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	<title>Parcoursup &#8211; affordance.info</title>
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	<description>Le blog d&#039;un maître de conférences en sciences de l&#039;information. ISSN 2260-1856</description>
	<lastBuildDate>Wed, 28 Oct 2026 13:29:47 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Non #Parcoursup n&#8217;est pas « juste » une plateforme de mise en relation.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2026 13:19:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Métier]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
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					<description><![CDATA[Oui je vais encore vous parler de Parcoursup. Parce que j&#8217;entends une litanie lourde et lancinante. Et je l&#8217;entends aussi bien dans la bouche de celles et ceux qui « défendent » Parcoursup que de celles et ceux qui « condamnent » Parcoursup. Cette litanie dit que Parcoursup ne serait qu&#8217;une plateforme de « mise en relation » entre une offre [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="O" class="cenote-drop-cap">O</span>ui je vais <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/10/abolir-parcoursup-avant-quelle-ne-devienne-une-plateforme-purement-disciplinaire/">encore vous parler de Parcoursup</a>. Parce que j&rsquo;entends une litanie lourde et lancinante. Et je l&rsquo;entends aussi bien dans la bouche de celles et ceux qui « défendent » Parcoursup que de celles et ceux qui « condamnent » Parcoursup. Cette litanie dit que Parcoursup ne serait qu&rsquo;une plateforme de « mise en relation » entre une offre et une demande (version libérale), entre des lycéens et des universités (version social-démocrate).</p>
<p><strong>Ce cadrage (car c&rsquo;en est un) est mensonger à tous les niveaux</strong>. Dire que Parcoursup n&rsquo;est « <em>que cela »</em> ou que c&rsquo;est « <em>avant tout cela</em> » c&rsquo;est effacer de l&rsquo;espace public la dimension politique de toute technologie et donc de toute plateforme. Et ce cadrage est aussi mortifère et mensonger que de renvoyer aux « algorithmes » qui seraient seuls la cause de tous les maux et de tous les torts, et qui, en tant qu&rsquo;entités mathématiques, sont naturellement exempts de toute responsabilité car exempts de toute intentionnalité.</p>
<p>Sauf que. Oui Parcoursup utilise des algorithmes. D&rsquo;abord celui, précisément, de mise en relation dont le petit nom est <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Algorithme_de_Gale_et_Shapley">Gale-Shapley</a>. Ensuite ceux de refus de candidature sur la base &#8211; par exemple &#8211; d&rsquo;une moyenne générale inférieure à 11 ou 12 ou de notes dans telle ou telle matière là aussi inférieures à tel ou tel seuil. Enfin les « algorithmes locaux » c&rsquo;est à dire le travail des enseignantes et enseignants qui analysent les dossier et peuvent choisir de pondérer tel ou tel critère, telle ou telle note, tel ou tel élément. Je vous avais par exemple raconté <a href="https://affordance.framasoft.org/2020/05/parcoursup-algorithme-local/">ce que nous pratiquions dans la composante (IUT) où je travaille</a>. Donc oui il y a bien des algorithmes dans Parcoursup mais comme <a href="https://hal.science/hal-01625657v1/document">l&rsquo;écrivait Antonio Casilli</a> en préface à mon ouvrage « <a href="https://cfeditions.com/geants/">L&rsquo;appétit des géants</a> » (je souligne) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« L’algorithme n’existe pas, parce qu’il n’est que le prétexte pour un ensemble de décisions directes des acteurs des plateformes ciblant les communautés des usagers. Dissimulés derrière un apparat de bases de données et de modèles mathématiques, on retrouve le choix humain effectué par les concepteurs des interfaces, la règle de fonctionnement établie par les ingénieurs, la norme implémentée par les services de sécurité, et le référentiel de tarifs adopté par les commerciaux de chaque plateforme.</em><br />
<em>Force est d’admettre que la croyance collective de nos contemporains en un processus automatique objectif, efficace, exact, à la fois intelligible et imperscrutable, n’est qu’une superstition. Cet ouvrage est alors un rappel utile des problèmes qui surgissent quand on considère « l’algorithme » comme un être surpuissant et transcendant la décision humaine. Et son auteur de montrer que les dévotions envers cette entité abstraite ne sont que des rituels de reconnaissance des pouvoirs ô combien tangibles de ses propriétaires. Les instances publiques et privées qui se servent aujourd’hui de prétextes algorithmiques pour gouverner les conduites humaines participent de cette énorme imposture. <strong>Il n’y a pas d’algorithme, il n’y a que la décision de quelqu’un d’autre.</strong>« </em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Donc trois niveaux d&rsquo;algorithmes et trois niveaux de responsabilité</strong>. D&rsquo;abord celle du ministère qui fait le choix de maintenir une absence de hiérarchisation des voeux (pourtant non seulement permise mais nécessaire à l&rsquo;optimisation de Gale-Shapley). Ensuite celle des équipes pédagogiques (baptisées les « commissions d&rsquo;examen des voeux ») qui décident à la fois de règles générales en amont de la lecture des dossiers lycéens, et d&rsquo;autres règles au moment de cette lecture individuelle des dossiers (pour les formations qui en font encore une lecture individuelle et qui tendant à être de moins en moins nombreuses puisque précisément la non-hiérarchisation des voeux et le manque de places implique une explosion du nombre de dossiers reçus). Donc oui, si Parcoursup dysfonctionne et est sujet de débat, côté « algorithmes » c&rsquo;est en effet la faute et la responsabilité première du ministère. Punto et Basta.</p>
<p><strong>Revenons maintenant à l&rsquo;argument selon lequel « <em>c&rsquo;est juste une plateforme de mise en relation.</em>« </strong> Là encore c&rsquo;est totalement faux. Pour vous donner un équivalent, ce serait comme de considérer que LinkedIn, ou Facebook, ou Instagram, ou toutes les plateformes de réseaux sociaux sont « juste » des plateformes de mise en relation. Non, non, non et non. Ces réseaux devenus médias sociaux disposent certes, de fonctions de mise en relation, mais ce qui s&rsquo;y joue, précisément dans l&rsquo;enjeu des mises en relation, c&rsquo;est tout sauf uniquement des appariements et des mariages de circonstance optimisés. Ce qui s&rsquo;y joue c&rsquo;est la mobilisation d&rsquo;un périmètre de sociabilité complet, à la fois (et selon les spécificités de chaque réseau) dans sa dimension affective, relationnelle, professionnelle, etc. Périmètre de sociabilité qui active nécessairement le capital social, culturel, symbolique de chaque individu s&rsquo;y trouvant ou s&rsquo;y retrouvant.</p>
<p>Parcoursup n&rsquo;a rien à voir avec le site des impôts ou de la CAF dans lequel le dépôt d&rsquo;éléments de preuve (nos revenus, nos quittances de loyer, etc) mobilisent un futur qui est explicitement et surtout <em>politiquement arbitré</em> en dehors de ces sites eux-mêmes.</p>
<p>Dire que Parcoursup c&rsquo;est « juste une plateforme de mise en relation » c&rsquo;est oublier ce qui précisément, fait la nature d&rsquo;une &lsquo; »plateforme » et que là encore, <a href="https://www.casilli.fr/2017/10/01/de-quoi-une-plateforme-est-elle-le-nom/" target="_blank" rel="noopener">Antonio Casilli rappelait en relisant Tarleton Gillespie</a>.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« <em>une plateforme est une entité politique, et non pas une simple métaphore – elle illustre les dimensions collectives et la nature consensuelle des négociations qui ont lieu dans son périmètre.</em>« </p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>A l&rsquo;échelle des lycéennes et lycéens qui s&rsquo;y retrouvent, et des familles qui les accompagnent, Parcoursup c&rsquo;est d&rsquo;abord tout cela</strong>. C&rsquo;est d&rsquo;abord une plateforme qui active tout un périmètre de sociabilité. Vous n&rsquo;avez par exemple qu&rsquo;à voir les échanges en amont sur le choix des voeux et sous-voeux et surtout, dès les premiers résultats, les échanges autour de « son » classement et de « sa » place dans telle ou telle liste d&rsquo;attente.<img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-12602" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/5b0d0bfab12a5.jpeg" alt="" width="552" height="596" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/5b0d0bfab12a5.jpeg 552w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/5b0d0bfab12a5-278x300.jpeg 278w" sizes="(max-width: 552px) 100vw, 552px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C&rsquo;est une plateforme qui est traversée de leur capital social et culturel. Et c&rsquo;est une plateforme qui est un rite projectif de passage non à l&rsquo;âge adulte en tant que tel, mais dans des sociabilités nouvelles impliquant, comme tout rite de passage, d&rsquo;abord une séparation d&rsquo;avec son groupe actuel, puis l&rsquo;inscription dans une marge ou une liminarité qui est l&rsquo;épreuve elle-même (ici, de l&rsquo;attente des résultats et de leur découverte), et enfin l&rsquo;espoir d&rsquo;une intégration possible dans un nouveau groupe d&rsquo;appartenance qui reste entièrement aveugle au moment du rituel lui-même.</p>
<p>Parcoursup c&rsquo;est donc presque tout <em>sauf</em> « juste une plateforme de mise en relation ». Parcoursup c&rsquo;est une entité politique qui « <em>illustre les dimensions collectives et la nature consensuelle des négociations qui ont lieu dans son périmètre.</em> »</p>
<p>Ce que veulent toutes celles et ceux qui réclament l&rsquo;abolition de Parcoursup ce n&rsquo;est donc pas « juste la fermeture d&rsquo;une plateforme de mise en relation. »</p>
<p><strong>Ce que veulent toutes celles et ceux qui réclament l&rsquo;abolition de Parcoursup c&rsquo;est un droit de délibération sur ces négociations, et un droit qui soit un droit collectif</strong>. Et qui passe par l&rsquo;interrogation sur le manque de places à l&rsquo;université, sur les filières légitimes et celles qui le seraient moins, sur les évaluations normatives qui seront ou non prises en compte, sur l&rsquo;apaisement qui est nécessaire pour les années qui vont précéder et construire ces choix, sur la possibilité d&rsquo;être accompagné par des spécialistes de l&rsquo;orientation qui ne soient pas que des cabinets privés ou des professeurs principaux débordés (les <a href="https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-245QE.htm">nombre de CIO a drastiquement chuté depuis 10 ans</a>, les conseillers d&rsquo;orientation sont devenus des conseillers d&rsquo;orientation psychologues et leur nombre &#8230; a aussi considérablement chuté).</p>
<p>En attendant donc d&rsquo;y parvenir &#8230; oui <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/10/abolir-parcoursup-avant-quelle-ne-devienne-une-plateforme-purement-disciplinaire/">il faut abolir Parcoursup avant qu&rsquo;elle ne devienne une plateforme purement disciplinaire</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Abolir Parcoursup avant qu&#8217;elle ne devienne une plateforme purement disciplinaire.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Oct 2026 14:48:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Métier]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
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					<description><![CDATA[Parcoursup a été créé en 2018. Il y a huit ans déjà. Au regard du mouvement de la jeunesse qui est en cours et des revendications portées, Emmanuel Macron a annoncé qu&#8217;il allait &#8230; faire des annonces concernant Parcoursup ce lundi 26 Octobre 2026. Dans deux jours donc. Je vais lui faire, et vous faire [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="P" class="cenote-drop-cap">P</span>arcoursup a été créé en 2018. Il y a huit ans déjà. Au regard du mouvement de la jeunesse qui est en cours et des revendications portées, Emmanuel Macron a annoncé qu&rsquo;il allait &#8230; faire des annonces concernant Parcoursup ce lundi 26 Octobre 2026. Dans deux jours donc. Je vais lui faire, et vous faire gagner du temps.</p>
<p><strong><em><span style="color: #ff0000;">[mise à jour à la fin de ce billet, qui reprend et comment les annonces du gouvernement]</span></em></strong></p>
<p>Parcoursup. Depuis 2018 trois de mes enfants sont passés par cette plateforme. Et depuis 2018, en tant qu&rsquo;enseignant à l&rsquo;université, je fais partie de celles et ceux qui traitent les demandes et les dossiers étudiants. Et depuis maintenant un peu plus de deux ans (sans l&rsquo;avoir demandé mais au regard de situations et d&rsquo;arrêts maladie de collègues administratifs), je suis le « grand chef » de ce bordel à l&rsquo;échelle de ma composante (un IUT) : c&rsquo;est donc moi qui « administre » cette saloperie, vérifie les comptes, accorde tel ou tel « droit » à tel ou tel collègue, supervise la complétude des éléments qu&rsquo;il nous faut fournir dans des délais qu&rsquo;aucun être humain normalement constitué et ayant devant lui tous les jours des lycéen.ne.s ou des étudiant.e.s n&rsquo;envisagerait).</p>
<p>Donc quand vous aurez lu cet article, que vous soyez ou non en accord avec ce que je vais y décrire, accordez-moi un minimum de crédibilité liée à cette expérience de parent, d&rsquo;universitaire, et donc « d&rsquo;administrateur ».</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12556" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/HVDaWetXAAAw9Zs-1024x683.jpeg" alt="" width="770" height="514" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/HVDaWetXAAAw9Zs-1024x683.jpeg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/HVDaWetXAAAw9Zs-300x200.jpeg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/HVDaWetXAAAw9Zs-768x513.jpeg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/HVDaWetXAAAw9Zs-600x400.jpeg 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/HVDaWetXAAAw9Zs.jpeg 1500w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<h3 style="text-align: right;">Retour vers le futur.</h3>
<p>Depuis 2018 donc que Parcoursup existe, je vous en ai souvent parlé sur ce blog. Au moins une fois par an.</p>
<ul>
<li><strong>Mai 2018 : « <a href="https://affordance.framasoft.org/2018/05/jeune-president-vieux-con/">Le président de la start-up nation était en fait un vieux con comme les autres.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Premier état de choc, de sidération et de colère face à ce qui se passe. Pour rappel : « <em>Le lendemain des résultats de Parcoursup il y eut des classes entières de terminale où aucun, je dis bien aucun lycéen n&rsquo;avait autre chose que « refusé » ou « en attente ». Je vous laisse juste imaginer l&rsquo;ambiance et la tête du prof y débarquant le matin. Et si l&rsquo;imagination vous fait défaut alors allez voir sur Twitter, sur Facebook, ou dans les journaux. Donnez-moi les explications que vous voudrez mais les faits sont têtus : plus de la moitié d&rsquo;une classe d&rsquo;âge s&rsquo;est trouvée, à 15 jours de l&rsquo;examen du baccalauréat, avec un avenir qui indiquait « refusé » ou « en attente ». On n&rsquo;est pas sérieux quand on a 17 ans. Mais l&rsquo;on n&rsquo;a pas davantage envie d&rsquo;être « refusé » ou « en attente » comme seule alternative sérieuse.</em> »</p>
<ul>
<li><strong>Mai 2019 : « <a href="https://affordance.framasoft.org/2019/05/la-jeunesse-au-parcours-supplice/">La jeunesse au (parcours) supplice.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Rien ne change. Toujours les mêmes cohortes ahurissantes « réfusées » ou « en liste d&rsquo;attente ». Toujours l&rsquo;obstination de refuser une hiérarchisation des voeux qui, pourtant diminuerait considérablement à la fois l&rsquo;attente et le nombre de dossiers à traiter et donc le recours à des procédures d&rsquo;analyse de plus en plus contraintes, injustes, aléatoires.</p>
<ul>
<li><strong>Janvier 2020. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2020/01/e3c-et-mon-cul-connard-cest-du-confit/">E3C : et mon cul, connard, c&rsquo;est du confit ?</a>« </strong></li>
</ul>
<p>E3C pour « épreuves communes de contrôle continu. » Des épreuves de contrôle continu et une prise en comte desdites épreuves qui ne cessera de changer d&rsquo;année en année. Le seul invariant c&rsquo;est d&rsquo;installer du stress permanent, de modifier totalement le rapport à l&rsquo;enseignement, au lycée, aux enseignants, et aussi à son groupe classe. J&rsquo;écrivais :<em> « Il doit être encore temps pour faire ce que réclament tous les gens intelligents et qui ont enseigné devant des élèves ces 10 dernières années : annuler et /ou banaliser l&rsquo;ensemble des ces épreuves d&rsquo;E3C et mettre en place un vrai et simple contrôle continu courant sur l&rsquo;année, limité à un pourcentage du total du bac suffisamment faible pour ne pas répercuter de manière discriminantes les inégalités existant entre les établissements. Et puis c&rsquo;est tout. Passer à autre chose. Laisser à cette jeunesse que l&rsquo;on est si prompt à accabler la chance de vivre ses « années lycées » sans se poser, chaque mois, chaque trimestre, la question d&rsquo;un nouveau choix, d&rsquo;une nouvelle option, d&rsquo;un nouvel enseignements de spécialité, d&rsquo;une nouvelle épreuve E3C, d&rsquo;un improbable futur flottant au gré des ajustements de la machine ParcourSup, dans des calendriers de plus en plus tendus, exclusifs, aliénants, multipliant les injonctions paradoxales. Comme si l&rsquo;on voulait finir de s&rsquo;assurer que seuls ceux à l&rsquo;héritage suffisamment bourgeois auront encore une chance de passer au travers des mailles de ce qui devient, inlassablement, une machine à éreinter et à rendre docile.</em> »</p>
<ul>
<li><strong>Mai 2020. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2020/05/parcoursup-algorithme-local/">Je suis un algorithme local.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Plus personne n&rsquo;y comprend rien, parents, lycéennes et lycéens ; à l&rsquo;instar de Blanche-Neige et des nains, tout le monde voit des algorithmes partout. Alors je tente d&rsquo;expliquer comment nous bossons dans mon IUT, comment nous nous efforçons encore, oui, de regarder le contenu des dossiers, de presque tous les dossiers. Mais je rappelle aussi, par-delà la débrouille, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un projet de société mortifère. Qu&rsquo;il s&rsquo;agit de « <em>la première mise sous coupe algorithmique totale des possibilités offertes (ou refusées) à toute une génération. Et qu&rsquo;à ce titre elle est une habituation au forceps à se laisser gouverner, non pas par « des algorithmes », mais par des gens avec des projets politiques dissimulés derrière des algorithmes.</em> »</p>
<ul>
<li><strong>Juin 2021. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2021/06/parcoursup2021-sucks/">Parcoursup2021 sucks. Encore plus que d&rsquo;habitude.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Trois ans après le lancement de la plateforme, la boucherie et l&rsquo;escroquerie continuent.</p>
<p>La boucherie des chiffres. « <em>Il y avait <a href="https://www.vie-publique.fr/en-bref/278887-resultats-definitifs-du-bac-2020-95-de-reussite#:~:text=Une%20session%202020%20record,2020%20est%20une%20ann%C3%A9e%20exceptionnelle." target="_blank" rel="noopener">723 000 bacheliers l&rsquo;année dernière</a> – et il y en a davantage cette année. (&#8230;) 506 100 bacheliers auraient reçu une ou plusieurs propositions. Cette immarcescible quiche étant supposée maîtriser la soustraction au regard des coupes qu&rsquo;elle continue d&rsquo;opérer dans le renouvellement des postes de titulaires, cela veut surtout dire qu&rsquo;<strong>à ce jour 216 900 lycéen.ne.s n&rsquo;ont toujours reçu absolument aucune proposition de Parcoursup </strong>(à titre d&rsquo;information, l&rsquo;année dernière à la même époque ils étaient <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/05/parcoursup-algorithme-local.html" target="_blank" rel="noopener">plus de 400 000 sans réponse positive …</a> donc en effet c&rsquo;est … « mieux »).</em> »</p>
<p>Et l&rsquo;escroquerie de ce que l&rsquo;on raconte aux familles et aux lycéennes et lycéens : « <em>énormément de formations (&#8230;) ne tiennent absolument aucun compte de tous ces éléments. Oui vous avez bien lu : elles ne regardent jamais les lettres de motivation. Elles ne regardent jamais non plus les CV. Elle ne regardent même pas les appréciations des bulletins scolaires. Elles se contentent d&rsquo;appliquer un filtre automatique sur les moyennes des disciplines scientifiques. Et oui. Pensée émue pour tous les enseignants du secondaire et pour tous les parents qui ont répété à leurs élèves et à leurs enfants que « les appréciations c&rsquo;est important » et autres « il n&rsquo;y a pas que les notes qui comptent, la motivation et l&rsquo;attitude aussi. » La réalité c&rsquo;est que, <strong>pour une immensité de formations dans le supérieur aujourd&rsquo;hui, et c&rsquo;est bien malheureux, la motivation, l&rsquo;attitude et le projet professionnel on s&rsquo;en balek</strong>. Et c&rsquo;est un pur scandale. Un pur scandale parce qu&rsquo;on  ment aux élèves. Un pur scandale parce que cette loterie (autant vous dire que vu le nombre de candidatures, la différence entre deux dossiers ayant une moyenne comprise entre 16 et 16,5 dans les matières scientifiques ne peut pas relever d&rsquo;autre chose que de la loterie …) pouvait, les années précédentes, se prévaloir d&rsquo;un minimum de « rationnalité ». Je m&rsquo;explique. Lorsque l&rsquo;on avait encore une distinction claire entre les différents bacs (bacs scientifiques, bacs littéraires, etc), la plupart des collègues (des écoles d&rsquo;ingénieurs notamment) appliquaient des moyennes « contextuelles », c&rsquo;est à dire qu&rsquo;ils avaient la possibilité de faire la différence entre un élève qui avait 16 dans les disciplines scientifiques alors que la moyenne de sa classe était aussi à 16, et un autre élève qui avait également 16 de moyenne sur les matières scientifiques mais dans une classe où la moyenne de classe était à 12. Dans les deux cas on n&rsquo;opérait qu&rsquo;un tri statistique mais au moins cette statistique pouvait-elle être corrigée pour la rendre aussi objectivable que possible. Et aujourd&rsquo;hui ? (&#8230;) on ne peut plus le faire. Bah oui. Avec la fin des « filières », et la mise en place de la réforme du bac et des enseignements de spécialité, (&#8230;)on va trouver dans une même classe de 38 élèves des profils qui ont pris des enseignements de spécialité plutôt « littéraires », d&rsquo;autres plutôt uniquement « scientifiques » et qu&rsquo;au final, la moyenne « de la classe » sur le bloc scientifique ne donnera donc absolument aucun indicateur exploitable sur le niveau scientifique individuel corrélé à celui du groupe classe. Donc comme les collègues l&rsquo;expliquent eux-mêmes lors des (rares) portes-ouvertes, avec une honnêteté navrée, bah cette année ça va encore plus être la loterie que d&rsquo;habitude. »</em></p>
<ul>
<li><strong>Mai 2023. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2023/05/chef-de-departement-chronique-universitaire/">Chef de département (chronique universitaire).</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Depuis un an j&rsquo;étais devenu responsable d&rsquo;un département de formation (infocom) dans mon IUT (je le suis toujours). Dans un article où j&rsquo;essayais d&rsquo;expliquer ce que cela pouvait représenter dans le fonctionnement en mode toujours davantage « dégradé » de l&rsquo;université, je revenais aussi sur ce que je découvrais disons, « différemment ». Sur le fait que, par exemple, « <em>c’est à nous encore que parviennent les situations de familles écartées de Parcoursup mais nous faisant part de récits de vie qui vous laissent longtemps l’oeil humide et l’âme encombrée</em>« .</p>
