&#39;université de Stanford.</p>
<p><a class="asset-img-link" href="http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01b7c84b6fd6970b-pi" style="display: inline;"><img decoding="async" alt="Google1998" border="0" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef01b7c84b6fd6970b image-full img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef01b7c84b6fd6970b-800wi" title="Google1998" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">On y trouve par exemple pour la première fois ce qui deviendra l&#39;une des formules mathématiques les plus célèbres de l&#39;histoire, celle du Pagerank :</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>We assume page A has pages T1&#8230;Tn which point to it (i.e., are citations). The parameter d is a damping factor which can be set between 0 and 1. We usually set d to 0.85. There are more details about d in the next section. Also C(A) is defined as the number of links going out of page A. The PageRank of a page A is given as follows: </em></p>
<p><em>PR(A) = (1-d) + d (PR(T1)/C(T1) + &#8230; + PR(Tn)/C(Tn))</em></p>
<p><em>Note that the PageRanks form a probability distribution over web pages, so the sum of all web pages&#39; PageRanks will be one.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">A la fin <a href="http://infolab.stanford.edu/~backrub/google.html" target="_blank" rel="noopener">de cet article scientifique</a>, juste après la bibliographie, il y a (c&#39;est la coutume aux States) une petite &quot;bio&quot; des deux auteurs et une série d&#39;annexes regroupées dans le point 8. Dont &quot;l&#39;annexe A&quot; : &quot;Advertising and Mixed Motives&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà. Vous avez compris. C&#39;est cette annexe que j&#39;ai littéralement traduit pour vous faire cette petite blague. A l&#39;exception des (très rares) passages en italique et de la parenthèse sur les reproches adressés par l&#39;union européenne à Google Shopping, <strong>j&#39;insiste sur le fait qu&#39;il s&#39;agit d&#39;une traduction littérale de ce que pensaient et écrivaient Serguei Brin et Larry Page en 1998</strong>. La preuve.</p>
<p><a class="asset-img-link" href="http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01bb08ef333f970d-pi" style="display: inline;"><img decoding="async" alt="Googleappendix" border="0" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef01bb08ef333f970d image-full img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef01bb08ef333f970d-800wi" title="Googleappendix" /></a></p>
<p>18 ans après, l&#39;écart avec la réalité des pratiques et de la philosophie du Google d&#39;aujourd&#39;hui est <a href="http://www.abondance.com/actualites/20160222-16183-plus-de-publicites-a-droite-4eme-lien-adwords-dans-les-resultats-google-lavenement-de-larbre-de-noel-publicitaire.html" target="_blank" rel="noopener">réellement &#8230; vertigineuse</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2016/04/google-appendice-8/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Métiers de l&#8217;automatisation du livre.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2016/03/metiers-de-lautomatisation-du-livre/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2016/03/metiers-de-lautomatisation-du-livre/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Mar 2016 09:43:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Biblio"Tech"]]></category>
		<category><![CDATA[Document numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2016/03/15/metiers-de-lautomatisation-du-livre/</guid>

					<description><![CDATA[C&#39;est une série de signaux faibles. Mais convergents. Autour de ce que l&#39;on appelle encore les &#34;métiers du livre&#34;, cette fourmi de 18 mètres. Alors allons-y. Bibliothèque sans bibliothécaire. D&#39;abord il y a Hugh, le premier robot bibliothécaire. Il sait où sont rangés les livres. Il sait se déplacer. Il est connecté à plusieurs bases [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>&#39;est une série de signaux faibles. Mais convergents. Autour de ce que l&#39;on appelle encore les &quot;métiers du livre&quot;, <a href="/mon_weblog/2014/09/grand-bordel-internets.html" target="_blank" rel="noopener">cette fourmi de 18 mètres</a>. Alors allons-y.</p>
<h2 style="text-align: right;">Bibliothèque sans bibliothécaire.</h2>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.archimag.com/bibliotheque-edition/2016/02/29/hugh-premier-robot-bibliothecaire-poste-rentr%C3%A9e" target="_blank" rel="noopener">D&#39;abord il y a Hugh, le premier robot bibliothécaire</a>. Il sait où sont rangés les livres. Il sait se déplacer. Il est connecté à plusieurs bases de données. Un OPAC avec une voix, des bras, capable de se déplacer, capable de vous parler, capable de vous parler, capable de vous orienter. Ben oui, paraît pourtant qu&#39;il y a peu on citait encore &quot;bibliothécaire&quot; parmi les métiers qui résisteraient le mieux à l&#39;automatisation &#8230;</p>
<h2 style="text-align: right;">Bibliothèque sans livres.</h2>
<p style="text-align: justify;">Après il y a la <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Bookless_library" target="_blank" rel="noopener">Bookless Library</a>. La bibliothèque sans livres imprimés. Septembre 2010, l&#39;université du Texas (la partie &quot;sciences et techniques de l&#39;ingénieur&quot;) ouvre <a href="http://www.enssib.fr/breves/2010/09/20/la-premiere-bibliotheque-universitaire-sans-livres-imprimes" target="_blank" rel="noopener">la 1ère bibliothèque universitaire sans livres</a>. Oui, <a href="http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notices/65846-vers-des-bibliotheques-de-lecture-publique-sans-livres-imprimes" target="_blank" rel="noopener">une bibliothèque de lecture publique sans livre imprimé n&#39;est plus une aporie</a>.</p>
<h2 style="text-align: right;">Librairie sans livres.</h2>
<p style="text-align: justify;">Tout le monde en parle actuellement, <a href="http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/03/10/les-puf-inventent-la-librairie-du-futur_4879661_3234.html" target="_blank" rel="noopener">les PUF viennent d&#39;ouvrir une librairie sans aucun livre</a>. A la place une Espresso Book Machine qui vous permet de repartir en quelques minutes avec l&#39;un des livres, imprimés à la demande, disponibles au catalogue.</p>
<h2 style="text-align: right;">Emprunter des &#8230; gens.</h2>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://humanlibrary.org/" target="_blank" rel="noopener">La bibliothèque humaine</a> permet d&#39;emprunter non plus des livres mais des gens. Pour mieux les connaître. Vous pouvez emprunter un sourd, un musulman, une victime de violence sexuelle, un sans-abri, un chômeur, un réfugié, une jeune mère célibataire. Et discuter avec eux pour mieux les comprendre et vaincre les stéréotypes.</p>
<h2 style="text-align: right;">Emprunter sans bibliothèque.</h2>
<p style="text-align: justify;">Longtemps déjà que le prêt n&#39;est plus l&#39;apanage des bibliothèques. Qu&#39;il se fait applicatif. <a href="/mon_weblog/2015/09/on-ne-prete-que-aux-riches.html" target="_blank" rel="noopener">Booxup</a>, <a href="https://inventaire.io/welcome" target="_blank" rel="noopener">inventaire.io</a> et probablement demain encore d&#39;autres, médiées par la technique ou au simple bon vouloir des très petites bibliothèques de rues, viendront réaffirmer que le prêt n&#39;a plus rien de bibliothéconomique, comme avant lui <a href="http://www.librarything.fr/" target="_blank" rel="noopener">le catalogage devenu hobby</a> parce que rendu à sa dimension première de partage et d&#39;échange, parce que médié par la technique il peut être dé-technicisé.</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>La fonction crée l&#39;organe.</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">2,5 milliards de personnes inscrits dans l&#39;une des bibliothèques de cette planète. Et les 1% d&#39;actifs probablement <a href="http://www.librarything.fr/" target="_blank" rel="noopener">par là. La &quot;bibliothèque chose&quot;. &quot;Les choses, les &quot;trucs&quot; de la bibliothèque&quot;. LibraryThing</a>. 2 millions de personnes partageant des notices &quot;catalographiques&quot; enrichies. Comme un hobby. Et l&#39;autre facette de la recommandation. Celle de la lecture critique. Dispersée puis réagrégée autour de communautés qui ne se trouvent ni ne se retrouvent plus à la bibliothèque. Babelio, Amazon, et les autres. Tant d&#39;autres. 15 ans au moins qu&#39;ils le peuvent et déjà plus de 10 ans que l&#39;on répète que les catalogues doivent intégrer les commentaires, les critiques des &#8230; lecteurs. Alors comme le partage a horreur du vide &#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Je l&#39;avais déjà dit. Déjà écrit. La crise que traverse la bibliothèque, la librairie, la crise que traversent les métiers du livre, cette crise de l&#39;automatisation, le spectre rampant d&#39;une Uberisation toujours possible, n&#39;est pas uniquement une crise d&#39;identité solutionnable par un quelconque troisième lieu lui-même soluble dans l&#39;improbable concept marketé d&#39;un learning center. <a href="/mon_weblog/2014/09/grand-bordel-internets.html" target="_blank" rel="noopener">C&#39;est une crise de fonction</a>. Quelle est la fonction d&#39;une bibliothèque ? D&#39;une librairie ? Voilà la seule question récurrente dans la centaine de colloques autour de l&#39;avenir des métiers du livre. Accueillir ? Faire lire ? Diffuser la culture ? Donner accès ? Prescrire ? Mais laquelle de ces fonctions ne dispose pas de pléthore de fonctionnalités ? Et laquelle de ces fonctionnalités n&#39;est pas automatisable ?&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a peu <a href="/mon_weblog/2014/11/avenir-bibliotheque.html" target="_blank" rel="noopener">j&#39;écrivais</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;La fonction de la bibliothèque c&#39;est de permettre l&#39;existence de représentations communes qui ne sont pas uniquement choisies en fonction de l&#39;audience ou du &quot;taux de partage&quot; qu&#39;elles peuvent susciter. La fonction de la bibliothèque c&#39;est de construire &#8211; ou de permettre la construction &#8211; et la circulation &#8211; de ces représentations au plus près à la fois des ressources et des lieux de circulation de savoirs, d&#39;informations. Or jamais dans toute leur histoire depuis Alexandrie, jamais les bibliothèques n&#39;ont été aussi éloignées (physiquement et intellectuellement) des ressources, des documents et des idées &#8211; et ges gens &#8230; &#8211; qu&#39;elles ont pourtant pour fonction de collecter et de re-présenter. On a tenté de cacher la misère derrière une logorrhée à base de &quot;tiers&quot; et autres &quot;troisième&quot; lieu. La réalité c&#39;est que &#8211; sauf exceptions et il en existe heureusement quelques-unes &#8211; la réalité c&#39;est que tant que la bibliothèque continuera de se penser en tant que &quot;lieu&quot; elle sera incapable de remplir toute autre fonction que celle de s&#39;interroger sur son propre avenir.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et un peu avant :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;<strong>L&#39;autre grande fonction que la bibliothèque va devoir réaffirmer est une fonction politique</strong>. On l&#39;oublie souvent mais l&#39;histoire des bibliothèques est d&#39;abord une histoire politique. Face aux enjeux de concentration (industrielle, attentionnelle, économique) qui traversent aujourd&#39;hui les questions de l&#39;accès aux savoirs et aux connaissances sur internet, les bibliothèques sont &#8211; ou en tout cas devraient être &#8211; les premiers lieux de contre-pouvoir.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et côté politique justement, <a href="//mon_weblog/2015/09/on-ne-prete-que-aux-riches.html" target="_blank" rel="noopener">les questions ne manquent pas</a>, pas davantage que ne manquent les occasions pour les bibliothèques de se constituer en autant de contre-pouvoirs :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;question du <a href="//mon_weblog/2015/09/copy-party-a-la-bnf-.html" target="_blank" rel="noopener">droit à la copie (privée),</a> question du droit à la vie privée (<a href="http://www.ifla.org/node/9808" target="_blank" rel="noopener">déclaration de l&#39;IFLA du 20 Août 2015</a>), question du droit à une connexion neutre via la mise en place, au sein des bibliothèques de <a href="https://www.actualitte.com/article/monde-edition/le-projet-tor-s-invite-dans-les-bibliotheques-americaines/60159" target="_blank" rel="noopener">noeuds du réseau TOR</a>. C&#39;est le &quot;<a href="https://libraryfreedomproject.org/torexitpilotphase1/" target="_blank" rel="noopener">Library Freedom Project</a>&quot; (le <a href="https://blog.torproject.org/blog/tor-exit-nodes-libraries-pilot-phase-one" target="_blank" rel="noopener">blog du projet est ici</a>). Diffusion des savoirs et des connaissances, données personnelles, neutralité du net, les 3 grands enjeux du siècle. Tous 3 enfin rassemblés dans la bibliothèque.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Des questions qui, elles, n&#39;ont rien d&#39;automatisable, de déléguable à la machine, des questions que Hugh le robot bibliothécaire ne sera jamais en capacité de traiter, des questions qui, nous y reviendrons à la fin de ce billet, ne relèvent pas d&#39;un quelconque solutionnisme traduisible en autant de compétences dédiées mais des questions qui nécessitent la mobilisation de connaissances, de savoirs comme autant de clés de compréhension et d&#39;action.</p>
<h2 style="text-align: right;">Donc la bibliothèque nulle part.</h2>
<p style="text-align: justify;">Et la librairie pareil. Pas de bibliothécaire, pas de livres imprimés. Des prêts, oui, mais en dehors du circuit de la bibliothèque. Du catalogage oui, mais en &quot;amateur&quot; et en dehors de la bibliothèque. Des critiques de lecture partout ailleurs que dans la bibliothèque. De la recommandation plus que jamais, de la prescription à tout bout de champ. Dans les algorithmes principalement. Le rapport à l&#39;écrit ? Non. Leur apport à l&#39;écrit.</p>
<p style="text-align: justify;">Un constat. Celui dressé il y a déjà quelques temps par David Weinberger :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>L&#39;idée est simple. Il se trouve qu&#39;une fois qu&#39;un utilisateur a emprunté un livre, la bibliothèque est en dehors de la boucle. L&#39;utilisateur le lit chez lui, en parle avec ses amis ou quelqu&#39;un d&#39;autre d&#39;important, passe parfois une soirée à en discuter dans un club de lecture.&quot;</em></p>
</blockquote>
<h2 style="text-align: right;">Donc la bibliothèque partout.</h2>
<p style="text-align: justify;">Partout ailleurs qu&#39;en elle-même. A la demande. &quot;On Demand&quot;. On-Demand Library. La bibliothèque partout parce que directement et tout le temps mobilisable, convocable. Fluide. Sans frictions. Des questions bien sûr. Qui pour jouer le rôle politique de la bibliothèque et de la librairie dans la cité ? Il n&#39;y a pas de démocratie &quot;à la demande&quot;.</p>
<h2 style="text-align: right;">Loi Travail</h2>
<p style="text-align: justify;">Oui je sais là vous vous dites mais que vient faire la #LoiTravail dans cette galère ? Hé bien justement. Le principe de la loi Travail (entre autres gabegies), et dans le sillage d&#39;une Uberisation qu&#39;elle ne prétend même plus combattre, est d&#39;instituer la hiérarchie suivante : c&#39;est l&#39;activité qui permet de caractériser une situation effective de travail qui peine de plus en plus à prétendre au statut d&#39;emploi (même à durée &quot;déterminée&quot;).</p>
<p style="text-align: justify;">Or l&#39;ensemble des micro-fissures dans la tradition cimentée des métiers du livre que je viens d&#39;énumérer constituent autant &quot;d&#39;activités&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">Hugh le robot n&#39;exerce pas le métier de bibliothécaire. Il n&#39;aura d&#39;ailleurs jamais d&#39;emploi de bibliothécaire. Il est en revanche parfaitement capable d&#39;effectuer les &quot;activités&quot; d&#39;un bibliothécaire, une partie du travail d&#39;un bibliothécaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec les bibliothèques et les librairies sans livre imprimé, ce n&#39;est pas le &quot;métier&quot; de libraire ou de bibliothécaire qui disparaît mais plusieurs de leurs fonctions.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la même genre, mon activité d&#39;enseignant peut largement être suppléée ou avantageusement médiée par un support ou un artefact technique. Un logiciel peut corriger mes copies mieux que moi (si ces copies sont sous forme de QCM déjà informatisé), un synthétiseur vocal peut lire mes cours, je peux d&#39;ailleurs avantageusement me dispenser de donner certains cours en diffusant à la place d&#39;autres cours sur le même sujet et pour le même public mieux fagotés que les miens (<a href="https://www.canal-u.tv/producteurs/centre_d_enseignement_multimedia_universitaire_c_e_m_u/culture_numerique/cours_de_culture_numerique_2015_2016" target="_blank" rel="noopener">par exemple pour la &quot;culture numérique&quot;</a>). Nombre de mes activités administratives pourraient également être automatisées : faire l&#39;appel en amphi (avec un badge pour les étudiants), envoyer des mails de rappels aux étudiants pour certaines échéances, etc. Je m&#39;arrête là mais vous avez compris l&#39;idée. Enfin je pense. Uber (et les autres chantres du &quot;Digital Labor&quot;) n&#39;ont jamais eu la prétention d&#39;offrir aux gens un travail ou même un emploi : il s&#39;agit de leur confier une activité, elle-même perméable avec d&#39;autres (je peux être chauffeur Uber et livreur Amazon pour le dernier kilomètre).</p>
<p style="text-align: justify;">Si l&#39;on peut, à mon avis à juste titre, s&#39;alarmer de manière raisonnable de ces automatisations autour des métiers des bibliothèques et des métiers du livre &#8211; mais le raisonnement est valable pour l&#39;ensemble des autres secteurs &#8211; c&#39;est parce que l&#39;on a depuis longtemps cessé d&#39;apprendre le métier auquel correspond un emploi de bibliothécaire. Ou &#8211; diront les pessimistes &#8211; parce que les principales nécessités du métier de bibliothécaire sont intraduisibles en compétences enseignables. Un peu à la manière du vieux débat entre didactique et pédagogie. Un de mes profs au lycée avait un jour eu cette phrase qui ne m&#39;a plus quitté : &quot;La didactique s&#39;enseigne, la pédagogie s&#39;éprouve&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà peut-être aussi la raison pour laquelle la &quot;pédagogisation&quot; de l&#39;enseignement (via le lancement des IUFM au siècle dernier) est la 1ère responsable des maux du système éducatif actuel, et le prélude à son &quot;Uberisation&quot; à mon avis certaine. L&#39;ensemble des activités &quot;didactisables&quot; sont automatisables et seront automatisées. Combattre ce transfert de compétences à la machine et aux automatismes est une lutte de Quichotte.</p>
<h2 style="text-align: right;">Au nord y&#39;avait les corons, et au centre, les savoirs.</h2>
