Parcoursup a été créé en 2018. Il y a huit ans déjà. Au regard du mouvement de la jeunesse qui est en cours et des revendications portées, Emmanuel Macron a annoncé qu’il allait … faire des annonces concernant Parcoursup ce lundi 26 Octobre 2026. Dans deux jours donc. Je vais lui faire, et vous faire gagner du temps.
Parcoursup. Depuis 2018 trois de mes enfants sont passés par cette plateforme. Et depuis 2018, en tant qu’enseignant à l’université, je fais partie de celles et ceux qui traitent les demandes et les dossiers étudiants. Et depuis maintenant un peu plus de deux ans (sans l’avoir demandé mais au regard de situations et d’arrêts maladie de collègues administratifs), je suis le « grand chef » de ce bordel à l’échelle de ma composante (un IUT) : c’est donc moi qui « administre » cette saloperie, vérifie les comptes, accorde tel ou tel « droit » à tel ou tel collègue, supervise la complétude des éléments qu’il nous faut fournir dans des délais qu’aucun être humain normalement constitué et ayant devant lui tous les jours des lycéen.ne.s ou des étudiant.e.s n’envisagerait).
Donc quand vous aurez lu cet article, que vous soyez ou non en accord avec ce que je vais y décrire, accordez-moi un minimum de crédibilité liée à cette expérience de parent, d’universitaire, et donc « d’administrateur ».

Retour vers le futur.
Depuis 2018 donc que Parcoursup existe, je vous en ai souvent parlé sur ce blog. Au moins une fois par an.
Premier état de choc, de sidération et de colère face à ce qui se passe. Pour rappel : « Le lendemain des résultats de Parcoursup il y eut des classes entières de terminale où aucun, je dis bien aucun lycéen n’avait autre chose que « refusé » ou « en attente ». Je vous laisse juste imaginer l’ambiance et la tête du prof y débarquant le matin. Et si l’imagination vous fait défaut alors allez voir sur Twitter, sur Facebook, ou dans les journaux. Donnez-moi les explications que vous voudrez mais les faits sont têtus : plus de la moitié d’une classe d’âge s’est trouvée, à 15 jours de l’examen du baccalauréat, avec un avenir qui indiquait « refusé » ou « en attente ». On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Mais l’on n’a pas davantage envie d’être « refusé » ou « en attente » comme seule alternative sérieuse. »
- Mai 2019 : « La jeunesse au (parcours) supplice.«
Rien ne change. Toujours les mêmes cohortes ahurissantes « réfusées » ou « en liste d’attente ». Toujours l’obstination de refuser une hiérarchisation des voeux qui, pourtant diminuerait considérablement à la fois l’attente et le nombre de dossiers à traiter et donc le recours à des procédures d’analyse de plus en plus contraintes, injustes, aléatoires.
- Janvier 2020. « E3C : et mon cul, connard, c’est du confit ?«
E3C pour « épreuves communes de contrôle continu. » Des épreuves de contrôle continu et une prise en comte desdites épreuves qui ne cessera de changer d’année en année. Le seul invariant c’est d’installer du stress permanent, de modifier totalement le rapport à l’enseignement, au lycée, aux enseignants, et aussi à son groupe classe. J’écrivais : « Il doit être encore temps pour faire ce que réclament tous les gens intelligents et qui ont enseigné devant des élèves ces 10 dernières années : annuler et /ou banaliser l’ensemble des ces épreuves d’E3C et mettre en place un vrai et simple contrôle continu courant sur l’année, limité à un pourcentage du total du bac suffisamment faible pour ne pas répercuter de manière discriminantes les inégalités existant entre les établissements. Et puis c’est tout. Passer à autre chose. Laisser à cette jeunesse que l’on est si prompt à accabler la chance de vivre ses « années lycées » sans se poser, chaque mois, chaque trimestre, la question d’un nouveau choix, d’une nouvelle option, d’un nouvel enseignements de spécialité, d’une nouvelle épreuve E3C, d’un improbable futur flottant au gré des ajustements de la machine ParcourSup, dans des calendriers de plus en plus tendus, exclusifs, aliénants, multipliant les injonctions paradoxales. Comme si l’on voulait finir de s’assurer que seuls ceux à l’héritage suffisamment bourgeois auront encore une chance de passer au travers des mailles de ce qui devient, inlassablement, une machine à éreinter et à rendre docile. »