<p>Et sur ce que traverse cette jeunesse dont on entend souvent qu&rsquo;elle « se met la pression » et la manière dont les réformes Blanquer sont des réformes d&rsquo;épuisement. « <em>En aucun cas. Jamais. La pression ils et elles la subissent. Il y eut le covid bien sûr, vivre l’enfermement, la claustration à l’âge où l’on n’aspire qu’à l’inverse. Mais il y a aussi les incessantes réformes, le spectre de systèmes de tri comme Parcoursup ou les « enseignements de spécialité » du « nouveau » bac Blanquer, qui atomisent les collectifs et les groupes classe. Qui les empêchent et les entravent dans leur simple désir d’être ensemble. Ces jeunes qui « se mettent la pression » selon leurs professeurs en classe de seconde, de première ou de terminale, nous en retrouvons l’essentiel à l’université, en IUT, en classes prépa. Comment s’étonner qu’ils et elles s’effondrent alors de manière de plus en plus récurrente ? Comment s’étonner de l’épuisement ou des errances lorsque nous les voyons arriver ?</em> » J&rsquo;en appelais, à l&rsquo;époque, à « <em>retrouver notre puissance de vacarme.</em> » Il semble que la jeunesse ait aujourd&rsquo;hui commencé à retrouver cette puissance. Nous n&rsquo;imaginez pas à quel point je m&rsquo;en réjouis.</p>
<ul>
<li><strong>Février 2024. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/02/sante-mentale-etudiante-ecouter-ne-suffira-plus/">Santé mentale étudiante. Ecouter ne suffira plus.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>La crise de la santé mentale que traverse la jeunesse se constate, se documente, se vit et se traverse à leurs côtés. La place de Parcoursup est absolument centrale dans cette crise. Non pas du fait d&rsquo;une plateforme qui n&rsquo;est qu&rsquo;un outil, mais parce que cette plateforme est accompagnée d&rsquo;un projet politique qui n&rsquo;a pour seul horizon que celui de fracasser le plus tôt possible chacune des aspirations légitimes de la jeunesse ; de bien lui montrer, à cette jeunesse, que même ses rêves seront administrés. J&rsquo;écris : « <em>Affelnet au collège, les groupes classe explosés façon puzzle depuis la réforme Blanquer, Parcoursup à la fac, MonMaster, les réformes incessantes qui s’empilent à chaque étape de leur scolarité du primaire à l’université, etc. Cette génération fait face à une injonction paradoxale qui les rend dingue à raison : on les saoule avec la réalité de diplômes qui seraient (du Bac à l’université) de plus en plus « faciles » ou de moins en moins « difficiles » à obtenir, et dans le même temps une partie de cette génération concentre une somme de difficultés et d’entraves (financières, sociales, psychologiques, géographiques) qui rend cette obtention quasi insurmontable ou au prix d’efforts et de sacrifices qui relèvent, à l’échelle de leurs trajectoires individuelles, de formes explicites de maltraitance.</em> »</p>
<ul>
<li><strong>Avril 2024. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/04/coercition-de-lintime-de-viry-chatillon-a-gaza-sans-retour/">Coercition de l&rsquo;intime.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Au prétexte d&rsquo;un fait divers sordide, pour la première fois un homme politique, Gabriel Attal, propose d&rsquo;inscrire dans Parcoursup la mention « <em>fauteur de trouble</em> » pour celles et ceux à l&rsquo;origine d&rsquo;une agression. C&rsquo;est la première fois que la dimension disciplinaire de cette plateforme est ainsi explicitement évoquée. Ce ne sera malheureusement pas la dernière. S&rsquo;il faut aujourd&rsquo;hui abolir Parcoursup, c&rsquo;est aussi parce que l&rsquo;extrême-droite et la droite qui n&rsquo;aspire qu&rsquo;à la rejoindre, sont en effet aux portes du pouvoir. Et que ces gens-là n&rsquo;hésiteront pas à s&rsquo;en servir pour discipliner et brutaliser des populations entières.</p>
<ul>
<li><strong>Mai 2025. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/05/cher-administrateur-parcoursup-mister-t/">Cher adminsitrateur de Parcoursup. Cher Mister T.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Je les connais, forcément, nous connaissons les noms de celles et ceux qui sont chargés de mettre en place cette merde et qui sont surtout chargés de nous expliquer (en essayant de s&rsquo;en convaincre eux-mêmes), que comme autant de modernes Pangloss, il s&rsquo;agirait de « la meilleure des plateformes possibles. » Alors puisque je les connais, bah je leur écris. Je leur écris parce que les derniers rares espaces dans lesquels les formations (nous) pouvaient essayer de limiter un peu la casse, ces espaces sont purement et simplement supprimés. En qu&rsquo;en les supprimant, le nombre de dossiers reçus explose encore davantage au-delà de toute forme de rationalité et d&rsquo;acceptable. Aux grands administrateurs ministériels et rectoraux de Parcoursup j&rsquo;ai écrit. « <em>Mais cette année, tu as serré la vis (&#8230;) pour l’ensemble des IUT (&#8230;). Interdiction formelle et définitive d’ajouter d’autres éléments que ceux demandés par Parcoursup (donc que des éléments moisis et caviardés). Pas de pièce complémentaire quelle qu’elle soit. Rien. Nib. Nada. Que Tchi. Que dalle. Peau de zob. Donc pour nous, pas de « compte-rendu d’entretien avec un ou une professionnelle ». Alors avant de prendre cette décision, je t’avais dit ainsi qu’aux services rectoraux qui sont à tes ordres, que c’était n’importe quoi. Parce que si on enlève cette pièce additionnelle, le nombre de dossiers que l’on reçoit va littéralement exploser avec pour l’essentiel des candidatures « de remplissage », c’est à dire des lycéens et lycéennes qui mettent notre formation simplement pour épuiser leur nombre de voeux disponibles. Sauf que bah nous derrière notre recrutement ne change pas : nous continuons d’examiner en détail chacun des dossiers que nous recevons.</em> » Nous traitions, avant cela, près de 900 dossiers (complets) pour moins de 60 places, nous en avons désormais plus de 1800. Mais ça, Mister T et les administrateurs de Parcoursup, bah ils s&rsquo;en foutent tellement qu&rsquo;ils ne prennent même pas la peine de me répondre, de nous répondre. Parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;épuiser l&rsquo;horizon de la jeunesse, il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;épuiser celui de la négociation et d&rsquo;épuiser aussi les gens qui en ont un peu la charge, c&rsquo;est à dire les universitaires, c&rsquo;est à dire nous.</p>
<ul>
<li><strong>Janvier 2026. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/01/parcoursup-est-lance-et-a-luniversite-cest-tous-les-jours-le-doomsday/">Parcoursup est lancé et à l&rsquo;unviersité c&rsquo;est tous les jours le Doomsday.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Les budgets de fonctionnement des universités d&rsquo;effondrent constamment. Plus aucune d&rsquo;entre elles n&rsquo;est en capacité de faire autrement que de voter des budgets en déficit. Et au milieu de cet océan de merde et de désespérance, l&rsquo;équipe Parcoursup continue d&rsquo;enfoncer le clou de la déshumanisation. Cette année pour la première fois il va nous falloir explicitement demander et justifier le maintien &#8230; d&rsquo;une lettre de motivation dans les dossiers. Cela paraît tellement fou de l&rsquo;écrire mais c&rsquo;est pourtant la réalité. Je l&rsquo;écris donc : « <em>Et là aussi pardon d’avoir eu (avec d’autres) raison trop tôt mais cela fonctionne exactement comme c’était prévu au départ. C’est à dire <strong>primo, déposséder la plupart des établissements de leur marges d’appréciation des dossiers</strong>. Juste pour vous donner une idée d’à quel point c’est lunaire, cette année on nous a expliqué que si on voulait toujours avoir des lettres de motivation dans les dossiers, bah il allait falloir … le justifier. Et oui. Je rappelle que par ailleurs tout est tellement saucissonné dans Parcoursup pour les lycéens et lycéennes que le remplissage d’un dossier renvoie immanquablement à la scène « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=6gc_svqHO4M">ça dépend ça dépasse »</a> du Père Noël est une ordure : décrivez votre vie en 100 caractères, votre projet d’orientation en 250 et votre motivation en 300 caractères espaces comprises. Parcoursup aujourd’hui c’est Twitter y’a 10 ans. Et donc maintenant c’est à nous de justifier que « ah mais oui on veut une lettre de motivation. » C’est encore une idée à la con de <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/05/cher-administrateur-parcoursup-mister-t/">mon ami Mister T et de son équipe</a> qui met au moins les 2/3 des équipes pédagogiques universitaires en PLS mais ça, mon ami Mister T et le ministère, ils n’en ont absolument rien à foutre. <strong>Deuxio, remettre entre les mains de décideurs aussi éloignés que possible du terrain</strong> (ou totalement alignés avec un agenda politique libéral circonstanciel, ce qui est tout à fait compatible avec le premier critère), <strong>les choix de volumétrie d’accueil et de nombre de places</strong>. Et là encore il faut lire <a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/20/universites-la-politique-educative-nationale-ne-vise-plus-a-elargir-l-acces-aux-etudes-superieures_6663297_3224.html">Julien Gossa qui le répète, le documente et l’explique patiemment</a> : « Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la politique éducative nationale ne vise plus à élargir l’accès aux études supérieures, mais à le réduire. La France se tourne désormais officiellement vers un régime de démassification, de réduction du niveau global d’éducation et de formation professionnalisante de la population. Cette orientation n’a pas d’équivalent historique (…)</em> »</p>
<ul>
<li><strong>Avril 2026. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/04/parcoursup-saison-8-faites-larmee-plutot-que-luniversite/">Parcoursup saison 8. Faîtes l&rsquo;armée plutôt que l&rsquo;université.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Huit années, C&rsquo;est le temps qu&rsquo;il aura fallu pour que la plateforme devienne une plateforme disciplinaire et qu&rsquo;elle l&rsquo;assume publiquement. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;en débattre avec les équipes pédagogiques mais d&rsquo;imposer le régime disciplinaire à toutes et tous. Par un simple mail qui disait ceci : « <em>Pour les candidats, la case à cocher « demande de césure » a été remplacée par deux cases distinctes « demande de césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel » et « demande de césure pour réaliser un service national ». <u>En effet, la césure pour service national sera une césure accordée de plein droit (projet de loi de programmation militaire)</u> à la différence de la césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel  qui est soumise à l’appréciation du chef d’établissement. » </em></p>
<p>Aucun moyen de contester, de discuter, d&rsquo;amender, de différer, de débattre de cette décision. La jeunesse ? De la chair à canon.</p>
<ul>
<li><strong>Octobre 2026. « <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/10/lycees-et-universites-la-revolution-du-peu-et-comment-aussi-au-milieu-de-tout-ca-parcoursup-est-devenu-parcourspute/">Comment Parcoursup est devenu Parcourspute.</a>« </strong></li>
</ul>
<p>Oh. Vous me trouvez vulgaire ? Grossier ? Vous préférez « Prostisup » ? Je vous explique. « La passe est à trois mille euros, ce sont les proxénètes Edouard Geffray et Philippe Baptiste qui fixent les prix. Parce que figurez-vous que nous en sommes-là. Les rectorats et services du ministère font directement du phoning, ils appellent les universités pour leur dire, « <em>alors si</em><em> vous nous prenez un des recalés de Parcoursup qu’on n’arrive pas à caser – vu que nous sommes fin septembre quand même hein … et qu’il en reste plusieurs milliers – alors on vous file 3000 euros. Cash. 3000 euros le lycéen. 3000 euros la lycéenne. Parcourpute. Attention hein, vous le ou la prenez en 1ère année mais on ne vous file les 3000 euros qu’une seule fois. Faut pas déconner non plus. Et si vous nous en prenez 50, alors on vous file un poste d’ATER pendant un an.</em> » Je vous jure que lorsque j’ai lu cette information dans <a href="https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/09/29/parcoursup-des-universites-franciliennes-remunerees-si-elles-acceptent-des-candidats-restes-sans-proposition_6785619_4401467.html">Le Monde</a> et dans <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/260926/le-marchandage-du-ministere-de-l-enseignement-superieur-pour-repecher-les-naufrages-de-parcoursup">Médiapart</a> je n’y ai simplement pas cru. Et puis après, et depuis, je suis tellement en colère. Et surtout j’ai tellement honte. Tellement honte. Tellement. »</p>
<h3 style="text-align: right;">Retour dans le présent.</h3>
<p>Jeudi 22 Octobre 2026. Le journal Le Monde nous apprend que dans la rencontre organisée à l&rsquo;arrache avec les organisations lycéennes qu&rsquo;il trouvait étrangement absentes du concert de Céline Dion, Emmanuel Macron avait, selon son entourage, « <em>souligné auprès des lycéens le « besoin d’une refonte en profondeur de Parcoursup » et promis des « décisions concrètes » lundi, après la réception des représentants du mouvement par Sébastien Lecornu</em>« . Dans le même journal Le Monde on lisait : « <em>Le gouvernement prendra des engagements dès lundi en lien avec l’ensemble des acteurs de l’éducation », a fait savoir l’entourage du chef de l’Etat, évoquant un échange « franc » avec les lycéens sur différents sujets, comme « la nécessité de rénover le bâti scolaire », les « rythmes scolaires » ou encore les « emplois du temps qui requièrent des simplifications ».</em> »</p>
<p>Nous sommes dimanche soir. Je ne suis pas allé au concert de Céline Dion. Je ne suis ni président ni premier ministre. Voici pourtant très exactement ce que concernant spécifiquement Parcoursup il faudrait faire. Voici les seules choses à faire. Et à faire immédiatement. Spoiler Alert : pas un seul euro supplémentaire d&rsquo;argent public ne sera nécessaire.</p>
<p><strong>Premièrement il faut rétablir la hiérarchisation des voeux.</strong> Dès la première phase d&rsquo;expression des voeux. Cette hiérarchisation reste évidemment aveugle pour les universités (nous ne savons pas comment les voeux sont classés). Cela permettra de répondre beaucoup plus rapidement et de manière beaucoup plus cohérente. Et cela fera mécaniquement autant que mathématiquement baisser le nombre de voeux « fantômes » et les interminables files d&rsquo;attente qui sont un horizon d&rsquo;une insupportable violence symbolique et qui rendent la perception du processus d&rsquo;affectation aussi fiable que celui de la roulette russe.</p>
<p>J&rsquo;entends certains dont d&rsquo;éminents collègues à l&rsquo;époque « aux responsabilités » expliquer que la non-hiérarchisation des voeux était une demande des organisations lycéennes et étudiantes à la mise en place de Parcoursup en 2018. C&rsquo;est tout à fait exact. Parce qu&rsquo;en 2018 personne n&rsquo;imaginait le projet politique qui allait rapidement sous-tendre l&rsquo;ensemble du design de cette plateforme. Parce qu&rsquo;en 2018 également, nous n&rsquo;avions pas 100% des universités qui votaient des budgets en déficit. Parce qu&rsquo;en 2018 chacun raisonnait au regard de ce qui se faisait alors sur APB (plateforme qui avait précédé Parcoursup) et qu&rsquo;à ce titre là en effet, la hiérarchisation des voeux ne recouvrait ni les mêmes enjeux ni les mêmes réalités (en sciences de l&rsquo;information, Jacques Perriault appelle cela « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_diligence">l&rsquo;effet diligence</a>« ).</p>
<p><strong>Deuxièmement il faut diminuer considérablement la prise en compte du contrôle continu.</strong> La vraie nouveauté de Parcoursup par rapport à APB et à tout ce qui se faisait avant c&rsquo;est bien cela : la prise en compte des notes du contrôle continu. Et pourquoi pas me direz-vous, c&rsquo;est toujours mieux que l&rsquo;aléatoire des notes du bac ou d&rsquo;une hypothétique mention. Certes. Mais là encore, le problème est un peu plus subtil. Ce n&rsquo;est pas la prise en compte des notes de première et de terminale qui pose problème. Ce qui pose problème c&rsquo;est que ces notes de premi!re et de terminale sont prises en compte au milieu de réformes (donc la réforme Blanquer) qui les constitue en autant d&rsquo;épreuves récurrentes qui pervertissent l&rsquo;essence même du contrôle dit « continu ». Ce qui était supposé être un facteur d&rsquo;apaisement et un « droit à l&rsquo;erreur » dans le parcours d&rsquo;un lycéen ou d&rsquo;une lycéenne, devient, au milieu des enseignements de spécialité, des parcours et options auxquels plus personne ne comprend rien et <a href="https://aoc.media/analyse/2026/10/25/au-lycee-le-systeme-des-specialites-ou-lillusion-du-choix/">qui renforcent encore les inégalités</a>, des « maths » tantôt « complémentaires », tantôt « expertes » et de tout ce qui va avec, un facteur de stress constant. Chaque contrôle, chaque note, n&rsquo;est vue et lue qu&rsquo;au prisme d&rsquo;un « effet parcoursup » impossible à quantifier précisément mais qui devient le seul horizon d&rsquo;attente et qui, en retour, détricote y compris jusqu&rsquo;à la relation de confiance que les lycéennes et lycéens entretiennent avec leurs enseignantes et leurs enseignants, tout comme elles et eux prisonniers de cette inversion logique : <strong>parce que le « contrôle continu » est devenu un continuum du contrôle</strong>.</p>
<p>Cela veut dire que pour y parvenir, pour que le contrôle continu redevienne ce qu&rsquo;il a vocation à être (un facteur d&rsquo;apaisement et de tranquillité parce qu&rsquo;un facteur d&rsquo;équité), il faut aussi totalement détricoter la réforme Blanquer qui a &#8211; aussi &#8211; contribué à l&rsquo;éclatement des groupes classes qui ne sont plus aujourd&rsquo;hui que des agrégats temporaires de collectifs explosés se trouvant aléatoirement réunis ensemble au gré de parcours, options et enseignements de spécialité choisis bien trop tôt soit bien trop mal et dans la seule stratégie d&rsquo;anticiper sur un futur réduit à l&rsquo;épuisement de quantités : quantité d&rsquo;enseignements de spécialités (trois puis deux uniquement à conserver), quantité de notes dans quantités de matières, quantité de voeux et de sous-voeux à faire, quantités d&rsquo;écoles et d&rsquo;universités qui traiteront quantité de dossiers. La question des « <em>rythmes scolaires</em> » ou les promesses selon lesquelles « <em>les emplois du temps requièrent des simplifications</em> » sont vides et creuses si on ne commence pas par supprimer les causes de ces rythmes débiles et la complexité kafkaïenne de ces emplois du temps. Et ces causes elles sont parfaitement connus et documentées par l&rsquo;ensemble des acteurs de terrain, enseignantes, enseignants, personnels de direction et communauté éducative au sens large (sinon bah relisez les deux derniers paragraphes).</p>
<p>Si la santé mentale est à ce point devenu un sujet d&rsquo;inquiétude et d&rsquo;alarme dans la jeunesse de notre pays, pour nos enfants, si le stress qu&rsquo;ils éprouvent et si la pression qui pèse sur elles et eux sont si grands,  c&rsquo;est parce que tout le projet politique de la droite au pouvoir et de sa politique éducative (Geffray, l&rsquo;actuel ministre de l&rsquo;éducation, était déjà l&rsquo;homme de main &#8211; directeur de la DGESCO &#8211; sous Blanquer) est d&rsquo;abord de fracturer des collectifs et de confier l&rsquo;arbitrage de l&rsquo;ensemble des espaces démocratiques de dissensus à des plateformes et à des intermédiaires techniques (étonnez-vous ensuite de <a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/10/22/quatre-organisations-de-lyceens-et-d-etudiants-ont-quitte-la-concertation-flash-sur-parcoursup_6798570_3224.html">l&rsquo;échec des « concertations flash »</a>). Et sur ce point le bilan d&rsquo;Emmanuel Macron est un succès immense et total. Une boucherie.</p>
<p><strong>Rien d&rsquo;autre ? Sérieusement ? </strong>Rien d&rsquo;autre. Sérieusement. Pas un seul euro n&rsquo;est nécessaire pour faire cela. Seulement du courage politique et l&rsquo;envie de prendre soin d&rsquo;une jeunesse qui est notre seule possibilité d&rsquo;avenir.</p>
<p><strong>Rien d&rsquo;autre ? Sérieusement ? </strong></p>
<p>Ok. Puisque vous insistez alors oui.</p>
<p><strong>Oui il faut aussi signer des pétitions.</strong> Celle-ci demande <a href="https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-7415">l&rsquo;abrogation de Parcoursup et un budget d&rsquo;urgence</a>. Je l&rsquo;ai signée moi-même et vous encourage à le faire.</p>
<p><strong>Oui il faut aussi créer des places supplémentaires à l&rsquo;université</strong>. Dans toutes les filières. Et particulièrement dans les universités parisiennes (parce qu&rsquo;elles concentrent logiquement des densités de voeux et de population différentes de celle de la Creuse ou de l&rsquo;Aveyron).</p>
<p><strong>Oui il faut aussi partout mettre de la régionalisation prioritaire</strong> y compris dans les filières dites sélectives (BUT, CPGE &#8211; classes prépa -, écoles d&rsquo;ingénieur, etc.) parce que les régions sont suffisamment grandes, et parce qu&rsquo;il est des affectations et des éloignements qui sont aujourd&rsquo;hui principalement des arrachements. Je ne pense pas ici à celles et ceux qui pour différentes raisons se réjouissent d&rsquo;être enfin loin ou enfin séparés de tout ou partie de leur famille. Celles et ceux-là pourront toujours rester suffisamment loin. Mais je pense à l&rsquo;immensité des autres pour qui ne pas pouvoir rentrer chez soi, au moins une ou deux fois par mois ou à des coûts devenus exorbitants, est une peine qui s&rsquo;ajoute à déjà tant de pénuries.</p>
<p>Alors voilà. Ce mouvement de la jeunesse est une opportunité inouïe de prendre enfin en compte la seule chose qu&rsquo;elle demande et l&rsquo;unique devoir qu&rsquo;envers elle nous avons : en prendre soin bien plus que de nous-mêmes.</p>
<h3 style="text-align: right;">One More Thing.</h3>
<p>Si vous apercevez dans la rue, <a href="https://www.lopinion.fr/politique/quand-un-lyceen-maborde-cest-toujours-pour-me-dire-merci-jean-michel-blanquer-defend-parcoursup-et-sa-reforme-du-bac">Jean-Michel Blanquer répétant que tous les lycéens qui l&rsquo;abordent dans la rue le remercient</a>, alors faites ce qu&rsquo;Emmanuel Macron vous enjoignait de faire pour trouver du travail, traversez la rue. Traversez la rue et giflez-le. Giflez-le symboliquement, giflez-le du regard, giflez-le doucement, mais putain giflez-le. Parce que l&rsquo;on peut toujours condamner la violence mais l&rsquo;on ne peut jamais faire taire l&rsquo;irrépressible, l&rsquo;irréfragable envie de gifler celles et ceux qui à l&rsquo;incurie politique ajoutent la provocation verbale et le mépris social.</p>
<h3 style="text-align: right;"><span style="color: #ff0000;">[Mise à jour du 26 Octobre 2026]</span><br />
Et les annonces du gouvernement sont &#8230; tadaaam &#8230;</h3>
<p>Alors d&rsquo;abord il y a eu les déclarations du jour d&rsquo;Emmanuel Macron qui <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/10/reseaux-sociaux-et-mouvements-sociaux-des-lycees-a-lelysee/">n&rsquo;a visiblement pas lu mon article</a> et en remet une couche sur « <a href="https://www.bfmtv.com/politique/video-emmanuel-macron-les-reseaux-sociaux-abiment-notre-democratie_VN-202610260436.html">c&rsquo;est la faute aux réseaux sociaux</a> » qui « <em>déréalisent la violence</em>« , qui « <em>font venir des gens sur des pillages</em>« , etc. Evidemment rien sur Cnews, Europe 1, et les autres médias qui en continu et avec une audience bien supérieure à n&rsquo;importe quel post de n&rsquo;importe quel réseau social, font chaque jour vasciller la concorde républicaine. Je l&rsquo;avais déjà écrit en 2018 mais <a href="https://affordance.framasoft.org/2018/05/jeune-president-vieux-con/">le président de la start-up nation est décidément bien un vieux con comme les autres</a>.</p>
