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	<title>Ukraine &#8211; affordance.info</title>
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	<description>Le blog d&#039;un maître de conférences en sciences de l&#039;information. ISSN 2260-1856</description>
	<lastBuildDate>Mon, 11 Nov 2024 17:04:54 +0000</lastBuildDate>
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		<title>De VivaTech à DictaTech. Naissance d&#8217;un Etat artificiel.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Nov 2024 17:04:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[HDR]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
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					<description><![CDATA[5ème épisode d&#8217;une série d&#8217;articles en lien avec les enjeux technologiques de l&#8217;élection américaine (mais pas que). Épisodes précédents de ces chroniques techno-américaines :  « Un doute profond. » 2 octobre 2024. « Dancing Trump. L&#8217;invention de la Beat Politique. » 19 Octobre 2024. « Elon Trusk et Donald Mump. Des mythos et une mythologie. » 3 Novembre 2024. « Donal Trump [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>5ème épisode d&rsquo;une série d&rsquo;articles en lien avec les enjeux technologiques de l&rsquo;élection américaine (mais pas que). Épisodes précédents de ces chroniques techno-américaines : </em></p>
<ol>
<li><em>« <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/10/un-doute-profond/">Un doute profond.</a> » 2 octobre 2024.</em></li>
<li><em>« <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/10/dancing-trump-linvention-de-la-beat-politique/">Dancing Trump. L&rsquo;invention de la Beat Politique.</a> » 19 Octobre 2024.</em></li>
<li><em>« <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/11/elon-trusk-et-donald-mump-des-mythos-et-une-mythologie/">Elon Trusk et Donald Mump. Des mythos et une mythologie.</a> » 3 Novembre 2024.</em></li>
<li><em>« <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/11/donald-trump-et-linvention-du-fakecism/">Donal Trump et l&rsquo;invention du Fakecism.</a> » 7 Novembre 2024.</em></li>
</ol>
<p>===================================================================</p>
<p class="first-child "><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>&rsquo;est une question obsédante et qui revient à chaque élection, à chaque révélation d&rsquo;une manipulation de masse, à chaque question de société arbitrée ou minée par des choix que l&rsquo;on dit « algorithmiques » mais qui sont <a href="https://aoc.media/opinion/2024/11/04/donald-trump-ou-la-theorie-du-bouffon">l&rsquo;habit de carnaval de bouffons</a> dont les outrances sont la glue attentionnelle nécessaire à leur accession à la notoriété, puis au pouvoir.</p>
<p>Cette question c&rsquo;est celle du moment où les plateformes ne seront plus simplement « un outil parmi d&rsquo;autres » au service d&rsquo;une stratégie de communication et d&rsquo;un projet politique mais où elles deviendront la première part, la première modalité causale de cette stratégie et de ce projet.</p>
<p>Et chaque tremblement de terre électoral nous en rapproche. La dernière élection de Trump bien sûr, mais avant lui, déjà lui pour son premier mandat, mais aussi Bolsonaro, mais aussi Milei et tant d&rsquo;autres. Chaque fois la démonstration supplémentaire qu&rsquo;internet, le web, les plateformes et <a href="https://affordance.framasoft.org/2021/10/algorithmes-sont-ils-de-droite/">les algorithmes ne sont pas simplement de droite mais plus vraisemblablement d&rsquo;extrême-droite</a> et que la conversion, la conviction ou l&rsquo;opportunisme politique de celles et ceux qui les possèdent rendent désormais <a href="https://affordance.framasoft.org/2023/12/ouvrir-le-code-des-algorithmes-ne-suffit-plus/">de plus en plus inutiles et vains les outils de régulation, d&rsquo;équilibre et de transparence pensés pour permettre d&rsquo;en ouvrir le code</a>. Le code n&rsquo;est plus la dissimulation commode d&rsquo;idéologies, <a href="https://framablog.org/2010/05/22/code-is-law-lessig/">il est la loi, comme l&rsquo;avait déjà prophétisé Lessig au tout début des années 2000</a>, et avant tout, il est la voix de celles et ceux qui possèdent les plateformes et les architectures techniques au sein desquelles il se déploie, au sein desquelles ils le déploient.</p>
<p>La part d&rsquo;outils numériques initialement pensés comme autant de distractions sociales et d&rsquo;émancipations discursives possibles (où chacun.e peut prendre la parole) est désormais la part manquante de nos démocraties.</p>
<h3 style="text-align: right;">Artificial State.</h3>