- Mai 2020. « Je suis un algorithme local.«
Plus personne n’y comprend rien, parents, lycéennes et lycéens ; à l’instar de Blanche-Neige et des nains, tout le monde voit des algorithmes partout. Alors je tente d’expliquer comment nous bossons dans mon IUT, comment nous nous efforçons encore, oui, de regarder le contenu des dossiers, de presque tous les dossiers. Mais je rappelle aussi, par-delà la débrouille, qu’il s’agit d’un projet de société mortifère. Qu’il s’agit de « la première mise sous coupe algorithmique totale des possibilités offertes (ou refusées) à toute une génération. Et qu’à ce titre elle est une habituation au forceps à se laisser gouverner, non pas par « des algorithmes », mais par des gens avec des projets politiques dissimulés derrière des algorithmes. »
- Juin 2021. « Parcoursup2021 sucks. Encore plus que d’habitude.«
Trois ans après le lancement de la plateforme, la boucherie et l’escroquerie continuent.
La boucherie des chiffres. « Il y avait 723 000 bacheliers l’année dernière – et il y en a davantage cette année. (…) 506 100 bacheliers auraient reçu une ou plusieurs propositions. Cette immarcescible quiche étant supposée maîtriser la soustraction au regard des coupes qu’elle continue d’opérer dans le renouvellement des postes de titulaires, cela veut surtout dire qu’à ce jour 216 900 lycéen.ne.s n’ont toujours reçu absolument aucune proposition de Parcoursup (à titre d’information, l’année dernière à la même époque ils étaient plus de 400 000 sans réponse positive … donc en effet c’est … « mieux »). »
Et l’escroquerie de ce que l’on raconte aux familles et aux lycéennes et lycéens : « énormément de formations (…) ne tiennent absolument aucun compte de tous ces éléments. Oui vous avez bien lu : elles ne regardent jamais les lettres de motivation. Elles ne regardent jamais non plus les CV. Elle ne regardent même pas les appréciations des bulletins scolaires. Elles se contentent d’appliquer un filtre automatique sur les moyennes des disciplines scientifiques. Et oui. Pensée émue pour tous les enseignants du secondaire et pour tous les parents qui ont répété à leurs élèves et à leurs enfants que « les appréciations c’est important » et autres « il n’y a pas que les notes qui comptent, la motivation et l’attitude aussi. » La réalité c’est que, pour une immensité de formations dans le supérieur aujourd’hui, et c’est bien malheureux, la motivation, l’attitude et le projet professionnel on s’en balek. Et c’est un pur scandale. Un pur scandale parce qu’on ment aux élèves. Un pur scandale parce que cette loterie (autant vous dire que vu le nombre de candidatures, la différence entre deux dossiers ayant une moyenne comprise entre 16 et 16,5 dans les matières scientifiques ne peut pas relever d’autre chose que de la loterie …) pouvait, les années précédentes, se prévaloir d’un minimum de « rationnalité ». Je m’explique. Lorsque l’on avait encore une distinction claire entre les différents bacs (bacs scientifiques, bacs littéraires, etc), la plupart des collègues (des écoles d’ingénieurs notamment) appliquaient des moyennes « contextuelles », c’est à dire qu’ils avaient la possibilité de faire la différence entre un élève qui avait 16 dans les disciplines scientifiques alors que la moyenne de sa classe était aussi à 16, et un autre élève qui avait également 16 de moyenne sur les matières scientifiques mais dans une classe où la moyenne de classe était à 12. Dans les deux cas on n’opérait qu’un tri statistique mais au moins cette statistique pouvait-elle être corrigée pour la rendre aussi objectivable que possible. Et aujourd’hui ? (…) on ne peut plus le faire. Bah oui. Avec la fin des « filières », et la mise en place de la réforme du bac et des enseignements de spécialité, (…)on va trouver dans une même classe de 38 élèves des profils qui ont pris des enseignements de spécialité plutôt « littéraires », d’autres plutôt uniquement « scientifiques » et qu’au final, la moyenne « de la classe » sur le bloc scientifique ne donnera donc absolument aucun indicateur exploitable sur le niveau scientifique individuel corrélé à celui du groupe classe. Donc comme les collègues l’expliquent eux-mêmes lors des (rares) portes-ouvertes, avec une honnêteté navrée, bah cette année ça va encore plus être la loterie que d’habitude. »