<p>Mais venons-en aux annonces. D&rsquo;abord notez que lesdites annonces ont été faites en priorité auprès &#8230; <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/10/26/mobilisation-lyceenne-comment-le-gouvernement-s-est-appuye-sur-une-poignee-d-influenceurs-pour-ses-annonces_6800834_4408996.html">d&rsquo;influenceuses et d&rsquo;influenceurs</a> (Anna Baldy et Mathilde Fouquet) avant d&rsquo;y convier la presse généraliste et spécialisée. Ce qui est très bien mais qui n&rsquo;a aucune forme de cohérence avec le discours tenu et entretenu au sujet des réseaux et médias sociaux. Le « en même temps » de la Macronie sur ce sujet comme sur tant d&rsquo;autres transforme l&rsquo;ouverture d&rsquo;esprit en fracture du crâne. Les corps intermédiaires (syndicats notamment, journalistes accessoirement et puis aussi &#8230; <a href="https://www.nouvelobs.com/societe/20261026.OBS119553/colere-lyceenne-en-reservant-la-primeur-des-annonces-a-des-influenceurs-matignon-irrite-les-organisations-lyceennes-et-etudiantes.html?fbclid=IwY2xjawVMa4lleHRuA2FlbQIxMQBwZG9mBXNydGMGYXBwX2lkEDIyMjAzOTE3ODgyMDA4OTIAAR6kN8Cg_V_ncYqYb-4UkV-AYPQA1igB-JgIMqlqtufsxmL58dlSZna5Crp7_g_aem_SNgNqY6FbA3f_tOuhK4nQw">les organisations lycéennes et étudiantes elles-mêmes</a> &#8230;) c&rsquo;est bien mais les influenceurs et influenceuses c&rsquo;est mieux mais les réseaux sociaux abîment notre démocratie mais il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans mais quand on a un truc à dire aux moins de 15 ans on va quand même leur dire via des influenceurs et influenceuses &#8230; ¯\_(ツ)_/¯</p>
<p>Nota-Bene : la conférence de presse annoncée pour 17h30 a été repoussée à 19h. Je mettrai donc de nouveau cet article à jour si nécessaire (mais j&rsquo;en doute).</p>
<p>Donc le gouvernement annonce (<a href="https://www.lemonde.fr/politique/live/2026/10/26/en-direct-mobilisations-sociales-le-gouvernement-envisage-un-remplacement-de-parcoursup-d-ici-a-2028_6800604_823448.html">via Le Monde</a>) :</p>
<ol class="article__unordered-list">
<li><em>« Une réforme de la plateforme Parcoursup, avec de premiers ajustements en 2027, et envisage un remplacement en 2028 sans plus de précisions à ce stade ;</em></li>
<li><em>15 000 places supplémentaires seront créées dans l’enseignement supérieur, dont 10 000 en BTS, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé ;</em></li>
<li><em>La revalorisation des bourses étudiantes en fonction de l’inflation, afin de soutenir le pouvoir d’achat des étudiants confrontés à une précarité croissante ;</em></li>
<li><em>Un fonds de rénovation sera débloqué pour le bâti universitaire. »</em></li>
</ol>
<div class="post__live-container--answer">
<p>Je vais m&rsquo;abstenir de commenter le point 4 car &#8230; ça sent l&rsquo;enfumage mais c&rsquo;est un dossier très technique qui est miné par la loi LRU et le fait que le bâti universitaire est dévolu à charge des universités (en gros). Même si l&rsquo;état met &#8211; heureusement &#8211; la main à la poche de temps en temps (rapport à nos impôts hein) je doute que de grandes avancées sur ce point soient possibles. Mais je ne demande qu&rsquo;à être démenti. Notez que rien n&rsquo;est dit pour l&rsquo;instant sur la situation des lycées (d&rsquo;où quand même tout est parti &#8230;), lycées qui sont certes dans le périmètre des régions mais avec là encore des financements de l&rsquo;état vers lesdites régions qui sont à la munificence ce que le sandwich triangle est à la gastronomie.</p>
<p>Concernant la revalorisation des bourses, il faut mesurer à quel point le cynisme est total car s&rsquo;il faut un mouvement de jeunesse de l&rsquo;ampleur de celui en cours pour piger que la précarité étudiante est croissante et que le niveau des bourses a depuis longtemps décroché du niveau de l&rsquo;inflation &#8230; bah j&rsquo;ai envie de dire Bismillah le foutage de gueule &#8230;</p>
<p>Reste donc les 15 000 places crées à l&rsquo;université, notamment et presqu&rsquo;exclusivement en BTS et probablement en majorité autour de Paris. Alors c&rsquo;est bien mais c&rsquo;est, d&rsquo;évidence, toujours notoirement insuffisant. Le choix d&rsquo;orienter ces places presqu&rsquo;exclusivement vers des BTS dit à la fois la prise en compte d&rsquo;une urgence à soutenir ces filières qui ont majoritairement vocation à accueillir des bacheliers professionnels de plus en plus nombreux et de plus en plus abandonnés par la politique éducative des 10 dernières années, tous gouvernements confondus. Je rappelle ici que les lycées professionnels ont subi un empilement de réformes mortifères sans que l&rsquo;opinion ne s&rsquo;en émeuve particulièrement. Donc des places en BTS c&rsquo;est bien, mais le différentiel est tel avec les places en IUT (qui ont plutôt vocation à accueillir des bacheliers technologiques) que l&rsquo;on s&rsquo;interroger sur la volonté de continuer de s&rsquo;inscrire dans le schéma LMD (Licence Master Doctorat) qui faisait du bac+3 l&rsquo;objectif à atteindre pour l&rsquo;ensemble des catégories de bacheliers. Mais je sors un peu du sujet donc je m&rsquo;arrête. Juste un truc quand même : créer des places c&rsquo;est bien, les financer c&rsquo;est mieux. Et depuis vingt-cinq piges que j&rsquo;enseigne dans le supérieur, ce ne serait pas la première fois que des places sont crées sans aucun financement (la dernière fois c&rsquo;était pour le passage du DUT au BUT). Et vu le discours sur la baisse démographique tenu par le gouvernement c&rsquo;est pas exclu qu&rsquo;ils nous expliquent qu&rsquo;ils ne vont pas totalement financer lesdites places (oui ça baissera dans quelques années mais oui aussi les amphis sont toujours à 400 et les classes de lycées sont toujours à 38 donc bon la baisse bah on va pas s&rsquo;en apercevoir tout de suite tout de suite).</p>
<p>Et puis il y a donc &#8230; le remplacement de Parcoursup pour 2028 et de premiers ajustements en 2027. Ce qui est une manière de dire « <em>on vous a entendus</em> » et « <em>par contre ça ne bougera pas avant les prochaines élections présidentielles.</em> » Donc en gros bah &#8230; rien, que dalle, nawak. Sauf à faire du sujet Parcoursup une des patates chaudes de l&rsquo;élection présidentielle. Et vu les programmes (ou l&rsquo;absence de programme) des un.e.s et des autres sur ce sujet &#8230; ça ne sent pas bon mais alors pas bon du tout. Par ailleurs on entend que « <em>pour répondre aux demandes des lycéens</em>« , et dès cette année, les formations devront « <em>justifier les refus des dossiers.</em> » Je vais attendre avant de recommencer à insulter des ascendances mais si cela est avéré ce serait croquignolet de nous demander de justifier systématiquement des refus (on le fait par ailleurs déjà quand on nous sollicite hein &#8230;) après s&rsquo;être obstinés à refuser de mettre en place une hiérarchisation des voeux et donc après avoir mécaniquement et mathématiquement noyé toutes les formations sous un nombre ingérable de demandes &#8230; Mais bon clairement ils en sont capables :-/</p>
<p>Nous verrons si la conférence de presse de 19h30 annonce des éléments complémentaires mais en l&rsquo;état &#8230; je vois mal comment ces annonces pourraient suffire à faire baisser les mobilisations en cours.</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>[Mise à jour d&rsquo;après la conférence de presse]</strong></span> Bon et bien &#8230; à part le fait d&rsquo;avoir annulé les suppressions de postes dans l&rsquo;enseignement (« <em>annulation des 836 suppressions de postes et création de 500 postes de professeurs supplémentaires dans le second degré public à destination des lycées</em>« ), on a quand même cette sortie, absolument lunaire d&rsquo;Edouard Geffray qui ose vraiment tout (via <a href="https://www.lemonde.fr/politique/live/2026/10/26/en-direct-mobilisations-sociales-le-gouvernement-envisage-un-remplacement-de-parcoursup-d-ici-a-2028_6800604_823448.html">le live du journal Le Monde</a>) :</p>
<div class="post__live-container--answer">
<blockquote>
<p class="post__live-container--answer-text post__space-node" style="text-align: left;">Le ministre de l’éducation nationale a souligné qu’avec le contrôle continu, <em>« des élèves vivent mal de devoir, dès le début de la première, jouer leur baccalauréat à chaque semaine et à chaque contrôle »</em>,<em> </em>reconnaissant que cette méthode d’évaluation<em> « est vécue aujourd’hui comme un élément angoissant »</em>. Il souhaite qu’un <em>« chantier »</em> soit ouvert <em>« dès demain »</em> sur cette question, en particulier en classe de première. <span style="background-color: #ffffff;">Le ministre souhaite également une discussion sur les combinaisons de spécialités, relevant </span><em style="background-color: #ffffff;">« plus de 300 combinaisons possibles »</em><span style="background-color: #ffffff;"> et appelant à leur </span><em style="background-color: #ffffff;">« optimisation »</em><span style="background-color: #ffffff;">, ainsi que sur la place de l’enseignement scientifique et des mathématiques en terminale. »</span></p>
</blockquote>
</div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Avant d&rsquo;être ministre, le gars était juste directeur général de l&rsquo;enseignement scolaire (DGESCO) depuis 2019 !! C&rsquo;est à dire que la réforme Blanquer qui a totalement désossé l&rsquo;enseignement au lycée, le contrôle continu qui devient un continuum du contrôle, la fin des filières scientifiques et littéraires remplacées par une combinatoire ubuesque (les « plus de 300 combinaisons possibles »), tout ça &#8230; c&rsquo;est lui. Faut vraiment être convaincu que mettre des lunettes suffit à ce que personne ne reconnaisse Superman dans Clark Kent pour ainsi faire semblant de découvrir aujourd&rsquo;hui les problèmes qu&rsquo;il a lui-même créé hier sous la férule de Blanquer.</p>
<p>Sans surprise donc : « <em>L’intersyndicale jeunesse appelle à poursuivre la mobilisation malgré les annonces du gouvernement.</em> »</p>
<p>Bismillah c&rsquo;est la chenille qui redémarre.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
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		<title>Réseaux sociaux et mouvements sociaux. Des lycées à l&#8217;Elysée.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 17:50:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis la fin de la semaine dernière j&#8217;ai passé plusieurs heures au téléphone avec plusieurs médias et journalistes au sujet des mouvements sociaux en cours et de la place et du rôle des réseaux / médias sociaux. Alors je vais tenter de poser ici, ce qui me semble essentiel dans ces échanges et qui (faute [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="D" class="cenote-drop-cap">D</span>epuis la fin de la semaine dernière j&rsquo;ai passé plusieurs heures au téléphone avec plusieurs médias et journalistes au sujet des mouvements sociaux en cours et de la place et du rôle des réseaux / médias sociaux. Alors je vais tenter de poser ici, ce qui me semble essentiel dans ces échanges et qui (faute de place et de diverses contraintes que par ailleurs je comprends parfaitement) se trouvera trop souvent résumé et expurgé jusqu&rsquo;à ne plus vouloir dire grand chose.</p>
<p>D&rsquo;abord je précise que je préfère parler de « médias sociaux » plutôt que de « réseaux sociaux ». Et ce car la fonctionnalité de mise en contact de profils &#8211; le côté réseau social donc &#8211; est de même niveau d&rsquo;importance que la capacité d&rsquo;accéder à des productions médias ou d&rsquo;en devenir un soi-même &#8211; de média &#8211; au travers de logiques d&rsquo;influence.</p>
<p>Allez on y va.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Alors quel est le rôle de ces fameux médias sociaux dans les mobilisations en cours ?</strong></h3>
<p>Il s&rsquo;agit en fait de trois rôles.</p>
<p>D&rsquo;abord une <strong>fonction d&rsquo;organisation</strong> (en amont et en temps réel) qui passe par les « grands » médias sociaux au travers d&rsquo;un filtre générationnel (dans les mouvements lycéens on est plutôt sur Snapchat et TikTok, dans les mouvements étudiants sur TikTok et Insta, etc.) mais aussi, pour cette fonction d&rsquo;organisation, par tout l&rsquo;éventail des messageries sociales : celles intégrées aux plateformes (DM Insta par exemple) ou celles externalisées et dédiées (Whatsapp, Telegram, Signal principalement).</p>
<p>Ensuite une <strong>fonction d&rsquo;appartenance</strong> : partager une vidéo, une image, un post, c&rsquo;est acquérir du capital social. Simple, basique.</p>
<p>Enfin une <strong>fonction de documentation</strong>. Documenter le réel, « son » réel, et le faire dans la perspective d&rsquo;une archive sociale personnelle que l&rsquo;on valorisera plus tard (un peu à lamanière des Dump sur Instagram) mais aussi avec la conscience un peu plus diffuse que ces éléments de documentation seront repris, dans d&rsquo;autres espaces, médiatiques, et dans d&rsquo;autres temporalités, sociales.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Autre question récurrente : est-ce que c&rsquo;est la faute des réseaux sociaux ?</strong></h3>
<p>Est-ce que les réseaux sociaux génèrent les dérapages, les violences, les saccages, etc. ? Alors non. Juste non. NON. <strong>Il n&rsquo;y a absolument aucune étude scientifique qui montre un lien de causalité directe, à l&rsquo;échelle individuelle, entre des réseaux (médias) sociaux et des mouvements sociaux.</strong> Aucune.</p>
<p>A l&rsquo;exception de cas très circonscrits et spécifiques de radicalisations dans des milieux religieux (catholiques comme islamiques) où l&rsquo;on a pu observer des profils s&rsquo;étant principalement radicalisés (jamais exclusivement) via l&rsquo;usage des médias sociaux, jamais un média social, jamais un réseau social n&rsquo;a transformé un catho de droite traditionaliste en punk à chien anarchiste. Jamais. Et jamais non plus il n&rsquo;a transformé un manifestant lycéen pacifiste en pilleur ou en black block. Les gens qui ont pillé et volé et agressé avaient la volonté et l&rsquo;intention de le faire et l&rsquo;auraient fait y compris si l&rsquo;on vivait dans un monde sans aucun réseau social. Pareil pour celles et ceux qui partaient avec l&rsquo;intention de manifester pacifiquement et joyeusement qui l&rsquo;auraient également fait dans un monde totalement déconnecté.</p>
<p>Et si quelqu&rsquo;un prétend l&rsquo;inverse, vous pouvez lui piller sa grand-mère (je plaisante).</p>
<p><strong>Alors il peut y avoir, par contre, des liens de corrélation</strong>, ça oui. A l&rsquo;échelle individuelle comme à l&rsquo;échelle collective. Les médias sociaux altèrent notre espace-temps communicationnel et à ce titre ils peuvent par exemple prolonger des colères au-delà du temps de la seule journée de manifestation. Ils peuvent aussi entretenir des sentiments de proximité avec des événements se tenant loin de notre géographie sociale directe. Ils peuvent enfin, sur le temps long (et j&rsquo;insiste bien sur le temps long), accompagner des parcours ou des trajectoires militantes singulières, parce que sur le temps long ils « jouent » de leurs fonctions d&rsquo;organisation, d&rsquo;appartenance et de documentation sans cesse réactivable. Mais une bonne fois pour toutes, nonobstant les vociférations de plateau et les assertions péremptoires de personnalités en disette d&rsquo;agenda autant que de réponses politiques, une bonne fois pour toutes <strong>jamais « les réseaux &#8211; médias &#8211; sociaux » n&rsquo;ont transformé un manifestant pacifique et tranquille en pilleur pulsionnel.</strong></p>
<p>Et non, ce n&rsquo;est pas parce que l&rsquo;on voit des pilleurs qui partagent des vidéos de leur butin que ça donne à des manifestants des envies de piller aussi subites que des envies de pisser. La « <em>mimesis de la violence</em> » (je crois que c&rsquo;est Attal qui a utilisé cette expression) n&rsquo;est pas un putain de fichier excel dans lequel tu mets des gens dans la colonne 1, des images violentes dans la colonne 2, et où ta colonne 3 ne contient plus que des gens violents. Par ailleurs, à chaque fois qu&rsquo;un représentant politique ou qu&rsquo;un expert de plateau télé vous parle du rôle supposément causal que joueraient « les réseaux sociaux », souvenez-vous bien que ce faisant il omet surtout d&rsquo;évoquer le rôle &#8211; toujours pas causal mais bien plus éminent &#8211; que jouent les médias d&rsquo;information dits « classiques » (coucou Pascal Praud, Cyril Hanouna et la team Bolloré et les chaînes d&rsquo;info continue). Et ils évitent aussi de vous parler &#8230; des causes de ces manifestations et des solutions politiques qui existent.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Mais alors de quoi est-on absolument certain concernant le rôle des ces réseaux et médias sociaux ?</strong></h3>
<p>Ah bé voilà la bonne question <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Alors de quatre ou cinq choses, pas plus. C&rsquo;est déjà pas mal ceci dit. Mais vraiment j&rsquo;insiste, pas plus. Et comment en est-on certain ? Et bien parce que depuis les printemps arabes, depuis le <a href="https://affordance.framasoft.org/category/gilets-jaunes/">mouvement des gilets jaunes</a>, depuis la campagne du Brexit et le scandale Cambridge Analytica, depuis l&rsquo;envahissement du Capitole et les deux élections de Trump, et depuis tout un tas d&rsquo;autres révolutions et mouvements sociaux dans tout un tas de pays (démocraties ou non), il y a des universitaires qui font le taff et ont permis d&rsquo;isoler un certain nombre d&rsquo;invariants. Invariants que voici.</p>
<p><strong>Premièrement, Internet (et donc aujourd&rsquo;hui les réseaux sociaux) a facilité l&rsquo;organisation des révolutions</strong> (et des mouvements sociaux en général).</p>
<p><strong>Mais que, deuxièmement, il en a aussi presque toujours  compromis la victoire</strong>. C&rsquo;est pas moi qui le dit (et le démontre) mais l&rsquo;une des chercheuses de premier plan sur ces sujets, Zeinep Tufekci. Ici dans <a href="https://www.ted.com/talks/zeynep_tufekci_online_social_change_easy_to_organize_hard_to_win">sa conférence TED</a>, et surtout dans ses articles et livres dont le toujours formidable « <a href="https://cfeditions.com/lacrymo/">Twitter et les gaz lacrymogènes.</a> »</p>
<p>Oui au début d&rsquo;un mouvement, bien sûr que ça aide. Mais oui ensuite et vers la fin, ça finit toujours soit par se retourner soit par s&rsquo;éteindre si les relais de la mobilisation des corps ne suivent pas ou ne suivent plus. Ce n&rsquo;est pas pour rien que l&rsquo;on parle de « mouvement » social. Un algorithme ne bouge pas, ne se déplace pas, ne fait pas barrage de son code.</p>
<p><strong>Troisièmement, les médias sociaux sont des « milieux »</strong>, c&rsquo;est à dire des biotopes partageant des fonctionnalités et des modes d&rsquo;organisations communs (en gros les principes majeurs de viralisation algorithmique) <strong>et ils sont surtout des espaces éditorialisés</strong>. Avec là encore une règle simple : moins l&rsquo;éditorialisation est ostensible (c&rsquo;est à dire plus on vous explique que c&rsquo;est « l&rsquo;algorithme » qui choisit ce que vous voyez) et plus elle est majeure et prégnante dans l&rsquo;ensemble des usages que l&rsquo;on peut avoir d&rsquo;une plateforme sociale (récréatifs, informatifs, etc.)</p>
<p><strong>Quatrièmement, les chiffres de la viralité ne disent jamais rien des intentions de la viralisation</strong>. Je m&rsquo;explique. On parle beaucoup (notamment via une étude Visibrain très reprise sur plein de plateaux), des chiffres hallucinants en nombre de vues et de partages de certains contenus. Plusieurs millions, dizaines ou même centaines de millions. Les chiffres sont en effet très impressionnant. Même si l&rsquo;on sait que pour TikTok par exemple, ça monte très vite sans aucune forme de rationalité, et que l&rsquo;on sait aussi par ailleurs que toutes les plateformes ont menti, mentent et mentiront encore sur les chiffres réels « d&rsquo;engagement ». Mais Ok, les chiffres sont en effet impressionnants. Ils sont d&rsquo;ailleurs &#8230; aussi faits pour ça. <strong>Mais ces chiffres ne disent absolument rien des motifs de partage</strong> : il y a des partages d&rsquo;adhésion, des partages de condamnation et de désaccord, des partages de mise à distance, des partages « leurre » (qui visent à laisser croire que l&rsquo;on adhère ou que l&rsquo;on condamne mais qu&rsquo;en tout cas on n&rsquo;est pas indifférent), des partages de moquerie, etc. Pour une vidéo de pillage partagée 400 000 fois, combien de ces partages ont été faits pour la dénoncer, pour s&rsquo;en indigner ? Qui pose cette question sur les plateaux actuels qui ne parlent que de la violence et du rôle de Tiktok et des autres ? Personne. Absolument personne.</p>
<p><strong>Cinquièmement, accrochez-vous bien mais, internet, les algorithmes et les médias sociaux sont &#8230; de droite</strong>. Oui oui. De droite. Et d&rsquo;une droite très conservatrice et très réactionnaire. Très. Bah oui. Alors bien sûr dit comme ça cela peut paraître un peu contre-intuitif puisqu&rsquo;à longueur de journée médiatique on nous explique que ce serait de la faute de LFI (<a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/191026/nous-demande-d-ecrire-que-lfi-est-derriere-le-mouvement-autour-du-17-octobre-la-fabrique-d-un-bouc-emissai">bah non</a>), de l&rsquo;ultra-gauche, et que tous ces casseurs et militants en ligne seraient majoritairement « degôch ». Mais ce devrait être assez simple de vous en convaincre : allez lire par exemple mon article de 2021 dans lequel je vous expliquais et démontrais que « <a href="https://affordance.framasoft.org/2021/10/algorithmes-sont-ils-de-droite/">oui, les algorithmes &#8211; et les médias sociaux &#8211; sont de droite.</a> » Et je le faisais en m&rsquo;appuyant &#8211; notamment &#8211; sur les travaux universitaires de Jen Schradie dans son ouvrage « The Revolution That Wasn&rsquo;t : How Digital Activism Favors Conservatives » (2019) qu&rsquo;elle résumait elle-même ainsi (lisez attentivement ce qui arrive, notamment ce que je souligne) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« J’ai étudié l’activisme en ligne d’une trentaine de groupes, de tous bords politiques, qui militaient à propos d’une question locale en Caroline du Nord, et j’ai découvert que les groupes les plus à droite étaient les plus actifs en ligne. Il y a trois raisons à cela : les différences sociales, le niveau d’organisation des groupes et l’idéologie. D’abord, les classes plus aisées sont plus présentes en ligne que les classes populaires. Elles disposent de meilleures organisations, plus accoutumées à la bureaucratie. Enfin, les conservateurs, comme les membres du Tea Party, ont un message plus simple et abordent moins de sujets que les groupes de gauche. Ils ont l’impression que les médias mainstream ne relaient pas assez leur parole, ce qui les incite d’autant plus à se doter de leurs propres instruments de communication. <strong>L’idéal de liberté se partage plus facilement sur les réseaux sociaux que celui d’égalité</strong>. Au vu du contexte actuel, je pense donc que le discours de droite sera d’autant plus dominant sur les réseaux pendant la pandémie. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Alors certes (et heureusement quand même) <strong>il existe bien sûr des espaces numériques militants de gauche et de gauche radicale, mais ils sont, à l&rsquo;échelle de la dynamique comme de la sociologie actuelle des plateformes sociales, immensément minoritaires</strong>.</p>
<p>J&rsquo;en viens au point Pascal Praud de cet article (c&rsquo;est un peu comme un point Godwin, ça ne fait pas avancer le débat mais putain ça détend). Pascal écoute-moi bien. Les casseurs, les pilleurs, les vermines, les racailles qui cassent et se prennent en photo avec leur butin : ce sont des pratiques de droite. Oui mon Pascalou. Ces racailles sont du même camp que toi. La droite. Parce que jamais un gauchiste radicalisé n&rsquo;ira piller autre chose que des symboles républicains ; il enfilera un gilet jaune à une Marianne, il barbouillera le portrait de Macron, mais il ne s&rsquo;appropriera pas le travail de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre, parce que pour la racaille de gauche Pascalou, l&rsquo;idéal d&rsquo;égalité demeurera toujours supérieur à l&rsquo;idéal de liberté, il n&rsquo;ira jamais à peine rentré revendre et remettre en marché le fruit de son larcin, et le « <em>servez-vous et les mains invisibles du marché et des assurance feront le reste</em> » bah ça, c&rsquo;est de droite mon Pascalou. Fin du point Pacal Praud. Je suis détendu (un peu). Je redeviens sérieux.</p>