<p style="text-align: justify;">Depuis le temps qu&#39;on nous bassine avec d&#39;abscons référentiels de compétence ou d&#39;activité, peut-être serait-il temps de remettre les &quot;savoirs&quot; au centre. Et chaque chose à sa place.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le rôle d&#39;un emploi est uniquement de créer du lien social.</strong> Sinon on nous expliquerait pourquoi il est si dur d&#39;être &quot;sans-métier&quot;. Les gens, les &quot;sans-emploi&quot; cherchent d&#39;abord à combler ce manque de l&#39;emploi avant de songer à combler ce manque de &quot;métier&quot;. Pas parce qu&#39;ils sont méchants, fainéants ou qu&#39;ils ne veulent pas devenir balayeur avec leur Bac+3, mais parce qu&#39;ils cherchent à trouver une place dans la société avant d&#39;y trouver une fonction. Et que les en blâmer revient à plébisciter une société de robots.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le rôle d&#39;un métier (lorsqu&#39;il est à peu près librement choisi) est d&#39;ajouter&#0160;l&#39;estime et l&#39;accomplissement de soi</strong> à ce lien social que crée l&#39;emploi ; estime et accomplissement de soi qui à leur tour viendront étendre, orienter, lisser ou complexifier le lien social que nous procure notre emploi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le rôle d&#39;un travail est de pouvoir être décliné en un certain nombre d&#39;activités</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le rôle d&#39;une activité est de nous occuper</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Travail et activités seront automatisés. Confiés à des algorithmes ou à des robots. Et probablement tant mieux. Des robots-chirurgiens ne tremblent pas. Des voitures autonomes ne sont jamais ivres et ne commettent pas d&#39;excès de vitesse.</p>
<h2 style="text-align: right;">Société d&#39;hippocampes (sur nos positions).</h2>
<p style="text-align: justify;">Maintenant que les GPS ont remplacé le sens de l&#39;orientation des taxis, que deviennent <a href="http://www.larecherche.fr/encadre/hippocampe-chauffeurs-taxi-londoniens-01-07-2001-65784" target="_blank" rel="noopener">ces experts de l&#39;orientation spatiale à l&#39;hippocampe sur-développé</a> ? Notre société n&#39;a-t-elle vraiment aucune stratégie pour pouvoir les employer à la hauteur d&#39;un savoir &#8211; et non plus d&#39;une compétence &#8211; si particulière ? Etre un expert de l&#39;orientation spatiale est une <em>connaissance</em> bien différente de la <em>compétence</em> (automatisable et déléguable à la machine) permettant de conduire un individu d&#39;un point A à un point B &#8230; Voilà peut-être la seule réponse &#8211; avec le revenu universel &#8211; à la fin annoncée du salariat qui est loin d&#39;être aussi inéluctable que ne le prétend l&#39;être unicellulaire présidant à l&#39;expression de la gangue ultra-libérale que l&#39;on entend partout.</p>
<p style="text-align: justify;">La primauté dans les sphères sociales, éducatives, salariales et patronales d&#39;une approche par compétence supposément toujours plus fine et dans l&#39;objectif faussement roboratif d&#39;une &quot;meilleure adéquation avec le marché de l&#39;emploi&quot; n&#39;a fait depuis 15 ans qu&#39;accélérer les processus d&#39;exclusion (je ne dis pas que c&#39;en est la seule cause, mais une cause parmi d&#39;autres). Il nous faut d&#39;urgence la remplacer par un approche inclusive qui ne pourra qu&#39;être centrée sur les savoirs et les connaissances.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrêtons un instant de réfléchir aux &quot;métiers&quot; du livre. Ils sont condamnés par notre incapacité à les penser autrement qu&#39;en termes de &quot;compétences actionnables&quot;. Et employons-nous collectivement à définir les emplois du livre, qui sont aussi les emplois du savoir.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2016/03/metiers-de-lautomatisation-du-livre/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Et la BnF passa définitivement du côté obscur.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2015/12/bnf-cote-obscur/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2015/12/bnf-cote-obscur/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Dec 2015 20:32:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Biblio"Tech"]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2015/12/16/bnf-cote-obscur/</guid>

					<description><![CDATA[(vit&#39;fait, énervé) Faut dire que c&#39;était aujourd&#39;hui ou jamais. Aujourd&#39;hui que sortait sur tous les écrans Star Wars 7 et que la BNF choisissait pour diffuser ce communiqué, annonçant accrochez-vous, qu&#39;elle avait signé un partenariat avec Apple pour diffuser 10 000 ouvrages du 19ème siècle (et donc du domaine public), un partenariat dans le cadre [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>(vit&#39;fait, énervé)</p>
<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="F" class="cenote-drop-cap">F</span>aut dire que c&#39;était aujourd&#39;hui ou jamais. Aujourd&#39;hui que sortait sur tous les écrans Star Wars 7 et que la BNF choisissait pour diffuser ce communiqué, annonçant accrochez-vous, qu&#39;elle avait signé un partenariat avec Apple pour diffuser 10 000 ouvrages du 19ème siècle (et donc du domaine public), un partenariat dans le cadre duquel les autres libraires pourraient à leur tour diffuser les mêmes fichiers mais uniquement dans un an, et un partenariat (accrochez-vous vraiment à quelque chose de super bien fixé dans le sol) dans lequel la BNF récupérerait l&#39;exploitation des fichiers au bout de &#8230; six ans !!!</p>
<p style="text-align: justify;">J&#39;ai d&#39;abord lu l&#39;info <a href="http://aldus2006.typepad.fr/mon_weblog/2015/12/bnf-partenariats-une-offre-exclusive-avec-apple.html" target="_blank" rel="noopener">chez Hervé Bienvault</a>, je n&#39;y ai d&#39;abord pas du tout cru. Et puis j&#39;ai lu <a href="http://www.bnf.fr/documents/cp_collection_xix.pdf" target="_blank" rel="noopener">cet hallucinant communiqué</a> annonçant que la BNF filait à Apple un droit d&#39;exploitation exclusive d&#39;ouvrages du domaine public pendant 6 ans.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01b8d1850ecb970c-pi" style="display: inline;"><img decoding="async" alt="Bnf" border="0" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef01b8d1850ecb970c image-full img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef01b8d1850ecb970c-800wi" title="Bnf" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Cerise sur le gâteau et poignée de gravier dans la vaseline, lesdits fichiers (du domaine public) seront pour certains, gratuits, et pour d&#39;autres (lesquels ? combien ?) vendus jusqu&#39;à 1,49 euros (je rappelle que dans le cadre du modèle Apple, <span style="text-decoration: line-through;">la moitié</span> 30% du prix d&#39;un fichier vendu retombe dans la poche d&#39;Apple).</p>
<p style="text-align: justify;">Alors soyons clairs : n&#39;importe quel éditeur, y compris la BNF, à le droit de vendre des ouvrages appartenant au domaine public. C&#39;est même pour cette raison que le domaine public n&#39;est pas juste un truc de babas-cool qui trouvent que la guerre ça tue et que l&#39;argent ça pue, mais aussi un élément fondateur et essentiel de l&#39;économie (au sens premier) de la connaissance et des industries culturelles. Donc y&#39;a pas de blême. Mais.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais que la BNF ose l&#39;idée que 10 000 fichiers epub d&#39;ouvrages du domaine public vont se trouver en vente (exclusive) sur l&#39;Apple Store et &quot;<a href="http://www.bnf.fr/documents/cp_collection_xix.pdf" target="_blank" rel="noopener">seront 6 ans plus tard en libre accès sur Gallica</a>&quot;, c&#39;est du pur foutage de gueule, un déni manifeste de la mission de la même BNF, une énième et pathétique preuve de la totale gabegie que constituent les partenariats publics privés dans cette noble institution, sans parler du cas manifeste de copyfraud.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour couronner le tout, le communiqué de la BNF donne dans le plus hypocrite des cynismes en rappelant que les fichiers seront diffusés au format epub, &quot;<a href="http://rue89.nouvelobs.com/2015/12/15/sncf-suspend-operation-airbnb-262485" target="_blank" rel="noopener">standard universel et ouvert du livre numérique</a>&quot; mais omettant de préciser que le même standard universel et ouvert peut être farci de DRM propriétaires, ce qui est souvent le cas dans l&#39;écosystème Apple, empêchant ainsi toute diffusion ou réappropriation non-contrainte et toute jouissance matérielle pleine et entière d&#39;un bien dûment acquitté fusse-t-il par ailleurs gratuitement accessible &#8230; dans le domaine public.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est tellement hallucinant que je ne trouve même pas de comparaison. Ah si tiens, c&#39;est un peu <a href="http://rue89.nouvelobs.com/2015/12/15/sncf-suspend-operation-airbnb-262485" target="_blank" rel="noopener">comme si la SNCF annonçait qu&#39;elle mettait un place un partenariat avec AirB&#39;nB</a> !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Rendez-moi un service,</strong> si vous cherchez un livre d&#39;un auteur français du 19ème siècle, ou même d&#39;avant, ou même d&#39;après, oubliez Apple et cette pathétique pantalonnade de partenariat dans le cadre duquel la BNF s&#39;auto-émascule en s&#39;interdisant de diffuser&#0160; &#8211; et en privant le public &#8211; pendant 6 ans des ouvrages qui appartiennent au domaine public. Et allez directement les chercher là où ils sont tous, à leur place. <a href="http://www.gutenberg.org/browse/languages/fr" target="_blank" rel="noopener">Sur le projet Gutenberg par exemple</a>.</p>
<p style="text-align: right;"><strong><span style="color: #ff0000;">&lt;Mise à jour de 10 minutes plus tard&gt;</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Or donc des éléments d&#39;information complémentaires sont disponibles <a href="https://twitter.com/RemiMathis/status/677094350678073344" target="_blank" rel="noopener">ici</a> et <a href="http://www.igen.fr/app-store/2015/12/10-000-livres-de-la-bnf-au-format-epub-en-exclusivite-sur-ibooks-94208" target="_blank" rel="noopener">là</a>. On y apprend &#8211; c&#39;est important &#8211; que les &quot;textes&quot; sont déjà et resteront disponibles gratuitement sur Gallica. Quand je dis &quot;les textes&quot;, je dis &quot;la version numérisée en mode image des textes&quot;. Ben oui. Certains trouvent que c&#39;est moins grave et que du coup il n&#39;y a pas &quot;copyfraud&quot; mais simplement une source de financement légitime, un maintient du service public (puisque les textes restent accessibles gratuitement dans Gallica donc) et une entreprise américaine (Apple) qui distribue des ouvrages avec une petite exclusivité d&#39;un an et qui fait (Apple toujours) bosser plein d&#39;entreprises françaises pour passer d&#39;un fichier en mode image à un nouvel objet éditorial en mode texte. Pourquoi pas. Sauf que.</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf que, par exemple, Pierre et Jean de Maupassant dans Gallica <a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54031786.r=La%20vie%20errante%20%20par%20Guy%20de%20Maupassant" target="_blank" rel="noopener">c&#39;est ça</a>. Certes c&#39;est mieux que rien, certes tu peux le télécharger gratuitement en pdf, certes si tu mets ce pdf dans ta liseuse tes yeux se mettent à saigner. Donc on va nous vendre sur Apple pendant un an (et puis chez tous les libraires au bout d&#39;un an) un &quot;joli&quot; Pierre et Jean en epub sans DRM (apparemment c&#39;est sûr), lequel joli Pierre et Jean se retrouvera gratuitement (?) sur Gallica dans 6 ans. Ben oui mais Pierre et Jean en Epub joli et propre le problème c&#39;est qu&#39;il est aussi et déjà <a href="http://www.gutenberg.org/ebooks/11131" target="_blank" rel="noopener">là depuis looooongtemps</a>. Donc je continue de ne pas comprendre l&#39;intérêt de filer à Apple (ou à n&#39;importe qui d&#39;autre) une exclusivité, de même que je ne vois pas non plus l&#39;intérêt de &quot;<em>faire bosser plein d&#39;entreprises françaises</em>&quot; (nous dit-on) pour faire un boulot qui est heu &#8230; ben déjà fait et bien fait.</p>
<p style="text-align: justify;">Lire aussi le <a href="https://www.actualitte.com/article/lecture-numerique/collection-xix-la-bnf-et-apple-s-occupent-de-rentabiliser-le-domaine-public/62596" target="_blank" rel="noopener">billet saignant de Nicolas Gary sur Actualitté</a> et les <a href="https://www.actualitte.com/article/patrimoine-education/les-oeuvres-du-domaine-public-exemple-a-ne-pas-suivre-avec-la-bnf/62603" target="_blank" rel="noopener">premiers tests du service effectués</a>.</p>
<p style="text-align: right;"><strong><span style="color: #ff0000;">&lt;/Mise à jour de 10 minutes plus tard&gt;</span></strong></p>
<p style="text-align: right;">&#0160;</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2015/12/bnf-cote-obscur/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Lecture à la découpe : Amazon paiera les auteurs à la page lue.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2015/06/lecture-a-la-decoupe/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2015/06/lecture-a-la-decoupe/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Jun 2015 16:59:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Google Print/Books]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2015/06/21/lecture-a-la-decoupe/</guid>

					<description><![CDATA[Imaginez un monde dans lequel les auteurs (tous les auteurs : BD, romans, polars, science, essais, etc &#8230;) seraient rémunérés non plus de manière forfaitaire en fonction du nombre de ventes mais en fonction du nombre de pages lues. Ou plus exactement, toucheraient une micro-rémunération à chaque fois qu&#39;un lecteur lirait une des pages de [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="I" class="cenote-drop-cap">I</span>maginez un monde dans lequel les auteurs (tous les auteurs : BD, romans, polars, science, essais, etc &#8230;) seraient rémunérés non plus de manière forfaitaire en fonction du nombre de ventes mais en fonction du nombre de pages lues. Ou plus exactement, toucheraient une micro-rémunération à chaque fois qu&#39;un lecteur lirait une des pages de leur oeuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà plus de 5 ans que, dans le cadre du <a href="http://fr.slideshare.net/olivier/googl-books-milestones" target="_blank" rel="noopener">cours sur le livre et les bibliothèques numériques</a> que je donne aux étudiants en métiers du livre du DUT information et communication de l&#39;université de Nantes, voilà plus de 5 ans que je leur j&#39;annonce que cela arrivera. Si vous ne me croyez pas, <a href="/mon_weblog/2010/03/google-livres-par-le-petit-book-de-la-tablette-13.html" target="_blank" rel="noopener">relisez ce billet de Mars 2010 </a>:</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;on verra apparaître un outil de micro-paiement à destination des auteurs, construit sur le modèle pay-per-click des publicités Adsense &#8230; les paris sont ouverts ;-)&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ou même <a href="/mon_weblog/2009/12/jaimerais-que-google-rende-visible-mon-livre-sur-le-net-moi-aussi-mais-.html" target="_blank" rel="noopener">celui de décembre 2009</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;derrière GoogleBooks, les intérêts de Google sont doubles : primo enterrer l’édition (et la librairie) &quot;traditionnelle&quot; en permettant aux auteurs de traiter directement avec lui (désintermédiation classique), et en permettant à ces mêmes auteurs de renégocier entièrement leurs droits sur le modèle adwords (= l’auteur touche un micro-paiement à chaque consultation et/ou accès de l’une de ses oeuvres).&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">De toute façon <a href="//mon_weblog/2009/10/quand-sonne-le-glas.html" target="_blank" rel="noopener">je gagne toujours mes paris avec mes étudiants</a> <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f609.png" alt="😉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Mais je m&#39;étais trompé sur un point, je pensais que ce serait Google qui tirerait le premier : <a href="http://www.theatlantic.com/business/archive/2015/06/amazon-publishing-authors-payment-writing/396269/" target="_blank" rel="noopener">ce sera Amazon</a>.</p>
<p><a class="asset-img-link" href="http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01b8d12b884f970c-pi" style="display: inline;"><img decoding="async" alt="Page" border="0" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef01b8d12b884f970c image-full img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef01b8d12b884f970c-800wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Page" /></a></p>
<h2 style="text-align: right;">Après la vente à la découpe, la lecture à la découpe.</h2>
<p style="text-align: justify;">Il était déjà possible d&#39;acheter des livres à la découpe (un chapitre ou quelques pages par exemple pour les livres de recette de cuisine), ce seront donc désormais les auteurs qui seront payés &quot;à la page lue&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;article de The Atlantic détaille le projet : <a href="http://www.theatlantic.com/business/archive/2015/06/amazon-publishing-authors-payment-writing/396269/" target="_blank" rel="noopener">&quot;Et si les auteurs étaient payés à chaque fois que quelqu&#39;un tourne une page ?&quot;</a></p>
<p style="text-align: justify;">Amazon qui, dans le cadre de la lecture numérique sur sa tablette Kindle, dispose d&#39;une volumétrie de données considérable et considérablement détaillée sur notre activité de &quot;lecteur&quot; souhaite donc mettre en place le modèle disruptif suivant :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Plutôt que de payer les auteur pour chaque livre, Amazon commencera bientôt à payer les auteurs en fonction du nombre de pages lues &#8211; non pas en fonction du nombre de pages téléchargées mais du nombre de pages affichées à l&#39;écran suffisamment longtemps pour pouvoir supposer avoir été lues.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">L&#39;impact sur la littérature même pourrait être considérable comme le souligne encore l&#39;article de <a href="http://www.theatlantic.com/business/archive/2015/06/amazon-publishing-authors-payment-writing/396269/" target="_blank" rel="noopener">The Atlantic</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Pour la plupart des auteurs qui publient directement via Amazon, ce nouveau modèle pourrait changer les priorités et les choix d&#39;écriture : un système avec une rémunération à la page lue est un système qui récompense et valorise en priorité les &quot;cliffhangers&quot; et le suspens au-dessus de tous les autres &quot;genres&quot;. Il récompense tout ce qui garde les lecteurs accrochés&quot; (&quot;hooked&quot;), même si cela se fait au détriment de l&#39;emphase, de la nuance et de la complexité.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Pour l&#39;instant &#8211; et on comprend bien pourquoi &#8211; ce type de rémunération ne s&#39;appliquera qu&#39;aux auteurs &quot;auto-édités&quot; par le biais de la plateforme Kindle Direct Publishing. Et de jouer sur la corde incitative pour amener de plus en plus d&#39;auteurs à se séparer de maisons d&#39;éditions &quot;classiques&quot; au profit d&#39;une contractualisation directe avec Amazon. Classique et éternel (à l&#39;échelle du numérique en tout cas) processus de désintermédiation.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons ici que &quot;l&#39;auto-publication&quot; selon Amazon est tout sauf un phénomène marginal réservé à quelques recueils de poèmes mal ficelés mais compte à son actif plusieurs best-sellers trustant les premières pages du classement des ventes dans plusieurs pays. On peut imaginer aisément que les premiers chiffres de rémunération qu&#39;Amazon laissera fuiter sur son nouveau service seront suffisamment alléchants pour inciter nombre d&#39;auteurs à opter pour ce système de rémunération à la page lue.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais plus que cela, Amazon ouvre ici une boîte de Pandore dans laquelle il serait très étonnant que Google (avec l&#39;écosystème Google Books) et Apple (avec iTunes) ne tentent pas à leur tour de s&#39;engouffrer.</p>