- Mai 2023. « Chef de département (chronique universitaire).«
Depuis un an j’étais devenu responsable d’un département de formation (infocom) dans mon IUT (je le suis toujours). Dans un article où j’essayais d’expliquer ce que cela pouvait représenter dans le fonctionnement en mode toujours davantage « dégradé » de l’université, je revenais aussi sur ce que je découvrais disons, « différemment ». Sur le fait que, par exemple, « c’est à nous encore que parviennent les situations de familles écartées de Parcoursup mais nous faisant part de récits de vie qui vous laissent longtemps l’oeil humide et l’âme encombrée« .
Et sur ce que traverse cette jeunesse dont on entend souvent qu’elle « se met la pression » et la manière dont les réformes Blanquer sont des réformes d’épuisement. « En aucun cas. Jamais. La pression ils et elles la subissent. Il y eut le covid bien sûr, vivre l’enfermement, la claustration à l’âge où l’on n’aspire qu’à l’inverse. Mais il y a aussi les incessantes réformes, le spectre de systèmes de tri comme Parcoursup ou les « enseignements de spécialité » du « nouveau » bac Blanquer, qui atomisent les collectifs et les groupes classe. Qui les empêchent et les entravent dans leur simple désir d’être ensemble. Ces jeunes qui « se mettent la pression » selon leurs professeurs en classe de seconde, de première ou de terminale, nous en retrouvons l’essentiel à l’université, en IUT, en classes prépa. Comment s’étonner qu’ils et elles s’effondrent alors de manière de plus en plus récurrente ? Comment s’étonner de l’épuisement ou des errances lorsque nous les voyons arriver ? » J’en appelais, à l’époque, à « retrouver notre puissance de vacarme. » Il semble que la jeunesse ait aujourd’hui commencé à retrouver cette puissance. Nous n’imaginez pas à quel point je m’en réjouis.
- Février 2024. « Santé mentale étudiante. Ecouter ne suffira plus.«
La crise de la santé mentale que traverse la jeunesse se constate, se documente, se vit et se traverse à leurs côtés. La place de Parcoursup est absolument centrale dans cette crise. Non pas du fait d’une plateforme qui n’est qu’un outil, mais parce que cette plateforme est accompagnée d’un projet politique qui n’a pour seul horizon que celui de fracasser le plus tôt possible chacune des aspirations légitimes de la jeunesse ; de bien lui montrer, à cette jeunesse, que même ses rêves seront administrés. J’écris : « Affelnet au collège, les groupes classe explosés façon puzzle depuis la réforme Blanquer, Parcoursup à la fac, MonMaster, les réformes incessantes qui s’empilent à chaque étape de leur scolarité du primaire à l’université, etc. Cette génération fait face à une injonction paradoxale qui les rend dingue à raison : on les saoule avec la réalité de diplômes qui seraient (du Bac à l’université) de plus en plus « faciles » ou de moins en moins « difficiles » à obtenir, et dans le même temps une partie de cette génération concentre une somme de difficultés et d’entraves (financières, sociales, psychologiques, géographiques) qui rend cette obtention quasi insurmontable ou au prix d’efforts et de sacrifices qui relèvent, à l’échelle de leurs trajectoires individuelles, de formes explicites de maltraitance. »
- Avril 2024. « Coercition de l’intime.«
Au prétexte d’un fait divers sordide, pour la première fois un homme politique, Gabriel Attal, propose d’inscrire dans Parcoursup la mention « fauteur de trouble » pour celles et ceux à l’origine d’une agression. C’est la première fois que la dimension disciplinaire de cette plateforme est ainsi explicitement évoquée. Ce ne sera malheureusement pas la dernière. S’il faut aujourd’hui abolir Parcoursup, c’est aussi parce que l’extrême-droite et la droite qui n’aspire qu’à la rejoindre, sont en effet aux portes du pouvoir. Et que ces gens-là n’hésiteront pas à s’en servir pour discipliner et brutaliser des populations entières.