<h3 style="text-align: right;">One more thing.</h3>
<p>Vous avez vu ? Un mouvement lycéen. Qui s&rsquo;organise, se documente, et qui produit de l&rsquo;émancipation politique, ou en tout cas de la culture politique ; dans les manifs, dans les blocus, dans les battle d&rsquo;aura. Ces jeunes citoyens et citoyennes dans la rue avec <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/10/lycees-et-universites-la-revolution-du-peu-et-comment-aussi-au-milieu-de-tout-ca-parcoursup-est-devenu-parcourspute/">leurs revendications tellement raisonnables</a>, tellement lucides, tellement politiques. Vous avez vu ? Bien. Et maintenant souvenez-vous. Souvenez-vous des dernières annonces et projets gouvernementaux d&rsquo;il y a quelques semaines, quelques mois. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;interdire les téléphones portables y compris aux lycéens et lycéennes au sein même de leurs lycées. Et on se demandait &#8211; certains en tout cas &#8211; si derrière ces archaïques pulsions d&rsquo;interdiction, sociétalement irrationnelles et inapliquables en droit, on se demandait s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas autre chose, si ce n&rsquo;était pas l&rsquo;éternel retour du vieux rêve des gouvernements conservateurs : celui d&rsquo;un pays, d&rsquo;une jeunesse, <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/journal-de-8-h/voila-une-classe-qui-se-tient-sage-l-arrestation-de-dizaines-de-lyceens-fait-polemique-4217346">celui d&rsquo;une classe qui se tient sage</a>. Parce que c&rsquo;est en effet <del>notre</del> leur projet. Quelle formidable réponse de cette jeunesse. Quelle formidable leçon. Et pour le reste &#8230;</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12530" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-20-a-19.33.47-998x1024.png" alt="" width="770" height="790" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-20-a-19.33.47-998x1024.png 998w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-20-a-19.33.47-292x300.png 292w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-20-a-19.33.47-768x788.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-20-a-19.33.47-600x616.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-20-a-19.33.47.png 1158w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
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			</item>
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		<title>Lycées et universités. La révolution du peu. La colère de tant. (et comment aussi au milieu de tout ça Parcoursup est devenu Parcourspute)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Oct 2026 20:14:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Métier]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
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					<description><![CDATA[Nous avons tellement appris à nous contenter de peu. De si peu. Et de faire de ce si peu le seul horizon d&#8217;espérance, de combat, de lutte, d&#8217;espoir, ou d&#8217;abandon. Vous allez travailler un peu plus longtemps. Vous allez payer un peu plus cher mais vous serez payés un peu moins qu&#8217;avant (l&#8217;inflation &#8230; tout [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="N" class="cenote-drop-cap">N</span>ous avons tellement appris à nous contenter de <em>peu</em>. De <em>si peu</em>. Et de faire de ce <em>si peu</em> le seul horizon d&rsquo;espérance, de combat, de lutte, d&rsquo;espoir, ou d&rsquo;abandon. Vous allez travailler <em>un peu</em> plus longtemps. Vous allez payer <em>un peu</em> plus cher mais vous serez payés <em>un peu</em> moins qu&rsquo;avant (l&rsquo;inflation &#8230; tout ça &#8230;). Il y aura <em>un peu</em> plus de pollution dans chaque parcelle de vos vies. <em>Un peu</em> plus, <em>un peu</em> plus, <em>un peu</em> plus &#8230; <a href="https://www.ipsos.com/fr-fr/barometre-pauvrete-precarite-france-2026-secours-populaire">de misère</a>, de difficultés, de centimes aux prix à la pompe &#8230;</p>
<p>Et depuis quelques jours c&rsquo;est une autre génération du peu, qui se lève et nous rappelle à l&rsquo;essentiel de nos luttes oubliées, abandonnées ou résignées. Une génération du peu. Une génération pour qui il y a <em>un peu</em> plus d&rsquo;élèves par classe. <em>Un peu</em> plus de professeurs non-remplacés. <em>Un peu</em> plus de lycées et de collèges délabrés.  <em>Un peu</em> plus de problèmes de santé mentale et <em>un peu</em> plus d&rsquo;attente avant d&rsquo;avoir une place chez un psy ou chez l&rsquo;infirmière ou la psy du lycée qui est affectée sur <em>un peu</em> plus d&rsquo;établissements et à donc <em>un peu</em> plus d&rsquo;élèves à voir. Et puis dès le collège <em>un peu </em>plus de choix à faire sur des lycées et des enseignements de spécialité qui compliqueront <em>un peu</em> plus un futur incertain et qui ajouteront <em>un peu</em> plus aux projections impossibles et donneront lieu à <em>un peu</em> plus d&rsquo;inquiétude chez certains, à <em>un peu</em> plus d&rsquo;angoisse chez d&rsquo;autres.</p>
<p>Et puis après il y aura <em>un peu</em> plus de voeux à faire sur Parcoursup mais il y aura encore <em>un peu</em> plus d&rsquo;universités incapables de les accueillir de manière digne parce qu&rsquo;il y a chaque année <em>un peu</em> plus d&rsquo;<a href="https://affordance.framasoft.org/2026/01/parcoursup-est-lance-et-a-luniversite-cest-tous-les-jours-le-doomsday/">universités qui crèvent de sous-financements</a>.</p>
<p>Ah et puis aussi il y a la chaleur. Il fait <em>un peu</em> plus chaud vous avez remarqué ? Alors ils et elles crèvent <em>un peu</em> plus de chaud (leurs profs aussi) dans leurs salles de classe <em>un peu</em> plus bondées, dans des lycées et collèges toujours <em>un peu</em> plus chauds. Heureusement on leur promet ils passeront leur brevet et leur bac <em>un peu</em> plus tôt le matin.</p>
<p>C&rsquo;est comme pour les manifestations, voyez. A chaque fois <em>un peu</em> plus de violences policières et <em>un peu</em> plus tôt dès le début du mouvement. <em>Un peu</em> plus de mutilés. Un oeil crevé. Une mâchoire et une dentition explosée. Une main arrachée. On parle là de mineurs de moins de 17 ans. On parle de nos gosses. De trois gamins handicapés à vie. On parle de <a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/centre-val-de-loire/indre-loire/tours/blocus-lycees-mael-16-ans-perd-l-usage-de-son-il-en-raison-d-un-tir-probable-de-lbd-ses-parents-portent-plainte-3428013.html">Maël, 16 ans,qui a perdu son oeil</a>. On parle d&rsquo;<a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/051026/hold-camille-ca-fait-mal-d-envoyer-son-enfant-l-ecole-de-le-retrouver-dans-cet-etat-la-eden-14-ans-blesse">Eden, 14 ans, qui a eu la mâchoire brisée par un tir de flashball</a>. On parle de ce « <a href="https://www.franceinfo.fr/societe/education/blocage-des-lycees/un-adolescent-de-15-ans-a-eu-la-main-arrachee-par-une-grenade-a-lens-une-enquete-de-l-igpn-ouverte-annonce-le-procureur-de-bethune_8223337.html">lycéen de 15 ans », qui a eu la main arrachée</a>. On parle de <a href="https://www.franceinfo.fr/societe/education/blocage-des-lycees/blocage-des-lycees-plus-de-5-000-gardes-a-vue-depuis-le-debut-du-mouvement-14-personnes-en-detention-provisoire-rapporte-le-ministere-de-la-justice_8223922.html">plus de 5000 personnes en garde à vue dont près de 90% de mineures et de mineurs</a>, Et pour ceux-là, « <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/021026/48-heures-d-enfer-leur-sortie-de-garde-vue-des-lyceens-traumatises">48h d&rsquo;enfer</a>« , des ITT, des syndromes de stress post-traumatique chez des gamins de 16 ans. Pour avoir manifesté. Pour s&rsquo;être manifesté. Et le néant.</p>
<p>Devinette: sachant que deux lycéens majeurs ont respectivement été condamnés à <a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/bas-rhin/strasbourg-0/deux-lyceens-condamnes-en-comparution-immediate-apres-les-violences-en-marge-des-blocages-des-lycees-3428538.html">cinq mois de bracelet électronique et huit mois d&#8217;emprisonnement avec sursis</a> pour le jet d&rsquo;une pierre (qui n&rsquo;a pas atteint sa cible) et celui d&rsquo;une bouteille d&rsquo;eau sur un policier (qui ne l&rsquo;a pas atteint non plus) le vendredi 2 octobre à Strasbourg, de quelle condamnation écoperont les policiers qui ont brisé la mâchoire d&rsquo;Eden, éborgné Mael, et lancé la grenade qui a arraché la main d&rsquo;un lycéen et 15 ans. Et quand ?</p>
<p>C&rsquo;est compliqué de les entendre parce qu&rsquo;il faut pour cela franchir des murs de vieux cons très loin ce ces soucis du peu, et qui ressassent avec d&rsquo;autres mots les « passe ton bac d&rsquo;abord » que l&rsquo;on entendait encore hier. Comme hier ils leur disent : « allez bosser », « regardez les petits chinois », « vous êtes des privilégiés », « retournez en classe le monde ne va pas vous attendre », « les autres ils finissent pas à 17h ».</p>
<p>Compliqué donc de les entendre au milieu du fracas et des obsessions médiatiques de la poubelle brûlée ou du casseur masqué (ah ben non tiens, finalement c&rsquo;était un policier déguisé infiltré libéré délivré). Mais c&rsquo;est facile de les écouter. Les lycéennes et les lycéens. Et quand on écoute attentivement, quand on essaie en tout cas, ce qui me frappe le plus ce sont leurs revendications et leurs rêves. Ils et elles n&rsquo;ont pas de rêve de grand soir, ce ne sont pas les héritiers d&rsquo;échevelés gauchistes de tribune ou les petits-fils commodes de « soixante-huitards » frustrés. Ils ne demandent pas l&rsquo;abolition du capitalisme, la fin des interdits, le SMIC à 3000 euros ou que le MEDEF soit classé comme organisation terroriste.</p>
<p>Ils et elles n&rsquo;ont que peu de revendications. Des revendications du peu. Des rêves de peu. <strong>Mais ce peu est sensible</strong>. Ils voudraient juste <em>un peu</em> plus de profs. Ils voudraient juste <em>un peu</em> moins d&rsquo;élèves par classe. Ils voudraient juste que les profs absents soient remplacés <em>un peu</em> plus vite et <em>un peu </em>plus systématiquement. Ils voudraient juste avoir <em>un peu</em> moins chaud dans leurs salles de cours. <em>Un peu</em> moins de plafonds qui leur tombent sur la gueule, un peu moins de locaux délabrés. Que le travail scolaire soit <em>un peu</em> moins pénible, car <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/10/05/les-mobilisations-lyceennes-sont-d-abord-l-expression-collective-de-la-penibilite-du-travail-scolaire_6788477_3232.html">oui il y a une pénibilité du travail scolaire</a> aujourd&rsquo;hui qui n&rsquo;est pas tant lié au travail scolaire lui-même mais à tout ce qui l&rsquo;encadre, le norme, l&rsquo;écrase, l&rsquo;impose. Ils voudraient aussi, un peu moins de mépris.</p>
<p>Ah si j&rsquo;allais oublier. Ils et elles veulent l&rsquo;abrogation de Parcoursup et là tout le monde les traite, au mieux, de doux rêveurs ou de dangereux radicaux. Parce que c&rsquo;était pas mieux avant (souvenez-vous les vieux, le tirage au sort d&rsquo;APB, souvenez-vous les très vieux, les files d&rsquo;attente premier arrivé premier inscrit) et qu&rsquo;on ne pourrait soi disant pas faire mieux. Pas même <em>un peu</em> mieux. Sérieusement ? Mais vous avez-vu ce que Parcoursup est devenu ? L&rsquo;année dernière on nous expliquait qu&rsquo;il était sérieusement envisagé que le SNU (Service national Universel) puisse rapporter des points bonus si on s&rsquo;y engageait (on a pour l&rsquo;instant heureusement évité cette merde). Cette année on nous a dit que <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/04/parcoursup-saison-8-faites-larmee-plutot-que-luniversite/">les années de césure pour cause d&rsquo;engagement militaire seraient acceptées quoi qu&rsquo;il arrive</a> et sans nous demander notre avis. Et là, il y a quelques semaines on faisait face à un rebranding violent dans lequel <a href="https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/09/29/parcoursup-des-universites-franciliennes-remunerees-si-elles-acceptent-des-candidats-restes-sans-proposition_6785619_4401467.html">Parcousup devenait tout simplement Parcourpute ou ProstiSup</a> (pardon aux camarades TDS). La passe est à trois mille euros, ce sont les proxénètes Edouard Geffray et Philippe Baptiste qui fixent les prix. Parce que figurez-vous que nous en sommes-là. Les rectorats et services du ministère font directement du phoning, ils appellent les universités pour leur dire, « <em>alors si</em><em> vous nous prenez un des recalés de Parcoursup qu&rsquo;on n&rsquo;arrive pas à caser &#8211; vu que nous sommes fin septembre quand même hein &#8230; et qu&rsquo;il en reste plusieurs milliers &#8211; alors on vous file 3000 euros. Cash. 3000 euros le lycéen. 3000 euros la lycéenne. Parcourpute. Attention hein, vous le ou la prenez en 1ère année mais on ne vous file les 3000 euros qu&rsquo;une seule fois. Faut pas déconner non plus. Et si vous nous en prenez 50, alors on vous file un poste d&rsquo;ATER pendant un an.</em> » Je vous jure que lorsque j&rsquo;ai lu cette information dans <a href="https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/09/29/parcoursup-des-universites-franciliennes-remunerees-si-elles-acceptent-des-candidats-restes-sans-proposition_6785619_4401467.html">Le Monde</a> et dans <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/260926/le-marchandage-du-ministere-de-l-enseignement-superieur-pour-repecher-les-naufrages-de-parcoursup">Médiapart</a> je n&rsquo;y ai simplement pas cru. Et puis après, et depuis, je suis tellement en colère. Et surtout j&rsquo;ai tellement honte. Tellement honte. Tellement.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12493" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-11-a-19.10.06-1024x403.png" alt="" width="770" height="303" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-11-a-19.10.06-1024x403.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-11-a-19.10.06-300x118.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-11-a-19.10.06-768x302.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-11-a-19.10.06-600x236.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-11-a-19.10.06.png 1224w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>(screen d&rsquo;un reportage de Télé Nantes)</em></p>
<p>Moi j&rsquo;ai 54 piges, j&rsquo;ai fait ma première grève et séché mes premiers cours contre le projet Devaquet. Depuis j&rsquo;en ai fait d&rsquo;autres. Plein. Vraiment. Puis j&rsquo;ai vieilli, je me suis embourgeoisé, et si je me raconte du fond de mon canapé italien que j&rsquo;appartiens toujours à la gauche radicale, j&rsquo;ai au moins la décence ou la lucidité de reconnaître qu&rsquo;a minima j&rsquo;ai l&rsquo;indignation confortable, la colère replète et la radicalité molletonnée : je n&rsquo;ai pas faim, je n&rsquo;ai pas froid, la fin du monde m&rsquo;inquiète mais pas la fin du mois. Et pourtant. Et pourtant. Pourtant même moi quand je vois ça j&rsquo;ai juste envie de tout cramer à commencer par le fondement, non pas de la démocratie représentative, mais de quelques-unes et quelques-uns des furoncles politiques qui osent encore faire croire qu&rsquo;ils représentent qui que ce soit d&rsquo;autres qu&rsquo;eux-mêmes ou les intérêts de leur propre classe, toujours dominante.</p>
<p>Demain, mardi 6 Octobre j&rsquo;ignore ce qu&rsquo;il se passera. J&rsquo;ignore aussi après-demain. Ce que je sais c&rsquo;est que ces gosses, ces ados, ces presqu&rsquo;adultes, sont citoyens. Et que notre rôle, notre seul rôle, notre rôle de parents, d&rsquo;éducateurs, d&rsquo;enseignants, d&rsquo;élus, notre seul rôle c&rsquo;est de les accompagner sans cesse, de les écouter sans trêve, et désormais donc face à un pouvoir qui pète des mâchoires, explose des mains, et crève des yeux d&rsquo;adolescentes et d&rsquo;adolescents, de les protéger sans relâche. D&rsquo;aller mettre nos mains, nos mâchoires, nos yeux et nos corps pour protéger les leurs.</p>
<p>Cette jeunesse là est grande, elle l&rsquo;est immensément. Cette jeunesse là est fragile, elle l&rsquo;est immensément. Elle est à la fois grande et fragile parce comme aucune autre jeunesse avant elle,<strong> cette jeunesse est raisonnable</strong>. Elle est juste raisonnable. C&rsquo;est peut-être cela qui met le pouvoir en ébullition et en panique. Pas l&rsquo;insurrection qui vient. Mais qu&rsquo;une insurrection puisse venir d&rsquo;une jeunesse simplement raisonnable. Qui veut juste que ça aille <em>un peu</em> mieux. Cette jeunesse raisonnable a parfaitement compris ce que <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/09/un-gouvernement-de-connards-et-un-ministre-de-lenseignement-superieur-qui-lest-encore-davantage-chantage-alimentaire-a-lassemblee/">les vieux cons et vieilles connes qui les toisent</a> n&rsquo;ont toujours pas commencé à capter. <strong>Nos prochains combats seront ceux du peu</strong>. Mais si nous sommes incapables de les mener, alors à ce moment là et à ce moment là seulement, il ne sera plus <em>un peu</em> mais <em>beaucoup</em> trop tard pour éviter la bascule dans des radicalités et dans des effondrements irréversibles.</p>
<p>Et pas qu&rsquo;un peu.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12481" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-05-a-22.06.48-1024x575.png" alt="" width="770" height="432" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-05-a-22.06.48-1024x575.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-05-a-22.06.48-300x168.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-05-a-22.06.48-768x432.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-05-a-22.06.48-1536x862.png 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-05-a-22.06.48-1160x653.png 1160w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-05-a-22.06.48-600x337.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/10/Capture-decran-2026-10-05-a-22.06.48.png 1996w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p style="text-align: center;">© Eric Broncard / Hans Lucas via AFP</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2026/10/lycees-et-universites-la-revolution-du-peu-et-comment-aussi-au-milieu-de-tout-ca-parcoursup-est-devenu-parcourspute/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>10</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Parcoursup saison 8 : faites l&#8217;armée plutôt que l&#8217;université.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2026/04/parcoursup-saison-8-faites-larmee-plutot-que-luniversite/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2026/04/parcoursup-saison-8-faites-larmee-plutot-que-luniversite/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Apr 2026 16:17:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Métier]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
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					<description><![CDATA[Parcoursup est l&#8217;outil dont rêvait l&#8217;institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en 2020, en 2021, en 2025, en 2026 &#8230;) que j&#8217;ai vécu et expérimenté [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="P" class="cenote-drop-cap">P</span>arcoursup est l&rsquo;outil dont rêvait l&rsquo;institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en <a href="https://affordance.framasoft.org/2020/05/parcoursup-algorithme-local/">2020</a>, en <a href="https://affordance.framasoft.org/2021/06/parcoursup2021-sucks/">2021</a>, en <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/05/cher-administrateur-parcoursup-mister-t/">2025</a>, en <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/01/parcoursup-est-lance-et-a-luniversite-cest-tous-les-jours-le-doomsday/">2026</a> &#8230;) que j&rsquo;ai vécu et expérimenté personnellement à trois reprises en tant que parent de 3 enfants et que je pratique également donc depuis 8 ans en tant que responsable de formation.</p>
<p>Presque chaque année c&rsquo;est une nouvelle contrainte imbécile qui tombe ou s&rsquo;impose dans cette plateforme sans que jamais il ne soit possible de la discuter ou de la remettre en cause. Et cette année j&rsquo;avoue que lorsque j&rsquo;ai appris qu&rsquo;à terme les lettres de motivation allaient totalement disparaître et que si on voulait les garder c&rsquo;était à chaque responsable de formation de fournir un argumentaire pour se justifier, j&rsquo;ai vraiment eu envie de coller une grande soupe de phalange dans le cimetière à magret de <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/05/cher-administrateur-parcoursup-mister-t/">mon ami Mister T</a>. Mais j&rsquo;étais très loin du climax de mon courroux (coucou) car je n&rsquo;avais pas encore reçu le message ci-dessous.</p>
<p>Donc il y a quelques jours, alors que sur les 1600 dossiers que nous recevons pour 60 places je venais de finir de traiter les 200 qui me reviennent, j&rsquo;ai eu la surprise de recevoir un petit mail de Parcoursup qui disait ceci :</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-12105 " src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-scaled.png" alt="" width="1121" height="310" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-scaled.png 2560w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-300x83.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-1024x283.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-768x212.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-1536x425.png 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-2048x566.png 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-600x166.png 600w" sizes="auto, (max-width: 1121px) 100vw, 1121px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je vous remets le texte directement :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>Dans la perspective de la rentrée 2026-2027, le dispositif de demande de césure prévu sur Parcoursup a évolué pour tenir compte de la mise en place du nouveau Service national annoncé par le président de la République.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Pour les candidats, la case à cocher « demande de césure » a été remplacée par deux cases distinctes « demande de césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel » et « demande de césure pour réaliser un service national ». <u>En effet, la césure pour service national sera une césure accordée de plein droit (projet de loi de programmation militaire)</u> à la différence de la césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel  qui est soumise à l’appréciation du chef d’établissement.</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>J&rsquo;espère que tout cela est clair. Après la mise sous coupe algorithmique réglée de l&rsquo;ensemble d&rsquo;une classe d&rsquo;âge, après l&#8217;empilement de réformes toutes plus débiles les unes que les autres à l&rsquo;échelle du lycée et du baccalauréat, après la mise à sac programmatique de l&rsquo;université publique, après les refus répétés en mode <em>allegro obstinato</em> de tenir compte de l&rsquo;ensemble des retours des utilisateurs de cette p**** de plateforme qui chaque année expliquent que tout cela irait beaucoup plus vite et serait beaucoup moins stressant pour les lycéens et lycéennes s&rsquo;ils et elles pouvaient classer leurs voeux dès le départ, voilà donc maintenant que Parcoursup se met au service d&rsquo;un agenda politique national guerrier. Et voici Emmanuel Macron, le plutôt cadre ploutocrate enquillant son 2ème mandat à l&rsquo;abri de toute mandale, qui d&rsquo;une main nous incite à la chair du « réarmement démographique » et de l&rsquo;autre anticipe le sort funeste de cette même chair.</p>