<p>Et l&rsquo;on voit avec évidence apparaître une sorte <a href="https://www.newyorker.com/magazine/2024/11/11/the-artificial-state">d&rsquo;État artificiel (« Artificial State ») défini comme suit par Jill Lepore dans le New-Yorker</a> (je souligne) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« L&rsquo;État artificiel n&rsquo;est pas un gouvernement de l&rsquo;ombre. Ce n&rsquo;est pas une conspiration. Il n&rsquo;y a rien de secret là-dedans. L&rsquo;État artificiel est une infrastructure de communication numérique utilisée par les stratèges politiques et les entreprises privées pour organiser et automatiser le discours politique. <strong>C&rsquo;est la réduction de la politique à la manipulation numérique d&rsquo;algorithmes d&rsquo;exploitation de l&rsquo;attention</strong>, le renforcement du gouvernement par une architecture numérique appartenant à des entreprises privées, <strong>la réduction de la citoyenneté à un engagement en ligne minutieusement calculé</strong>. (&#8230;) les effets [des technologies numériques] sur le discours politique, la démocratie représentative et le gouvernement constitutionnel ont été, dans l&rsquo;ensemble, néfastes. <strong>Les États démocratiques libéraux fabriquent des citoyens ; l&rsquo;État artificiel fabrique des trolls</strong>.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>(&#8230;)</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>L&rsquo;État artificiel n&rsquo;est pas vivant ; il ne peut être tué. Mais comme il s&rsquo;agit d&rsquo;une construction, il peut être démantelé si un nombre suffisant de personnes décident de le vendre en pièces détachées. D&rsquo;autres systèmes très tenaces d&rsquo;organisation des sociétés humaines ont déjà été démantelés par le passé. Le droit divin des rois, le féodalisme, la servitude humaine. Comparé à ces systèmes, celui-ci pourrait être facile. Il suffit de le nommer. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je crains que nommer cet « Artificial State » ne soit hélas pas suffisant, mais cela nous rappelle à quel point nous avons collectivement raté une occasion absolument majeure de démanteler ces plateformes au moment où le débat public permettait de considérer cette possibilité comme une option à la fois sérieuse et nécessaire, c&rsquo;est à dire au lendemain (entre autres) du scandale Cambrige Analytica (vous pouvez à ce sujet relire mon article « <a href="https://affordance.framasoft.org/2017/11/contre-nous-algorithmie/">Contre nous de l&rsquo;algorithmie, l&rsquo;étendard sanglant est levé</a> » daté de Novembre 2017).</p>
<p>C&rsquo;est probablement le scandale Cambridge Analytica (2016) qui fut le fondement et l&rsquo;acte premier contemporain de cet « Artificial State », du Brexit à la première élection de Trump. Un État artificiel dans lequel <a href="https://www.internetactu.net/2018/01/15/de-lautomatisation-des-inegalites/">l&rsquo;automatisation des inégalités</a> est un levier de politiques publiques, dans lequel les <a href="https://affordance.framasoft.org/2018/04/fifty-shades-of-fake/">architectures techniques toxiques</a> des plateformes sont des alliées objectives de l&rsquo;émergence de consensus juxtaposés qui minent la possibilité des dissensus démocratiques, notamment pour les raisons pointées par Tarleton Gillespie dans « <a href="https://www.hiig.de/en/the-platform-metaphor-revisited/">The Plateforme Metaphor, Revisited</a>« , <a href="https://www.casilli.fr/2017/10/01/de-quoi-une-plateforme-est-elle-le-nom/">cité par Antonio Casilli</a>) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>1) La prétendue horizontalité des plateformes numériques dissimule des structures hiérarchiques et les liens de subordination qui persistent malgré la rhétorique des “flat organizations” ;</em><br />
<em>2) L’insistance sur une structure abstraite cache la pluralité d’acteurs et la diversité/conflictualité des intérêts des différentes communautés d’utilisateurs. La responsabilité sociale des plateformes, leur “empreinte” sur les sociétés semble ainsi être effacée ;</em><br />
<em>3) (point #digitallabor) en se présentant comme des mécanismes *précis* et *autonomes*, les plateformes servent à occulter la quantité de travail nécessaire à leur fonctionnement et à leur entretien.</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>La question n&rsquo;est pas tant de savoir si « oui ou non » nous sommes aujourd&rsquo;hui déjà entrés dans une forme de techno-fascisme (voir mon article précédent <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/11/donald-trump-et-linvention-du-fakecism/">à propos d&rsquo;un Fakecism</a>) ou de dictature technologique (DictaTech), mais de s&rsquo;interroger sur l&rsquo;addition de signaux qui présentent cet horizon comme plus que probable. Et ces signaux sont innombrables. Le dernier en date est celui du ton et du contenu des déclarations de JD Vance (vice-président de Trump) qui indique que « <a href="https://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-politics/jd-vance-elon-musk-x-twitter-donald-trump-b2614525.html"><em>les États-Unis pourraient cesser de soutenir l&rsquo;OTAN si l&rsquo;Europe tente de réglementer les plateformes d&rsquo;Elon Musk.