- Mai 2025. « Cher adminsitrateur de Parcoursup. Cher Mister T.«
Je les connais, forcément, nous connaissons les noms de celles et ceux qui sont chargés de mettre en place cette merde et qui sont surtout chargés de nous expliquer (en essayant de s’en convaincre eux-mêmes), que comme autant de modernes Pangloss, il s’agirait de « la meilleure des plateformes possibles. » Alors puisque je les connais, bah je leur écris. Je leur écris parce que les derniers rares espaces dans lesquels les formations (nous) pouvaient essayer de limiter un peu la casse, ces espaces sont purement et simplement supprimés. En qu’en les supprimant, le nombre de dossiers reçus explose encore davantage au-delà de toute forme de rationalité et d’acceptable. Aux grands administrateurs ministériels et rectoraux de Parcoursup j’ai écrit. « Mais cette année, tu as serré la vis (…) pour l’ensemble des IUT (…). Interdiction formelle et définitive d’ajouter d’autres éléments que ceux demandés par Parcoursup (donc que des éléments moisis et caviardés). Pas de pièce complémentaire quelle qu’elle soit. Rien. Nib. Nada. Que Tchi. Que dalle. Peau de zob. Donc pour nous, pas de « compte-rendu d’entretien avec un ou une professionnelle ». Alors avant de prendre cette décision, je t’avais dit ainsi qu’aux services rectoraux qui sont à tes ordres, que c’était n’importe quoi. Parce que si on enlève cette pièce additionnelle, le nombre de dossiers que l’on reçoit va littéralement exploser avec pour l’essentiel des candidatures « de remplissage », c’est à dire des lycéens et lycéennes qui mettent notre formation simplement pour épuiser leur nombre de voeux disponibles. Sauf que bah nous derrière notre recrutement ne change pas : nous continuons d’examiner en détail chacun des dossiers que nous recevons. » Nous traitions, avant cela, près de 900 dossiers (complets) pour moins de 60 places, nous en avons désormais plus de 1800. Mais ça, Mister T et les administrateurs de Parcoursup, bah ils s’en foutent tellement qu’ils ne prennent même pas la peine de me répondre, de nous répondre. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’épuiser l’horizon de la jeunesse, il s’agit aussi d’épuiser celui de la négociation et d’épuiser aussi les gens qui en ont un peu la charge, c’est à dire les universitaires, c’est à dire nous.