<p>Cette année on nous annonce donc que les demandes de césure pour faire son service militaire doivent être obligatoirement accordées. Et on nous l&rsquo;annonce en plein milieu de la procédure et sans aucune concertation parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien sûr aussi de <em>nous</em> discipliner.</p>
<p>Vu la situation et le contexte international, je ne suis pas le seul à nourrir d&rsquo;immenses craintes pour ce que Parcoursup deviendra l&rsquo;année prochaine et les suivantes. L&rsquo;institution disciplinaire doit être vue, lue et comprise comme un continuum. Je rappelle que certains avaient déjà envisagé que <a href="https://www.info-jeunes.net/snu-parcoursup-guide-pratique-pour-les-candidats#:~:text=Ecolo-,Le%20SNU%20Parcoursup%20%3A%20un%20avantage%20pour%20les%20participants,inscription%20dans%20l'enseignement%20sup%C3%A9rieur.">celles et ceux qui avaient effectué le débilitant SNU puissent bénéficier de points supplémentaires dans Parcoursup</a>. Une énième idée à la con qui avait heureusement été promptement identifiée comme telle mais qui avait aussi et surtout permis de préparer les esprits à ce qui adviendra inévitablement à l&rsquo;horizon de quelques années.</p>
<p>Sans parler de la guerre, on observe cette année une augmentation très forte (et qui me semble inquiétante) de dossiers qui nous reviennent après avoir effectué une première année (en vérité quelques mois) dans une toute autre formation, preuve supplémentaire que la première orientation et la première expérience de la plateforme Parcoursup sont de plus en plus à côté de la plaque. Entendons-nous bien, on a bien sûr le droit de se réorienter et rien n&rsquo;est dramatique, loin s&rsquo;en faut, lorsque l&rsquo;on est néo-bachelier. Ce qui est par contre inquiétant ce sont les choix qui semblent effectués en dépit de tout bon sens de la part de lycéens et lycéennes et de familles totalement égarés dans une offre surabondante et opaque, livrés au mieux à eux-mêmes et à la bonne volonté de professeurs principaux qui sont beaucoup de choses mais certainement pas des conseillers d&rsquo;orientation ; lycéens, lycéennes et leurs familles qui sont surtout soumis, dès la fin du collège et durant toutes leurs années lycées, à une pression totalement inédite au regard des contraintes que l&rsquo;on fait peser sur elles et eux.</p>
<p>Disciplinés très tôt par l&#8217;empilement de réformes aux temporalités imbéciles et sans aucune cohérence pédagogique ne serait-ce qu&rsquo;interne, réformes totalement étanches aux rythmes de travail et de vie de nos sociétés et aux assignations parentales qui en découlent, ce ne sont pas les quelques ajustements cosmétiques annuels de l&rsquo;interface Parcoursup qui permettront de régler le problème d&rsquo;une plateforme qui semble n&rsquo;avoir jamais été pensée ou même réfléchie pour accompagner des trajectoires mais qui donne hélas sa pleine mesure dès lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de sanctionner des parcours.</p>
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		<title>Parcoursup est lancé. Et à l&#8217;université, c&#8217;est tous les jours le Doomsday.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 15:32:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Métier]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
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					<description><![CDATA[Imaginez-vous vivre dans un pays où la totalité des entreprises seraient déficitaires. La totalité. Un pays dans lequel aucune, je dis bien aucune entreprise ne serait en capacité de dégager un résultat positif. Et bien c&#8217;est exactement la situation actuelle de l&#8217;ensemble des université françaises. La totalité. Je vous l&#8217;avais annoncé (avec d&#8217;autres et depuis [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="I" class="cenote-drop-cap">I</span>maginez-vous vivre dans un pays où la totalité des entreprises seraient déficitaires. La totalité. Un pays dans lequel aucune, je dis bien aucune entreprise ne serait en capacité de dégager un résultat positif. Et bien c&rsquo;est exactement la situation actuelle de l&rsquo;ensemble des université françaises. La totalité. <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/12/regarde-les-universites-crever-regarde-bien/">Je vous l&rsquo;avais annoncé</a> (avec d&rsquo;autres et depuis quelques années et avec colère) et c&rsquo;est arrivé. <a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/l-info-de-france-inter-9135980">La totalité des universités françaises ont voté un budget en déficit</a>.</p>
<p>Vous me direz qu&rsquo;une université n&rsquo;est pas une entreprise. Certes. Pour autant et depuis le vote de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_relative_aux_libert%C3%A9s_et_responsabilit%C3%A9s_des_universit%C3%A9s">funeste LRU</a>, loi dite « d&rsquo;autonomie », par la fumeuse Valérie Pécresse sous injonction du premier président délinquant (Nicolas Sarkozy), tout à été fait pour assimiler les universités à autant d&rsquo;entreprises. Ça donne envie de gifler des gens de droite avec une barre à mine quand on relit ça aujourd&rsquo;hui, mais à l&rsquo;époque tout ça nous était présenté en mode « <em>il s&rsquo;agit de redonner de l&rsquo;attractivité aux universités</em>« . Lol. Dans un an, en 2027, voilà 20 ans que la loi LRU aura donc été déployée. Ne comptez-pas trop sur moi pour la fête d&rsquo;anniversaire, mais le bilan est là : vingt ans c&rsquo;est le temps qu&rsquo;il faut pour totalement détruire à la fois les infrastructures universitaires (ou les laisser s&rsquo;effondrer, cela revient au même), pour précariser totalement à la fois la population étudiante mais aussi les vacataires et personnels administratifs et techniques sans qui rien jamais n&rsquo;est possible, pour faire de la recherche une activité concurrentielle comme les autres et ne plus la financer que « sur projet » (dont la plupart ne sont donc &#8230; pas financés), et pour épuiser presque totalement la bonne volonté et la détermination des enseignant.e.s. et des chercheurs et chercheuses.</p>
<p>Vingt ans c&rsquo;est aussi le temps qu&rsquo;il aura fallu pour en parallèle, faire toute la place au secteur privé, à ces <strong>écoles véroles</strong> qui captent les financements publics, à ces <strong>formations croupion</strong> qui ajoutent des <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Wew-lp-8NkQ">frais de scolarité exorbitants à des diplômes en carton</a> (mais tout va bien, c&rsquo;est un banquier qui vous y accueille et qui vous parle des prêts possibles avant de vous parler des enseignements reçus), à ces <strong>conglomérats d&rsquo;escrocs </strong>aka les <a href="https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/01/15/mefiez-vous-des-etablissements-qui-donnent-le-sentiment-de-chercher-des-clients-plutot-que-des-etudiants_6662265_4401467.html">grands groupes privés qui recrutent des clients avant de former des étudiants</a>. Juste un chiffre. <a href="https://rers.depp.education.fr/2024/tableau/07_ETU/01_EVO#:~:text=%C3%80%20la%20rentr%C3%A9e%202023%2C%202,effectifs%20du%20sup%C3%A9rieur%20(2).">Presque 3 millions d&rsquo;étudiantes et d&rsquo;étudiants en France, dont presque 800 000 dans le privé</a>. Un chiffre et une dynamique : « <em>Depuis 2013, les inscriptions dans le privé ont même augmenté de 62,7 % contre 9,6 % dans le public.</em> » Pourquoi cette explosion du privé depuis 2013 ? Pour bien comprendre, 2007 c&rsquo;est donc l&rsquo;année où la loi LRU est votée pour les universités, et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_relative_aux_libert%C3%A9s_et_responsabilit%C3%A9s_des_universit%C3%A9s">2013 c&rsquo;est l&rsquo;année où elles l&rsquo;ont dans le cul</a> parce que ce qui était prévu dans le cadre de la loi LRU c&rsquo;était que : « <em>d’ici au 1er <time class="nowrap" datetime="2013-01-01" data-sort-value="2013-01-01">janvier 2013</time>, toutes les universités accèdent à l’autonomie dans les domaines budgétaire (article 50) et de gestion de leurs ressources humaines<sup id="cite_ref-1" class="reference"></sup> et qu’elles puissent devenir propriétaires de leurs biens immobiliers<sup id="cite_ref-2" class="reference"></sup>.</em> » Tout ça, les 100% d&rsquo;universités publiques qui votent aujourd&rsquo;hui un budget en déficit, ce n&rsquo;est pas le fruit du hasard mais l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un projet politique parfaitement pensé, et surtout parfaitement dégueulasse.</p>
<p><strong>Il fallait être rentable.</strong> Rentable les formations, rentable les débouchés, rentable, rentable, rentable. Et autour et pendant que les aides de l&rsquo;état tombaient comme jamais dans les financements des aides aux entreprises, comme jamais les aides de l&rsquo;état pour les universités se tarissaient : et aux universités de se démerder avec leur gestion bâtimentaire (pile au moment où la plupart desdits bâtiments commençaient à tomber en ruine), et aux universités de se démerder avec la prise en charge du glissement vieillesse-technicité, et aux universités de se démerder avec la prise en charge de la mutuelle de tous leurs agents et salariés. Et « à moyens constants » hein.</p>
<p>Alors on trouve certes sous la plume de quelques journalistes également ou anciennement universitaires, des éditoriaux qui nous alertent. Par exemple celui de <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-humeur-du-matin-par-guillaume-erner/l-humeur-du-jour-emission-du-vendredi-16-janvier-2026-7276205?fbclid=IwY2xjawPXNHRleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeQoz_xm9Hp00shWLpZHCxcbqvFAfDLUJVlFqQBv8fUaV4lXzCPXFMpstwLto_aem_v77MMJH9bqzKAz0hfNgzxw">Guillaume Erner le 16 Janvier sur France Culture</a> qui disait et écrivait :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Il y a deux manières de faire la guerre à l’université. La première est frontale : considérer, comme Donald Trump, que ce sont des repaires de gauchistes et les étrangler ouvertement. La seconde est plus sournoise : les laisser crever à petit feu, silencieusement, sans débat, sans indignation. J’ai bien peur que ce soit cette seconde méthode qui soit à l’œuvre en France.</em></p>
<p class="PopSlotParagraph qg-tx2 qg-xtra-lh svelte-1r0pyek" style="text-align: left;"><em>Or il n’y a rien de plus dangereux pour un pays que cet anti-intellectualisme-là. Faire la guerre à l’université, ce n’est pas un détail budgétaire : c’est un volet central de la guerre à l’intelligence. C’est obérer l’avenir. Les étudiants d’aujourd’hui sont les doctorants de demain et les chercheurs d’après-demain. Ceux qui, au nom d’autres “priorités”, se désintéressent du sort des universités sont en train d’endommager gravement l’avenir du pays — dans une indifférence quasi générale. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mais à part ces quelques surgissements tout à fait confidentiels dans le bruit médiatique ambiant, partout un grand silence.</p>
<p><strong>Et pourtant moi comme d&rsquo;autres on s&rsquo;agite, on analyse, on gueule, on documente. </strong>Et depuis longtemps. Mais rien putain. Rien. Et des ministres de la chose dont on à l&rsquo;impression qu&rsquo;ils ne font que se disputer le podium de la connerie, le maillot jaune de l&rsquo;incurie, et la palme de la provocation. Dernier en date : Philippe Baptiste qui après avoir littéralement <a href="https://www.publicsenat.fr/actualites/education/situation-financiere-des-universites-ce-nest-pas-zola-non-plus-relativise-le-ministre-de-lenseignement-superieur">chié sur les universités et les universitaires en Novembre 2025</a> (« <em>c&rsquo;est pas Zola non plus</em>« ) lance en Janvier 2026 des « <em>Assises du financement des universités</em> » (lire à ce sujet l&rsquo;indispensable, l&rsquo;incontournable, et le plus précieux d&rsquo;entre nous, aka <a href="https://blog.educpros.fr/julien-gossa/author/julien-gossa/">Julien Gossa</a>). Le résultat de ces assises je vais vous le donner en exclusivité :</p>
<ul>
<li>« <em>la carte des formations va être revue.</em> » Traduction : des formations vont fermer. Traduction de la traduction : les SHS ça va être une boucherie, allez plutôt vous trouver des métiers utiles et rentables aux yeux du Medef.</li>
<li>« <em>L&rsquo;offre de formation va être rationalisée à l&rsquo;échelle des territoires.</em> » Traduction : des sites universitaires délocalisés vont fermer (mais pas tout de suite, en tout cas pas partout tout de suite, parce que y&rsquo;a des municipales et que globalement c&rsquo;est pas le bon timing)</li>
<li>« <em>Une politique différenciée des droits sera appliquée.</em> » Traduction : les frais d&rsquo;inscription vont exploser. Un peu exploser en licence. Beaucoup exploser en Master et au-delà. Et à la folie exploser pour les étudiantes et étudiants étrangers extra-communautaires (c&rsquo;est malheureusement déjà souvent le cas) parce qu&rsquo;en plus d&rsquo;être étudiants bah ils sont étrangers.</li>
</ul>
<p>Et vous savez quoi ? A la fin de ces « assises » on aura toujours aussi mal au cul et on fera toujours semblant de ne pas comprendre pourquoi.</p>
<p><strong>Franchement je ne sais plus ni comment le dire ni comment m&rsquo;y prendre.</strong> De la place qui est la mienne, de ce que je vois des micro-responsabilités que j&rsquo;endosse ou ai endossé (ouverture de formation, direction d&rsquo;un département, direction-adjointe d&rsquo;une composante) je suis toujours autant effaré qu&rsquo;en colère quand je vois à la fois notre propre capacité à nous tirer des balles dans le pied, notre incapacité à nous indigner autrement que de manière feutrée et policée, et pourtant l&rsquo;énergie et la « bonne foi » d&rsquo;une majorité de collègues qui décident de mesures dont chacun voit bien qu&rsquo;elles sont mortifères. On n&rsquo;a jamais fait autant de réunions, on n&rsquo;a jamais eu autant d&rsquo;instances, on n&rsquo;a jamais eu autant de tutelles, on n&rsquo;a jamais eu autant d&rsquo;évaluations permanentes sur la qualité de ceci et l&rsquo;opportunité de cela, et on n&rsquo;a jamais été autant absolument incapables de « piloter » nos établissements autrement que par injonctions paradoxales et contradictoires. [Disclaimer. La littérature scientifique (notamment dans le champ de la psychologie et notamment dans les années d&rsquo;après-guerre avant celle de l&rsquo;économie et du management des années 1980) documente parfaitement la manière dont se termine l&rsquo;histoire des individus et des institutions dirigées sur des injonctions paradoxales, et elle (la littérature scientifique) est unanime : ça se termine à l&rsquo;asile.]</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Mais alors concrètement, c&rsquo;est quoi le quotidien d&rsquo;une université<br />
avec un budget en (gros) déficit ?</strong></h3>
<p>En résumé <strong>c&rsquo;est une université où plus rien n&rsquo;est jamais certain</strong>. On nous répète souvent dans tous les éditos économiques et politiques que les entreprises ont besoin de visibilité sur le moyen et le long terme et qu&rsquo;elles n&rsquo;aiment rien moins que l&rsquo;incertitude. Bah figurez-vous que les universités &#8230; aussi. Quand plus rien n&rsquo;est jamais certain, quand les personnels (profs, vacataires, agents techniques, personnels administratifs) ne savent pas s&rsquo;ils pourront toujours être là dans un mois ou dans un an, quand on ne sait pas si on pourra maintenir tel ou tel groupe, telle ou telle formation, tout se tend puis &#8230; tout se détend brutalement dans le fracas d&rsquo;un effondrement.</p>
<p>C&rsquo;est une université dans laquelle des gens font des cours, beaucoup de cours, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus assez de collègues pour faire ces putains de cours (parce qu&rsquo;on ne crée plus du tout de postes à l&rsquo;échelle de la volumétrie des départs en retraite notamment et parce que même les vacataires ne veulent plus venir tellement c&rsquo;est compliqué et la misère), et où ces mêmes gens qui font beaucoup de cours, <strong>où ces enseignant.e.s doivent attendre la réunion d&rsquo;un tribunal des heures supplémentaires</strong> une fois que l&rsquo;année est terminée, pour savoir s&rsquo;ils pourront être ou non payés pour les cours qu&rsquo;ils ont fait « en plus » durant cette année. Vous me direz « <em>bah ils n&rsquo;ont qu&rsquo;à bosser pour la gloire, ça va bien vu leur salaire.</em> » Je vous confirme que certains le font déjà. Vous me direz aussi « <em>bah ils n&rsquo;ont qu&rsquo;à pas faire ces cours.</em> » En effet. Certains le font déjà aussi. Et donc on ampute les maquettes et les contenus de formation. Et on marche au rabais. Mangez plutôt vos morts tiens.</p>
<p><strong>C&rsquo;est une université dans laquelle plus rien, absolument plus rien n&rsquo;est logique</strong>. Chaque décision sur le plan de la formation ou de la recherche entre directement en concurrence (pas du tout libre et totalement faussée) avec des arbitrages de gestion de pénurie ou de financement sur projet qui au mieux les rendent impossible et au pire se font systématiquement au détriment d&rsquo;autres (formations, composantes, collègues, services) qui sont pourtant les mêmes que nous. Ça me rend totalement dingue quotidiennement. Et si j&rsquo;étais tout seul ce ne serait pas très grave.</p>
<p><strong>100% des universités publiques qui ont voté un budget en déficit et n&rsquo;ont donc, de manière très rationnelle et très empirique, plus aucun moyen pour fonctionner normalement</strong>. Je le redis différemment. 100% des universités publiques fonctionnent aujourd&rsquo;hui au mieux en mode dégradé, en gérant des pénuries et de la précarité à tous les niveaux. Je le redis encore autrement. <strong>Derrière ce 100% des universités publiques qui crèvent à crédit, il y a vos gosses</strong>. 3 millions d&rsquo;entre elles et eux. Vos gosses (les miens aussi hein) qu&rsquo;on accueille. Vos gosses qu&rsquo;on forme professionnellement. Vos gosses qu&rsquo;on émancipe intellectuellement. Vos gosses qu&rsquo;on ouvre culturellement. Mais vos gosses aussi qu&rsquo;on soigne (la médecine universitaire est digne de celle d&rsquo;un pays du tiers-monde mais les collègues &#8211; médecins, infirmières, psys, font ce qu&rsquo;ils et elles peuvent et sans elles et eux les drames déjà intolérables le seraient encore davantage). Mais vos gosses aussi qu&rsquo;on nourrit parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui <a href="https://affordance.framasoft.org/2023/08/classement-shangai-miam-miam/">chaque campus est devenu une putain de succursale des restos du coeur</a>, où l&rsquo;on voit des profs <a href="https://affordance.framasoft.org/2021/06/donner-des-cours-et-a-manger/">filer des cours et à manger</a>.</p>
<p><em>[Parenthèse : vous connaissez Benjamin Duhamel ?]</em> Et lorsqu&rsquo;enfin le gouvernement devrait voter les repas à un euro pour tous les étudiants et les étudiantes (hope so &#8230;) il faut encore se fader <a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mardi-20-janvier-2026-7431080">ce chancre mou de Benjamin Duhamel</a> expliquant que « <em>houlala mais les enfants de Bernard Arnault et des milliardaires ils vont pouvoir manger pour un euro, est-ce que c&rsquo;est vraiment une mesure de gauche ?</em> » Benjamin écoute-moi. Ecoute-moi bien. T&rsquo;as vraiment cru que les enfants de Bernard Arnault ils étaient passé en fac de lettres à Cergy ? Où même à l&rsquo;IAE de Poitiers ? T&rsquo;as vraiment pensé que les chiards de nos milliardaires ils allaient faire la queue au Resto U ? Benjamin pardon mais vraiment t&rsquo;es trop con. Tu me fatigues avec la constance d&rsquo;un enfant de 3 ans sous ecsta, tu m&rsquo;énerves avec l&rsquo;opinâtreté d&rsquo;un bouton d&rsquo;acné récalcitrant sur la peau d&rsquo;un adolescent, tu m&rsquo;irrites la tête avec l&rsquo;efficacité d&rsquo;un milliard d&rsquo;oxuyres irritant des culs. <em>[/Maintenant vous connaissez Benjamin Duhamel.] </em></p>
<p><em>[Mise à jour du lendemain] </em>Par ailleurs comme l&rsquo;écrit très bien <a href="https://x.com/NozoSousFlash/status/2013654044380664154">Nozo sur X</a> : « On s&rsquo;en branle on préfère qu&rsquo;un enfant de bourgeois mange pr 1€ plutôt qu&rsquo;un pauvre ne puisse pas manger ou se retrouve à devoir 36000 justificatifs pr bénéficier d&rsquo;un repas pas cher. » <em>[/Mise à jour du lendemain] </em></p>
<p>Dites et pensez ce que vous voulez de l&rsquo;université mais gardez en tête que tout cela concerne d&rsquo;abord vos enfants. Trois millions d&rsquo;entre eux. Le monde dans lequel vos gosses (et les miens) vont devenir des adultes n&rsquo;aura plus rien de commun avec celui que nous avons connu. Dérèglement climatique, conflits internationaux, escalades militaires, brutalisation des démocraties et des institutions, désinformation massive, arrivée au pouvoir de régimes autoritaires, illibéraux, montée des nationalismes et des fascismes. Donc on ne va pas seulement avoir besoin de <a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/corse/haute-corse/la-campagne-de-recrutement-du-service-militaire-volontaire-destinee-aux-jeunes-de-18-a-25-ans-est-ouverte-3282962.html">discipliner les corps via la remilitarisation qui s&rsquo;annonce</a>, mais on va aussi avoir besoin, et besoin comme jamais d&rsquo;avoir des gens capables de réfléchir et de penser le monde, leur monde, avec toute la distance et les connaissances que cela implique.</p>
<p>J&rsquo;écoutais dimanche soir l&rsquo;émission « En société » sur France 5 dans laquelle <a href="https://www.france.tv/france-5/en-societe/saison-3/8057001-marine-le-pen-face-a-la-justice-iran-une-revolution-en-sursis-menace-sur-le-groenland.html">Magali Lafourcade (magistrate) expliquait à la fois comment et pourquoi Donald Trump et toute sa diplomatie mettaient les bouchées double en pression et en désinformation pour faire en sorte que l&rsquo;extrême-droite (Le Pen ou Bardella) arrive au pouvoir en France (à partir de la 29ème minute)</a>. Demain il sera beaucoup trop tard pour sauver les universités et avec elles une certaine conception de la démocratie et de la société. Parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la plupart des politiques ont « juste » le projet qu&rsquo;elles s&rsquo;effondrent en nourrissant leur croyance que le privé les remplacerait. Ils et elles ne sont pas hostiles « au savoir » ou « à la connaissance » mais ils ne voient pas l&rsquo;intérêt ce « cette connaissance là » ou de « ces savoirs là ». Mais demain celles et ceux qui seront au pouvoir auront une posture totalement différente : ils n&rsquo;en auront absolument plus rien à foutre et viendront pisser sur nos tombes. Et pour ce qui tiendra encore vaguement debout, ils y mettront des grands coups de botte pour que ça finisse de s&rsquo;effondrer. Nous ne serons plus des opposants ou des adversaires, nous serons des ennemis. Regardez autour de vous partout dans de monde à chaque fois qu&rsquo;un pouvoir a basculé : aux USA avec Trump, en Argentine avec Milei, en Italie avec Melloni, et ainsi de suite. En France la rumeur d&rsquo;un « islamo-gauchisme » à l&rsquo;université a très exactement été inventée et construite pour cela. Et force est de constater que ça marche. A ce rythme là, demain en France comme ailleurs aujourd&rsquo;hui, les enseignants, enseignantes, chercheurs, chercheuses, seront juste des ennemis. Des cibles. Voilà pour la première ligne. Mais derrière, juste derrière, il y a la deuxième ligne. Celle de vos gosses, justement.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Et puis sur tout ça vous ajoutez cette autre immense<br />
saloperie qu&rsquo;est Parcoursup</strong>.</h3>