<h2 style="text-align: right;">AmazonPOP.</h2>
<p style="text-align: justify;">Plus globalement, ce modèle (qui encore une fois était parfaitement prévisible), s&#39;inscrit dans la logique d&#39;atomisation et de renversement du &quot;travail&quot; que je décrivais dans <a href="//mon_weblog/2015/06/les-coolies-de-la-pop-economie.html" target="_blank" rel="noopener">mon dernier billet sur les &quot;coolies de la pop économie&quot;</a> : en ne payant plus les auteurs en fonction du nombre de pages &quot;écrites&quot; mais du nombre de pages &quot;lues&quot;, et les algorithmes et autres DRM et dispositifs propriétaires (d&#39;Amazon) étant les seuls à pouvoir disposer des outils de mesure permettant ce fonctionnement, les &quot;auteurs&quot; se trouvent à leur tour en situation de travailler &quot;pour&quot; les algorithmes, à la manière de journaliers guettant la notification sur smartphone du nombre de pages &quot;lues&quot; de leurs ouvrages chaque jour.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est l&#39;évolution somme toute logique d&#39;un marché du livre déjà sous coupe algorithmique (souvenez-vous, c&#39;était en 2008, le contrat passé par Google avec les éditeurs américains et limité aux oeuvres &quot;orphelines&quot;, instituait la règle selon laquelle <a href="/mon_weblog/2008/11/le-tr%25C3%25A8s-r%25C3%25A9cent-accord-historique-pass%25C3%25A9-par-google-avec-les-%25C3%25A9diteurs-am%25C3%25A9ricains-continue-de-faire-causer-sur-la-toile-et.html" target="_blank" rel="noopener">un algorithme informatique (dans toute son opacité) présidait à la naissance d&#39;un marché et en devenait simultanément le seul régulateur</a>).</p>
<h2 style="text-align: right;">Petit actionnariat lectoral.</h2>
<p style="text-align: justify;">Une fois déployé, ce système pourrait également remettre en cause nombre de rentes souvent mal-acquises, redessiner des pans entiers des industries culturelles (on pourrait imaginer un système équivalent pour le cinéma ou la télé à la demande en ne facturant que le nombre de minutes réelles de visionnage). Il pourrait surtout redéfinir entièrement notre rapport à&#0160; la lecture comme activité socio-culturelle &quot;intime&quot; ou &quot;personnelle&quot; et son volet &quot;partageable&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;article de The Atlantic prend comme exemple celui du livre &quot;Le capital au 21ème siècle&quot; de Thomas Piketty, pavé de 700 pages, en rappelant (nombre d&#39;articles de presse s&#39;en étaient fait l&#39;écho) le paradoxe qui faisait de ce livre un best-seller en termes de vente mais dont les statistiques de lecture disponibles (notamment par le biais du Kindle) indiquaient que la plupart des gens n&#39;en avaient lu que quelques pages. Nous avons, en tant que lecteurs, tous déjà achetés des livres qui nous sont tombés des mains après quelques pages.</p>
<p style="text-align: justify;">&lt;Mise à jour&gt; Comme <a href="http://www.archimag.com/bibliotheque-edition/2015/06/22/amazon-payer-auteurs-page-lue-saboter-creation-litteraire" target="_blank" rel="noopener">le souligne également Archimag</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Eric&#0160;Zemmour&#0160;a vendu plus de 400 000 exemplaires de son essai &quot;Le suicide français&quot;. Mais seulement 7,3 % des lecteurs l&#39;ont lu jusqu&#39;à la fin ! L&#39;économiste&#0160;Thomas&#0160;Piketty&#0160;fait un peu mieux : 9,7 % des lecteurs ont terminé son pavé de près de 1 000 pages (Le capital au XXI​​ème siècle). Encore mieux, le dernier roman de Patrick Modiano, Prix Nobel 2014 (Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier) affiche un honorable taux de 44 %. Quant à Valérie Trierweiller (Merci pour ce moment), son score d&#39;achèvement est, de loin, le meilleur : environ 66 % des lecteurs sont allés au terme des mésaventures sentimentales de l&#39;ex compagne de François Hollande.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">&lt;/Mise à jour&gt;</p>
<p style="text-align: justify;">La question est de savoir ce que deviennent les auteurs de ces livres avec un modèle de rémunération à la page lue, comment ils s&#39;adapteront et adapteront leur production littéraire à ce nouveau modèle, tout autant porteur de nouvelles opportunités que de risques considérables. La question est aussi de savoir de quel nouveau sentiment de toute puissance&#0160; &#8211; ou de culpabilité &#8211; se sentira investi le lecteur dans le cadre d&#39;un système de rémunération à la page des auteurs, se trouvant pris dans les rêts d&#39;un nouveau &quot;petit actionnariat&quot; de la lecture.</p>
<h2 style="text-align: right;">L&#39;angoisse de la page <span style="text-decoration: line-through;">blanche</span> non-lue.</h2>
<p style="text-align: justify;">Après l&#39;offre Kindle Unlimited (accès intégral au catalogue d&#39;Amazon pour moins de 10 dollars par mois), Amazon, avec l&#39;annonce de ce nouveau service, poursuit son travail d&#39;exploration des opportunités de la &quot;pop économie&quot;. Sa place de leader incontesté et incontestable à la fois sur le secteur de la vente de livres mais également sur celui des dispositifs de lecture (le Kindle occupe plus de 50% des parts de marché mondiales) confère à cette annonce une portée absolument considérable qui pourrait définitivement achever de démanteler (version pessimiste) ou de remodeler (version optimiste) ce que l&#39;on appelait jusqu&#39;ici la &quot;chaîne du livre&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le savoir il faudra attendre la réaction des auteurs (je prends le pari qu&#39;elle sera pour l&#39;essentiel positive) et surtout celle des éditeurs (dont l&#39;inertie et la capacité à maintenir depuis plus d&#39;un siècle un modèle de rente dans lequel les auteurs touchent moins de 5% du prix de vente d&#39;un livre suffira à justifier l&#39;engouement des mêmes auteurs pour une alternative qui bien que dangereuse leur apparaîtra &#8211; dans un 1er temps &#8211; surtout prometteuse). Une chose est sûre, après l&#39;angoisse de la page blanche, Amazon vient d&#39;inventer l&#39;angoisse de la page non-lue.</p>
<h2 style="text-align: right;">Ad Sens(e) de lecture.</h2>
<p style="text-align: justify;">A l&#39;instar du modèle AdWords / Adsense de Google qui rémunère les auteurs de pages web au taux de clic mais constitue surtout la première et quasi-unique source de revenus de la firme, le modèle de rémunération à la page lue proposé par Amazon se veut une sorte &quot;d&#39;AdSense / AdWords&quot; de la lecture qui a pour objectif premier de renforcer la trésorerie de la firme. A ceci près qu&#39;il lui ôte &#8211; à la lecture &#8211; tout son sens. En tout cas ce qui fut son sens depuis l&#39;invention de l&#39;imprimerie. Le web se vendait à la régie publicitaire de Google au CPC (cost per click), la littérature se vendra bien à Amazon au CPPR (cost per page read).</p>
<p style="text-align: justify;">AdWords avait consacré la mise aux enchères du vocabulaire, avait fait du lexique, de la langue, un marché comme les autres (modèle du capitalisme linguistique de Frédéric Kaplan). Le modèle de rémunération des auteurs à la page lue transforme l&#39;activité de lecture pour en faire un &quot;indicateur&quot;, une &quot;variable&quot; permettant toutes les spéculations mais aussi tous les détournements.</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir cassé ce droit fondamental qui est celui de la confidentialité de l&#39;acte de lecture, Amazon s&#39;apprête désormais à le monétiser. <a href="//mon_weblog/2015/06/les-coolies-de-la-pop-economie.html" target="_blank" rel="noopener">Pop économie et salariat algorithmique</a>. Et toujours ces secteurs &#8211; celui de la langue -, toujours ces moments &#8211; celui de la lecture &#8211; que l&#39;on pensait préservés de la sphère marchande et qui s&#39;y trouvent systématiquement soumis et aliénés. Plus aucun espace-temps, <a href="//mon_weblog/2015/06/teddy-bear-jouets-donnees.html" target="_blank" rel="noopener">pas même celui du jeu</a>, qui ne fonctionne comme un système de remise à la tâche, qui ne soit un cheval de troie marketing ou un salariat algorithmique à peine masqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Se souvenir du <a href="http://www.ebouquin.fr/2011/03/12/la-declaration-des-droits-numeriques-du-lecteur/" target="_blank" rel="noopener">mal que les DRM ont fait aux droits du lecteur</a> (de livres numériques). Se souvenir aussi de Pennac, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Comme_un_roman" target="_blank" rel="noopener">comme un roman</a>, et son droit de ne pas lire, son droit de sauter des pages &#8230; De ce que ces droits deviendront lorsque les auteurs seront payés à la page lue &#8230;</p>
<h2 style="text-align: right;">L&#39;industrie de la lecture.</h2>
<p style="text-align: justify;">Jamais en tout cas l&#39;expression <a href="http://alaingiffard.blogs.com/culture/2007/09/lectures-indust.html" target="_blank" rel="noopener">d&#39;Alain Giffard à propos des &quot;lectures industrielles&quot;</a> n&#39;aura été aussi adaptée. A ceci près qu&#39;elle désignait originellement la capacité des algorithmes et autres crawlers à parcourir les pages web pour les indexer et offrir ensuite un accès à ces mêmes pages.</p>
<p style="text-align: justify;">Le modèle de rémunération à la page lue d&#39;Amazon consacre et institue l&#39;industrie de la lecture avec son cortège <span style="text-decoration: line-through;">d&#39;ouvriers</span> &quot;d&#39;auteurs spécialisés&quot; et de &quot;contremaîtres lectoraux&quot; tous soumis aux mêmes patronats algorithmiques fondés sur le contrôle des métriques et des données disponibles au travers de cette liberté essentielle que nous avons &#8211; malgré nous &#8211; abandonnée en refusant de l&#39;envisager comme absolument essentielle à l&#39;existence même de la démocratie : la liberté que nous conférait la confidentialité de l&#39;acte de lecture. Qu&#39;il nous faut à toute force et de toute hâte reconquérir. Si nous sommes encore capable d&#39;en comprendre la valeur.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ff0000;"><strong>&lt;Mise à jour du lendemain&gt;</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Cet article a été <a href="http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2015/06/22/amazon-quimplique-paiement-auteurs-a-page-lue-259887" target="_blank" rel="noopener">repris sur Rue89</a></p>
<p style="text-align: justify;">Lire aussi l&#39;article de <a href="http://www.numerama.com/magazine/33471-revolution-culturelle-amazon-va-payer-les-auteurs-a-la-page-lue.html" target="_blank" rel="noopener">Guillaume Champeau sur Numérama</a>. Extrait :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Amazon a ainsi inventé un &quot;Kindle Edition Normalized Page Count&quot; (KENPC), qui prend en compte la taille des polices, l&#39;espacement entre les lignes ou les images, pour déterminer la rémunération appropriée. Le marchand assure que le genre sera pris en compte pour ne pas handicaper de livres exigeants qui demandent moins de pages pour dire plus de choses, mais l&#39;on demande à voir. D&#39;autant qu&#39;Amazon annonce clairement qu&#39;un livre de 200 pages abandonné au milieu sera payé autant qu&#39;un livre de 100 pages lu jusqu&#39;au bout.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.slate.fr/story/103277/amazon-romanciers-payes" target="_blank" rel="noopener">Slate.fr,</a> <a href="http://www.presse-citron.net/amazon-va-remunerer-les-auteurs-a-la-page-pour-les-ebooks/" target="_blank" rel="noopener">Presse-Citron,</a> <a href="http://www.01net.com/editorial/658505/amazon-va-tester-le-paiement-des-auteurs-au-nombre-de-pages-lues/#?xtor=RSS-21" target="_blank" rel="noopener">01.net</a> et <a href="http://www.liberation.fr/culture/2015/06/22/amazon-va-remunerer-ses-auteurs-a-la-page-lue_1334593" target="_blank" rel="noopener">Libé</a> en causent aussi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff0000;">&lt;/Mise à jour&gt;</span></strong></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2015/06/lecture-a-la-decoupe/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Du Digital Labor au Copytalisme</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2015/04/du-digital-labor-au-copytalisme/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2015/04/du-digital-labor-au-copytalisme/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2015 20:43:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Big Data]]></category>
		<category><![CDATA[Document numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[HDR]]></category>
		<category><![CDATA[Internet des Objets]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Privacy]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2015/04/28/du-digital-labor-au-copytalisme/</guid>

					<description><![CDATA[Tout a déjà été brillamment écrit par Frédéric Kaplan sur la question du capitalisme linguistique. J&#39;avais de mon côté plus confusément proposé une théorie marxiste du document. Beaucoup de choses sont en train de s&#39;écrire et de se réfléchir sur les (nouvelles) questions du (nouveau) capitalisme numérique et autres Digital Labor ou portrait de l&#39;internaute [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="T" class="cenote-drop-cap">T</span>out a déjà été brillamment écrit par <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/KAPLAN/46925" target="_blank" rel="noopener">Frédéric Kaplan sur la question du capitalisme linguistique</a>. J&#39;avais de mon côté plus confusément proposé <a href="/mon_weblog/2012/03/le-web-en-lettres-capital.html" target="_blank" rel="noopener">une théorie marxiste du document</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup de choses sont en train de s&#39;écrire et de se réfléchir sur les (nouvelles) questions du (nouveau) capitalisme numérique et autres <a href="http://internetactu.blog.lemonde.fr/2014/12/20/digital-labor-comment-repondre-a-lexploitation-croissante-du-moindre-de-nos-comportements/" target="_blank" rel="noopener">Digital Labor</a> ou <a href="http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-digital-labor-portrait-de-l-internaute-en-travailleur-exploite-2012-12-08" target="_blank" rel="noopener">portrait de l&#39;internaute en travailleur exploité</a>, ou pour le dire autrement sur <a href="http://www.alternatives-economiques.fr/le-capitalisme-cognitif-multitudes-n--32_fr_art_735_38072.html" target="_blank" rel="noopener">les nouvelles formes d&#39;un capitalisme cognitif</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Je consigne donc très brièvement la réflexion que je me suis faite en apprenant que désormais le droit d&#39;auteur allait s&#39;appliquer aux &#8230; tracteurs. Et je vous explique.</p>
<h2 style="text-align: right;">Du droit d&#39;auteur aux tracteurs.</h2>
<p style="text-align: justify;">La nouvelle fait l&#39;objet d&#39;un billet de <a href="http://torrentfreak.com/farmers-unable-to-repair-tractors-because-copyright-never-a-side-effect-but-core-intention-of-law-150426/" target="_blank" rel="noopener">Rick Falckvinge (fondateur du Parti Pirate) sur Torrent Freak</a>, elle est également chroniquée dans <a href="http://www.wired.com/2015/04/dmca-ownership-john-deere/" target="_blank" rel="noopener">Wired</a> et sur <a href="http://rue89.nouvelobs.com/2015/04/27/reparer-tracteur-voiture-les-constructeurs-estiment-cest-illegal-258871" target="_blank" rel="noopener">Rue89. </a></p>
<p style="text-align: justify;">La situation est la suivante : les véhicules, tous les véhicules (voitures, tracteurs, camions, etc &#8230;) sont de plus en plus &quot;connectés&quot;, c&#39;est à dire, sans même parler de voitures sans chauffeur ou de tableaux de bord numériques, qu&#39;ils embarquent &#8211; et dépendent &#8211; de plus en plus de code informatique, y compris pour leur maintenance strictement mécanique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le fabriquant John Deere (et d&#39;autres) sont donc en train de faire pression dans le cadre du DMCA (Digital Millenium Copyright Act) pour ajouter une série &quot;d&#39;exceptions&quot; interdisant aux utilisateurs desdits véhicules (et nonobstant légalement propriétaires &#8230;) d&#39;aller bidouiller dans ce code informatique pour &#8211; par exemple &#8211; effectuer des réparations, identifier une panne permettant ensuite de changer une pièce mécanique défectueuse, etc.</p>
<h2 style="text-align: right;">10 ans d&#39;industries culturelles en 10 lignes. Version : axe du mal.</h2>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est vrai que <em>voler</em> un livre ou un CD ou un DVD <em>c&#39;est mal</em>. Mais l&#39;industrie du copyright et les nayantsdroits trouvant probablement que le monde n&#39;était pas peuplé de suffisamment de voleurs, ils décidèrent alors que <em>télécharger</em> un livre ou un CD ou un film <em>c&#39;était mal aussi</em>. <strong>Ainsi naquit l&#39;Hadopi.</strong> Mais là encore, trop peu de voleurs. Ils décidèrent donc derechef que <em>acheter</em> un livre, un CD ou un DVD et <em>le prêter</em> à ses amis ou <em>l&#39;écouter</em> sur la platine de son salon, dans le lecteur CD de sa voiture et sur un troisième dispositif de lecture <em>deviendrait interdit</em>. <strong>Ainsi naquit le DRM.</strong> Invitant ensuite à leur table leurs amis constructeurs et éditeurs, tous trouvèrent logique &#8211; juste pour nous éviter de sombrer malgré nous dans la délinquance &#8211; que le plus simple serait alors de cesser de proposer à la vente des ordinateurs proposant d&#39;y insérer n&#39;importe quel type de CD contenant n&#39;importe quel type de livre, de musique ou de film. Le tout pour favoriser leur nouveau chouchou, la consommation &quot;sur abonnement&quot; et &quot;en streaming&quot;. Ayant fait le tour de la question alors même qu&#39;ils n&#39;étaient qu&#39;à l&#39;apéritif de leurs libations, l&#39;un d&#39;entre eux se leva et pour déconner lança à la cantonnade : &quot;<em>Et bé y&#39;a qu&#39;à coller des DRM sur les tracteurs, et puis les voitures !</em>&quot; Il éructa ensuite violemment et tout le monde trouva que c&#39;était une bonne idée. Ils passèrent alors au plat de résistance.</p>
<h2 style="text-align: right;">La charrue de la dépossession avant les boeufs de la jouissance matérielle.</h2>
<p style="text-align: justify;">Bref, des DRMs qui ne seraient plus l&#39;apanage des livres ou de la musique mais s&#39;étendraient désormais aux machines agricoles et aux véhicules personnels. Lesdits bidouillages étant donc &quot;réservés&quot;, grâce à une exception au &#8230; droit d&#39;auteur (enfin au copyright), aux revendeurs agréés des différentes marques. Nous vivons décidément une époque formidable dans laquelle on n&#39;hésite plus à (tenter de) mettre la charrue de la dépossession avant les boeufs de la jouissance matérielle d&#39;un bien légalement acquis et dûment acquitté.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceci étant me direz-vous &#8211; et vous aurez raison &#8211; pas grand chose de nouveau sous le soleil sinon une cynique confirmation de plus que nous sommes bien entrés dans <span style="text-decoration: line-through;">le mur</span> <a href="/mon_weblog/2012/09/lacopie.html" target="_blank" rel="noopener">le règne du modèle de l&#39;acopie</a>. Rappel :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;L&#39;acopie ce serait alors l&#39;antonyme de la copie. Un terme désignant la mystification visant à abolir, au travers d&#39;un transfert des opérations de stockage et d&#39;hébergement liées à la dématérialisation d&#39;un bien, la possibilité de la jouissance dudit bien et ce dans son caractère transmissible, en en abolissant toute possibilité d&#39;utilisation ou de réutilisation réellement privative.&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Sauf que là on parle de tracteurs. Et qu&#39;il n&#39;y pas donc pas de &quot;dématérialisation&quot; d&#39;un bien, juste l&#39;abolition de toute possibilité d&#39;utilisation ou de réutilisation (ou de réparation &#8230;) réellement privative. D&#39;un tracteur. Au nom du droit d&#39;auteur. Ou plus exactement du droit de copie. Une époque formidable vous dis-je.</p>