Les budgets de fonctionnement des universités d’effondrent constamment. Plus aucune d’entre elles n’est en capacité de faire autrement que de voter des budgets en déficit. Et au milieu de cet océan de merde et de désespérance, l’équipe Parcoursup continue d’enfoncer le clou de la déshumanisation. Cette année pour la première fois il va nous falloir explicitement demander et justifier le maintien … d’une lettre de motivation dans les dossiers. Cela paraît tellement fou de l’écrire mais c’est pourtant la réalité. Je l’écris donc : « Et là aussi pardon d’avoir eu (avec d’autres) raison trop tôt mais cela fonctionne exactement comme c’était prévu au départ. C’est à dire primo, déposséder la plupart des établissements de leur marges d’appréciation des dossiers. Juste pour vous donner une idée d’à quel point c’est lunaire, cette année on nous a expliqué que si on voulait toujours avoir des lettres de motivation dans les dossiers, bah il allait falloir … le justifier. Et oui. Je rappelle que par ailleurs tout est tellement saucissonné dans Parcoursup pour les lycéens et lycéennes que le remplissage d’un dossier renvoie immanquablement à la scène « ça dépend ça dépasse » du Père Noël est une ordure : décrivez votre vie en 100 caractères, votre projet d’orientation en 250 et votre motivation en 300 caractères espaces comprises. Parcoursup aujourd’hui c’est Twitter y’a 10 ans. Et donc maintenant c’est à nous de justifier que « ah mais oui on veut une lettre de motivation. » C’est encore une idée à la con de mon ami Mister T et de son équipe qui met au moins les 2/3 des équipes pédagogiques universitaires en PLS mais ça, mon ami Mister T et le ministère, ils n’en ont absolument rien à foutre. Deuxio, remettre entre les mains de décideurs aussi éloignés que possible du terrain (ou totalement alignés avec un agenda politique libéral circonstanciel, ce qui est tout à fait compatible avec le premier critère), les choix de volumétrie d’accueil et de nombre de places. Et là encore il faut lire Julien Gossa qui le répète, le documente et l’explique patiemment : « Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la politique éducative nationale ne vise plus à élargir l’accès aux études supérieures, mais à le réduire. La France se tourne désormais officiellement vers un régime de démassification, de réduction du niveau global d’éducation et de formation professionnalisante de la population. Cette orientation n’a pas d’équivalent historique (…) »
- Avril 2026. « Parcoursup saison 8. Faîtes l’armée plutôt que l’université.«
Huit années, C’est le temps qu’il aura fallu pour que la plateforme devienne une plateforme disciplinaire et qu’elle l’assume publiquement. Il ne s’agit pas d’en débattre avec les équipes pédagogiques mais d’imposer le régime disciplinaire à toutes et tous. Par un simple mail qui disait ceci : « Pour les candidats, la case à cocher « demande de césure » a été remplacée par deux cases distinctes « demande de césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel » et « demande de césure pour réaliser un service national ». En effet, la césure pour service national sera une césure accordée de plein droit (projet de loi de programmation militaire) à la différence de la césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel qui est soumise à l’appréciation du chef d’établissement. »
Aucun moyen de contester, de discuter, d’amender, de différer, de débattre de cette décision. La jeunesse ? De la chair à canon.
- Octobre 2026. « Comment Parcoursup est devenu Parcourspute.«
Oh. Vous me trouvez vulgaire ? Grossier ? Vous préférez « Prostisup » ? Je vous explique. « La passe est à trois mille euros, ce sont les proxénètes Edouard Geffray et Philippe Baptiste qui fixent les prix. Parce que figurez-vous que nous en sommes-là. Les rectorats et services du ministère font directement du phoning, ils appellent les universités pour leur dire, « alors si vous nous prenez un des recalés de Parcoursup qu’on n’arrive pas à caser – vu que nous sommes fin septembre quand même hein … et qu’il en reste plusieurs milliers – alors on vous file 3000 euros. Cash. 3000 euros le lycéen. 3000 euros la lycéenne. Parcourpute. Attention hein, vous le ou la prenez en 1ère année mais on ne vous file les 3000 euros qu’une seule fois. Faut pas déconner non plus. Et si vous nous en prenez 50, alors on vous file un poste d’ATER pendant un an. » Je vous jure que lorsque j’ai lu cette information dans Le Monde et dans Médiapart je n’y ai simplement pas cru. Et puis après, et depuis, je suis tellement en colère. Et surtout j’ai tellement honte. Tellement honte. Tellement. »
Retour dans le présent.
Jeudi 22 Octobre 2026. Le journal Le Monde nous apprend que dans la rencontre organisée à l’arrache avec les organisations lycéennes qu’il trouvait étrangement absentes du concert de Céline Dion, Emmanuel Macron avait, selon son entourage, « souligné auprès des lycéens le « besoin d’une refonte en profondeur de Parcoursup » et promis des « décisions concrètes » lundi, après la réception des représentants du mouvement par Sébastien Lecornu« . Dans le même journal Le Monde on lisait : « Le gouvernement prendra des engagements dès lundi en lien avec l’ensemble des acteurs de l’éducation », a fait savoir l’entourage du chef de l’Etat, évoquant un échange « franc » avec les lycéens sur différents sujets, comme « la nécessité de rénover le bâti scolaire », les « rythmes scolaires » ou encore les « emplois du temps qui requièrent des simplifications ». »
Nous sommes dimanche soir. Je ne suis pas allé au concert de Céline Dion. Je ne suis ni président ni premier ministre. Voici pourtant très exactement ce que concernant spécifiquement Parcoursup il faudrait faire. Voici les seules choses à faire. Et à faire immédiatement. Spoiler Alert : pas un seul euro supplémentaire d’argent public ne sera nécessaire.