<p>Et dont je vous ai aussi souvent parlé. Et là aussi pardon d&rsquo;avoir eu (avec d&rsquo;autres) raison trop tôt mais cela fonctionne exactement comme c&rsquo;était prévu au départ. C&rsquo;est à dire <strong>primo, déposséder la plupart des établissements de leur marges d&rsquo;appréciation des dossiers</strong>. Juste pour vous donner une idée d&rsquo;à quel point c&rsquo;est lunaire, cette année on nous a expliqué que si on voulait toujours avoir des lettres de motivation dans les dossiers, bah il allait falloir &#8230; le justifier. Et oui. Je rappelle que par ailleurs tout est tellement saucissonné dans Parcoursup pour les lycéens et lycéennes que le remplissage d&rsquo;un dossier renvoie immanquablement à la scène « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=6gc_svqHO4M">ça dépend ça dépasse</a> » du Père Noël est une ordure : décrivez votre vie en 100 caractères, votre projet d&rsquo;orientation en 250 et votre motivation en 300 caractères espaces comprises. Parcoursup aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est Twitter y&rsquo;a 10 ans. Et donc maintenant c&rsquo;est à nous de justifier que « <em>ah mais oui on veut une lettre de motivation.</em> » C&rsquo;est encore une idée à la con de <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/05/cher-administrateur-parcoursup-mister-t/">mon ami Mister T et de son équipe</a> qui met au moins les 2/3 des équipes pédagogiques universitaires en PLS mais ça, mon ami Mister T et le ministère, ils n&rsquo;en ont absolument rien à foutre. <strong>Deuxio, remettre entre les mains de décideurs aussi éloignés que possible du terrain</strong> (ou totalement alignés avec un agenda politique libéral circonstanciel, ce qui est tout à fait compatible avec le premier critère), <strong>les choix de volumétrie d&rsquo;accueil et de nombre de places</strong>. Et là encore il faut lire <a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/20/universites-la-politique-educative-nationale-ne-vise-plus-a-elargir-l-acces-aux-etudes-superieures_6663297_3224.html">Julien Gossa qui le répète, le documente et l&rsquo;explique patiemment</a> :</p>
<p>&nbsp;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la politique éducative nationale ne vise plus à élargir l’accès aux études supérieures, mais à le réduire. La France se tourne désormais officiellement vers un régime de démassification, de réduction du niveau global d’éducation et de formation professionnalisante de la population. Cette orientation n’a pas d’équivalent historique (&#8230;)</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Tertio, tout miser sur l&rsquo;épuisement par la contrainte</strong>. C&rsquo;est tellement compliqué, tellement usant de se battre contre ces guignols, il faut tellement tout recommencer chaque année, qu&rsquo;au bout d&rsquo;un moment même les plus énervés (genre moi) finissent par capituler. Ok. Balek. Vous voulez qu&rsquo;on trie juste parmi des moyennes anonymes ? On va le faire. Vous voulez qu&rsquo;on soit tellement inondés de dossiers et de demandes qu&rsquo;on finisse par se résoudre à ne plus les traiter que statistiquement ou algorithmiquement, et bah d&rsquo;accord (vu que ça fait maintenant 7 ans qu&rsquo;on s&rsquo;épuise à vous expliquer et à vous démontrer que, par exemple, la hiérarchisation des voeux permettrait de tout accélérer et d&rsquo;arrêter de faire nimp). Et derrière y&rsquo;a plus pour les ministres et gouvernements qu&rsquo;à tout laisser filer, et dès que ça commence à filer, tout vient très vite. <a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/l-info-de-france-inter-9135980?fbclid=IwY2xjawPcFTlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEecREnsiGHrEelL6_68cBpSbqL_zr2Bo9RlpHCFPLS0r_POrwIryStaYK5XR0_aem_PbH-eijslTsyVi5qEil9jw">Les universités suppriment des places : 300 par ci, 600 par là</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-11965" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-20-a-16.16.11-1024x441.jpg" alt="" width="770" height="332" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-20-a-16.16.11-1024x441.jpg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-20-a-16.16.11-300x129.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-20-a-16.16.11-768x331.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-20-a-16.16.11-1536x662.jpg 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-20-a-16.16.11-2048x883.jpg 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-20-a-16.16.11-600x259.jpg 600w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p>Plusieurs milliers de places supprimées à la rentrée à l&rsquo;échelle de l&rsquo;ensemble des universités et au regard des 3 millions d&rsquo;étudiantes et d&rsquo;étudiants ça paraît anecdotique. C&rsquo;est pourtant tout à fait critique. Parce que c&rsquo;est le point de bascule. Définitif. Derrière ces places supprimées il y a, encore et toujours, vos gosses. Qui devront soit renoncer à étudier, soit aller étudier plus loin de chez eux (avec les frais que cela impose), soit se résoudre et vous avec à se tourner vers les vautours opportunistes du privé. Et puis ce ne sont pas que des « places » que l&rsquo;on supprime. Parce qu&rsquo;en face de ces « places » il n&rsquo;y aura plus de profs, il n&rsquo;y aura plus de personnels techniques et administratifs. Y&rsquo;aura plus rien. Juste notre colère et notre rage. Qui peut-être trouvera des formes collectives pour s&rsquo;incarner et se manifester. Il en est de très rares à l&rsquo;université comme le collectif <a href="https://rogueesr.fr/">RogueESR</a> par exemple. Mais face à l&rsquo;Empire &#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Cher grand administrateur de Parcoursup, cher Mister T.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 May 2025 13:35:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Métier]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
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					<description><![CDATA[Cher grand administrateur de Parcoursup, Cher Barracuda, cher Mister T., je vais t&#8217;appeler comme cela pour protéger ton anonymat mais aussi parce que c&#8217;est un peu comme le héros télévisuel éponyme que je te vois : un type plein de chaînes en or qui brillent et qui ne sait que faire jouer ses muscles en [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>her grand administrateur de Parcoursup,</p>
<p>Cher Barracuda, cher Mister T., je vais t&rsquo;appeler comme cela pour protéger ton anonymat mais aussi parce que c&rsquo;est un peu comme le héros télévisuel éponyme que je te vois : un type plein de chaînes en or qui brillent et qui ne sait que faire jouer ses muscles en guise de négociation, et jouit en supplément de quelques compétences en mécanique, la mécanique étant ici celle de l&rsquo;administration de cette saloperie de plateforme.</p>
<p>Je suis depuis un quart de siècle enseignant-chercheur en IUT, plus précisément dans le département Information et Communication de l&rsquo;IUT de La Roche-sur-Yon, et depuis quelques années je suis aussi le responsable de ce département de formation et le directeur-adjoint de l&rsquo;IUT.</p>
<p>Et si je devais être un personnage de l&rsquo;agence tous risques, je me sentirais assez proche de Looping.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-11437" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2025/05/Capture-decran-2025-05-02-a-15.08.07-1024x680.png" alt="" width="770" height="511" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2025/05/Capture-decran-2025-05-02-a-15.08.07-1024x680.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2025/05/Capture-decran-2025-05-02-a-15.08.07-300x199.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2025/05/Capture-decran-2025-05-02-a-15.08.07-768x510.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2025/05/Capture-decran-2025-05-02-a-15.08.07-1536x1020.png 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2025/05/Capture-decran-2025-05-02-a-15.08.07-600x398.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2025/05/Capture-decran-2025-05-02-a-15.08.07.png 1910w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>L&rsquo;agence Parcoursup (allégorie). </em><br />
<em>[En bas avec un cigare, le discours ministériel en mode « vous allez voir comme j&rsquo;aime les plans qui se déroulent sans accrocs » ; à gauche les petits futés de l&rsquo;ingénierie qui déploient un algorithme de hiérarchisation des veux sans permettre la hiérarchisation des voeux ; à droite les gros malins qui sortent leurs muscles et leur fer à souder pour transformer une camionnette haut de gamme en char d&rsquo;assaut pour défoncer les rêves d&rsquo;une génération entière ; en haut les doux-dingues qui tentent encore de trouver une forme de cohérence dans toute cette merde.]</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Voilà donc près q&rsquo;un quart de siècle que j&rsquo;enseigne et sélectionne des dossiers dans une formation qui est ce que l&rsquo;on appelle une formation « sélective ». Certes, depuis 20 ans de mise à mort de l&rsquo;université publique et d&rsquo;alignement avec les logiques néo-managériales dont Parcoursup est l&rsquo;instrument, toutes les formations sont devenues sélectives puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais assez de places pour accueillir dignement toutes celles et ceux qui demandent à l&rsquo;être, mais disons que les IUT gardent cette particularité sélective affirmée.</p>
<p>Une particularité sélective qui s&rsquo;est toujours différemment déclinée. Aujourd&rsquo;hui et depuis maintenant 3 ans on nous demande et nous impose en complément de tout le reste, des quotas de sélection de bacs technologiques. Et pourquoi pas. On aurait pu penser différemment l&rsquo;accueil de ces publics, le financer aussi pour leur permettre de compenser certains écarts dans les enseignements que reçoivent les bacheliers généraux, on ne l&rsquo;a bien sûr pas fait, ou alors on nous a demandé de le faire « à moyens constants », mais bref.</p>
<p>Dans « mon » département information et communication, nous recevons énormément de dossiers. Enormément. Chaque année. Y compris depuis avant Parcoursup et même avant APB (Admission Post-Bac, ancêtre de Parcoursup). Enormément. Nous avons 60 places et nous recevions autour de 900 à 1000 dossiers complets, 1000 potentiels futurs étudiants qui, comme on dit, « maintiennent leurs voeux ». Et depuis un quart de siècle, y compris à l&rsquo;époque des dossiers « papier », bah nous les regardons tous. Nous regardons tous les dossiers. Individuellement. En détail. Cela nous prenait et nous prend toujours un temps extrêmement important et dans des fourchettes calendaires de plus en plus ténues (a fortiori si l&rsquo;on souhaite par exemple organiser des entretiens, procédure à laquelle nous avons renoncé pour cette année).</p>
<p>Cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, si je t&rsquo;écris aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est parce que je viens de t&rsquo;envoyer ce même mail sur ton adresse universitaire et sur celle du ministère, et que je vais aussi t&rsquo;envoyer, sur ces mêmes adresses, non pas les 900, non pas les 1000, mais les 1800 dossiers que nous avons reçu cette année.</p>
<p>Mais avant cela je vais t&rsquo;expliquer la raison de mon courroux, de mon ire, de l&rsquo;envie qui m&rsquo;étreint d&rsquo;enserrer tout élément de ton anatomie dans une presse hydraulique tout en te prodiguant des soins du corps à l&rsquo;aide de matières abrasives pendant que tu serais contraint de chanter du Céline Dion en Wolof (mon côté Looping qui ressort hein)</p>
<p>Cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, voilà maintenant plus de 4 ans que chaque année, nous faisons appel à ta magnanimité pour nous autoriser, nous filière sélective, à faire un truc totalement dingue : demander aux candidats de joindre à leur dossier Parcoursup un compte-rendu d&rsquo;entretien avec un ou une professionnelle du métier dans lequel ils s&rsquo;imaginent aujourd&rsquo;hui à l&rsquo;issue de leur formation. C&rsquo;est pour nous un document très important car face à des dossiers Parcoursup dont chaque élément (de la lettre de motivation à la fiche avenir en passant par l&rsquo;inénarrable « activités et centres d&rsquo;intérêts ») est de plus en plus stéréotypique et rédigé soit par la famille, soit par la famille de ChatGPT, et dans un contexte où les lycéennes et lycéens se voient en effet conseillés de multiplier leurs voeux (sans les hiérarchiser, ce qui est une autre coupable ânerie), et bah figure-toi que notre « compte-rendu d&rsquo;entretien avec un ou une professionnelle » est une pièce important pour mesurer la pertinence, la sincérité, et l&rsquo;engagement d&rsquo;une candidature parmi 1000 autres semblables.</p>
<p>Mais toi, toi cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, toi cela ne te va pas. Tu trouves que cela « brise l&rsquo;égalité républicaine ». Tu trouves que c&rsquo;est même carrément, je te cite, discriminatoire. Et quand je t&rsquo;interpelle sur le sujet tu m&rsquo;expliques avec tes gros muscles et tes chaînes en or qui brillent, que « tu sais de quoi tu parles » et que toi aussi tu as déjà enseigné en IUT, et que demander cela privilégierait des jeunes issus de milieux aisés ou avec des familles qui pourraient les aider ou disposeraient de contacts et de réseaux dont d&rsquo;autres ne bénéficient pas. Et moi depuis des années je te dis et t&rsquo;explique (ainsi qu&rsquo;aux services du rectorat et aux points d&rsquo;entrée ministériels qui portent ta parole), que c&rsquo;est n&rsquo;importe quoi.</p>
<p>C&rsquo;est n&rsquo;importe quoi parce que primo nous sommes déjà une formation sélective et que le processus de sélection actuel comporte déjà un si grand nombre de biais liés au capital culturel, au capital social et au capital économique que Bourdieu est à deux doigts d&rsquo;atteindre le noyau terrestre à force de se retourner dans sa tombe.</p>
<p>C&rsquo;est n&rsquo;importe quoi parce toutes les années où nous avons pu disposer de ce compte-rendu d&rsquo;entretien, nous avons, comme pour tous les autres éléments du dossier, naturellement intégré cette question des biais liés au capital social et culturel et que nous n&rsquo;avons jamais pénalisé celui qui était allé voir son libraire Cultura par rapport à celui qui avait contacté une maison d&rsquo;édition élitiste parisienne, pas davantage que celui dont le daron lui avait négocié un entretien avec un grand responsable des politiques culturelles au ministère par rapport à celui ou celle qui était allé voir le ou la documentaliste de son lycée. Parce que figure-toi, cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, figure-toi que nous nous efforçons de manière continue d&rsquo;oublier d&rsquo;être totalement cons. Une routine à laquelle possiblement tu pourrais t&rsquo;astreindre si tu en as le temps, l&rsquo;envie et le loisir.</p>
<p>Alors voilà. Depuis maintenant 4 ans, c&rsquo;est chaque année la guerre, et en plus de tout le reste, il faut chaque année t&rsquo;écrire (enfin écrire au rectorat qui ensuite te transmets &#8230;), chaque année il faut réexpliquer tout cela, le réargumenter, chaque année tu nous expliques que non, chaque année on insiste, chaque année on essaie de poser la question dans les visios que tu organises et où se retrouvent plus de 200 personnes en même temps, et chaque année à la faveur d&rsquo;un malentendu nous finissons par obtenir gain de cause. On s&rsquo;y épuisait, on y perdait un temps et une énergie considérable, on s&rsquo;ajoutait des niveaux de stress importants ainsi qu&rsquo;à nos équipes de collègues, mais à la fin ça passait. Et tout allait aussi bien que possible.</p>
<p>Mais cette année, tu as serré la vis. Et pas simplement pour nous mais pour l&rsquo;ensemble des IUT dont l&rsquo;ensemble des BUT Information et communication. Interdiction formelle et définitive d&rsquo;ajouter d&rsquo;autres éléments que ceux demandés par Parcoursup (donc que des éléments moisis et caviardés). Pas de pièce complémentaire quelle qu&rsquo;elle soit. Rien. Nib. Nada. Que Tchi. Que dalle. Peau de zob.</p>
<p>Donc pour nous, pas de « compte-rendu d&rsquo;entretien avec un ou une professionnelle ». Alors avant de prendre cette décision, je t&rsquo;avais dit ainsi qu&rsquo;aux services rectoraux qui sont à tes ordres, que c&rsquo;était n&rsquo;importe quoi. Parce que si on enlève cette pièce additionnelle, le nombre de dossiers que l&rsquo;on reçoit va littéralement exploser avec pour l&rsquo;essentiel des candidatures « de remplissage », c&rsquo;est à dire des lycéens et lycéennes qui mettent notre formation simplement pour épuiser leur nombre de voeux disponibles. Sauf que bah nous derrière notre recrutement ne change pas : nous continuons d&rsquo;examiner en détail chacun des dossiers que nous recevons.</p>
<p>Et puis ce que je t&rsquo;avais déjà dit et expliqué à l&rsquo;époque où je n&rsquo;étais responsable de rien et où nous nous emplumions en DM sur Twitter, c&rsquo;est que c&rsquo;était tout de même étonnant de considérer que pour des IUT (qui accueillent beaucoup de publics boursiers et de milieux plutôt modestes) cette pièce complémentaire était une rupture de l&rsquo;égalité républicaine et une discrimination, alors que pour les écoles d&rsquo;art dont je t&rsquo;épargne la sociologie, le fait de demander des portfolio, des Books et des recommandations t&rsquo;en touchait une sans te bousculer l&rsquo;autre comme se plaisait à la verbaliser un ancien président de la république. Même chose pour toutes les formations (publiques !!) qui dans le cadre de Parcoursup demandent 50 ou 100 euros pour valider le voeux au titre du passage d&rsquo;un concours (bisous les copains et copines en école d&rsquo;ingénieurs), là aussi il n&rsquo;y a visiblement rien qui ne vienne heurter ta sensibilité républicaine. Mais que l&rsquo;on demande à des étudiants d&rsquo;aller rencontrer des professionnels (même en visio ou par téléphone pour leur éviter des frais et pour celles et ceux qui sont loin des grands centres urbains) et d&rsquo;en faire un court compte-rendu pour attester de leur engagmeent et de leur motivation autrement qu&rsquo;avec 3 paragraphes rédigés par ChatGPT et qu&rsquo;au travers d&rsquo;un stage de troisième et des voyages extra-scolaires que leur famille aura été en capacité de leur offrir ou pas, alors là, pour toi cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, ça c&rsquo;est un grand scandale inacceptable qui brise toute forme d&rsquo;égalité républicaine à proportion de ce que ta position sur le sujet me brise les organes reproducteurs.</p>
<p>Mais bon dans toute lutte par mail contre l&rsquo;administration du rectorat qui est à tes ordres et ne fait que véhiculer ta parole, nos défaites sont avant tout celles de l&rsquo;épuisement. Mais j&rsquo;avoue que nous avons, j&rsquo;avoue que j&rsquo;ai perdu. Cette année tu as été d&rsquo;une fermeté toute Bétharamienne. Cette année nous n&rsquo;avons pas pu demander de compte-rendu d&rsquo;entretien. Cette année, comme je te l&rsquo;avais expliqué et annoncé, nous avons donc reçu non pas autour de 900 dossiers complets et confirmés pour 60 places mais plus de 1800 dossiers. Le double. La mathématique est aussi implacable que la bêtise crasse de ton entêtement déplacé autant que malhonnête. Car évidemment parmi ces 1800 dossiers que nous commençons à terminer de traiter, jamais nous n&rsquo;avions eu autant de candidatures de remplissage, sans aucune volonté réelle de venir dans notre formation, des candidatures bâclées, négligées, presqu&rsquo;entièrement « fake », des candidatures « copiées-collées ». Des candidatures que nous n&rsquo;avions jamais (ou de manière très marginale) les années où nous pouvions en toute impunité briser l&rsquo;égalité républicaine.</p>
<p>Le truc c&rsquo;est qu&rsquo;en plus de s&rsquo;acharner à continuer d&rsquo;oublier d&rsquo;être cons, nous continuons aussi à faire preuve de déontologie et d&rsquo;honnêteté et que nous continuons donc de regarder chaque dossier. Donc cette année nous en regardons deux fois plus que les années précédentes. Mais comme il y a au moins la moitié des dossiers qui sont sans intérêt et que nous disposons du même temps que les années précédentes pour les analyser, le résultat est simple : nous disposons de deux fois moins de temps à passer à analyser des dossiers sincères et engagés. Et ça, cher Barracuda, cher Mister T., cher grand administrateur de Parcoursup, c&rsquo;est ta pleine et entière responsabilité. Ta putain de pleine et entière responsabilité.</p>
<p>Alors voilà. Je vais maintenant t&rsquo;envoyer la totalité de ces dossiers par mail. Il y en a 1800. J&rsquo;espère que la capacité de ta boîte mail est adaptée. Je vais aussi t&rsquo;adresser directement ce billet de blog. Et je vais conclure en te redisant ce que je t&rsquo;avais déjà dit et écrit la première fois où nous avions, de manière disons « virile mais correcte » débattu de ce sujet : il n&rsquo;y a que deux issues possibles dans ton travail. Seulement deux.</p>
<p>La première est de considérer les avis des équipes pédagogiques au plus près de l&rsquo;analyse des dossiers comme des avis purement torcheculatoires et de nous amener à terme vers un système dans lequel les mêmes équipes finiront par totalement se désengager de l&rsquo;analyse « humaine » des dossiers et laisseront la grande machine Parcoursup fonctionner comme une saloperie de machine à calculer : on prendra les notes, on appliquera des coefficients, et en un clic on aura un classement. Un classement de merde, un classement totalement arbitraire et profondément inégalitaire, mais un classement. Et on arrêtera de passer une semaine ou quinze jours à temps plein à regarder des dossiers (quand on a la chance d&rsquo;avoir des équipes pédagogiques avec suffisamment d&rsquo;enseignant.e.s permanent.e.s pour se le permettre, ce qui est de moins en moins le cas de toute façon).</p>
<p>La seconde issue possible consiste à considérer que les équipes pédagogiques savent ce qu&rsquo;elles font, et à leur concéder la dernière part d&rsquo;autonomie dont elles peuvent jouir dans un processus de recrutement et de sélection par ailleurs déjà presque totalement préempté par des cadres et des routines qui ne font qu&rsquo;accroître les inégalités en automatisant les manières de les détecter, de les analyser et de les envisager.</p>
<p>Sur ce je te laisse parce que tu as un peu de pain sur la planche. Il te reste une quinzaine de jours pour analyser ces 1800 dossiers. Bon courage.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Coercition de l&#8217;intime. De Viry-Châtillon à Gaza. Sans retour.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2024/04/coercition-de-lintime-de-viry-chatillon-a-gaza-sans-retour/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Apr 2024 16:44:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[C&#8217;est un régime de dissymétrie. Qui assomme. D&#8217;un côté la volonté de constater en le regrettant la régulation impossible de la parole intime par le politique (et heureusement) à l&#8217;échelle des « réseaux sociaux » (au mieux) ou « des écrans » (au pire). De l&#8217;autre la volonté d&#8217;acter la régulation possible (mais ô combien dangereuse) de la parole [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>&rsquo;est un régime de dissymétrie. Qui assomme.</p>
<p>D&rsquo;un côté la volonté de constater en le regrettant <strong>la régulation impossible de la parole intime par le politique (et heureusement)</strong> à l&rsquo;échelle des « réseaux sociaux » (au mieux) ou « des écrans » (au pire).</p>
<p>De l&rsquo;autre la volonté d&rsquo;acter la <strong>régulation possible (mais ô combien dangereuse) de la parole politique par l&rsquo;intime</strong> : faire convoquer par la police judiciaire, des syndicalistes, des militants, puis des représentant.e.s élu.e.s de la nation pour apologie du terrorisme là où il n&rsquo;y a que l&rsquo;expression d&rsquo;une ligne politique (discutable au même titre que d&rsquo;autres).</p>
<p>De fait divers sordides en dérives autoritaires hallucinantes, c&rsquo;est une <strong>même tentative d&rsquo;une coercition de l&rsquo;intime</strong>, soit pour exonérer le politique de ses responsabilités, soit pour qu&rsquo;il s&rsquo;octroie un régime d&rsquo;arbitraire visant à faire taire toute opposition.</p>