<h2 style="text-align: right;">Propriété partout, jouissance nulle part.&#0160;</h2>
<p style="text-align: justify;">Historiquement, le mouvement &quot;open source&quot; dans le domaine du logiciel, naît &quot;en réaction&quot; et &quot;en opposition&quot; à une logique de &quot;propriétarisation&quot; perçue, vécue ou analysée comme abusive. Sauf que là, on ne parle pas encore de voitures open-source ou de véhicules libres (au sens de logiciels libres) que nos amis les cinglés nous balancent déjà des DRM sur de la mécanique. Que dire d&#39;autre sinon un tonitruant #WTF.</p>
<h2 style="text-align: right;">FLT. Front de libération des tracteurs.</h2>
<p style="text-align: justify;">Heureusement que nous sommes sur les internets. Et ce qui est bien <a href="/mon_weblog/2014/09/grand-bordel-internets.html" target="_blank" rel="noopener">sur le grand bordel des internets</a>, c&#39;est qu&#39;une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête &#8230; <a href="/mon_weblog/2014/09/grand-bordel-internets.html" target="_blank" rel="noopener">ça existe</a>. Et qu&#39;avant même que le tractotaulogique John Deere et ses potes adorateurs du copyright ne tentent une énième fois de nous ôter un de nos pourtant légitimes droits d&#39;usage, d&#39;autres petits malins mènent de passionnantes et fécondes initiatives de <a href="http://www.bastamag.net/Ces-agriculteurs-et-ingenieurs-qui" target="_blank" rel="noopener">libération des tracteurs en particulier et des machines agricoles en général</a>. Ah bé oui. C&#39;est comme ça que ça marche sur les internets. John Deere nous fait le coup du tracteur sous copyright ? BAM. Le <a href="http://opensourceecology.org/wiki/LifeTrac/fr" target="_blank" rel="noopener">LifeTrac est un tracteur open-source</a>. <a href="http://opensourceecology.org/portfolio/tractor/" target="_blank" rel="noopener">Nananananère</a>.</p>
<p><a class="asset-img-link" href="http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01b8d10ae3e6970c-pi" style="display: inline;"><img decoding="async" alt="Tractor" border="0" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef01b8d10ae3e6970c image-full img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef01b8d10ae3e6970c-800wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Tractor" /></a></p>
<h2 style="text-align: right;">Générique. Mais pas de fin.</h2>
<p style="text-align: justify;">A chaque nouvelle tentative d&#39;acopie, de propriétarisation abusive, à chaque nouveau coup de boutoir porté contre des usages légitimes par les industries du copyright ou des nayantsdroits, le monde du libre réplique. Ce fut le cas dans le domaine du logiciel, puis dans celui de la musique, puis dans le domaine des semences (<a href="http://www.terraeco.net/Decouvrez-les-grainotheques-ces,54986.html" target="_blank" rel="noopener">bisous #monsanto</a>), et désormais donc, dans le domaine des machines agricoles ainsi que dans celui des voitures (<a href="http://www.mobilite-durable.org/se-deplacer-aujourd-hui/vehicules-electriques-et-hybrides/tabby--wikispeed--les-voitures-open-source.html" target="_blank" rel="noopener">avec les projets Tabby et Wikispeed entre autres</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Alors bien sûr, répliquer ne veut pas dire l&#39;emporter. Et les enjeux financiers sont tellement colossaux que l&#39;essentiel du combat pour les tenants du libre est très &#8211; très très &#8211; loin d&#39;être gagné, y compris hélas sur ce premier terrain d&#39;affrontement que fut celui du logiciel. Mais l&#39;idée, pour reprendre un terme issu d&#39;un autre contexte dans lequel les questions de propriété intellectuelle sont déterminants (ainsi que les abus afférents), l&#39;idée c&#39;est de développer, grâce à l&#39;open-source, <a href="http://www.cairn.info/revue-innovations-2010-2-page-81.htm" target="_blank" rel="noopener">l&#39;équivalent de ce caillou que sont les médicaments génériques dans la chaussure des Big Pharma</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un monde de génériques.</strong> Pas juste des &quot;médicaments&quot; génériques mais des tracteurs génériques, des voitures génériques, des maisons génériques, des coques de téléphone génériques, des vêtements génériques. De la matérialité générique. Et l&#39;idée est d&#39;autant moins saugrenue que les moyens de production de ces &quot;génériques&quot; sont et seront, grâce aux imprimantes 3D, de plus en plus à la portée sinon d&#39;individus mais en tout cas de collectifs organisés autour d&#39;une cause ou d&#39;un but commun. Pendant tellement longtemps on nous a FrédéricLefèbrisé les esprits en nous bassinant avec ce dangereux internet sur lequel on pouvait trouver les plans pour fabriquer une bombe atomique. Bon certes fallait encore se procurer un peu d&#39;uranium &#8211; en vente dans tous les hypermarchés de France au rayon frais &#8211; mais on n&#39;allait pas non plus s&#39;arrêter à ce genre de détails. Des plans sur la comète de la criminalisation ah ça on nous en aura fait. Mais aujourd&#39;hui ce sont d&#39;autres plans qui sont disponibles sur les internets : des plans pour construire sa maison, sa voiture, son tracteur, sa machine agricole, sa prothèse de main. Le tout en open-source.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui m&#39;amène à l&#39;idée dont je voulais vous parler au début de ce billet <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> C&#39;est à dire comment, en complément du capitalisme linguistique et cognitif, et en parallèle du Digital Labor, se met en place un nouvel avatar du modèle capitaliste appliqué à l&#39;économie numérique : le copytalisme (à ne pas confondre avec le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Kopimisme" target="_blank" rel="noopener">Kopimisme</a>)</p>
<h2 style="text-align: right;">Copytalisme industriel.</h2>
<p style="text-align: justify;">Avec les nouveaux portes-flingues de la désintermédiation industrielle des services que sont AirB&#39;nB et Uber, et avec donc désormais les initiatives groupées de l&#39;industrie automobile et des copains de John Deere, nous voilà mis en face des 2 mamelles du capitalisme numérique : il s&#39;agit (mamelle 1) de trouver de nouvelles stratégies pour installer et garantir de nouveaux effets de rente sur la base d&#39;une littérale expropriation de notre droit de jouissance matérielle d&#39;un bien légalement acquis et payé (acopie donc), tout en (mamelle 2) se débrouillant pour faire assumer l&#39;essentiel des coûts de la chaîne de production par l&#39;usager / ouvrier.</p>
<p style="text-align: justify;">Et si, du côté du Cloud Computing et de la dématérialisation des biens &quot;culturels&quot;, l&#39;essentiel des coûts d&#39;équipement et d&#39;infrastructures (de stockage) restent à la charge des GAFAM, en revanche du côté de la matérialité des véhicules, des appartements, là par contre il est commode de reporter la charge d&#39;investissement sur l&#39;utilisateur / travailleur (qui utilise donc <em>sa</em> voiture, qui loue <em>son</em> appartement, etc.).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour entretenir (et faire perdurer) le modèle, ne reste alors plus qu&#39;à lui vendre toujours davantage de publicité en permettant à tous d&#39;acheter aux enchères toujours davantage de mots-clés et hop, tralala, bingo, c&#39;est le #combo : capitalisme linguistique + copytalisme industriel (acopie) + coûts d&#39;équipement et d&#39;infrastructure à la charge de l&#39;utilisateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Je précise un peu cette 2ème mamelle : pour vendre un service assimilable à celui d&#39;une compagnie de taxis, il faut posséder lesdits taxis. Ou se débrouiller pour utiliser les véhicules que l&#39;usager possède déjà. Uber. Pour vendre un service de location d&#39;hébergement, il faut posséder les appartements / maisons permettant ledit hébergement. Ou se débrouiller pour utiliser l&#39;appartement que l&#39;usager possède déjà. AirB&#39;nB.</p>
<h3 style="text-align: right;">Le reste n&#39;est affaire que de vaseline ergonomique et de poignée de gravier de défraiement.</h3>
<p style="text-align: justify;">Tout le monde trouvait déjà ça normal d&#39;installer du Adsense sur son blog pour entretenir le modèle publicitaire de Google en acceptant de n&#39;avoir comme revenus à la fin de l&#39;année que de quoi se payer un café sans sucre, tout le monde à l&#39;air de trouver normal et s&#39;estime en tout cas satisfait du maigre pourboire qu&#39;Uber ou AirB&#39;nB vous octroient une à deux fois dans l&#39;année, vous verrez qu&#39;à terme tout le monde trouvera normal de bosser gratuitement pour engraisser les actionnaires des GAFAM. C&#39;est un vrai mystère mais c&#39;est ainsi. Parce que c&#39;est pratique. Parce que ça correspond à un besoin. Parce que y&#39;a davantage de chances de gagner qu&#39;au Loto. Parce que y&#39;a un marché. Parce que les services (nous) sont vendus &quot;clés en main&quot;. On ramasse nos pièces jaunes avec le sourire (les temps sont durs pour tout le monde) et on passe à autre chose.</p>
<h2 style="text-align: right;">Extension du domaine <span style="text-decoration: line-through;">de la lutte</span> du copytalisme.</h2>
<p style="text-align: justify;">Le phénomène consistant à breveter ou à &quot;copyrighter&quot; la moindre portion de réel disposant du moindre bout de code (informatique) va nécessairement s&#39;étendre. Elle va s&#39;étendre parce qu&#39;à l&#39;horizon 2020 ce n&#39;est rien moins que <a href="http://www.fredcavazza.net/2015/04/22/mythes-et-realites-de-linternet-des-objets/" target="_blank" rel="noopener">50 milliards de capteurs passifs</a> qui nous attendent (ceux de l&#39;internet des objets) et que chacun de ces capteurs pourra à la fois être simultanément ou alternativement la rente et le gendarme de la rente du copytalisme. Elle va également s&#39;étendre parce que les GAFAM s&#39;intéressent déjà au contrôle et à la régulation de <a href="http://radar.oreilly.com/2015/04/googles-physical-web-vs-apples-ibeacon.html" target="_blank" rel="noopener">ce que Sean O&#39; Sullivan sur appelle le &quot;web physique&quot;</a> : <a href="/mon_weblog/2014/02/outerweb-et-infranet-rendez-vous-en-2063.html" target="_blank" rel="noopener">l&#39;outerweb et l&#39;infranet</a> ne sont pas des scénarios de science-fiction. Un tracteur John Deere avec de l&#39;informatique embarquée, c&#39;est du web physique = #CQFD = #DTC l&#39;usager.</p>
<h2 style="text-align: right;">Et si, oui mais &#8230; justement le 6 mai.</h2>
<p style="text-align: justify;">Et sinon, le 6 mai 2015, vous faites quoi ? <a href="http://www.defectivebydesign.org/dayagainstdrm/" target="_blank" rel="noopener">Parce que si vous ne faites rien, faudra pas non plus venir vous plaindre après hein</a> &#8230; <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Allez je vous laisse, je vais écouter un morceau de musique libre sur un tracteur open source en épandant mes semailles issues du réseau des grainothèques dans les sillons en Creative Commons de mon inaliénable (mais néanmoins <a href="http://bibliomancienne.com/2015/04/25/des-droits-dauteur-sur-le-domaine-public-tous-ces-livres-sont-a-qui/" target="_blank" rel="noopener">de toute part assiégée</a>) parcelle de domaine public. Mais si vous savez, cette parcelle qui est à moi précisément parce qu&#39;elle appartient à tout le monde. Qui est donc <em>aussi</em> la mienne. Le domaine public. Et puis j&#39;irai relire un peu de Rousseau. Pas le douanier, l&#39;autre. &quot;La propriété c&#39;est le vol&quot;. A moins que ne préfigurant l&#39;a-copie il n&#39;ait été écrit que &quot;l&#39;a-propriété c&#39;est le vol&quot;. Même plus besoin de nous exproprier. John Deere et ses copains ont trouvé mieux : une &quot;simple&quot; privation de la possibilité d&#39;une quelconque propriété, mais tout en continuant de nous vendre des tracteurs. Espérant qu&#39;ici comme ailleurs, le &quot;sentiment&quot; de propriété nous suffira.</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01b8d10ae602970c-pi" style="display: inline;"><img decoding="async" alt="1582173164" border="0" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef01b8d10ae602970c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef01b8d10ae602970c-800wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="1582173164" /></a>Lame Open-source et métaphore dans le domaine public du #LOL</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes en 2015. Un fabriquant de tracteurs vient de demander à pouvoir y déposer un copyright. Un droit de copie. Sur un tracteur. Mais où va le monde. Vous connaissez la fable du tracteur et de la fourmi ? A la fin c&#39;est la fourmi qui gagne. <a href="/mon_weblog/2014/09/grand-bordel-internets.html" target="_blank" rel="noopener">Celle de 18 mètres</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<p>&#0160;</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2015/04/du-digital-labor-au-copytalisme/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Acheter un livre numérique c&#8217;est acheter un droit de lecture personnel et non transmissible.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2015/01/acheter-livre-numerique/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2015/01/acheter-livre-numerique/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Jan 2015 10:30:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2015/01/29/acheter-livre-numerique/</guid>

					<description><![CDATA[Je viens de terminer un cours sur la question des bibliothèques numériques, suivi d&#39;un autre cours sur la question du livre numérique. Une vingtaine d&#39;heures au total avec mes étudiants du DUT information et communication de l&#39;IUT de La Roche sur Yon. Et je tombe ce matin, via un tweet d&#39;Aldus, sur cette page &#34;pédagogique&#34; [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="J" class="cenote-drop-cap">J</span>e viens de terminer un cours sur la question des bibliothèques numériques, suivi d&#39;un autre cours sur la question du livre numérique. Une vingtaine d&#39;heures au total avec mes étudiants du <a href="http://blogs.iutlaroche.univ-nantes.fr/infocom/" target="_blank" rel="noopener">DUT information et communication de l&#39;IUT de La Roche sur Yon</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je tombe ce matin, via un tweet d&#39;Aldus, sur cette page &quot;pédagogique&quot; mise en place par la librairie Decitre. Page qui s&#39;intitule : &quot;<a href="http://www.decitre.fr/aide/e-book" target="_blank" rel="noopener">Découvrir la lecture numérique</a>&quot;. Découvrons donc. Plutôt basique mais plutôt bien fichu. De petits schémas explicativo-illustratifs qui permettent, en effet, de découvrir la lecture numérique.</p>
<h2 style="text-align: right;">Et puis soudain il y a ça :</h2>
<blockquote>
<p>&quot;Acheter un livre numérique : c’est acheter un droit de lecture. Ce droit est personnel et non transmissible.&quot;</p>
</blockquote>
<p><a class="asset-img-link" href="http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01b7c7412afc970b-pi" style="display: inline;"><img decoding="async" alt="Livrenum" border="0" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef01b7c7412afc970b image-full img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef01b7c7412afc970b-800wi" title="Livrenum" /></a></p>
<h2 style="text-align: right;">Et là ça m&#39;énerve.</h2>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est même carrément au-delà de l&#39;énervement. Car oui c&#39;est hélas une partie &#8211; j&#39;ai bien dit &quot;une partie&quot; &#8211; de la réalité. Et malheureusement et à la différence des icebergs, cette partie &quot;émergée&quot; est beaucoup plus important que la partie &quot;immergée&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors pourquoi s&#39;énerver hein ? Après tout, acheter un morceau de musique numérique c&#39;est aussi acheter un droit d&#39;écoute personnel et non-transmissible. Et personne ne semble s&#39;en offusquer outre mesure. Le marché, l&#39;industrie de la musique se porte très bien. L&#39;offre légale des plateformes de streaming et les formules par abonnement existent et cartonnent. Les usages sont là. Tout le monde semble &#8211; j&#39;ai bien dit &quot;semble&quot; &#8211; y trouver son compte. L&#39;activité d&#39;écoute a passé le cap de la dématérialisation sans grands heurts. Alors pourquoi s&#39;émouvoir ou s&#39;inquiéter que l&#39;activité de lecture fasse de même ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et bien parce qu&#39;elle n&#39;y parviendra pas. Jamais. Never. No Way.</p>
<h2 style="text-align: right;">Musique d&#39;ambiance et écoute ambiante.</h2>
<p style="text-align: justify;">Si aujourd&#39;hui, acheter de la musique revient de plus en plus souvent à acheter un droit d&#39;écoute personnel et non-transmissible et si cela semble gêner beaucoup moins de monde que pour un livre, c&#39;est pour plusieurs raisons. D&#39;abord parce que les acteurs industriels (éditeurs, distributeurs) ont eux-mêmes et dans une même temporalité, façonné le marché, l&#39;offre et les usages, le tout sous l&#39;impulsion et après le déclic constitué par le débarquement de l&#39;iPod. C&#39;est ensuite &#8211; et à mon avis surtout &#8211; parce que ce bien culturel que constitue &quot;la musique&quot; fut, reste et demeurera un bien culturel multimodal avec une dimension de partage &quot;ambiante&quot;. Je m&#39;explique.</p>
<p style="text-align: justify;">Même si je suis abonné à un quelconque service de streaming (Deezer, Spotify, Itunes, etc.) et même si je ne peux donc pas confier à d&#39;autres un &quot;droit d&#39;écoute&quot; sur ma playlist (sauf dans le cas des playlist partagées, on est d&#39;accord, sauf si je file à quelqu&#39;un mon identifiant et mon mot de passe sur le service, on est d&#39;accord aussi, sauf si je &quot;déclare&quot; plusieurs appareils d&#39;écoute au sein de mon foyer à partir d&#39;un même compte, on est toujours d&#39;accord), il reste possible pour &quot;d&#39;autres&quot; d&#39;entendre les morceaux qui composent ma playlist à la radio, à la télé, sur Youtube, dans une autre offre gratuite d&#39;un autre service de streaming, etc &#8230; Bref, la &quot;conversation&quot; reste possible ; bref le référentiel commun peut se construire en miroir, en reflet, en écho ; bref le partage de cette référence culturelle que constitue pour moi tel ou tel morceau est, d&#39;une certaine manière, &quot;déjà&quot; partagé ou &quot;toujours&quot; partageable, accidentellement (passage radio par exemple), ou du fait de la multitude des opportunités d&#39;écoute disponibles (multimodalité).</p>
<h2 style="text-align: right;">La lecture d&#39;ambiance n&#39;existe pas. La littérature d&#39;ambiance non plus. Enfin en tout cas pas encore.</h2>