</em></a> » Plus précisément, il explique dans un entretien avec un influenceur repris et analysé par <a href="https://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-politics/jd-vance-elon-musk-x-twitter-donald-trump-b2614525.html">The Independent</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>So what America should be saying is, if NATO wants us to continue supporting them and NATO wants us to continue to be a good participant in this military alliance, why don’t you respect American values and respect free speech?” Vance asked. “It’s insane that we would support a military alliance if that military alliance isn’t going to be pro-free speech. I think we can do both. But we’ve got to say American power comes with certain strings attached. One of those is respect free speech, especially in our European allies » </em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette déclaration, qui n&rsquo;est pas &#8211; encore &#8211; un communiqué de presse et ne vaut donc pas &#8211; encore &#8211; ce qui dictera la politique étrangère des USA, cette déclaration demeure inédite et inquiétante à plus d&rsquo;un titre.</p>
<p>D&rsquo;abord parce que pour la première fois elle fait passer le traitement accordé à une plateforme américaine comme un préalable au maintien d&rsquo;une alliance militaire et ce dans un contexte de guerre. Et ce préalable est établi sur la base d&rsquo;une appréciation « morale » qui tient au respect d&rsquo;une conception de la « liberté d&rsquo;expression ». Nous sommes donc très loin des scénarii diplomatiques plus classiques dans lesquels on pouvait conditionner un accord, y compris militaire, à la préservation d&rsquo;intérêts économiques existants ou à la négociation d&rsquo;autres à venir.</p>
<p>L&rsquo;autre point marquant de ce renversement inédit tient à la nature même des plateformes désignées et qui sont « <em>celles d&rsquo;Elon Musk</em>« . Car on sait le rôle que certaines des plateformes Muskiennes ont déjà joué dans le conflit Ukrainien (cf la <a href="https://affordance.framasoft.org/category/ukraine/">liste de mes articles sur le sujet</a>). Musk et son réseau de satellites Starlink fut en effet l&rsquo;un des opérateurs clés dans certaines phases de cette guerre. Musk qui fut autant capable, à un mois d&rsquo;intervalle, d&rsquo;apparaître en sauveur en <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" target="_blank" rel="noopener">déployant son réseau Starlink au dessus de l&rsquo;Ukraine</a>, puis en bouffon lorsqu&rsquo;il <a href="https://twitter.com/elonmusk/status/1503327421839417344" target="_blank" rel="noopener"> a défié Vladimir Poutine en combat singulier</a> ; et qui depuis joue d&rsquo;une position a minima <a href="https://www.latribune.fr/economie/international/guerre-en-ukraine-les-russes-ont-commence-a-utiliser-starlink-le-service-d-acces-a-internet-d-elon-musk-990307.html">ambivalente mais toujours &#8211; hélas &#8211; incontournable</a>, capable <a href="https://www.lemonde.fr/blog/fredericjoignot/2024/10/17/elon-musk-la-semaine-de-tous-les-dangers-ou-il-a-avale-linquietant-plan-de-paix-de-poutine-pour-lukraine/">d&rsquo;interférer en pleine opération militaire pour l&rsquo;entraver au bénéfice de la Russie ou d&rsquo;applaudir au pseudo plan de paix présenté par Poutine</a>.</p>
<h5 style="text-align: right;"><strong>En rachetant Twitter pour 44 milliards de dollars, Musk n&rsquo;a pas simplement fait de « X » un outil d&rsquo;influence électorale, politique, économique et militaire, mais un cheval de Troie qui le place, de fait, en situation d&rsquo;arbitrer ou à tout le moins de considérablement peser dans des conflits géo-stratégiques qui engagent l&rsquo;humanité toute entière bien plus que ses délires long-termistes de colonies de peuplement martiennes.</strong></h5>
<p>Aujourd&rsquo;hui il est à la fois celui qui a permis et fabriqué non seulement l&rsquo;accession au pouvoir de Trump mais sa réhabilitation numérique et morale par-delà l&rsquo;ensemble des outrances qui avaient abouti à sa déplaterformisation première. Mais il est aussi celui dont on nous dit qu&rsquo;il pourrait piloter une mission « d&rsquo;audit » sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;administration US avec la claire intention d&rsquo;y opérer des coupes franches qui, au regard de ce que l&rsquo;on sait du mode de management de Musk dans ses diverses entreprises, risquent fort d&rsquo;être violentes. Il est également celui qui a fait de la détestation de l&rsquo;État le revers d&rsquo;une médaille qui place sa galaxie d&rsquo;entreprises parmi les premières bénéficiaires de la commande publique américaine. Et il est donc, enfin, celui dont les intérêts économiques et idéologiques deviennent à eux seuls, une part déterminante de la politique intérieure comme extérieure de la première puissance économique et militaire mondiale.</p>