<p>Je parle ici des discours que l&rsquo;on entend et des mises en scènes que l&rsquo;on nous impose : le discours de Sabrina Agresti-Roubache expliquant que les enfants (certains en tout cas &#8230;) n&rsquo;auraient <a href="https://twitter.com/telematin/status/1782648748629217296">pas de vie privée et donc fouillons dans leurs téléphones</a>, la <a href="https://twitter.com/BFMCotedazur/status/1782333002409717813">mise en scène pathétique d&rsquo;Attal dans son internat pour élèves difficiles</a> et ses déclarations sur l&rsquo;inscription dans Parcoursup des « <em>fauteurs de troubles</em> » ou encore le collège comme punition de 8h à 18h, surveiller et punir, et bien avant cela depuis longtemps déjà <a href="https://affordance.framasoft.org/2023/07/cest-la-faute-aux-reseaux-sociaux/">les déclarations d&rsquo;Emmanuel Macron sur la responsabilité des réseaux sociaux dans les émeutes urbaines</a> ou dans la violence des jeunes.</p>
<p>A chaque fait divers dramatique, le rôle donc « des écrans » ou « des réseaux » est convoqué non pour ce qu&rsquo;il est (c&rsquo;est à dire un facteur parmi d&rsquo;autres mais jamais une causalité simple) mais pour ce qu&rsquo;il permet de taire (l&rsquo;effondrement des politiques publiques de l&rsquo;accompagnement des mineurs en général, à commencer par celles et ceux qui traversent les situations les plus difficiles). Si l&rsquo;on parvient à faire oublier la carence coupable et délibérée de l&rsquo;Etat, il ne restera alors que la faute « <em>des famille</em>s » en général, « <em>des familles dysfonctionnelles</em> » en particulier (comprendre pour un certain électorat, des familles dysfonctionnelles parce qu&rsquo;issues de l&rsquo;immigration), et puis donc faute de mieux, la faute « <em>des réseaux</em> » et « <em>des écrans</em>« . Au motif de quoi il faudrait donc réguler cet intime. Au point d&rsquo;affirmer sans fard que les enfants n&rsquo;ont pas de vie privée et qu&rsquo;ils sont avant tout des mineurs et que « s&rsquo;en occuper » c&rsquo;est s&rsquo;arroger le droit, le devoir même, d&rsquo;aller fouiller dans leurs téléphones portables. Et qu&rsquo;allez donc, une bonne fessée n&rsquo;a jamais fait de mal à personne. Discours d&rsquo;une classe politique qui ne s&#8217;embarrasse même plus de la capacité de discernement qui lui permettrait pourtant de voir qu&rsquo;elle ne parle que d&rsquo;elle-même, pour elle-même, en elle-même.</p>
<p>Et puis en miroir, la même classe politique gouvernante qui n&rsquo;affronte plus ses oppositions sur le terrain de l&rsquo;argumentation mais sur celui de la convocation (policière).</p>
<p>Et l&rsquo;alignement d&rsquo;une chambre d&rsquo;écho médiatique qui se délite un peu plus à chaque fois qu&rsquo;elle se délecte. Trop heureuse de taper sur « <em>les écrans</em> » et « <em>les réseaux sociaux</em> » parce qu&rsquo;elle a l&rsquo;assurance qu&rsquo;elle bénéficiera d&rsquo;un retour sur dénigrement comme d&rsquo;un mirifique retour sur investissement. Trop heureuse aussi d&rsquo;articuler le débat public et politique sur une ligne d&rsquo;affrontement où l&rsquo;on convoque des élu.e.s (ou des humoristes hier encore) pour les faire taire tout en jouissant pleinement de l&rsquo;audience facile de clivages artificiels et délétères et de leurs commentaires, et des commentaires de leurs commentaires. Ad Nauseam. C&rsquo;est à dire en mobilisant exactement les mêmes biais, les mêmes errances et les mêmes hypocrisies sordides que celles de ces « <em>réseaux sociaux</em> » qu&rsquo;ils sont pourtant si prompts à condamner.</p>
<p>Je pense, oui, que derrière le spectacle médiatique qui se donne à lire aujourd&rsquo;hui, de Viry-Châtillon à Gaza, de la convocation de Guillaume Meurice à celle de Mathilde Panot, de Rima Hassan ou d&rsquo;<a href="https://www.ouest-france.fr/economie/syndicats/une-vague-de-soutien-apres-la-plainte-a-lencontre-du-syndicaliste-brestois-olivier-cuzon-e95b0a7e-0082-11ef-a017-98428192dcc2">Olivier Cuzon</a>, c&rsquo;est une dérive inquiétante parce que tout sauf inédite, qui se donne à lire dans la <strong>tentative du pouvoir politique d&rsquo;agir et d&rsquo;interférer sur l&rsquo;intime de la parole d&rsquo;une part, et sur l&rsquo;intime de la conviction d&rsquo;autre part. </strong><a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/02/la-strategie-du-lawfare_6013861_3232.html?lmd_medium=al&amp;lmd_campaign=envoye-par-appli&amp;lmd_creation=ios&amp;lmd_source=default">Stratégie du Lawfare</a> certes, mais pas uniquement.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-10299" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/04/Capture-decran-2024-04-23-a-18.43.27.png" alt="" width="531" height="813" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/04/Capture-decran-2024-04-23-a-18.43.27.png 954w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/04/Capture-decran-2024-04-23-a-18.43.27-196x300.png 196w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/04/Capture-decran-2024-04-23-a-18.43.27-669x1024.png 669w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/04/Capture-decran-2024-04-23-a-18.43.27-768x1175.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/04/Capture-decran-2024-04-23-a-18.43.27-600x918.png 600w" sizes="auto, (max-width: 531px) 100vw, 531px" /></p>
<p>Il ne s&rsquo;agit pas bien sûr d&rsquo;un équivalence stricte. Affirmer que la vie privée des mineurs est accessoire et que les parents doivent fouiller dans les téléphones portables de leurs enfants, n&rsquo;est pas à mettre sur le même plan que le fait de convoquer des élu.e.s de la nation pour apologie du terrorisme parce qu&rsquo;elles critiquent la politique criminelle du gouvernement Israélien et du Nazi sans prépuce (<a href="https://www.telerama.fr/radio/nazi-sans-prepuce-les-plaintes-contre-guillaume-meurice-classees-sans-suite-7020142.php">on a le droit</a>).</p>
<p>Mais cela dessine un horizon. Et chaque fois que le politique s&rsquo;attaque à l&rsquo;intime, de la parole ou des convictions, chaque fois qu&rsquo;il projette de légiférer sur la sphère privée (qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de priver d&rsquo;écrans les adolescents ou d&rsquo;allocations les familles), chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;invite d&rsquo;autorité pour prétendre imposer les temporalités (d&rsquo;écran ou d&rsquo;autre chose) à appliquer dans chaque foyer, chaque fois que le commissariat se substitue à l&rsquo;espace des débats aux assemblées élues, chaque fois qu&rsquo;un pouvoir politique prétend condamner non pas le fait d&rsquo;avoir dit telle ou telle chose mais le fait de ne pas avoir dit (ce qu&rsquo;il aurait voulu entendre), chaque fois cela finit mal. Et c&rsquo;est très exactement le point où nous en sommes. <strong>Avec « en prime » si l&rsquo;on peut dire, la particularité de s&rsquo;attaquer simultanément à la jeunesse, aux humoristes et aux élu.e.s et militants syndicaux, c&rsquo;est à dire à l&rsquo;ensemble des espaces de contestation légitimes en démocratie</strong>. Hat Trick, à coups de trique.</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>« Chef de département » (chronique universitaire)</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2023/05/chef-de-departement-chronique-universitaire/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 May 2023 04:59:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Métier]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
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					<description><![CDATA[Je suis depuis presque un an maintenant « chef de département » à l&#8217;IUT de la Roche sur Yon, site « délocalisé » de l&#8217;université de Nantes. J&#8217;ai pris cette fonction dans un contexte particulier, suite au départ aussi inattendu que soudain d&#8217;un collègue qui l&#8217;exerçait. Depuis 17 ans que je suis dans cet IUT et ce département Infocom, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><span title="J" class="cenote-drop-cap">J</span>e suis depuis presque un an maintenant « chef de département » à l&rsquo;IUT de la Roche sur Yon, site « délocalisé » de l&rsquo;université de Nantes. J&rsquo;ai pris cette fonction dans un contexte particulier, suite au départ aussi inattendu que soudain d&rsquo;un collègue qui l&rsquo;exerçait.</p>
<p>Depuis 17 ans que je suis dans cet IUT et ce département Infocom, j&rsquo;avais eu différentes « responsabilités » pédagogiques et administratives, j&rsquo;avais été directeur des études (le gars qui se tape les emplois du temps), j&rsquo;avais été responsable d&rsquo;une licence pro que j&rsquo;avais créé, j&rsquo;avais été différentes autres choses mais je m&rsquo;étais toujours jusqu&rsquo;ici refusé à accepter ce poste de responsable de département, parce qu&rsquo;en l&rsquo;acceptant je savais qu&rsquo;il allait me mettre face à un certain nombre des mes limites, de mes renoncements, et de mes ambivalences et contradictions à l&rsquo;égard des formes y compris les plus douces de hiérarchies ou d&rsquo;autorités. Bref je n&rsquo;imaginais pas tenir plus de 15 jours sans claquer ma démission. Mais dans mon IUT comme dans la plupart des universités et de leurs composantes on ne trouve quasiment plus personne pour assurer ces fonctions et ces rôles. Alors presqu&rsquo;un an après cette prise de fonction, j&rsquo;ai voulu essayer d&rsquo;en comprendre les raisons en les éprouvant et en m&rsquo;y confrontant personnellement. Observation participante et auto-ethnographie située. C&rsquo;est parti.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-9612" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2023/05/Capture-decran-2023-05-30-a-19.37.01-1024x411.png" alt="" width="770" height="309" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2023/05/Capture-decran-2023-05-30-a-19.37.01-1024x411.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2023/05/Capture-decran-2023-05-30-a-19.37.01-300x120.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2023/05/Capture-decran-2023-05-30-a-19.37.01-768x308.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2023/05/Capture-decran-2023-05-30-a-19.37.01-600x241.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2023/05/Capture-decran-2023-05-30-a-19.37.01.png 1280w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Une certaine idée de la chefferie (qui vous l&rsquo;aurez anticipé n&rsquo;est pas vraiment la mienne)</em></p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Petit point moulaga.</strong></h3>
<p>Pour que tout soit aussi transparent que possible je précise en préambule que la « charge » de chef de département est rémunérée sous forme de « prime » et que le montant, dans mon IUT est de 96 heures équivalent TD, ce qui fait que je toucherai (je crois en tout cas) environ 3552 euros nets en plus de mon salaire du mois d&rsquo;Août. Salaire qui est lui même d&rsquo;un peu plus de 3000 euros nets après impôts, sachant que j&rsquo;ai un bac +10 (doctorat et 2 années de post-doc) et que cela fait 17 ans que je suis titulaire. Cette charge correspond donc en gros à un 13ème mois. Tout cela pour dire trois choses. Premièrement je n&rsquo;aurai à aucun moment l&rsquo;impudence de me plaindre. Deuxièmement ces systèmes de « primes » en plus d&rsquo;être totalement délétères sont essentiellement conflictuels puisqu&rsquo;ils opposent en permanence à l&rsquo;université celles et ceux qui y ont droit (les enseignants et enseignants-chercheurs) et celles et ceux qui n&rsquo;y ont pas droit (les personnels techniques, administratifs et contractuels) alors même que leurs services et missions sont également en permanence alourdis et chargés. Et troisièmement, mais uniquement parce que je bénéficie de conditions et de cadre de vie me le permettant (j&rsquo;habite en province), je peux à la fois affirmer que je ne fais pas cela pour la prime et que je le faisais déjà un peu (beaucoup) sans la prime dans d&rsquo;autres configurations, mais je peux aussi parfaitement comprendre que cette prime ait fini par devenir pour beaucoup et pour de bonnes raisons, la <em>condition sine qua non</em> d&rsquo;un tel exercice dans les formes de précarisation qui touchent (aussi) le métier d&rsquo;universitaire. Ceci étant posé, venons-en &#8230; à l&rsquo;essentiel.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Dégager du temps.</strong></h3>
<p>En acceptant de devenir chef de département, et ayant pendant plusieurs années partagé le bureau d&rsquo;une collègue et amie occupant ce poste avant moi, j&rsquo;avais une conscience assez claire de la charge et de la pression (humaine et professionnelle) que cela pouvait représenter. J&rsquo;érigeais donc en principe non-négociable le fait de « me » réserver une journée entière par semaine pour faire « de la recherche », c&rsquo;est à dire pour avoir une activité de lecture, de réflexion et d&rsquo;écriture surtout, un temps qui ne soit pas sans cesse fragmenté et torpillé par d&rsquo;autres tâches ou sollicitations administratives. Une journée c&rsquo;est très peu pour ce qui est supposé être un boulot à mi-temps (la partie « chercheur » du métier « d&rsquo;enseignant-chercheur ») mais je voyais mal comment dégager davantage. Un principe qui tînt péniblement 3 semaines avant de constater son impossibilité absolue. Le ralentissement du rythme de publication sur ce blog en est le témoin et l&rsquo;indicateur le plus objectif qui soit. Le plus pénible n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas de n&rsquo;avoir pas pu dégager cette journée, j&rsquo;avais déjà pour habitude d&rsquo;essentiellement travailler et publier dans mon activité de recherche sur ces temps hors jours ouvrables que constituent les soirées et les nuits ou les week-ends. Mais même ces temps hors de la perception comptable de nos vies deviennent inaccessibles car sans cesse traversés de préoccupations qui finissent par gommer cette forme d&rsquo;apaisement et de disponibilité d&rsquo;esprit qui est, qui m&rsquo;est en tout cas, nécessaire pour réfléchir et travailler à mes activités de recherche.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Le test de la ligne de flottaison des mails.</strong></h3>
<p>Dans la longue liste des symptômes des bullshits jobs ou de la dimension bullshit de certains jobs, on trouve l&rsquo;accumulation de mails. La plupart des réunions ne permettant pas de prendre des décisions autres que celles de nouveaux atermoiements nécessaires, et l&rsquo;organisation du temps de travail et des espaces partagés ne permettant que très peu aux gens de se croiser indépendamment des « nécessités de service », chacun par-delà ses propres atavismes ou routines n&rsquo;a d&rsquo;autre choix que de s&rsquo;en remettre au mail pour assurer un minimum de suivi ou de circulation des informations. Il n&rsquo;existe à ma connaissance aucune personne dans aucune université et dans aucun poste qui soit administratif, technique, d&rsquo;enseignement ou de recherche qui ne croule pas sous des tombereaux de mails dont la volumétrie est inversement proportionnelle à leur pertinence.</p>
<p>Après avoir essayé différentes techniques et être parvenu à renégocier en loucedé l&rsquo;espace de stockage de ma messagerie professionnelle, j&rsquo;ai donc mis en place depuis plus 4 mois maintenant la technique dite de la ligne de flottaison. J&rsquo;ai reçu il y a donc environ 4 mois un mail intéressant pour un projet éditorial. Nous devons nous recontacter avec l&rsquo;expéditeur dudit mail, sans caractère d&rsquo;urgence. Le test de la ligne de flottaison c&rsquo;est de faire en sorte que ce mail reste toujours apparent dans les 50 premiers mails que m&rsquo;affiche ma messagerie universitaire. Je m&rsquo;astreins donc à ne pas le laisser descendre au-delà des 50 derniers mails reçus, ou dit autrement, je m&rsquo;oblige à traiter ou à ranger les 50 mails précédent celui-ci. C&rsquo;est une manière comme une autre d&rsquo;objectiver l&rsquo;impossibilité quasi-organique de parvenir à traiter les informations ou demandes qui me semblent les plus intéressantes et pertinentes. Si j&rsquo;arrive à me protéger d&rsquo;une forme d&rsquo;épuisement je comprends parfaitement que pour certain.e.s collègues, l&rsquo;ouverture de sa boîte mail après quelques jours d&rsquo;absence ou de « <em>bah là je n&rsquo;ai juste pas eu le temps de traiter les mails</em> » puisse très vite revêtir une dimension quasi-traumatique.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Perdre le sens commun.</strong></h3>
<p>Le fait de passer une grande partie de son temps à arbitrer entre différentes injonctions et recommandations techniques et administratives finit par occasionner une perte de ce que l&rsquo;on appelle le sens commun. Voici le récit de l&rsquo;un des événements qui m&rsquo;a permis de mesurer un peu cette perte. J&rsquo;apprends un jour par des étudiantes qu&rsquo;elles ont un problème de panne de chauffage récurrent dans la résidence CROUS qu&rsquo;elles occupent. Je me mets alors en tête de solutionner ce problème avec une série de réflexes administratifs qui m&rsquo;amènent à contacter la directrice du CROUS, à solliciter les équipes techniques de l&rsquo;IUT pour une expertise sur ce sujet, à me renseigner auprès d&rsquo;un copain que je sais bosser chez un gros chauffagiste possiblement prestataire du CROUS local, je passe des coups de téléphone, je rédige des mails, j&rsquo;y passe l&rsquo;équivalent d&rsquo;une ou deux journées à temps plein. Et j&rsquo;oublie. J&rsquo;oublie que quand des gens viennent te voir pour un problème de chauffage c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils ont froid et qu&rsquo;ils attendent avant tout que tu les dépannes au moyen d&rsquo;un chauffage d&rsquo;appoint si tu en as un. Or quelques-uns de nos bureaux à la fac sont pourvus d&rsquo;un chauffage d&rsquo;appoint (radiateur électrique compensant les gestion aléatoire de la chaufferie centrale). Pas une seule seconde je n&rsquo;ai « pensé » à proposer aux étudiantes de leur prêter un de ces chauffages d&rsquo;appoint. Il a fallu que ce soit le secrétariat du département (merci à lui) qui le leur propose naturellement. Si je n&rsquo;avais pas eu la tête bouffée de diverses urgences et saturations liée à d&rsquo;inutiles tâches j&rsquo;aurais, c&rsquo;est certain, commencé par voir le radiateur dans mon bureau et proposé de le leur prêter immédiatement. Mais au lieu de traiter un problème humain (étape 1 : « bonjour j&rsquo;ai froid », étape 2 : « bonjour, je vous prête ce radiateur ») j&rsquo;ai voulu traiter un problème administratif (étape 1 : « bonjour j&rsquo;ai froid », étape 2 : « bonjour, alors c&rsquo;est un logement CROUS, donc étape 3 je vais écrire à la directrice qui, étape 4 va me demander de me mêler de mes affaires ce qui étape 5, va m&rsquo;enjoindre à chercher par quel moyen la contraindre à accepter que ce soit aussi un peu mes affaires, ad lib.) Peut-être trouverez-vous cela tout à fait dérisoire et anecdotique mais je peux vous promettre que cette scène reste très forte dans mon souvenir et qu&rsquo;elle me sert de talisman et d&rsquo;alerte contre ma propre propension à la bêtise.</p>
<h3 style="text-align: right;">Tout faire à l&rsquo;envers.</h3>
<p>Au quotidien, le fonctionnement de l&rsquo;université non pas en tant que communauté mais en tant que système, et celles et ceux qui comme moi se trouvent en être les garants et garantes, s&rsquo;appuie sur trois errements transformés au fil du temps et de la raréfaction des postes et des budgets, en autant de modes de gestion légitimes.</p>
<p>D&rsquo;abord on ne laisse que très rarement les gens (enseignants, enseignants chercheurs et personnels administratifs) décider de ce qui est le mieux en terme d&rsquo;organisation de la place qui est la leur et qui est aussi la plus légitime. L&rsquo;université est un système qui nie en permanence ses propres expertises et qui est incapable de négocier et d&rsquo;administrer la valeur de savoirs qu&rsquo;elle produit et diffuse.</p>
<p>Ensuite les étudiants et étudiantes sont toujours vues comme autant de ressources concurrentielles qu&rsquo;il s&rsquo;agit de capter (coucou Parcoursup), de conserver à tout prix (coucou le privé), et de monétiser sur d&rsquo;autres marchés symboliques (sur ce dernier plan les universités ont, je ne sais s&rsquo;il faut s&rsquo;en réjouir ou s&rsquo;en désoler, une dizaine d&rsquo;années de retard sur les logiques et réseaux d&rsquo;alumnis des écoles privées).</p>
<p>Enfin, la rentabilité &#8211; des formations, des diplômes, de l&rsquo;insertion &#8211; est à la fois le principal horizon et la principale condition d&rsquo;existence et de valorisation de tout ce que les équipes peuvent tenter de mettre en place.</p>
<p>Laissons les gens décider de ce qui est le mieux pour les services qu&rsquo;ils administrent et gèrent localement. Cessons d&rsquo;envisager la connaissance comme une économie et les étudiants et étudiantes comme des ressources concurrentielles. Et soyons de tout temps et quoi qu&rsquo;il en coûte délibérément oublieux de la rentabilité de ce que nous faisons lorsque nous ne faisons rien d&rsquo;autre que de nous efforcer de mettre des étudiants et étudiantes devant des connaissances.</p>
<p>Dans une analyse remarquable de la manière dont le système de soin et les soignants avaient traversé la crise du Covid et ne s&rsquo;étaient pas totalement effondrés, <a href="https://www.decision-sante.com/politique-de-sante/henri-bergeron-cnrs-les-quatre-facteurs-qui-ont-permis-aux-hospitaliers-de-collaborer">Henri Bergeron, sociologue, expliquait</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">Quatre conditions permettent d’expliquer cette relative coopération des professionnels de soins au sein des hôpitaux au moment de la crise. En premier lieu, les médecins ont été libres de s’organiser, la hiérarchie entérinant souvent le mode d’organisation choisi. En second lieu, il n’y a pas eu de limitation sur le budget (pourvu que les demandes restent raisonnables et raisonnées). Tertio, la suppression des activités non urgentes a entraîné la mise entre parenthèses des enjeux au cœur des conflits en situation normale. Enfin, il n’y a plus eu de compétition pour capter une ressource rare, les malades.</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je sais déjà tous les arguments que l&rsquo;on opposera à ce que certains qualifieront sous ma prose de grande naïveté, de fausse candeur ou d&rsquo;idéalisme contre-productif. Et à celles et ceux-là je dis que le projet de l&rsquo;université doit être en premier lieu d&rsquo;installer un cadre dans lequel, précisément et premièrement, on reconnaît que les gens savent parfaitement ce qu&rsquo;ils font (et qu&rsquo;on les laisse donc faire) ; deuxièmement, les gens aiment ce qu&rsquo;ils font (et qu&rsquo;on les laisse donc aimer) ; et troisièmement la totalité des autres structures productives ou intellectuelles ont fait à un moment de leur histoire (ou pour certaines tout au long) la preuve de leur inutilité, de leur toxicité ou de leur capacité de nuire. Or cherchez bien mais dans l&rsquo;histoire des universités vous n&rsquo;en trouverez aucune qui ait singulièrement ou collectivement fait autre chose que de permettre à des gens de s&rsquo;instruire et de s&rsquo;émanciper et à la société dans son ensemble de progresser. Cet argument seul mériterait qu&rsquo;on leur foute un peu la paix. Aux universités. Et qu&rsquo;on leur donne les moyens de fonctionner.</p>
<p>Les savoirs c&rsquo;est bien mais &#8230; et les « compétences » me direz-vous ? Et bien une bonne fois pour toutes, ayons le Gargantuesque bon sens d&rsquo;assimiler toute forme d&rsquo;APC (Approche Par Compétence) à un oison bien en duvet pour ses incomparables propriétés torcheculatoires. Et pour rien d&rsquo;autre.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>La convergence des drames.</strong></h3>