<p style="text-align: justify;">Rien de tel pour le livre. Parce que &quot;<a href="http://edition-equitable.org/" target="_blank" rel="noopener">la lecture n&#39;est pas réductible à une consommation</a>&quot;. Je répète : &quot;<a href="http://edition-equitable.org/" target="_blank" rel="noopener">la lecture n&#39;est pas réductible à une consommation</a>&quot;. Les étudiants auxquels s&#39;adresse mon cours font partie d&#39;un &quot;coeur de cible&quot;. En plus d&#39;être étudiants en DUT information et communication, ils ont choisi l&#39;option &quot;métiers du livre&quot; et se destinent donc à être bibliothécaires, libraires, éditeurs. Pourtant, depuis maintenant 5 ans que ce cours existe, moins de 10% d&#39;entre eux possèdent aujourd&#39;hui une liseuse et ont une activité &quot;dédiée&quot; de lecture numérique. Chaque année par contre, de plus en plus d&#39;entre eux possèdent (en leur nom propre ou chez leurs parents) une tablette. Ils sont tous abonnés à différents services d&#39;écoute musicale, ils consomment tous des films en streaming (et plutôt légalement qu&#39;illégalement), mais ils sont totalement étrangers à la lecture numérique. Parce que la lecture d&#39;ambiance n&#39;existe pas. Parce qu&#39;elle est une aporie. Alors même eux, eux qui seront demain les principaux prescripteurs et les principaux acteurs, même eux qui devraient pourtant saisir les formidables opportunités offertes par la partie immergée de l&#39;iceberg des usages, même eux qui sont en &quot;métiers du livre&quot;, même eux se rattachent à la lecture papier, au livre papier.</p>
<p style="text-align: justify;">Steve Jobs avec son iPod et dans son sillage les majors de l&#39;industrie du disque, ont offert à une génération entière non pas un &quot;<em>droit d&#39;écoute</em>&quot; mais un affranchissement de contraintes matérielles et pécuniaires (le prix d&#39;un CD) qui étaient &#8211; d&#39;ailleurs souvent légitimement &#8211; perçues comme autant d&#39;entraves ou d&#39;empêchements sur leur &quot;<em>désir d&#39;écoute</em>&quot;. C&#39;est parce que ce <em>désir</em> d&#39;écoute fut satisfait que l&#39;on accepta d&#39;aliéner quelques-uns de nos pourtant essentiels <em>droits</em> d&#39;écoute.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livre numérique tel qu&#39;il est présent chez les grandes plateformes de diffusion/distribution ne répond aujourd&#39;hui à aucun désir. Il n&#39;offre aucune perspective d&#39;affranchissement. L&#39;offre de livres numériques a émergé de manière tellement chaotique, de manière tellement complexe, de manière tellement asynchrone des usages et des pratiques, qu&#39;elle est devenue littéralement <em>illisible</em>. Sauf peut-être du côté de chez Amazon et de son offre Kindle Unlimited. Mais à quel prix. Au prix de quelles contraintes, de quelles aliénations.</p>
<h2 style="text-align: right;">&quot;Acheter un livre numérique : c’est acheter un droit de lecture. Ce droit est personnel et non transmissible.&quot;</h2>
<p style="text-align: justify;"><a href="/mon_weblog/2012/04/livre-numerique-de-quel-droit-.html" target="_blank" rel="noopener">Mais de quel droit parle-t-on vraiment ?</a></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pourquoi je commence toujours mon cours par cet article de Stallman sur &quot;<a href="http://framablog.org/2012/01/22/stallman-ebook-livre-electronique/?pub=1" target="_blank" rel="noopener">les dangers du livre électronique</a>&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pourquoi tant que nous en resterons là (le &quot;droit de lecture personnel et non transmissible&quot;) nous contribuerons tous autant que nous sommes à réduire l&#39;activité de lecture à une activité de consommation comme une autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pourquoi le &quot;marché&quot; du livre numérique ne décollera jamais réellement en France, ou que seuls quelques grands oligopoles consommatoires (Amazon, Apple, Google) en seront les hérauts.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pourquoi il est absolument vital que <a href="http://aldus2006.typepad.fr/mon_weblog/2009/10/librairie-num%C3%A9rique-1.html" target="_blank" rel="noopener">les quelques-uns, courageux, pionniers, qui ont fait le choix de fabriquer et/ou de vendre des livres et non des droits de lecture</a> soient présents dans l&#39;offre des mêmes grands oligopoles consommatoires.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais comme en y étant présents ils seront également soumis aux &quot;droits de lecture&quot; imposés, voilà pourquoi il est vital que d&#39;autres circuits, que d&#39;autres &quot;chaînes&quot; se mettent en place.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pourquoi il est une nouvelle fois urgentissime de s&#39;interroger sur <a href="/mon_weblog/2012/09/lacopie.html" target="_blank" rel="noopener">les modèles connus de &quot;l&#39;allocation&quot; et de &quot;l&#39;acopie&quot;</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pourquoi la seule question qui vaut aujourd&#39;hui, au-delà des discours déclinistes ou iréniques sur &quot;l&#39;avenir du livre à l&#39;ère du numérique&quot;, voilà pourquoi la seule question qui vaut est celle de savoir si la lecture est <a href="https://lejournal.cnrs.fr/articles/lattention-un-bien-precieux" target="_blank" rel="noopener">réductible à un trafic comme un autre dans le cadre d&#39;une économie de l&#39;attention</a> qui continuera d&#39;englober l&#39;ensemble de nos pratiques culturelles.</p>
<h2 style="text-align: right;">Ou alors continuons de buter des vieillards.</h2>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Quand un vieillard meurt, c&#39;est une bibliothèque qui brûle</em>&quot; écrivait Amadou Hampâté Bâ. Si les bibliothèques numériques de demain ne doivent être bâties que sur des &quot;droits de lecture personnels et non transmissibles&quot;, nous n&#39;aurons plus à nous inquiéter de la mort des vieillards, car nous les aurons tués dès leur entrée dans l&#39;âge d&#39;homme, dès leur entrée dans l&#39;âge de lire.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2015/01/acheter-livre-numerique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>15</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Numérique. Lecture. Adolescents.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2013/11/numerique-lecture-adolescents/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2013/11/numerique-lecture-adolescents/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Nov 2013 15:12:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Congrès, colloques, conférences et causeries]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2013/11/21/numerique-lecture-adolescents/</guid>

					<description><![CDATA[J&#39;étais aujourd&#39;hui invité à donner une conférence sur &#34;ce que le numérique change dans les pratiques de lecture des adolescents&#34;. Voici les slides de ladite conférence. &#0160; Comment le numérique transforme les lectures des adolescents ? from olivier Au-delà de ma seule intervention (et je n&#39;ai pas pu assister à celles de l&#39;après-midi), le format [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="J" class="cenote-drop-cap">J</span>&#39;étais aujourd&#39;hui invité à donner une conférence sur &quot;ce que le numérique change dans les pratiques de lecture des adolescents&quot;. Voici les slides de ladite conférence.</p>
<p>&#0160;</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="356" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="http://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/28468407" style="border: 1px solid #CCC; border-width: 1px 1px 0; margin-bottom: 5px;" width="427"> </iframe></p>
<div style="margin-bottom: 5px;"><strong> <a href="https://fr.slideshare.net/olivier/comment-le-numrique-transforme-les-lectures-des-adolescents" target="_blank" title="Comment le numérique transforme les lectures des adolescents ?" rel="noopener">Comment le numérique transforme les lectures des adolescents ?</a> </strong> from <strong><a href="http://www.slideshare.net/olivier" target="_blank" rel="noopener">olivier</a></strong></div>
<p style="text-align: justify;">Au-delà de ma seule intervention (et je n&#39;ai pas pu assister à celles de l&#39;après-midi), le format de cette journée d&#39;étude était intéressant car se trouvaient dans la salle des médiateurs du livre (bib, animateurs, etc) mais aussi des vrais adolescents invités sous la forme d&#39;une table-ronde à faire part de leur approche, de leur ressenti et de leur positionnement. Pas de scoops mais au moins 2 confirmations :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>côté adolescents (en tout cas ceux qui se sont exprimés)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est clairement la prescription de leurs pairs qui est essentielle, à part égale avec les prescriptions d&#39;autorité (leurs enseignants documentalistes et leurs profs de français). Très peu d&#39;usage également du numérique dans les activités de lecture (mais c&#39;est lié au fait qu&#39;ils ont de toute façon très peu de pratique de lecture). Sur ce point, les pratiques culturelles des français accusent (en terme de taux d&#39;équipement et d&#39;usages) un sévère décalage avec ce qui se passe dans le monde anglo-saxon. Frappé aussi de voir à quel point, y compris pour les &quot;gros lecteurs&quot;, la dimension du recours au conseil était inexistante : tous ont dit qu&#39;ils entraient dans des librairies, des bibliothèques, des médiathèques et que jamais il ne leur venait à l&#39;esprit d&#39;aller demander conseil.</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>côté &quot;médiateurs&quot; (en tout cas ceux qui se sont exprimés sur la scène)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Discours encore très stéréotypique et grosse difficulté à se projeter dans de nouvelles formes de médiation. Notamment numérique. Impression que l&#39;on n&#39;a de cesse que de tenter de réinventer la roue. L&#39;approche la plus innovante consistait à présenter un blog avec des suggestions de lecture. Pour le reste on en est encore à chercher &quot;comment impliquer les parents&quot;, &quot;comment faciliter la rencontre avec le livre&quot;. Une nouvelle fois très frustrant de réentendre ce discours qui était déjà là au début des années 80 mais pas la faute des acteurs qui se démènent sur le terrain pour trouver des solutions. La faute au système de formation notoirement moyen-âgeux sur ces problématiques de médiation numérique. Ce n&#39;est hélas pas la première fois que le monde du livre se révèle incapable d&#39;exploiter le trésor dont il dispose et préfère en laisser le soin à d&#39;autres, faute de temps, d&#39;argent, de politique publique adaptée, de formation, d&#39;envie aussi, quand même.</p>
<p style="text-align: justify;">La bonne nouvelle de la journée c&#39;est donc que dans le domaine de la médiation du livre (papier ou numérique), on dispose encore d&#39;une énorme marge de progression. Les mauvaises nouvelles sont, elles, listées dans mon diaporama <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f609.png" alt="😉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2013/11/numerique-lecture-adolescents/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Moteurs quantiques et humanité obsidionale</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2013/06/moteurs-quantiques-humanite-obsidionale/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2013/06/moteurs-quantiques-humanite-obsidionale/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Jun 2013 12:24:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[HDR]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Moteurs et autres engins]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2013/06/04/moteurs-quantiques-humanite-obsidionale/</guid>

					<description><![CDATA[Ils devinent ce que nous allons taper. Ils escamotent de plus en plus souvent la phase de requêtage. Ils comprennent le sens de nos requêtes en fonction du moment et/ou de l&#39;endroit d&#39;où nous les saisissons. Ils n&#39;ignorent presque plus rien de notre vie. Ils nous offrent des réponses avant même que nous ne formulions [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="I" class="cenote-drop-cap">I</span>ls devinent ce que nous allons taper. Ils escamotent de plus en plus souvent la phase de requêtage. Ils comprennent le sens de nos requêtes en fonction du moment et/ou de l&#39;endroit d&#39;où nous les saisissons. Ils n&#39;ignorent presque plus rien de notre vie. Ils nous offrent des réponses avant même que nous ne formulions nos questions. Ils comprennent le sens de certaines questions. Ils répondent à des problèmes mathématiques de plus en plus complexes. Manipulent des masses de données de plus en plus gigantesques. Battent monnaie et <a href="http://www.google.com/wallet/send-money/" target="_blank" rel="noopener">font circuler l&#39;argent en pièce jointe</a>, le <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/KAPLAN/46925" target="_blank" rel="noopener">capitalisme linguistique</a> en phase 2.</p>
<p style="text-align: justify;">Franchement, à part la recherche d&#39;information par télépathie, on discerne de plus en plus mal la <a href="http://www.actualitte.com/insolite/science-fiction-et-recherche-scientifique-vont-main-dans-la-main-42751.htm?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+Actualitt-UnePageDeCaractre+%28Actualitt%C3%A9+-+Une+page+de+caract%C3%A9re%29" target="_blank" rel="noopener">frontière entre la réalité technologique et la fiction</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le web sémantique est le graal technologique du &quot;search&quot;, l&#39;informatique quantique est longtemps restée le graal de l&#39;ingénierie du hardware et de la programmation. Or dans l&#39;un comme dans l&#39;autre cas, nous sommes à deux doigt de boire le calice jusqu&#39;à la lie.</p>
<h2 style="text-align: right;">Be Aware.</h2>
<p style="text-align: justify;">Alors que la programmation quantique dispose déjà de ses <a href="http://www.dwavesys.com/en/dev-tutorial-intro.html?utm_source=feedly" target="_blank" rel="noopener">premiers tutoriels &quot;grand public&quot;</a>, on apprend dans le <a href="http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-2325371/Google-unveils-superfast-quantum-cure-diseases-stop-global-warming-learn-drive-car.html" target="_blank" rel="noopener">DailyMail</a> et dans le <a href="http://bits.blogs.nytimes.com/2013/05/16/google-buys-a-quantum-computer/" target="_blank" rel="noopener">New-York Times</a> que Google vient d&#39;acheter l&#39;un des tous premiers ordinateurs quantiques, et compte notamment s&#39;en servir pour &quot;<em>soigner des maladies, trouver la solution au problème du réchauffement climatique, finaliser ses voitures se conduisant sans chauffeur, aider des programmes et des robots à mieux comprendre le langage humain.</em>&quot; Programme ambitieux mais qui ne relève pas tant que ça de la science fiction étant donné les deux principales particularités de ces ordinateurs quantiques : </p>
<ol>
<li>leur puissance de calcul (3600 à 50 000 fois plus rapide qu&#39;un super-ordinateur actuel en fonction de la difficulté de la tâche et du nombre de variables qu&#39;elle comporte) </li>
<li>et leur &quot;architecture interne&quot; (les &quot;qubits&quot; utilisés à la place des &quot;bits&quot;, ces derniers ne pouvant se trouver que dans 2 états distincts &#8211; activés ou non-activés &#8211; alors que les Qubits peuvent être activés, non-activés, ou dans un troisième état quantique)</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Point croustillant de l&#39;histoire, D-Wave (c&#39;est le nom de l&#39;ordinateur) a été développé par un laboratoire de la NASA, notamment grâce au soutien financier de Jeff Bezos (Pdg d&#39;Amazon). Un autre exemplaire a été acheté par la société d&#39;armement Lockheed Martin.</p>
<h2 style="text-align: right;">Beware.</h2>
<p style="text-align: justify;">Naturellement, le jour où l&#39;ensemble de l&#39;infrastructure de Google ou d&#39;Amazon et plus généralement l&#39;ensemble des <a href="/mon_weblog/2013/03/donnees-servitude-volontaire.html?utm_source=dlvr.it&amp;utm_medium=twitter&amp;buffer_share=3837a" target="_blank" rel="noopener">servitudes du Cloud Computing</a> seront assurées par des ordinateurs quantiques n&#39;est pas encore pour demain (l&#39;ordinateur acheté par Google ne sera réellement mis en fonctionnement qu&#39;à la fin de l&#39;année 2013). Mais la convocation de ce désormais &quot;possible&quot; ne doit pas retarder notre capacité à en interroger les limites ; comme la réalisation d&#39;une bibliothèque universelle &quot;possible&quot; n&#39;aurait pas du retarder notre capacité à en sonder les enjeux ; comme la convocation quotidienne d&#39;un milliard d&#39;individus dans un écosystème attentionnel propriétaire et fermé n&#39;aurait pas dû nous empêcher d&#39;en sonder les limites politiques et démocratiques ; <em>Et Caetera</em> et <em>Ad Libitum</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#39;ai déjà <a href="/mon_weblog/2013/05/numerique-la-paix-des-nombres.html" target="_blank" rel="noopener">souligné récemment</a> que &quot;<em>nombre de scénarios qui seraient apparus il y a encore quelques années<br />
comme seulement dignes de figurer au panthéon de la littérature de<br />
science fiction sont aujourd&#39;hui au stade du bureau d&#39;étude</em>.&quot; A la lecture du <a href="http://www.internetactu.net/2013/06/04/apres-la-smart-city-la-living-city/?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+internetactu%2FbcmJ+%28InternetActu.net%29&amp;utm_content=FaceBook" target="_blank" rel="noopener">dernier article d&#39;InternetActu</a><br />
il serait peut-être plus juste d&#39;indiquer que les vraies oeuvres de<br />
science-fiction sont d&#39;abord élaborées aujourd&#39;hui dans les laboratoires<br />
scientifiques sans plus nécessiter de passage par la littérature (ce<br />
qui explique d&#39;ailleurs probablement l&#39;explosion des dystopies et des<br />
uchronies dans le champ éditorial de la SF depuis la fin du XXème<br />
siècle).</p>
<h2 style="text-align: right;">BookWare.</h2>
<p style="text-align: justify;">&lt;HDR&gt; Contrairement à une idée aussi reçue que persistante, le livre est un terrain d&#39;observation privilégié pour comprendre et mesurer les bouleversements en cours dans un grand nombre de champs technologiques. D&#39;abord parce qu&#39;il est historiquement le tout premier artefact de connaissance (hors tablettes d&#39;argile et <em>Volumen</em>), celui qui dispose de la perspective diachronique la plus longue, ensuite parce qu&#39;il fut, historiquement toujours, le premier heurté, tant sur le plan économique que sociologique, par les technologies de numérisation et les problématiques associées (confidentialité de l&#39;acte de lecture, modèles économiques, linguistique de corpus et Big Data, numérisation et compréhension du langage naturel, etc &#8230;). </p>
<p style="text-align: justify;">Le livre est une machine : on relira à ce sujet l&#39;excellent <a href="http://infoscience.epfl.ch/record/181629/files/Kaplan%20-%20How%20Books%20Will%20Become%20Machines.pdf" target="_blank" rel="noopener">&quot;How Books Will Become Machines&quot; (.pdf)</a> de Frédéric Kaplan. Ce n&#39;est plus &quot;<a href="/mon_weblog/2011/01/s-affranchir-metaphore-du-livre.html" target="_blank" rel="noopener">l&#39;ordinateur qui est obsédé par le livre</a>&quot;, mais bien le livre qui est obsédé par l&#39;ordinateur. Au-delà de sa seule économie, c&#39;est bien la globalité des &quot;pratiques&quot; du livre et de la lecture que la réalité de l&#39;ordinateur / l&#39;informatique rend obsessionnelle et <a href="http://fr.wiktionary.org/wiki/obsidional" target="_blank" rel="noopener">obsidionale</a>. Et voici <a href="http://www.rtl.be/pourlui/article/Bucanneer-une-imprimante-3D-a-270-euros-209947.htm" target="_blank" rel="noopener">l&#39;arrivée désormais imminente des imprimantes 3D</a> capables d&#39;instancier physiquement, de rendre palpable et visible l&#39;ingénierie de ce qui ne pouvait hier encore que relever de notre seule faculté d&#39;abstraction, de représentation ou d&#39;interprétation, bref, de lecture. &lt;/HDR&gt;</p>