Premièrement il faut rétablir la hiérarchisation des voeux. Dès la première phase d’expression des voeux. Cette hiérarchisation reste évidemment aveugle pour les universités (nous ne savons pas comment les voeux sont classés). Cela permettra de répondre beaucoup plus rapidement et de manière beaucoup plus cohérente. Et cela fera mécaniquement autant que mathématiquement baisser le nombre de voeux « fantômes » et les interminables files d’attente qui sont un horizon d’une insupportable violence symbolique et qui rendent la perception du processus d’affectation aussi fiable que celui de la roulette russe.
J’entends certains dont d’éminents collègues à l’époque « aux responsabilités » expliquer que la non-hiérarchisation des voeux était une demande des organisations lycéennes et étudiantes à la mise en place de Parcoursup en 2018. C’est tout à fait exact. Parce qu’en 2018 personne n’imaginait le projet politique qui allait rapidement sous-tendre l’ensemble du design de cette plateforme. Parce qu’en 2018 également, nous n’avions pas 100% des universités qui votaient des budgets en déficit. Parce qu’en 2018 chacun raisonnait au regard de ce qui se faisait alors sur APB (plateforme qui avait précédé Parcoursup) et qu’à ce titre là en effet, la hiérarchisation des voeux ne recouvrait ni les mêmes enjeux ni les mêmes réalités (en sciences de l’information, Jacques Perriault appelle cela « l’effet diligence« ).
Deuxièmement il faut diminuer considérablement la prise en compte du contrôle continu. La vraie nouveauté de Parcoursup par rapport à APB et à tout ce qui se faisait avant c’est bien cela : la prise en compte des notes du contrôle continu. Et pourquoi pas me direz-vous, c’est toujours mieux que l’aléatoire des notes du bac ou d’une hypothétique mention. Certes. Mais là encore, le problème est un peu plus subtil. Ce n’est pas la prise en compte des notes de première et de terminale qui pose problème. Ce qui pose problème c’est que ces notes de premi!re et de temrinale sont prises en compte au milieu de réformes (donc la réforme Blanquer) qui les constitue en autant d’épreuves récurrentes qui pervertissent l’essence même du contrôle dit « continu ». Ce qui était supposé être un facteur d’apaisement et un « droit à l’erreur » dans le parcours d’un lycéen ou d’une lycéenne, devient, au milieu des enseignements de spécialité, des parcours et options auxquels plus personne ne comprend rien,des « maths » tantôt « complémentaires », tantôt « expertes » et de tout ce qui va avec, un facteur de stress constant. Chaque contrôle, chaque note, n’est vue et lue qu’au prisme d’un « effet parcoursup » impossible à quantifier précisément mais qui devient le seul horizon d’attente et qui, en retour, détricote y compris jusqu’à la relation de confiance que les lycéennes et lycéens entretiennent avec leurs enseignantes et leurs enseignants, tout comme elles et eux prisonniers de cette inversion logique : parce que le « contrôle continu » est devenu un continuum du contrôle.