<p>De la place qui est la mienne mais qui est aussi celle de toutes celles et ceux qui à l&rsquo;université occupent fonctionnellement des tâches et rôles que l&rsquo;on dit de « middle management » (et sur lesquels il y aurait tant à dire), ce qui est frappant c&rsquo;est la place de la cristallisation de l&rsquo;ensemble des drames individuels qu&rsquo;elles agrègent, que cela concerne les étudiant.e.s ou les collègues. La plupart de ces drames nous renvoient à des dysfonctionnements majeurs puisqu&rsquo;une fois mis face à eux, nous sommes la plupart tout à fait incapables de les traiter ou de les solutionner autrement que par une écoute attentive (qui souvent nous affecte et peut entraîner les plus fragiles à eux-mêmes basculer dans des formes d&rsquo;épuisement ou de mal-être), et nous sommes simultanément mis face à l&rsquo;impossibilité mortifère de les « adresser » à des services tiers compétents, soit parce que ces services tiers sont inexistants, soit parce qu&rsquo;ils sont eux-mêmes saturés (je parle ici notamment de l&rsquo;état de la médecine universitaire, mais également de la prise en charge psychologique ou de l&rsquo;aide sociale, trois domaines toujours totalement indignes pour un pays se prétendant développé et civilisé). C&rsquo;est aussi à nous que parviennent le plus souvent les situations de collègues vacataires que nous ne pourrons pas garder alors même que nous les savons en situation de précarité ; c&rsquo;est à nous encore que parviennent les situations de familles écartées de Parcoursup mais nous faisant part de récits de vie qui vous laissent longtemps l&rsquo;oeil humide et l&rsquo;âme encombrée.</p>
<p>Les soignants, les professions médicales et para-médicales ont pour la plupart des temps de supervision obligatoires dans lequel elles partagent, verbalisent et analysent les drames qui font leurs quotidiens. Nous n&rsquo;en sommes heureusement pas là mais il est frappant, à l&rsquo;unisson de la montée en nombre et en nature des situations de souffrance qui nous remontent et que nous catalysons, que rien jamais nulle part ne soit mis en place ou envisagé à l&rsquo;échelle de l&rsquo;université pour permettre à celles et ceux qui pourraient en avoir besoin sans être en capacité d&rsquo;en exprimer la demande, de bénéficier de tels dispositifs d&rsquo;écoute à leur tour. Nous nous en remettons à la chance. Et souvent nous avons la chance d&rsquo;avoir des collègues ou des équipes avec qui partager tout cela lorsque cela devient trop lourd, avec qui l&rsquo;évacuer d&rsquo;un rire cathartique quand c&rsquo;est nécessaire. Avec qui l&rsquo;analyser aussi. Mais s&rsquo;en remettre à la chance n&rsquo;est pas une solution et ne fait pas une politique publique.</p>
<p>Et lorsque ces drames deviennent systémiques par accumulation, comme ce fut par exemple le cas cette année dans plusieurs composantes de Nantes Université, avec parfois une relative médiatisation des situations de souffrance vécues comme pour l&rsquo;IAE et la faculté de Droit, nous sommes, je suis, en tant que collègue, incapable de faire autre chose que de les déplorer et d&rsquo;espérer que nous éviterons ces drames pour l&rsquo;échelle qui est la nôtre. Pourtant ces situations vécues sont autant de vies et de carrières au moins momentanément et parfois définitivement brisées ; pourtant si une notion de collectif parvenait encore à exister à l&rsquo;université nous devrions sans délai, sans fard et sans débat, nous mettre tous et toutes ensemble à l&rsquo;arrêt et réfléchir à d&rsquo;autres voies. Mais nos vies professionnelles sont faites de ruptures et de tensions permanentes qui ont aussi pour fonction d&rsquo;entraver tout processus ou élan de solidarité au motif parfaitement idiot mais parfaitement assimilé « <em>qu&rsquo;il faut continuer d&rsquo;avancer.</em> » Mais avancer vers quoi ?</p>
<p><strong>L&rsquo;impossibilité de penser ou d&rsquo;imaginer l&rsquo;arrêt, la fermeture, l&rsquo;abandon est probablement la marque la plus profonde et la plus mortifère que des années de libéralisme ont tatoué au creux de nos routines cognitives et de nos habitus sociaux</strong>.</p>
<h3 style="text-align: right;">L&rsquo;ivresse de l&rsquo;urgence.</h3>
<p>Il y a une ivresse de l&rsquo;urgence comme il y a une ivresse des profondeurs. Un moment où le fait de tout le temps être préoccupé par des choses à la fois si chronophages, si futiles, si inutiles et &#8211; plus rarement &#8211; si essentielles, nous enivre. Car tout est toujours « urgent » à l&rsquo;université. Tout doit toujours être fait « rapidement ». Tout doit toujours être traité « au plus vite ». Mais sans aucune hiérarchie qui fasse sens parmi ces urgences. Des choses totalement futiles s&rsquo;étalent sur 4 mois et d&rsquo;autres plus importantes doivent être réglées en 2 jours.</p>
<p>La multiplication des calendriers et des agendas fait qu&rsquo;il est impossible d&rsquo;anticiper quoi que ce soit. Sauf à prévoir un temps plein uniquement dédié à la maîtrise des calendriers et agendas.</p>
<p>Nous sommes littéralement <strong>absorbés par des agencements décisionnels qui sont capables de nous écraser tout en nous donnant l&rsquo;illusion de pouvoir les contrôler ou s&rsquo;y opposer mais qui finissent, inexorablement, par nous mener là où ils l&rsquo;avaient prévu</strong>, c&rsquo;est à dire la plupart du temps dans des vacuoles de signifiants faussés. Le fonctionnement actuel de l&rsquo;université nous place en situation de saturation de micro-décisions qui sont la plupart du temps formulées et agencées consubstanciellement à l&rsquo;expression de leur impossibilité ou aux atermoiements et empilements administratifs et comptables qui fonctionnent comme autant de découragements permanents.</p>
<p>Un exemple concret ? Comme chaque année nous allons devoir demander des postes dans le cadre de la prochaine campagne de « révision des effectifs ». Vous noterez la formule d&rsquo;ailleurs : on ne parle pas de campagne de « recrutement », ce que c&rsquo;est pourtant supposé être, on parle de « révision », on va donc « revoir » ce que tout le monde sait déjà, « revoir » qu&rsquo;on n&rsquo;a pas assez de postes, « revoir » que nos demandes ne seront ni entendues ni satisfaites, « revoir » c&rsquo;est à dire voir et voir encore, année après année, jusqu&rsquo;à la nausée, nos impuissances. Nous allons donc devoir demander des postes. Nous en avons besoin. Un besoin vital parfois à l&rsquo;échelle de la composante considérée. Besoin « vital » toujours nuancé par la vitalité des autres composantes moins bien « dotées », plus « dysfonctionnelles », ou aux porosités et aux alignements moins évidents avec le monde de l&rsquo;entreprise (et donc des mannes financières de l&rsquo;alternance par exemple). Mais « révision des effectifs » oblige, <strong>nous devons donc prendre la décision de demander des postes que nous savons que nous n&rsquo;aurons pas mais dont nous ne pouvons pas faire l&rsquo;économie de la demande</strong>. Et nous n&rsquo;avons même pas la possibilité d&rsquo;adresser notre colère à d&rsquo;autres que nous-mêmes ou qu&rsquo;à des collègues gérant une pénurie que le ministère de l&rsquo;enseignement supérieur et de la recherche administre depuis au moins deux décennies avec le cynisme le plus crasse.</p>
<h3 style="text-align: right;">Nos préoccupations.</h3>
<p>Nous n&rsquo;aurons rien, ou si peu, et ne pourrons nous en prendre qu&rsquo;à nous-mêmes ou aux nôtres. <strong>C&rsquo;est ce qui est prévu par ces agencements dont nous sommes finalement co-responsables : nous pré-occuper. Nous préparer à l&rsquo;être, « occupés ». Et faire de cet état de pré-occupation une occupation vécue comme aussi légitime que nécessaire lors même qu&rsquo;il n&rsquo;est bien sûr ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre.  Et dès lors que nous le sommes, pré-occupés, en entrant dans ces cercles qui ne sont jamais réellement de pouvoir et très imparfaitement à peine de potentialités, alors nous nous jetons dans ces pré-occupations dont nous avons accepté qu&rsquo;elles soient illégitimes mais tolérables car travesties d&rsquo;oripeaux de puissance supposée.</strong></p>
<p>En trois mots : pur pignolage narcissique. En termes plus châtiés : nous nous bercerons de l&rsquo;illusion d&rsquo;avoir au moins essayé. Nous dirons aux collègues et à nos étudiantes et étudiants : à défaut de nous en occuper, nous nous en sommes préoccupés.</p>
<p>Il y a principalement deux moments, deux grands types de situations où nous perdons contre un système : celui où nous nous n&rsquo;y comprenons plus rien (d&rsquo;où les réformes incessantes imposées par le ministère), et celui où nous comprenons que nous en sommes une partie suffisamment forte pour en limiter les effets que nous estimons néfastes (ou au moins pour manifester notre désaccord) mais qui sera toujours suffisamment faible pour être incapable de le changer globalement. Il faut alors se déterminer sur sa puissance d&rsquo;agir. Mais nous sommes toutes et tous bien trop <em>préoccupés</em> pour avoir le temps de cette réflexion, qui ne peut qu&rsquo;être collective pour être féconde.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Effacement de l&rsquo;essentiel.</strong></h3>
<p>Depuis trois ans, quelques collègues du département « Génie Biologique » sont engagés dans un partenariat avec une école supérieure au Bénin dans le cadre d&rsquo;Universitaires Sans Frontières pour mettre en place une licence répondant aux problématiques liées à la gestion des déchets et à l’accès à l’eau potable du pays. Trois ans plus tard la première promotion est sortie et la licence s&rsquo;est mise en place malgré la crise sanitaire. Trois ans plus tard la collecte des déchets, quasi inexistante auparavant, est devenue opérationnelle sur toute la zone côtière. A l&rsquo;échelle d&rsquo;un « petit IUT » de 4 départements de formation, ce genre d&rsquo;initiative enthousiasmante devrait être connue et sue de l&rsquo;ensemble des collègues, elle devrait être évoquée dans nombre des réunions qui réunissent les équipes, elle devrait être valorisée et pouvoir essaimer en agrégeant des énergies et des enthousiasmes qui ne demandent qu&rsquo;à l&rsquo;être. Pourtant comme beaucoup de projets très différents mais tout aussi enthousiasmants et fédérateurs, l&rsquo;initiative ne tient qu&rsquo;à la détermination et à l&rsquo;opiniâtreté de quelques-uns, qui travaillent avec acharnement dans leur coin. Toutes et tous, à commencer par moi, nous finissons par nous rendre aveugles et sourds à de tels projets, y compris dans des collectifs et des périmètres qui ne sont pas ceux d&rsquo;une « super-structure » dans laquelle chacun serait à sa tâche dans l&rsquo;ignorance de celle des autres. Quand nous aurons trouvé les causes de ces aveuglements et que nous y aurons au moins en partie remédié, alors il est possible que l&rsquo;université aille un peu mieux, mais il est tout à fait certain que nous irons toutes et tous bien mieux pour penser les manières dont l&rsquo;université peut &#8230; aller mieux.</p>
<h3 style="text-align: right;">Contamination linguistique.</h3>
<p>Mettez-moi 10 minutes dans un groupe de quatre personnes avec l&rsquo;accent Marseillais et je me mettrai à parler comme elles. J&rsquo;ignore s&rsquo;il s&rsquo;agit davantage d&rsquo;une forme de pathologie ou d&#8217;empathie mais cette porosité aux accents s&rsquo;étend à la langue managériale. Je dois constamment lutter contre la tentation de partager un idiome qui sans cesse euphémise à grands coups de vocables, discrétise à grands coups de signes et de sigles, dimensionne à grands coups d&rsquo;indicateurs et de métriques qui sont autant de coups de triques. Je n&rsquo;envoie plus des documents ou des informations je les mets « en partage ». Je trouve normal d&rsquo;assister à des réunions dont je ne comprends qu&rsquo;un sigle sur trois et fais le deuil de demander la signification des deux autres. En surface des choses et des relations humaines, cette novlangue limite toute crise et tout vacarme au bruit discret d&rsquo;un pet sournois : chacun peut en ressentir le malaise mais nul n&rsquo;en désignera l&rsquo;auteur quand bien même celui-ci est reconnu de toutes et tous. Tout est feutré car l&rsquo;indicible est le meilleur allié du gestionnaire. Celle langue n&rsquo;a pas pour vocation de dire mais de taire. Voilà longtemps que l&rsquo;université, dans ses instances dirigeantes et décisionnelles, n&rsquo;affronte plus la langue, qu&rsquo;elle la récuse, voilà longtemps que l&rsquo;attaque en règle contre les « sciences humaines et sociales » en est à la fois le reflet et le témoin.</p>
<p><strong>En profondeur cette novlangue s&rsquo;immisce au coeur des savoirs devenus compétences d&rsquo;un enseignement devenu économie (de la connaissance). Ces ambiances feutrées ne fabriquent, par le ruissellement si cher aux politiques libérales, que des étudiants habitués à se calfeutrer face à des collègues oublieux de leur fondamentale capacité de vacarme.</strong></p>
<p>A celles et ceux qui n&rsquo;y verraient qu&rsquo;une formule, regardez en entendez. Regardez et entendez par exemple comme la puissance de vacarme d&rsquo;un seul, l&rsquo;économiste Michael Zemmour, a fait vasciller l&rsquo;édifice des mensonges du gouvernement sur la réforme des retraites. Qui d&rsquo;autre que nous, universitaires, enseignants-chercheurs, qui d&rsquo;autre que nous pour transformer le temps qui nous est donné en puissance d&rsquo;agir ? Qui d&rsquo;autres que nous pour compenser la voix de celles et ceux qui n&rsquo;ont d&rsquo;autre choix de se taire par notre capacité de vacarme et la liberté absolue dont nous jouissons pour l&rsquo;activer ?</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>La « santé mentale ».</strong></h3>
<p>C&rsquo;est un mot qui revient beaucoup depuis le Covid. Il serait plus juste d&rsquo;écrire que c&rsquo;est un mot qui vient souvent tant il était avant réservé à des cénacles de proximité d&rsquo;hôpitaux psychiatriques et de médecine d&rsquo;urgence. Elle est partout la santé mentale. Ils et elles s&rsquo;en sont emparés. Ils et elles brandissent cette expression. Ils et elles nomment ce qu&rsquo;ils et elles éprouvent. De bac moins 2 à bac plus 2 j&rsquo;ai été frappé par ces étudiant.e.s, dans mon bureau, venant se livrer ou s&rsquo;effondrer, pour de petits ou de grands drames. Frappé surtout du nombre désormais visible et dicible de toutes celles et ceux qui sont entrés dans des protocoles de suivi psychiatrique ou psychologique, sous médication, lourde souvent. Frappé de la manière dont ils et elles parviennent avec courage à l&rsquo;exprimer ou à le sous-entendre. Frappé de voir qu&rsquo;en assistant cette fois à des conseils de classe de première en tant que « parent délégué », beaucoup d&rsquo;enseignants soulignent, déjà, la vie de ces lycéens et lycéennes qui « se mettent la pression ». J&rsquo;ai tellement été frappé, comme sonné par cette expression. Ils et elles « se mettent la pression. » Non. En aucun cas. Jamais. La pression ils et elles la subissent. Il y eut le covid bien sûr, vivre l&rsquo;enfermement, la claustration à l&rsquo;âge où l&rsquo;on n&rsquo;aspire qu&rsquo;à l&rsquo;inverse. Mais il y a aussi les incessantes réformes, le spectre de systèmes de tri comme Parcoursup ou les « enseignements de spécialité » du « nouveau » bac Blanquer, qui atomisent les collectifs et les groupes classe. Qui les empêchent et les entravent dans leur simple désir d&rsquo;être ensemble. Ces jeunes qui « se mettent la pression » selon leurs professeurs en classe de seconde, de première ou de terminale, nous en retrouvons l&rsquo;essentiel à l&rsquo;université, en IUT, en classes prépa. Comment s&rsquo;étonner qu&rsquo;ils et elles s&rsquo;effondrent alors de manière de plus en plus récurrente ? Comment s&rsquo;étonner de l&rsquo;épuisement ou des errances lorsque nous les voyons arriver ? De là où je suis, de là où j&rsquo;exerce, de la micro-communauté qui m&rsquo;entoure dans un lieu particulier, avec des étudiants toujours singuliers mais sociologiquement semblables à grands traits, nous avons à la fois l&rsquo;opportunité et les structures qui leur permettent encore un peu de trouver une place, temporaire, fragile dans les équilibres, mais légitime. C&rsquo;est en tout cas le seul sens que je parviens à voir encore dans mon activité d&rsquo;enseignement. Et j&rsquo;ai l&rsquo;inestimable chance que mon activité de recherche puisse un peu servir de support et nourrir l&rsquo;exercice de cette recherche de sens. Par ailleurs et comme le pointe, parmi tant d&rsquo;autres, <a href="https://www.nature.com/articles/d41586-023-01708-4">cet article de la revue Nature</a>, la culture toxique du « management de la science » a également conduit à une dégradation importante de la santé mentale des chercheuses et des chercheurs.</p>
<h3 style="text-align: right;">Retrouver notre puissance de vacarme.</h3>
<p style="text-align: left;"><span style="color: #363b40; font-family: Roboto, helvetica, arial, sans-serif; font-size: 16px;">Comme cet article ne le laisse pas toujours paraître, je veux le terminer en rendant explicite le fait que le travail que j&rsquo;exerce depuis 17 ans comme enseignant, comme chercheur, comme « chef de département », ou comme « pas chef de département », comme responsable de ceci ou de cela, est un enthousiasme quasi quotidien. Et que faire le constat de nos empêchements, de nos entraves et de l&rsquo;effondrement d&rsquo;un grand nombre des valeurs qui fondaient l&rsquo;université dans laquelle j&rsquo;aspirais à travailler n&rsquo;oblitère pas, chez moi en tout cas, la possibilité d&rsquo;y tisser et d&rsquo;y négocier des espaces féconds pour &#8211; je l&rsquo;espère &#8211; la plupart de mes étudiant.e.s et en lien avec la plupart de mes merveilleux collègues.</span></p>
<p>Il y a plus de deux ans de cela, j&rsquo;annonçais <a href="https://affordance.framasoft.org/2020/02/pourquoi-je-demissione-universite-nantes/">en démissionnant de la responsabilité de la licence dont je m&rsquo;occupais et que j&rsquo;avais créée</a>, notamment suite aux mauvais traitements infligés aux vacataires de Nantes Université, qu&rsquo;il ne fallait pas céder sur son désir. Je le maintiens. <strong>Ne pas céder sur son désir</strong> reste un enjeu fondamental pour nous toutes et tous qui sommes l&rsquo;université. <strong>Retrouver notre puissance de vacarme en est un autre</strong>.</p>
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		<title>L&#8217;épreuve Parcoursup.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Jun 2021 09:51:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
		<category><![CDATA[Congrès, colloques, conférences et causeries]]></category>
		<category><![CDATA[Métier]]></category>
		<category><![CDATA[Parcoursup]]></category>
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					<description><![CDATA[J&#39;étais hier soir l&#39;invité de l&#39;émission &#34;Être et savoir&#34; de Louise Tourret sur France Culture. Et nous avons parlé de Parcoursup. De &#34;l&#39;épreuve Parcoursup&#34; comme le rappelait opportunément le titre de l&#39;émission. Et de pourquoi ce système (me) semblait inefficace socialement, anxiogène individuellement et dangereux politiquement.&#0160; L&#39;émission est réécoutable en podcast. J&#39;y étais en bonne [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="J" class="cenote-drop-cap">J</span>&#39;étais hier soir l&#39;invité de l&#39;émission <a href="https://www.franceculture.fr/emissions/etre-et-savoir/etre-et-savoir-du-lundi-14-juin-2021" rel="noopener" target="_blank">&quot;Être et savoir&quot; de Louise Tourret sur France Culture</a>. Et nous avons parlé de Parcoursup. De &quot;<a href="https://www.franceculture.fr/emissions/etre-et-savoir/etre-et-savoir-du-lundi-14-juin-2021" rel="noopener" target="_blank">l&#39;épreuve Parcoursup</a>&quot; comme le rappelait opportunément le titre de l&#39;émission. Et de pourquoi ce système (me) semblait inefficace socialement, anxiogène individuellement et dangereux politiquement.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e108e314200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2021-06-15 à 11.22.55" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e108e314200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e108e314200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2021-06-15 à 11.22.55" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;émission est <a href="https://www.franceculture.fr/emissions/etre-et-savoir/etre-et-savoir-du-lundi-14-juin-2021" rel="noopener" target="_blank">réécoutable en podcast</a>. J&#39;y étais en bonne compagnie avec Manuel Canevet dont je partageais l&#39;ensemble des analyses. J&#39;ai eu un peu plus de mal &#8211; mais c&#39;est bien normal &#8211; avec l&#39;argumentaire de la parole &quot;officielle&quot; de Frédérique Weixler (Inspectrice Générale de l’Education et ancienne conseillère en charge de l&#39;orientation en cabinet ministériel) dans sa défense et illustration de Parcoursup comme le moins mauvais des systèmes possibles et j&#39;ai un peu bondi (symboliquement) de ma chaise quand après que je lui ai rappelé la réalité de Parcoursup côté terrain, c&#39;est à dire que beaucoup d&#39;établissements n&#39;avaient absolument plus le temps d&#39;analyser les dossiers et se résignaient ou choisissaient en conscience de faire une sélection uniquement sur les notes, elle a réagi en indiquant que dans ce cas &quot;<em>on ne jouait pas le jeu</em>&quot; (sic). La suite de mon intervention a permis, je l&#39;espère, de rappeler qu&#39;à aucun moment il ne s&#39;agissait d&#39;un jeu ;-)&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Claire Mathieu, informaticienne renommée et co-conceptrice de l&#39;algorithme derrière Parcoursup (qui est une déclinaison de l&#39;algorithme de Gale-Shapley) n&#39;était pas là en direct mais elle avait été interviewée par Louise Tourret. Elle défendait, naturellement, la logique de l&#39;algorithme qu&#39;elle a déployé (comment faire autrement) mais dans une posture assez maladroite en invoquant le fait que toute critique était due à un manque de connaissance (de l&#39;algorithme et de son fonctionnement), en se plaçant à un niveau &#39;macro&#39; qui s&#39;empêche d&#39;intégrer les routines de terrain de chaque formation et établissement, routines qui conditionnent pourtant la &quot;logique d&#39;ensemble&quot; de l&#39;algorithme qu&#39;elle a développé.</p>
<p style="text-align: justify;">De manière aussi intéressante que paradoxale elle expliquait aussi, à la fin de son intervention et après avoir défendu et justifié le fait que la hiérarchisation des voeux soit absente, que pour débloquer le système dans les derniers jours, on passait par un &quot;répondeur&quot; qui demandait aux candidats restants de &#8230; classer leurs voeux, et qu&#39;on débloquait alors quasiment toutes les situations en une journée. Je viens de réécouter ce passage pour être sûr de ne pas dire de bêtises ou de mal interpréter, et je confirme donc que c&#39;était un argumentaire et un moment &#8230; étonnant <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Et auquel j&#39;ai aussi essayé de réagir en direct.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour celles et ceux qui souhaiteraient entendre un exposé en longueur de Claire Mathieu sur la manière dont marche Parcoursup, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=XI372T6aF4s" rel="noopener" target="_blank">je vous conseille cette vidéo de 20 minutes</a> qui se conclut par cette phrase qui dit finalement tout de l&#39;absurde logique politique de ce système, <em>a fortiori</em> lorsque c&#39;est la conceptrice de l&#39;algorithme qui la prononce :</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Avant c&#39;était opaque, maintenant c&#39;est opaque et on sait que c&#39;est opaque.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<a href="https://www.franceculture.fr/emissions/etre-et-savoir/etre-et-savoir-du-lundi-14-juin-2021" rel="noopener" target="_blank">L&#39;épreuve Parcoursup</a>&quot;. Décidément un très bon titre. Merci en tout cas à Louise Tourret pour cette émission et cette invitation, et puisse-t-elle permettre à chacun de se faire un avis sur le sujet. Le mien (d&#39;avis), est également disponible en longueur et en détail dans cet article : &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/06/parcoursup2021-sucks.html" rel="noopener" target="_blank">Parcoursup2021 Sucks. Encore plus que d&#39;habitude.</a>&quot;&#0160;</p>
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