<p style="text-align: justify;">Comme dans toute &quot;guerre&quot;, c&#39;est le secteur économique qui est d&#39;abord touché et se sent assiégé. Puis après les échoppes viennent les citoyens et les lecteurs eux-mêmes. Il est alors en général déjà trop tard pour prendre les contre-mesures nécessaires et l&#39;on ne peut qu&#39;<a href="http://h16free.com/2013/06/04/24169-amazon-ca-suffit-a-la-fin" target="_blank" rel="noopener">inonder temporairement d&#39;argent frais (du contribuable) un modèle économique que l&#39;on ne s&#39;est pas donné les moyens de repenser à temps</a>.&#0160; </p>
<h2 style="text-align: right;">De la civilisation du livre à celle de l&#39;objet : en/un mo(n)de calcul(able).</h2>
<p style="text-align: justify;">Reprenons la citation de <a href="http://www.costis.org/x/donguy/poesies2.htm" target="_blank" rel="noopener">Jacques Donguy en 1995</a> : </p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>L’ordinateur, aujourd’hui, est obsédé par le livre, avec ses<br />
dispositifs de ‘lecture’ en amont, avec ses ‘imprimantes’ en aval, avec<br />
ses ‘livres électroniques’ sur disquettes ou sur disques compacts<br />
désormais, qui transforment cet instrument de mémorisation et de<br />
classement en une ‘machine’ à entrées multiples, productrices de<br />
‘textes’, au sens étymologique de ce terme (ce qui est tissu de mots).</em>&quot; </p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Sa transposition en 2013 pourrait donner à peu près ceci : </p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;Le livre, aujourd’hui, est obsédé par l&#39;ordinateur, avec ses algorithmes de recommandation en amont, avec ses ‘imprimantes 3D’ en aval dédiées à la fabrique d&#39;artefacts jusqu&#39;ici seulement &quot;décrits&quot;, avec<br />
ses &#39;tablettes interactives&#39; qui augmentent et enrichissent &#8211; et dénaturent également parfois &#8211; l&#39;expérience de lecture, avec son stockage dans le Cloud, ses technologies qui nous regardent lire, et qui transforment cet artefact servant à recueillir, à inscrire et à transmettre des connaissances et des fictions, en un maillon parmi d&#39;autres de dispositifs interfaces nous permettant en premier lieu d&#39;analyser, de mesurer, de comparer et d&#39;exprimer notre présence au monde, notre rapport aux autres.&quot;</p>
</blockquote>
<h2 style="text-align: right;">Humanité obsidionale</h2>
<p style="text-align: justify;">Dans un <a href="http://www.nytimes.com/2013/05/21/science/mit-scholars-1949-essay-on-machine-age-is-found.html?smid=tw-share&amp;_r=2&amp;pagewanted=all&amp;" target="_blank" rel="noopener">texte lumineux de 1949, Norbert Wiener</a> avait très largement documenté cette ère des possibles.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>The limitations of such a machine are simply those of an understanding<br />
of the objects to be attained, and of the potentialities of each stage<br />
of the processes by which they are to be attained, and of our power to<br />
make logically determinate combinations of those processes to achieve<br />
our ends. Roughly speaking, if we can do anything in a clear and<br />
intelligible way, we can do it by machine.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La calculabilité des objets ( = leur intelligibilité computationnelle) directement liée à notre capacité à établir des routines descriptives et itératives simples et fiables (algorithmes). What Else ?&#0160;</p>
<p>Dans ce même texte, Wiener nous met en garde et nous rappelle que&#0160; :&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Finally the machines will do what we ask them to do and not what we<br />
ought to ask them to do. In the discussion of the relation between man<br />
and powerful agencies controlled by man, the gnomic wisdom of the folk<br />
tales has a value far beyond the books of our sociologists. There is general agreement among the sages of the peoples of the past<br />
ages, that if we are granted power commensurate with our will, we are<br />
more likely to use it wrongly than to use it rightly, more likely to use<br />
it stupidly than to use it intelligently. (&#8230;)<br />
</em></p>
<p><em><br />
Moreover, if we move in the direction of making machines which learn and<br />
whose behavior is modified by experience, we must face the fact that<br />
every degree of independence we give the machine is a degree of possible<br />
defiance of our wishes. The genie in the bottle will not willingly go<br />
back in the bottle, nor have we any reason to expect them to be well<br />
disposed to us.        </em></p>
<p><em><br />
In short, it is only a humanity which is capable of awe, which will also<br />
be capable of controlling the new potentials which we are opening for<br />
ourselves. We can be humble and live a good life with the aid of the<br />
machines, or we can be arrogant and die.</em>&quot;        </p>
</blockquote>
<p>J&#39;en traduis juste quelques extraits : </p>
<blockquote>
<p>&quot;Le sentiment général des sages des temps passés est que si nous détenons un pouvoir à l&#39;échelle de notre volonté, nous avons davantage tendance à l&#39;utiliser pour faire le mal plutôt que le bien, à le faire de manière stupide plutôt qu&#39;intelligente (<em>NDLR : nous sommes 6 ans avant Hiroshima</em>). (&#8230;) </p>
<p>En plus de cela, si nous allons vers un stade dans lequel les machines sont capables d&#39;apprendre et que leur comportement peut-être modifié par l&#39;expérience (<em>NDLR : le cas notamment du PageRank de Google</em>), nous devrons faire face au fait que chaque degré d&#39;indépendance accordé à la machine est aussi un degré de défiance possible par rapport à nos souhaits. (&#8230;) </p>
<p>En bref, seule une humanité capable de crainte peut être aussi capable de contrôler les nouvelles potentialités qui nous sont offertes. Nous pouvons êtes humbles et vivre une vie heureuse avec l&#39;aide des machines, ou nous pouvons être arrogants et mourir.&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Plus d&#39;un demi-siècle plus tard, d&#39;autres, <a href="http://www.theatlantic.com/technology/archive/2012/11/noam-chomsky-on-where-artificial-intelligence-went-wrong/261637/?single_page=true" target="_blank" rel="noopener">dont Noam Chomsky</a> emboîtent le pas de Wiener et mettent à leur tour en garde contre ce qui apparaît comme le nouveau paradigme statistique à large échelle d&#39;une intelligence aussi artificielle qu&#39;artificiellement augmentée. </p>
<p style="text-align: justify;">La folie ou fièvre obsidionale désigne &quot;<em>le désordre mental qui frappe les habitants d&#39;une ville assiégée</em>&quot;. La couronne obsidionale était quant à elle, dans l&#39;antiquité romaine, &quot;<em>remise à celui qui avait délivré une ville assiégée</em>&quot; (<a href="http://www.cnrtl.fr/definition/obsidional" target="_blank" rel="noopener">Source</a>). Les extraordinaires bouleversements en cours, la rapidité de leur déploiement ne nous laissent malheureusement pas toujours le temps d&#39;en penser les implications économiques, politiques, sociales, éthiques et philosophiques sur le devenir même de l&#39;humanité et du &quot;faire société&quot;. Même s&#39;il y a déjà longtemps que sont identifiés les enjeux, les défis et les dangers possibles des NBIC (technologies &quot;Nano-Bio-Info-Cogno&quot;), l&#39;accélération subite de l&#39;ensemble de ces technologies disruptives, associée à leur convergence, nous place dès aujourd&#39;hui en situation d&#39;humanité assiégée par ceux-là mêmes seuls capables de nous en délivrer. </p>
<h2 style="text-align: right;">La clé des affordances.</h2>
<p style="text-align: justify;">Si ce péril est avéré, le salut passera d&#39;abord par notre capacité à dissocier la nature de ce qui nous rend assiégé, des technologies et des firmes qui en sont les porteuses. A dissocier clairement les agents pathogènes et les symptômes. A comprendre, à choisir et à délimiter les &quot;<a href="//mon_weblog/2005/08/au_nom_du_blog.html" target="_blank" rel="noopener">affordances</a>&quot; de chaque technologie au travers de chacun de ses grands usages possibles. </p>
<p style="text-align: justify;">Elle passe aussi &#8211; c&#39;est heureusement déjà très largement en cours mais à mon sens encore très insuffisamment &#8211; elle passe aussi, disais-je, par la capacité à intégrer au coeur même des laboratoires et programmes de recherche qui bâtissent aujourd&#39;hui les routines technologiques et sociales de nos vies numériques de demain, des &quot;penseurs de la technique&quot; au sens large (sociologues, éthiciens, etc.) aux ingénieurs, informaticiens, biologistes, programmeurs, mathématiciens. A réinvestir le champ de la pensée technique (travaux de Simondon notamment) dont on voit mal aujourd&#39;hui, à l&#39;exception notable de Stiegler et la bande d&#39;Ars Industrialis, qui en sont les représentants ou les héritiers.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle passe également par la capacité du politique à non plus uniquement se poser en arbitre des élégances d&#39;usage (<a href="http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/guerric-poncet/education-le-gouvernement-lache-le-logiciel-libre-03-06-2013-1675889_506.php" target="_blank" rel="noopener">ce qu&#39;il ne réussit d&#39;ailleurs même pas à faire</a>) mais à faire preuve de courage dans les décisions visant à favoriser clairement les seules clés permettant à la cité et à ses citoyens de sortir de cette fièvre obsidionale et névrotique de la documentation de soi, de l&#39;algorithmie ambiante, de la mise en coupe réglée calculatoire du monde et de ses agents, c&#39;est à dire, pour faire simple : le logiciel libre, la neutralité des réseaux, et les technologies interopérables. A comprendre que ces 3 notions n&#39;appartiennent qu&#39;à la marge au débat économique mais qu&#39;elles constituent dès aujourd&#39;hui les conditions non-négociables, le seul socle, les seules garanties de notre capacité à garder le contrôle sur nos vies, à ne pas être assujetti à une <a href="/mon_weblog/2010/05/la-boutique-contre-le-bazar.html" target="_blank" rel="noopener">conception cybernétique de la morale</a>. </p>
<p style="text-align: justify;">Elle passe enfin par la reconnaissance de l&#39;informatique comme culture, par la reconnaissance du code comme un être culturel à part entière :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>L’informatique<br />
a une histoire particulière : branche des mathématiques au départ, elle<br />
s&#39;est rapidement imposée comme une science autonome avant de devenir<br />
une industrie, puis une industrie culturelle, et enfin une culture. (&#8230;) Le Code n’est<br />
pas seulement algorithmique ou normatif. Il est aussi un être culturel<br />
agissant dans un contexte spécifique : d’ordre technique qui modifie<br />
notre rapport à l’écrit et à la culture de l’écrit. Le code<br />
n’est pas exclusivement destiné à la machine, mais aussi aux êtres<br />
humains ; c’est une forme de pratique lettrée vouée au commentaire et à<br />
l’annotation. Cette écriture, qui a ses propres propriétés, modifie<br />
notre rapport avec l’imprimé et l’écrit. Nous sommes en train de<br />
témoigner de cette culture et de la fabriquer.</em>&quot; Milad Doueihi, &quot;<a href="http://e-south.blog.lemonde.fr/2013/06/02/sur-lhumanisme-numerique-une-analyse-de-milad-doueihi-universite-de-laval-au-canada/" target="_blank" rel="noopener">Sur l&#39;humanisme numérique</a>&quot;.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et pour le reste &#8230;</p>
<p style="text-align: right;">&quot;<em>En bref, seule une humanité capable de crainte peut être aussi capable<br />
de contrôler les nouvelles potentialités qui nous sont offertes. Nous<br />
pouvons êtes humbles et vivre une vie heureuse avec l&#39;aide des machines,<br />
ou nous pouvons être arrogants et mourir.</em>&quot; Norbert Wiener, 1949.</p>
<p>&#0160;</p>
<p>&#0160;</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2013/06/moteurs-quantiques-humanite-obsidionale/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>De qui se MOOCS t&#8217;on ?</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2013/05/de-qui-se-moocs-ton/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2013/05/de-qui-se-moocs-ton/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 May 2013 18:02:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Document numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Livre numérique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2013/05/16/de-qui-se-moocs-ton/</guid>

					<description><![CDATA[MOOCS. Massive Open Online Courses. Depuis déjà quelques années, mais particulièrement depuis l&#39;année dernière au cours de laquelle le phénomène explosa littéralement (plus dans la presse que dans les usages d&#39;ailleurs &#8230;), c&#39;est l&#39;une des tendances lourdes du web pedago-numérique d&#39;outre-atlantique. 2012 fut donc l&#39;année des MOOCS (36), prenons en 2013 le temps d&#39;un premier [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="M" class="cenote-drop-cap">M</span>OOCS. Massive Open Online Courses. Depuis déjà quelques années, mais particulièrement depuis l&#39;année dernière au cours de laquelle le phénomène explosa littéralement (plus dans la presse que dans les usages d&#39;ailleurs &#8230;), c&#39;est l&#39;une des tendances lourdes du web pedago-numérique d&#39;outre-atlantique. 2012 fut donc l&#39;année des MOOCS (36), prenons en 2013 le temps d&#39;un premier état des lieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Peu d&#39;analyses ou d&#39;opinions personnelles dans le billet à suivre (bon un peu quand même vu que j&#39;arrive pas à m&#39;en empêcher &#8230;), mais surtout une bonne grosse revue de liens sur le sujet, après une veille de plusieurs mois, pour permettre de faire le tour de ce que l&#39;on sait aujourd&#39;hui des Moocs. Si vous n&#39;avez que 4 minutes, que vous parlez anglais et que vous ne connaissez rien au sujet, cette vidéo (39) est faite pour vous.</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Une (brève) histoire des MOOCS</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">On peut assez aisément (et assez sommairement pour ce qui va suivre) établir la généalogie des MOOCS. <strong>Libérer la production scientifique.</strong> Les archives ouvertes ont un peu moins de 25 ans mais il y a déjà plus de 40 ans que naissait, au Royaume-Uni le mouvement pour l&#39;open access, &quot;définitivement&quot; acté en 2001 avec la déclaration &quot;Open Access Initiative&quot; de Budapest. <strong>+ enseigner pour tous</strong>. C&#39;est en France que renaît en 1963 le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_populaire" target="_blank" rel="noopener">mouvement des universités populaires</a>, théorisé par Grundtvig au 19ème siècle. <strong>+ enseigner à distance.</strong> En 1969, au Royaume-Uni toujours, naissait &quot;l&#39;Open University&quot; (25), qui dès sa première année d&#39;ouverture (en 1971) accueillera près de 25 000 étudiants et sera la première à définir les canons de l&#39;apprentissage à distance encadré (&quot;supported open learning&quot;) (26), qui deviendra la FOaD en francophonie (FOrmation à Distance). Au début des années 2000 naîtra le mouvement des &quot;ressources éducatives libres&quot; (ou OER en anglais, &quot;Open Educational Ressources&quot;) (27). <strong>+ le web + le logiciel libre.</strong> Cet ensemble de mouvements convergents, additionnés à la massification des usages et des accès au web ainsi qu&#39;au développement du logiciel libre finira par s&#39;enraciner dans de prestigieuses universités. <strong>+ Exemplarité des pionniers</strong>. Naîtront alors quelques initiatives à forte visibilité et aux contenus déjà pléthoriques, dont la plus célèbre reste celle de <a href="http://ocw.mit.edu/index.htm" target="_blank" rel="noopener">l&#39;Open CourseWare du MIT</a>. <strong>= MOOCS</strong>. Les MOOCs pourront alors conjuguer les technologies du web au service d&#39;un public massifié, dans le cadre de pratiques d&#39;enseignement à distance pouvant s&#39;appuyer sur les connaissances désormais librement disponibles notamment via le mouvement de l&#39;open access. </p>
<p style="text-align: justify;">Le<br />
point clé de l&#39;acronymie des MOOCS réside dans le &quot;O&quot; de Open. Cette<br />
ouverture est double : &quot;open registration&quot;, pour la liberté offerte aux<br />
étudiants de &quot;s&#39;inscrire&quot; pour suivre l&#39;enseignement proposé, et &quot;Open<br />
License&quot; permettant de rediffuser et de redistribuer librement ledit<br />
MOOC (28).</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Le premier MOOC.</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Le premier MOOC officiel a été lancé par Stephen Downes (52) et Georges Siemens en 2008 (51) en prenant appui sur la théorie du connectivisme. Ce MOOC &quot;historique&quot; s&#39;étalait sur 12 semaines et comprenait 1900 étudiants, il était hybride dans son financement, certains étudiants payant pour obtenir une certification, d&#39;autres se contentant de suivre gratuitement le cours (sans certification à la sortie). Il portait sur le sujet du connectivisme et était &quot;bricolé&quot; à partir de différentes briques logicielles gratuites (un wiki, un blog, un forum Moodle, un aggrégateur type Netvibes &#8211; Pageflakes &#8211; un compte Twitter et une platefome de diffusion vidéo en streaming &#8211; UStream) (52).</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Le web est une salle de classe de 2 milliards d&#39;étudiants.</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#39;hui, un cours sur les moteurs de recherche peut réunir plus de 90 000 étudiants en quelques semaines (1). Quand Perter Norvig, spécialiste de l&#39;IA (entre autres) chez Google donne<br />
un cours sur son sujet de prédilection, 190 000 étudiants affluent de<br />
plus de 190 pays différents (1)</p>
<ul>
</ul>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Y&#39;a pas que les MOOCS dans la vie</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">La frontière entre les MOOCS et les MOOSe (&quot;massive open online<br />
seminar&quot;), sortes de Moocs rattachés à plusieurs institutions et/ou<br />
universités) est encore assez floue (1). Jean-Michel Salaun a<br />
été le premier à proposer une traduction stimulante des MOOCS, à savoir<br />
les COOPTs (COurs Ouverts Pour Tous) (2). Les MOOCS sont pervasifs et s&#39;appuient (parfois) sur d&#39;autres<br />
écosystèmes (comme Facebook pour créer des groupes d&#39;échange &quot;autour du<br />
cours&quot;, mais également sur des wikis, des blogs, etc &#8230;) (1). Il faut également distinguer entre &quot;cMOOCS&quot; et &quot;xMOOCS&quot;, ces derniers étant plus adaptés pour des enseignements nécessitant une navigation linéaire (par exemple pour des notions techniques) : les vidéos y sont plus courtes, les unités d&#39;enseignement plus réduites et systématiquement couplées avec des TP (67)</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>S&#39;inscrire à un MOOC et le suivre sont 2 choses différentes</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Le ratio entre les étudiants inscrits et ceux qui vont réellement au bout du cours est encore assez faible (deux exemples : Machine Learning &gt; 104,000 registered and 13,000 completed the course,<br />
and Introduction to Databases &gt; 92,000 registered, 7,000 completed) (1) (15). D&#39;autres études suggèrent que près de 90% des étudiants inscrits ne vont pas jusqu&#39;au bout du cours en ligne (30). Ce qui d&#39;ailleurs ne me semble pas remettre en cause l&#39;intérêt du modèle : j&#39;enseigne depuis maintenant plus de 10 ans à l&#39;université, et je peux vous assurer que même en présentiel, et même quand je suis en pleine forme, je suis loin d&#39;avoir l&#39;attention de 100% de mes étudiants sur 100% d&#39;une séance de cours complète (c&#39;est à dire sur l&#39;ensemble d&#39;un module ou d&#39;une matière enseignée).</p>