<h3 style="text-align: right;">DictaTech 2025</h3>
<p>En 2016, Donald Trump était porté au pouvoir pour son premier mandat. C&rsquo;est alors, entre autres paramètres, la capacité d&rsquo;utiliser et d&rsquo;instrumentaliser la plateforme Facebook pour diffuser des publicités ciblées et autres « dark posts » auprès d&rsquo;électeurs indécis dans certains états (scandale Cambridge Analytica) qui lui permit de remporter cette élection. En Janvier 2021 au lendemain d&rsquo;une élection qu&rsquo;il perdit, c&rsquo;est encore au travers de Facebook et de Twitter qu&rsquo;il encouragea les plus radicalisés de ses électeurs à prendre d&rsquo;assaut le Capitole. Et en 2024 c&rsquo;est la plateforme X qui non seulement joua un rôle déterminant dans sa réélection mais qui entend également jouer un rôle majeur dans les politiques publiques qui seront menées, et ce bien au-delà de la seule préservation des intérêts économiques du « <em>plus grand capitaliste de l&rsquo;histoire des Etats-Unis</em> » qui la dirige. Et cela est entièrement nouveau.</p>
<p>En 2016 donc, pendant que Trump façonnait son élection au pouvoir au travers du scandale Cambridge Analytica, la France lançait en grandes pompes le salon ViVa Tech, « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Viva_Technology">salon de l&rsquo;innovation technologique et des Start-up</a>, Peut-être serait-il temps et plus en accord avec un certain air du temps, de réfléchir à la première édition d&rsquo;un salon DictaTech, salon de l&rsquo;état artificiel, des algorithmes de l&rsquo;oppression, de l&rsquo;automatisation des inégalités et des architectures techniques toxiques. La bande-annonce est déjà prête. Rien à changer pour l&rsquo;invité d&rsquo;honneur.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-10754" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/11/Capture-decran-2024-11-11-a-14.44.58-1024x912.png" alt="" width="770" height="686" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/11/Capture-decran-2024-11-11-a-14.44.58-1024x912.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/11/Capture-decran-2024-11-11-a-14.44.58-300x267.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/11/Capture-decran-2024-11-11-a-14.44.58-768x684.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/11/Capture-decran-2024-11-11-a-14.44.58-600x534.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2024/11/Capture-decran-2024-11-11-a-14.44.58.png 1444w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
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			</item>
		<item>
		<title>« La cyberguerre pour de vrai. » (Ukraine. Para Bellum Numericum. Episode 9)</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2022/03/ukraine-cyberguerre-pour-de-vrai/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2022/03/ukraine-cyberguerre-pour-de-vrai/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Mar 2022 14:07:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Congrès, colloques, conférences et causeries]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2022/03/27/ukraine-cyberguerre-pour-de-vrai/</guid>

					<description><![CDATA[J&#39;ai eu la chance d&#39;être de nouveau invité &#34;Au poste&#34; par David Dufresne pour causer cette fois des enjeux de la guerre numérique en Ukraine. C&#39;était le 5 Mars 2022. L&#39;entretien est désormais disponible en ligne sur la chaîne Youtube de David.&#0160;&#0160; Cet entretien vient compléter les articles déjà parus : le 28 février 2022, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="J" class="cenote-drop-cap">J</span>&#39;ai eu la chance d&#39;être de nouveau <a href="https://www.davduf.net/ukraine-russie-para-bellum-numericum-2187" rel="noopener" target="_blank">invité &quot;Au poste&quot; par David Dufresne</a> pour causer cette fois des enjeux de la guerre numérique en Ukraine. C&#39;était le 5 Mars 2022.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;entretien est désormais <a href="https://youtu.be/rMhzKcdLX6o" rel="noopener" target="_blank">disponible en ligne sur la chaîne Youtube de David</a>.&#0160;&#0160;</p>
<p><em> <a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942fa0f12e200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-27 à 15.59.55" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942fa0f12e200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942fa0f12e200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-27 à 15.59.55" /></a><br /></em></p>