Cela veut dire que pour y parvenir, pour que le contrôle continu redevienne ce qu’il a vocation à être (un facteur d’apaisement et de tranquillité parce qu’un facteur d’équité), il faut aussi totalement détricoter la réforme Blanquer qui a – aussi – contribué à l’éclatement des groupes classes qui ne sont plus aujourd’hui que des agrégats temporaires de collectifs explosés se trouvant aléatoirement réunis ensemble au gré de parcours, options et enseignements de spécialité choisis bien trop tôt soit bien trop mal et dans la seule stratégie d’anticiper sur un futur réduit à l’épuisement de quantités : quantité d’enseignements de spécialités (trois puis deux uniquement à conserver), quantité de notes dans quantités de matières, quantité de voeux et de sous-voeux à faire, quantités d’écoles et d’universités qui traiteront quantité de dossiers. La question des « rythmes scolaires » ou les promesses selon lesquelles « les emplois du temps requièrent des simplifications » sont vides et creuses si on ne commence pas par supprimer les causes de ces rythmes débiles et la complexité kafakïenne de ces emplois du temps. Et ces causes elles sont parfaitement connus et documentées par l’ensemble des acteurs de terrain, enseignantes, enseignants, personnels de direction et communauté éducative au sens large (sinon bah relisez les deux derniers paragraphes).
Si la santé mentale est à ce point devenu un sujet d’inquiétude et d’alarme dans la jeunesse de notre pays, pour nos enfants, si le stress qu’ils éprouvent et si la pression qui pèse sur elles et eux sont si grands, c’est parce que tout le projet politique de la droite au pouvoir et de sa politique éducative (Geffray, l’actuel ministre de l’éducation, était déjà l’homme de main – directeur de la DGESCO – sous Blanquer) est d’abord de fracturer des collectifs et de confier l’arbitrage de l’ensemble des espaces démocratiques de dissensus à des plateformes et à des intermédiaires techniques (étonnez-vous ensuite de l’échec des « concertations flash »). Et sur ce point le bilan d’Emmanuel Macron est un succès immense et total. Une boucherie.
Rien d’autre ? Sérieusement ? Rien d’autre. Sérieusement. Pas un seul euro n’est nécessaire pour faire cela. Seulement du courage politique et l’envie de prendre soin d’une jeunesse qui est notre seule possibilité d’avenir.
Rien d’autre ? Sérieusement ?
Ok. Puisque vous insistez alors oui.
Oui il faut aussi signer des pétitions. Celle-ci demande l’abrogation de Parcoursup et un budget d’urgence. Je l’ai signée moi-même et vous encourage à le faire.
Oui il faut aussi créer des places supplémentaires à l’université. Dans toutes les filières. Et particulièrement dans les universités parisiennes (parce qu’elles concentrent logiquement des densités de voeux et de population différentes de celle de la Creuse ou de l’Aveyron).
Oui il faut aussi partout mettre de la régionalisation prioritaire y compris dans les filières dites sélectives (BUT, CPGE – classes prépa -, écoles d’ingénieur, etc.) parce que les régions sont suffisamment grandes, et parce qu’il est des affectations et des éloignements qui sont aujourd’hui principalement des arrachements. Je ne pense pas ici à celles et ceux qui pour différentes raisons se réjouissent d’être enfin loin ou enfin séparés de tout ou partie de leur famille. Celles et ceux-là pourront toujours rester suffisamment loin. Mais je pense à l’immensité des autres pour qui ne pas pouvoir rentrer chez soi, au moins une ou deux fois par mois ou à des coûts devenus exorbitants, est une peine qui s’ajoute à déjà tant de pénuries.
Alors voilà. Ce mouvement de la jeunesse est une opportunité inouïe de prendre enfin en compte la seule chose qu’elle demande et l’unique devoir qu’envers elle nous avons : en prendre soin bien plus que de nous-mêmes.
One More Thing.
Si vous apercevez dans la rue, Jean-Michel Blanquer répétant que tous les lycéens qui l’abordent dans la rue le remercient, alors faites ce qu’Emmanuel Macron vous enjoignait de faire pour trouver du travail, traversez la rue. Traversez la rue et giflez-le. Giflez-le symboliquement, giflez-le du regard, giflez-le doucement, mais putain giflez-le. Parce que l’on peut toujours condamner la violence mais l’on ne peut jamais faire taire l’irrépressible, l’irréfragable envie de gifler celles et ceux qui à l’incurie politique ajoutent la provocation verbale et le mépris social.