<ul>
</ul>
<h2 style="text-align: right;"><strong>La pédagogie des MOOCs</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><strong>Flipped classrooms.</strong> Beaucoup de MOOCs s&#39;appuient sur la pédagogie de la classe inversée (Flipped Classrooms) (3) (22) (24) (65). Il paraît d&#39;ailleurs que &quot;l&#39;on apprend mieux en ligne que dans un<br />
amphithéâtre&quot; (13). Probablement parce qu&#39;en ligne on est beaucoup plus<br />
libre de choisir ce que l&#39;on souhaite apprendre, et pas simplement parce<br />
la supposée causalité entre activité de l&#39;enseignant et passivité de<br />
l&#39;élève serait inversée (24) &#8230; </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>This is the end. Ou pas.</strong> Si les MOOCS peuvent signer le renouveau plutôt que la fin des<br />
universités (23), il semblerait en revanche qu&#39;ils actent la fin des<br />
salles de classe (et c&#39;est le président de l&#39;université de Stanford qui<br />
le dit) (14). Pour autant, l&#39;impact des MOOCS sur la pédagogie et la transmission des<br />
savoirs ne saurait être mesuré de manière globale : il dépend des<br />
fonctionnalités proposées et de la manière dont aura été pensé et mis en<br />
oeuvre ledit MOOCS. Comme il y a de bons et de mauvais profs, de bons<br />
et de mauvais élèves, il existe de bons et de mauvais MOOCS, certains<br />
d&#39;entre eux véhiculant une forme immémoriale d&#39;autoritarisme dans lequel<br />
l&#39;étudiant est totalement passif face à son écran, sans réelle<br />
possibilité d&#39;interagir avec quoi ou qui que ce soit (53).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une pédagogie du support.</strong> A titre personnel, je suis<br />
convaincu que très prochainement les MOOCS fusionneront avec les manuels<br />
scolaires numériques (35) pour ne plus former qu&#39;une seule et nouvelle<br />
entité hybride servant à la fois de receuil de connaissances et de<br />
support de diffusion des mêmes conniassances, tout en intégrant des<br />
process de certification &quot;personnalisés&quot; qui pourront ensuite être<br />
couplés ou &quot;découplés&quot; dans le cadre de cursus identifés et labellisés<br />
par des machins-choses qui s&#39;appelleront encore &#8211; peut-être &#8211; des<br />
universités.</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Big Brother is watching MOOCS</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">La suite des MOOCs c&#39;est peut-etre la surveillance &quot;en ligne&quot; des examens (4) et les manuels scolaires / universitaires électroniques qui notent et signalent les passages que vous n&#39;avez pas lus (5), annonçant par ailleurs une possible &quot;wal-martification&quot; des universités (72).</p>
<ul>
</ul>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Moocs et société : quels étudiants pour les MOOCS ?</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Le tissu universitaire est aussi et avant tout un tissu social. Que les Moocs pourraient remettre directement en cause et/ou détruire (6), avec des impacts au niveau d&#39;un pays, mais aussi et surtout au niveau du tissu universitaire des pays les plus pauvres et/ou des unviersités les moins &quot;côtées&quot;, instaurant avec eux une concurrence faussée : si tout le monde peut suivre les cours d&#39;informatique du MIT, pourquoi s&#39;inscrire à l&#39;université de Pau (notez bien que je n&#39;ai rien contre l&#39;unviersité de Pau, mais fallait bien prendre un exemple) ? (8). D&#39;ailleurs pour certains, ce credo prend la forme d&#39;un confiteor : &quot;<em>les MOOCS permettent d&#39;attirer les meilleurs étudiants étrangers</em>&quot; (12). Mais les MOOCS visent aussi (et peut-être surtout) ceux qui pour diverses raisons n&#39;auraient pas pu suivre de cours, tout court : </p>
<ul>
</ul>
<blockquote>
<p style="padding-left: 30px; text-align: justify;">&quot;<em>combien d’enfants peuvent se payer un<br />
prof dans une salle&#0160;? Combien d’adultes peuvent se permettre d’aller en<br />
cours à 8h du matin et dépenser 12.000€ par an dans une école de<br />
commerce&#0160;? 3% de la population cible&#0160;? 4%&#0160;? C’est aux autres que les<br />
MOOC s’adressent. À ceux qui, de toute façon, ne pourront JAMAIS aller<br />
dans cette salle de classe tant vénérée, lieu d’un contact &quot;privilégié&quot;.<br />
À ceux pour qui les MOOC, ce sera mieux que rien, car aujourd’hui ils<br />
n’ont rien. Lisez Mohammed Yunus, le fondateur de Grameen Bank,<br />
expliquer que quelques heures d’éducation même mal faite transforment<br />
des vies dans un pays sous-développé. (&#8230;) Avec les MOOC, nous visons ce que le chercheur en<br />
innovation Clayton Christensen appelle les &quot;non consommateurs&quot;, les<br />
exclus de fait du système. Exclus pour cause de ressources (augmentation<br />
continue des frais de scolarité qui rendent les études de moins en<br />
moins accessibles), exclus pour cause de modalités (pas de cours en<br />
soirée, la nuit, pendant les vacances) ou exclus pour cause de<br />
particularités (apprendre à son rythme, à sa manière, sans le regard des<br />
autres, etc.</em><strong><em>)</em> (17)</strong> <strong>&#0160;</strong></p>
</blockquote>
<p>Nota-Bene : se souvenir d&#39;ailleurs que Danah Boyd avait déjà montré comment Facebook détruisait l&#39;expérience de mixité sociale des universités américaines &#8230; (7)</p>
<ul>
</ul>
<h2 style="text-align: right;">Qui sont les MOOCers ?</h2>
<p style="text-align: justify;">On connaissait les &quot;blogging scientists&quot; (universitaires qui blogguent), les &quot;Tweatchers&quot; (enseignants et universitaires qui tweetent), mais qui sont les MOOCers, ces universitaires qui créent et animent des blogs ? Et pourquoi le font-ils ? Le plus souvent par curiosité et enthousiasme, mais également par besoin de reconnaissance ou crainte de ne pas laisser passer un train, mais aussi pour améliorer leur propre pratique professionnelle ou pour bénéficier de davantage de retours et d&#39;interactions (63). La plupart d&#39;entre eux utilisent prioritairement des vidéos et des ressources éducatives libres dans leurs MOOCS (63). Pour le reste, eux-mêmes sont très peu convaincus de la possibilité pour les MOOCS de donner un jour lieu à la délivrance de diplôme ou même d&#39;une quelconque certification (63).</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Les MOOCS, combien ça COOTS ?</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le gratuit a un prix.</strong> À l&#39;instar des ressources éducatives libres pour lesquelles le coût minimal de production d&#39;un cours &#8211; d&#39;un cours du MIT mais d&#39;un cours tout de même &#8211; est estimé entre 10 et 15 000 dollars (19), les MOOCS sont le plus souvent des ressources faussement gratuites : leur conception, leur diffusion, les matériaux associés (captations vidéos par exemple) ont évidemment un coût. Il convient dès lors non pas de se méfier de ces coûts non apparents des MOOCS (20), non pas davantage &#8211; à mon avis &#8211; de s&#39;inquiéter d&#39;un signal de gratuité qui pourrait être assimilé à une &quot;non-valeur&quot; du coût de la connaissance ou de l&#39;apprentissage (21), mais d&#39;assumer ces coûts au regard des charges dont ils permettent à leur tour de s&#39;affranchir. Ceci étant, la question de modèle économique de diffusion et d&#39;accès à la connaissance est loin, très loin d&#39;être réglé <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f641.png" alt="🙁" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /><br /><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MOOCS licenciés.</strong> Aujourd&#39;hui, même si l&#39;ensemble des MOOCS sont effectivement gratuits et offrent en cela une réponse digne et efficiente à l&#39;hallucinante augmentation des frais d&#39;inscription universitaire dans les pays anglo-saxons notamment ces 10 dernières années, il reste important et même essentiel de poser la question des droits associés, notamment via les licences creative commons si l&#39;on veut que les MOOCS restent réellement &quot;ouverts&quot; (29) et bloquer toute réappropriation illicite ou tout phagocytage par différents <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Passager_clandestin_%28%C3%A9conomie%29" target="_blank" rel="noopener">passagers clandestins</a>.<br /><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Donc d&#39;où vient l&#39;argent ???</strong> Et bien de 4 sources différentes : majoritairement de fondations, des universités (sur fonds publics ou privés), d&#39;entreprises et de fonds d&#39;investissements (venture capital) (31) Et c&#39;est précisément parce que fondations, entreprises et &#8211; dans une moindre mesure &#8211; fonds d&#39;investissements sont également les principaux financeurs des universités américaines qu&#39;un vent de panique commence à souffler sur pas mal d&#39;entre elles (37), la gratuité des MOOCS venant heurter frontalement la situation de rente dans laquelle elles s&#39;étaient confortablement installées en ayant en plus le toupet inouï d&#39;augmenter considérablement des frais d&#39;inscription déjà considérablement élevés (aux états-unis, nombre de ménages commencent à épargner pour les études universitaires de leur enfant dès &#8230; la naissance de leur enfant).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cours gratuits pour diplômes payants ?</strong> A terme il semble difficile d&#39;imaginer un modèle unique de MOOC définitivement et totalement gratuit ET ouvert, et l&#39;on devrait voir apparaître des modèles hybrides ou freemium (c&#39;est d&#39;ailleurs déjà le cas (55) sur certaines plateformes), la question de la certification étant par exemple un levier évident pour monétiser les MOOCS existants en préservant leur ouverture. Reste à savoir quels seront les acteurs de cette accréditation et les bénéficiaires du cash généré : les universités ? les navigateurs ? les plateformes d&#39;hébergement et/ou de création ? </p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Géographie des Moocs</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p>Majoritairement anglo-saxons mais l&#39;europe a récemment lancé <a href="http://www.openuped.eu/" target="_blank" rel="noopener">son propre portail</a> (9)</p>
<ul>
</ul>
<h2 style="text-align: right;"><strong>You&#39;re talking to MOOCS ?</strong></h2>
<ul>
</ul>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">La question de la langue va rapidement devenir cruciale et profondément discriminante. Ceux qui s&#39;offusquaient &#8211; à mon avis à tort &#8211; du risque d&#39;hégémonie de la langue et de la culture anglo-saxonne à cause du projet Google Books, feraient bien pour le coup de tirer les sonettes d&#39;alarmes dont ils disposent pour que, soit l&#39;enseignement de l&#39;anglais en France ressemble à quelque chose d&#39;autre qu&#39;un moyen de comprendre les paroles d&#39;Imagine de John Lennon, soit l&#39;université française et ses &quot;tutelles&quot; n&#39;attendent pas le prochain plan quinquennal du ministère pour mettre en place des MOOCS de qualité aux contenus francophones. Faudrait pas qu&#39;on refasse l&#39;erreur de penser que le CNED fut pour l&#39;enseignement à distance et les MOOCS aussi pionnier que le Minitel pour Internet (34) &#8230; Dit avec plus de retenue cela donne ceci : </p>
<ul>
</ul>
<blockquote><p>&quot;<em>Les Moocs anglophones connaissent un énorme succès populaire et aucun<br />
équivalent ne se pointe à l&#39;horizon dans la langue de Molière. Résultat :<br />
à l&#39;image du peu de présence du contenu en langue française sur le Web à<br />
l&#39;échelle mondiale, les universités de la francophonie sont en train de<br />
rater le virage numérique et les conséquences risquent d&#39;être<br />
désastreuses.</em>&quot; (33)</p></blockquote>
<h2 style="text-align: right;"><strong>La certification et la qualité des MOOCS</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">S&#39;inscrire à un MOOC c&#39;est bien, le suivre jusqu&#39;au bout c&#39;est mieux. Ne reste plus qu&#39;à obtenir une certification attestant de ce parcours. Et là c&#39;est plus compliqué. Comme signalé en (15) : &quot;<em>La valeur d&#39;un certificat de réussite à un MOOC<br />
est conditionnée par la capacité de relier une identité numérique à une<br />
identité réelle. Dans ce domaine, où Google et Facebook sont fortement<br />
présents (avec un avantage pour le second), l&#39;adoption d&#39;une plateforme<br />
MOOC pourrait donner un avantage significatif au challenger.</em>&quot;
</p>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Pour relier cette identité numérique à une identité réelle, les navigateurs sont clairement parmi les mieux placés, en pouvant s&#39;appuyer sur des protocoles comme OpenID ou bien encore en développant leurs propres systèmes de certifications, comme Mozilla et son système &quot;open badges&quot; (47) (48). Cette logique de certification bénéficie d&#39;ailleurs du soutien explicite du Ministère de l&#39;éducation américain (49).
</p>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
Pour autant, difficile de s&#39;y retrouver dans la déjà longue liste des MOOCS et dans les différentes possibilités de certification accordées (ou non). Une tentative de sériation est proposée (54) et l&#39;on y distingue au moins 6 possibilités : des &quot;Certificate of Completion&quot;, des &quot;Statement of Accomplishment&quot;, des &quot;Certificate of Mastery&quot;, plus toute la palette des &#39;&quot;Certificate, with Varied Levels of Accomplishment&quot;, sans compter les MOOCS qui n&#39;indiquent pas clairement quel est le type de certification délivrée et ceux qui n&#39;en délivrent aucune.
</p>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Le débat autour de la certification rejoint donc, on le voit bien, celui sur la question de la traçabilité et de l&#39;identité numérique. A ce titre la logique des grands acteurs du web visant à supprimer l&#39;anonymat peut-être vue comme un atout. Ou comme un nouveau risque pour la gestion de la vie &quot;privée&quot;. Le fait est que là encore, les universités et le pouvoir politique sont totalement à la ramasse (particulièrement en France mais pas que, loin s&#39;en faut) en ne voyant pas l&#39;intérêt de développer des logiques d&#39;identification et de certification ouvertes qui, lorsque le jour sera venu (et c&#39;est pour bientôt), permettraient de s&#39;affranchir du monopole constitué dans les usages par les éternels Google, Facebook, Amazon, Microsoft, Apple sur cet enjeu absolument prioritaire que devrait être la formation tout au long de la vie.
</p>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Bref la certification est un enjeu essentiel et qui pose d&#39;énormes problèmes, a fortiori lorsque certains états comme la Californie veulent forcer les universités à accepter comme autant de crédits &quot;valides&quot;<br />
certains cours dispensés par des organismes, y compris des organismes<br />
&quot;for-profit&quot; (11), et les professeurs n&#39;aiment pas ça du tout (10).</p>
<ul style="text-align: justify;">
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
</ul>
<p style="text-align: justify;">Comme si les choses n&#39;étaient pas déjà suffisamment compliquées, les MOOCS sont tellement protéiformes, ou, pour le dire différemment, les possibilités techniques sont tellement ouvertes, que la nature de l&#39;accompagnement, des ressources, des forums d&#39;entraide disponibles (ou non) varie considérablement d&#39;un MOOC à l&#39;autre, certains parlant déjà d&#39;une rupture entre les MOOCS 1.0 d&#39;hier et les MOOCS 2.0 de demain (18). Il est donc difficile pour l&#39;instant de déterminer des certifications homogènes.</p>
<ul>
</ul>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Les grands méchants MOOCS</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Moocs partout donc. A ce rythme là rien d&#39;étonnant à ce que les grands mastodontes du web, pour certains déjà positionnés sur le terrain éducatif (iTunes University par exemple), n&#39;avancent leurs pions à grands pas. Côté poids mouche, on trouve par exemple Reddit et son &quot;University of Reddit&quot; (40). Côté poids lourds, en sus du déjà mentionné Apple (<a href="http://www.apple.com/education/itunes-u/" target="_blank" rel="noopener">iTunesU</a> + dans un registre légèrement différent mais tout de même relié, iBooks Author dédié à la création de manuels scolaires / universitaires) c&#39;est Google qui, ayant depuis longtemps perçu l&#39;enjeu colossal du &quot;marché&quot; de l&#39;éducation se positionne lentement mais sûrement comme &#8211; une nouvelle fois &#8211; un incontournable dans la course pour remporter le marché de la formation en ligne (43). Le bras de fer entre les 2 géants pour gagner le marché mondial des salles de classe n&#39;en finit plus d&#39;être décliné à la sortie de chaque nouveau service (73). S&#39;appuyant sur le public captif des opportunément rebaptisées &quot;Google Apps for Education&quot; (41), et disposant également d&#39;un concurrent de poinds face à iTunes U avec la plateforme et les chaînes YouTube Edu (42), la prochaine bataille se jouera sur l&#39;ingénierie permettant de proposer une plateforme &quot;clé en main&quot; de création de MOOCS. Ne trouvant en la matière personne à racheter (comme il l&#39;avait fait avec Blogger et d&#39;autres dizaines de sociétés), Google lance sa propre solution de création de cours en ligne (pas encore mainstream ni wisiwyg), sobrement intitulée &quot;Course-Builder&quot; (45). Il semble que dans l&#39;organigramme de la firme, Peter Norvig soit plus particulièrement en charge de ce dossier (44) (46). L&#39;enjeu affiché : &quot;Helping the World to Teach&quot; (46). Si l&#39;objectif est atteint, une main-mise quasi-totale sur le marché de l&#39;éducation en-ligne dans les 5 prochaines années. En l&#39;occurence, Google dispose d&#39;un avantage de poids par rapport à Apple : sa relative &quot;ouverture&quot; (comprise comme sa capacité à délivrer des services gratuits) et sa capacité à s&#39;appuyer sur des externalités dont certaines sont intégrées de manière parfaitement transparente au sein de son propre écosystème de services.</p>
<h2 style="text-align: right;">Dark side of the MOOCS</h2>
<p style="text-align: justify;">Les MOOCS, tant dans leur modèle &quot;économique&quot; que dans leurs enjeux éducatifs, ne peuvent être envisagés isolément. Il nous faut les relier à l&#39;ensemble des mouvements et tensions qui attisent depuis quelques années la &quot;crise&quot; de l&#39;enseignement supérieur au niveau mondial avec trop souvent en seuls points de mire la compétitivité, la rentabilité et la course à la concurrence. Dominique Boullier, qui récemment rappelait la nécessité de s&#39;affranchir de la logique des marques pour les problématiques d&#39;enseignement de masse en-ligne (71), revient à la charge dans un billet récent sur Mediapart (60) en dressant admirablement le scénario sombre de l&#39;éclatement toujours possible de la bulle des MOOCS : </p>
<blockquote>
<p>&quot;<strong>Phase 6 (futuriste)&#0160;:</strong> Les investissements réalisés se<br />
retrouvent nettement moins rentables que prévus car les coûts de<br />
production et surtout d’animation pédagogique des groupes d’étudiants<br />
sont nettement plus élevés pour ceux qui veulent malgré tout atteindre<br />
une qualité dans ce domaine. Les investisseurs perdent leur mise et/ou<br />
abandonnent brutalement les plates-formes récemment créées en demandant<br />
des aides publiques sous peine de fermeture immédiate alors que tout le<br />
système d’enseignement est devenu dépendant de leur offre. La bulle des<br />
MOOC explose. (&#8230;) L’enseignement supérieur a cru trouver un<br />
raccourci à son sous-financement public et se retrouve pris dans un<br />
piège financier analogue aux pays étranglés par les banques qu’ils ont<br />
voulu sauver alors qu’elles avaient spéculé sur leurs dettes.</p>
<p><em>Résultat&#0160;:</em> Les faillites d’universités se multiplient (&#8230;). Les universités doivent<br />
recycler des contenus devenus inadaptés, des personnels embauchés sans<br />
modèle économique sérieux, le cimetière des innovations dans<br />
l’enseignement à distance se peuple de nouveaux cadavres, la culture<br />
numérique n’a pas avancé chez les enseignants qui étaient hostiles au<br />
départ et a reculé chez ceux qui étaient enthousiastes parce qu’on leur<br />
avait promis un eldorado fondé notamment sur leur propre notoriété<br />
(enseigner à 100000 personnes à la fois, le rêve d’avoir ses 15 minutes<br />
de célébrité mondiale distribuées en autant d’étudiants).&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Flippant. Mais indécrottablement pragmatique. Je soulignais moi-même le danger considérable des universités low-cost (27) : </p>
<blockquote>
<p>&quot;D’autant que pour compenser ici des restrictions budgétaires ou là, la<br />
bulle spéculative de l’augmentation de frais d’inscription<br />
universitaires dans le monde anglo-saxon notamment (61), on observe<br />
l’émergence de nouveaux types d’universités «&#0160;en-ligne&#0160;», ne<br />
s’apparentant que de loin ou très faussement à la galaxie des REL (Ressources Educatives Libres). La<br />
logique de développement de ces «&#0160;universités&#0160;Low Cost&#0160;» (62) ne<br />
correspond pas à une volonté réelle de mettre en place un nouveau<br />
rapport à l&#39;enseignement et une diffusion la plus large possible des<br />
connaissances et des savoirs, mais répond d’abord à une logique<br />
comptable&#0160;: rassembler des ressources d&#39;enseignement aujourd&#39;hui aussi<br />
nombreuses qu&#39;hétérogènes sur le Net, et y attacher la délivrance de<br />
diplômes.&quot;
</p>
</blockquote>
<h2 style="text-align: right;"><strong>Où sont les <span style="text-decoration: line-through;">femmes</span> MOOCS ?</strong></h2>
<ul>
</ul>
<p style="text-align: justify;">&quot;Les plus connues, nées comme il se doit dans la Silicon Valley à l&#39;ombre de Stanford, s&#39;appellent <a href="https://www.coursera.org/" target="_blank" rel="noopener">Coursera </a>et <a href="https://www.udacity.com/" target="_blank" rel="noopener">Udacity</a>. Harvard et le MIT ont fondé ensemble une start-up à but non lucratif, <a href="https://www.edx.org/" target="_blank" rel="noopener">edX</a>, qui a la même mission.&quot; (16)</p>
<ul style="text-align: justify;">
</ul>
<p style="text-align: justify;">Les deux premiers MOOCS en français sont là =&gt;<br />
http://gestiondeprojet.pm/mooc-gestion-de-projet/ (avec&#0160; une<br />
intéressante interview de son concepteur (32) et qui est en outre le premier MOOC français avec certification (70)) et là =&gt;<br />
http://itypa.mooc.fr/ (66)</p>
<ul style="text-align: justify;">
</ul>
<p style="text-align: justify;">Pour tout le reste, je vous renvoie à l&#39;excellente et suffisamment presqu&#39;exhaustive typologie d&#39;Audrey Bardon (38) et à l&#39;initiative ô combien salutaire de l&#39;OED (Open Education Database)<br />
qui propose un moteur de recherche structuré indexant déjà plus de 10<br />
000 MOOCS accessibles par thème, sujet, professeur, université, etc &#8230;<br />
(64) </p>
<p style="text-align: justify;">A noter d&#39;ailleurs que l&#39;un des enjeux des MOOCS, au-delà de leur<br />
seul repérage, résidera dans la capacité de médiation qui sera mise en<br />
place autour des innombrables ressources susceptibles de l&#39;alimenter,<br />
d&#39;où la nécessité pour les prescripteurs universitaires habituels que<br />
sont les bibliothèques de rapidement se positionner sur le sujet (68).<br />
Les MOOCS n&#39;annoncent pas la mort des salles de lecture ou des<br />
bibliothèques (69) mais le besoin de renouveller ou de réorienter les<br />
prestations de médiation qui y sont habituellement et traditionnellement<br />
attachées.</p>
<ul style="text-align: justify;">
</ul>
<p style="text-align: justify;">Et un petit dernier, spéciale dédicace pour mes étudiants et pour le<br />
cours de recherche d&#39;information : un <a href="http://www.powersearchingwithgoogle.com/" target="_blank" rel="noopener">MOOC consacré à la recherche<br />
d&#39;information avancée sur Google</a>. </p>
<p style="text-align: justify;">Sans oublier <a href="http://alternative-educate.blogspot.fr/" target="_blank" rel="noopener">LE site de référence</a> pour suivre l&#39;actualité des MOOCS (50)</p>
<ul>
</ul>
<ul>
</ul>
<h2 style="text-align: right;"><strong>The revolution will (maybe) be MOOCified.</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Le Pew Internet a mené une étude sur la perception des MOOCS par les universitaires eux-mêmes et l&#39;évolution de l&#39;enseignement supérieur (58) d&#39;où il ressort que sur une anticipation à court terme (horizon 2020), 40% d&#39;entre eux pensent qu&#39;en gros rien n&#39;aura fondamentalement changé (on continuera d&#39;avoir des unviersités, des cours en présentiel, et des validations de connaissances classiques) contre 60% qui estiment au contraire qu&#39;un nombre significatif d&#39;activités d&#39;apprentissage seront marquées par une individualisation très forte et des approches &quot;just in time&quot; dans les méthodes pédagogiques employées, et que le besoin d&#39;une &quot;certification&quot; (ou d&#39;un diplôme) sera déplacé vers celui de résultats personnalisés (&quot;customized outcomes&quot;), c&#39;est à dire de leviers, badges, indicateurs divers pouvant être directement réemployés dans un contexte précis dépassant largement celui de la recherche d&#39;emploi. </p>
<p style="text-align: justify;">Je suis de mon côté convaincu que les MOOCS n&#39;ont en eux-mêmes rien de réellement disruptifs. Ils ne bouleversent pas la manière d&#39;enseigner, pas davantage fondamentalement celle de &quot;fabriquer&quot; un cours, et les plateformes sont pour l&#39;essentiel un assemblage plus ou moins bien bricolé d&#39;outils existants (wikis, blogs, streaming vidéo, forums, etc.). La vraie révolution des MOOCS, leur potentiel disruptif se jouera cependant sur 2 points : le phénomène d&#39;audience tout d&#39;abord. Un même support de connaissance ou d&#39;apprentissage peut toucher simultanément plusieurs dizaines ou centaines de milliers de personnes, demain peut-être plusieurs millions. Cette amplitude était jusqu&#39;à lors réservée aux finales de coupe du monde de football. À l&#39;échelle des technologies éducatives, c&#39;est une ampleur d&#39;audience parfaitement inédite. Qui nécessitera, a minima, de réenvisager complètement l&#39;ensemble des processus de certification sur lesquels repose l&#39;université depuis le moyen-âge. Le second point disruptif ne viendra pas des MOOCS eux-mêmes mais des outils et technologies en lien avec l&#39;éducation et l&#39;apprentissage &quot;connecté&quot;, lesquels outils et technologies pourront progressivement être intégrés dans les MOOCS : objets connectés, technologies de synthèse vocale, manuels et livres augmentés, l&#39;ensemble de ces applications seront progressivement et inéluctablement intégrés dans les MOOCS. Alors seulement de nouvelles voies d&#39;apprentissage, de dissémination et de constitution de connaissances seront disponibles et adressées simultanément à des millions d&#39;individus. </p>
<h2 style="text-align: right;">In the MOOCS for love.</h2>
<p style="text-align: justify;">Henry Jenkins était à plus d&#39;un titre visionnaire quand il évoquait, dans son article &quot;From YouTube to Youniversities&quot; (56) les &quot;adhocraties&quot; comme &quot;<em>a form of social and<br />
political organization with few fixed structures or established<br />
relationships between players and with minimum hierarchy and maximum<br />
diversity.</em>&quot; Soit &quot;<em>l&#39;opposé de l&#39;université actuelle</em>&quot;. Et qu&#39;il nous rappelait déjà l&#39;urgence d&#39;imaginer des universités fonctionnant à la manière de Wikipédia ou de YouTube afin &quot;<em>de permettre le déploiement rapide d’expertises dispersées et la reconfiguration des champs</em>&quot;, rappelant du même coup que &quot;<em>pour éduquer de tels étudiants, nous n&#39;avons pas besoin d&#39;universités mais d&#39;un réseau de connaissance (&quot;intellectual network&quot;).</em>&quot;</p>
<p style="text-align: justify;">D&#39;ici là, je voudrais laisser le mot de la (presque) fin à Michel Serres : </p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>on a construit la Grande Bibliothèque au moment où l’on inventait<br />
Internet ! Ces grandes tours sur la Seine me font penser à<br />
l’observatoire qu’avaient fait construire les maharajahs à côté de<br />
Delhi, alors que Galilée, exactement à la même époque, mettait au point<br />
la lunette astronomique. Aujourd’hui, il n’y a que des singes dans<br />
l’observatoire indien. Un jour, il n’y aura plus que des singes à la<br />
Grande Bibliothèque.</em>&quot; (57)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ce que nous disent les MOOCS c&#39;est qu&#39;un jour, il n&#39;y aura plus que des singes sur les bancs de l&#39;université. Combattre cette idée, la réfuter ou s&#39;en désoler ne sert à rien. Il faut par contre d&#39;urgence produire une rétro-ingénierie du système actuel de transmission des connaissances et des savoirs, isoler les quelques invariants qui semblent nécessaires pour garantir un minimum de traçabilité et d&#39;authentification des savoirs produits et diffusés quel qu&#39;en soit le canal ou les modalités, et pour le reste, accepter de faire ce pari totalement fou, totalement insensé, totalement angoissant : le pari de faire confiance au plus large des collectifs humains et à sa capacité à s&#39;auto-réguler pour bâtir ce que sera l&#39;enseignement de demain, lequel collectif peut déjà s&#39;enorgueillir d&#39;avoir réussi le pari tout aussi fou, insensé et angoissant de bâtir une encyclopédie ouverte, massive, en ligne qui serait l&#39;égale des plus grandes, au point même de les rendre si vite parfaitement caduques.</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>BONUS TRACK MOOCS</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">
En 1989, <a href="http://www.openculture.com/2012/04/isaac_asimov_digital_learning_in_the_electronic_age.html" target="_blank" rel="noopener">Isaac Asimov avait déjà tout prédit</a> (59). &quot;Then everyone will enjoy learning&quot;. Pour l&#39;instant c&#39;est une magnifique prophétie. Il nous appartient collectivement d&#39;en faire une belle ambition. Bon, je vous laisse, je viens d&#39;écrire un nouveau chapitre de cet énorme cours en ligne massif et ouvert qu&#39;est Affordance.info <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f609.png" alt="😉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />
</p>
<h2 style="text-align: right;">Liens et références</h2>
<ul style="text-align: justify;">
</ul>
<ol>
<li>(1) http://www.nytimes.com/2012/03/05/education/moocs-large-courses-open-to-all-topple-campus-walls.html?pagewanted=all&amp;_r=0</li>
<li>(2) http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/post/2012/10/31/Un-COurs-Ouvert-Pour-Tous-%28COOPT%29-en-ligne</li>
<li>(3) http://lebrunremy.be/WordPress/?p=612</li>
<li>(4) http://www.technologyreview.com/news/506346/in-online-exams-big-brother-will-be-watching/</li>
<li>(5) http://mashable.com/2012/11/20/coursesmart-e-textbook/ et http://www.slate.com/articles/technology/future_tense/2012/11/coursesmart_analytics_whispercast_the_danger_of_software_that_monitors_students.html</li>
<li>(6) http://radar.oreilly.com/2012/11/online-learning-college-mooc.html</li>
<li>(7) http://www.linkedin.com/today/post/article/20130301160528-79695780-is-facebook-destroying-the-american-college-experience</li>
<li>(8) http://www.technologyreview.com/news/506336/online-courses-put-pressure-on-universities-in-poorer-nations/</li>
<li>(9) http://www.rslnmag.fr/post/2013/04/24/LEurope-organise-ses-cours-en-ligne.aspx</li>
<li>(10) http://www.educationnews.org/online-schools/professors-express-worry-over-possible-mooc-mandate/</li>
<li>(11) http://www.educationnews.org/online-schools/california-to-consider-bill-to-grant-college-credit-for-moocs/</li>
<li>(12) http://www.letudiant.fr/educpros/entretiens/un-mooc-commun-a-centrale-nantes-et-telecom-bretagne.html</li>
<li>(13) http://www.slate.fr/lien/59021/education-en-ligne-meilleure-universite</li>
<li>(14) http://www.ledevoir.com/opinion/blogues/les-mutations-tranquilles/351337/education-le-president-de-l-universite-stanford-predit-la-mort-des-salles-de-classe</li>
<li>(15) http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/71921.htm</li>
<li>(16)http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/25/les-moocs-a-l-assaut-du-mammouth_1853831_3232.html</li>
<li>(17) http://philippesilberzahn.com/2013/04/15/grand-mechant-mooc-rupture-en-marche-dans-education-superieure/</li>
<li>(18) http://www.affordance.info/mon_weblog/2011/10/ressources-educatives-libres.html</li>
<li>(19) http://www.insidehighered.com/views/2013/04/25/moocs-do-not-represent-best-online-learning-essay#ixzz2RUwcyV5N</li>
<li>(20) http://bits.blogs.nytimes.com/2013/03/25/beware-of-the-high-cost-of-free-online-courses/</li>
<li>(21) http://mitsloan.mit.edu/shared/ods/documents/High-Costs-of-Free-Online-Education.pdf&amp;PubID=5082</li>
<li>(22) http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/18434/apprentissage-inverse-avancee-regression/</li>
<li>(23) http://www.guardian.co.uk/education/2012/nov/11/online-free-learning-end-of-university</li>
<li>(24) http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/19570/quelles-plateformes-quels-modeles-enseignement-pour/</li>
<li>(25) http://www.open.ac.uk/about/main/the-ou-explained/history-the-ou</li>
<li>(26) http://www.open.ac.uk/about/main/the-ou-explained/teaching-and-learning-the-ou</li>
<li>(27) http://www.affordance.info/mon_weblog/2011/10/ressources-educatives-libres.html</li>
<li>(28) http://blogs.edweek.org/edweek/edtechresearcher/2012/05/all_moocs_explained_market_open_and_dewey.html</li>
<li>(29) http://creativecommons.org/weblog/entry/34852</li>
<li>(30) http://qz.com/65408/the-dirty-little-secret-of-online-learning-students-are-bored-and-dropping-out/</li>
<li>(31) http://chronicle.com/article/The-Major-Players-in-the-MOOC/138817/</li>
<li>(32) http://billaut.typepad.com/jm/2013/02/connaissez-vous-r%C3%A9mi-bachelet-from-lille-mooc-la-r%C3%A9volution-de-l%C3%A9ducation-au-niveau-monde-.html</li>
<li>(33) http://quebec.huffingtonpost.ca/mario-asselin/gratuite-universite_b_2475352.html?utm_hp_ref=fb&amp;src=sp&amp;comm_ref=false</li>
<li>(34) http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/02/12/cour-des-comptes-le-cned-a-manque-sa-revolution-numerique_1830721_823448.html</li>
<li>(35) http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2012/11/11/lavenir-des-manuels-scolaires-numeriques-looking-up/</li>
<li>(36) http://www.nytimes.com/2012/11/04/education/edlife/massive-open-online-courses-are-multiplying-at-a-rapid-pace.html?pagewanted=all</li>
<li>(37) http://www.nytimes.com/2012/07/18/education/top-universities-test-the-online-appeal-of-free.html?_r=3&amp;src=me&amp;ref=general</li>
<li>(38) http://www.knowtex.com/blog/20-sites-qui-vous-donnent-envie-apprendre/</li>
<li>(39) http://www.youtube.com/watch?v=eW3gMGqcZQc</li>
<li>(40) https://chronicle.com/blogs/wiredcampus/u-of-south-florida-professors-try-university-of-reddit-to-put-courses-online&#0160;</li>
<li>(41) http://www.google.com/a/help/intl/fr/edu/index.html</li>
<li>(42) http://www.youtube.com/education</li>
<li>(43) http://theconversation.com/google-winning-race-to-capture-education-market-9942?utm_source=dlvr.it&amp;utm_medium=twitter</li>
<li>(44) http://www.ted.com/talks/peter_norvig_the_100_000_student_classroom.html</li>
<li>(45) https://code.google.com/p/course-builder/</li>
<li>(46) http://googleresearch.blogspot.fr/2012/09/helping-world-to-teach.html</li>
<li>(47) http://alternative-educate.blogspot.fr/2012/06/what-are-open-badges.html</li>
<li>(48) http://www.edweek.org/dd/articles/2012/06/13/03badges.h05.html</li>
<li>(49) http://www.ed.gov/news/speeches/digital-badges-learning</li>
<li>(50) http://alternative-educate.blogspot.fr/</li>
<li>(51) http://onlinelearninginsights.wordpress.com/2012/05/29/mooc-mythbuster-what-moocs-are-and-what-they-arent/&#0160;</li>
<li>(52) http://www.downes.ca/presentation/197</li>
<li>(53) http://www.theawl.com/2013/01/venture-capitals-massive-terrible-idea-for-the-future-of-college#more-155388</li>
<li>(54) http://www.openculture.com/free_certificate_courses</li>
<li>(55) http://alternative-educate.blogspot.fr/2012/04/udemy-academy-of-you.html</li>
<li>(56) http://www.affordance.info/mon_weblog/2007/03/diversit_des_yo.html</li>
<li>(57) http://www.liberation.fr/culture/01012357658-petite-poucette-la-generation-mutante</li>
<li>(58) http://pewinternet.org/Reports/2012/Future-of-Higher-Education/Main-Findings/Respondents-thoughts.aspx </li>
<li>(59) http://www.openculture.com/2012/04/isaac_asimov_digital_learning_in_the_electronic_age.html&#0160;</li>
<li>(60) http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-g-boullier/130513/le-cycle-economique-infernal-de-la-financiarisation-de-l-enseignement-superieur-mooc-ficti</li>
<li>(61) Will Higher Education Be the Next Bubble to Burst?&quot; Chronicle of Higher Education, 22 Mai 2009, en ligne : <a href="http://chronicle.com/free/v55/i37/37a05601.htm" target="_blank" rel="noopener">http://chronicle.com/free/v55/i37/37a05601.htm</a></li>
<li>(62) Jeff Young, «&#0160;New Low-Cost University Plans to Use Social-Networking<br />
Tools&#0160;» in The Chronicle of Higher Education, 27 Janvier 2009. En<br />
ligne&#0160;:&#0160; <a href="http://chronicle.com/blogs/wiredcampus/new-low-cost-university-plans-to-use-social-networking-tools" target="_blank" rel="noopener">http://chronicle.com/blogs/wiredcampus/new-low-cost-university-plans-to-use-social-networking-tools</a></li>
<li>(63) http://chronicle.com/article/The-Professors-Behind-the-MOOC/137905/#id=overview</li>
<li>(64) http://oedb.org/open/</li>
<li>(65) http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20130107.OBS4612/au-canada-une-nouvelle-pedagogie-pour-aider-les-eleves.html</li>
<li>(66) http://www.netpublic.fr/2013/02/cours-mooc/</li>
<li>(67) http://zeroseconde.blogspot.pt/2013/02/le-mooc-desir-de-revolution.html</li>
<li>(68) http://moocsandlibraries.blogspot.fr/2013/03/proactive-librarian-mooc-engagement.html</li>
<li>(69) http://alternative-educate.blogspot.fr/2012/05/stanford-universitys-president-predicts.html</li>
<li>(70) http://www.netpublic.fr/2013/02/mooc-gestion-de-projet/ </li>
<li>(71) http://www.internetactu.net/2013/02/20/mooc-la-standardisation-ou-linnovation/</li>
<li>(72) http://chronicle.com/blogs/techtherapy/2012/05/02/episode-95-learning-analytics-could-lead-to-wal-martification-of-college/</li>
<li>(73) http://techcrunch.com/2013/05/15/with-google-play-for-education-google-looks-to-challenge-apples-dominance-in-the-classroom/?ncid=tcdaily</li>
</ol>
<ul>
</ul>
<ol> </ol>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2013/05/de-qui-se-moocs-ton/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>

<!--
Performance optimized by W3 Total Cache. Learn more: https://www.boldgrid.com/w3-total-cache/?utm_source=w3tc&utm_medium=footer_comment&utm_campaign=free_plugin

Mise en cache de page à l’aide de Disk: Enhanced 
Chargement différé (feed)
Minified using APC

Served from: affordance.framasoft.org @ 2026-05-07 15:44:29 by W3 Total Cache
-->