<p><em>Cet entretien vient compléter les articles déjà parus :</em></p>
<ul>
<li><em>le 28 février 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle</a>&quot;,&#0160;</em></li>
<li><em>le 3 mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)</a>&quot;,</em></li>
<li><em>le 8 Mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale.html" rel="noopener" target="_blank">La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)</a>&quot;,</em></li>
<li><em>le 11 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/il-faut-tuer-vladimir-poutine.html" rel="noopener" target="_blank">Il faut tuer Vladimir Poutine (Para Bellum Numericum épisode 4)</a>&quot;,</em></li>
<li><em>le 13 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/console-ukraine-numerique-episode-5.html" rel="noopener" target="_blank">Les consoles de nos consolations (guerre numérique en Ukraine : épisode 5)</a>&quot;,</em></li>
<li><em>le 15 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/envahir-ukraine-plateau-tele.html" rel="noopener" target="_blank">Envahir l&#39;Ukraine et un plateau télé. (Guerre numérique et médiatique épisode 6)</a>&quot;.&#0160;</em></li>
<li><em>le 18 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-faux.html" rel="noopener" target="_blank">Guerre du faux et guerreB&#39;nB (Ukraine. Para Bellum numericum épisode 7).</a>&quot;</em></li>
<li><em>le 25 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/mot-guerre-soldat-reconnu.html" rel="noopener" target="_blank">Le mot &quot;guerre&quot; et le tombeau du soldat reconnu (Ukraine. Para Bellum Numericum épisode 8)</a>.&quot;</em></li>
</ul>
<p style="text-align: right;"><em>Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe.</em><br />_______________________________________________________________________________</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://affordance.framasoft.org/2022/03/ukraine-cyberguerre-pour-de-vrai/feed/</wfw:commentRss>
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			</item>
		<item>
		<title>Le mot « guerre » et le tombeau du soldat reconnu. (Ukraine. Para Bellum Numericum épisode 8)</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2022/03/mot-guerre-soldat-reconnu/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2022/03/mot-guerre-soldat-reconnu/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 25 Mar 2022 17:53:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Moteurs et autres engins]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Privacy]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://affordance.framasoft.org/2022/03/25/mot-guerre-soldat-reconnu/</guid>

					<description><![CDATA[Cet article est la suite de ceux déjà parus : le 28 février 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle&#34;,&#0160; le 3 mars 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)&#34;, le 8 Mars 2022, &#34;La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)&#34;, le 11 [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><em><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>et article est la suite de ceux déjà parus :</em></p>
<ul>
<li><em>le 28 février 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle</a>&quot;,&#0160;</em></li>
<li><em>le 3 mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)</a>&quot;,</em></li>
<li><em>le 8 Mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale.html" rel="noopener" target="_blank">La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)</a>&quot;,</em></li>
<li><em>le 11 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/il-faut-tuer-vladimir-poutine.html" rel="noopener" target="_blank">Il faut tuer Vladimir Poutine (Para Bellum Numericum épisode 4)</a>&quot;,</em></li>
<li><em>le 13 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/console-ukraine-numerique-episode-5.html" rel="noopener" target="_blank">Les consoles de nos consolations (guerre numérique en Ukraine : épisode 5)</a>&quot;,</em></li>
<li><em>le 15 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/envahir-ukraine-plateau-tele.html" rel="noopener" target="_blank">Envahir l&#39;Ukraine et un plateau télé. (Guerre numérique et médiatique épisode 6)</a>&quot;.&#0160;</em></li>
<li><em>le 18 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-faux.html" rel="noopener" target="_blank">Guerre du faux et guerreB&#39;nB (Ukraine. Para Bellum numericum épisode 7).</a>&quot;</em></li>
</ul>
<p style="text-align: right;"><em>Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe.</em><br />_______________________________________________________________________________</p>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est devenu une information presqu&#39;anecdotique au regard du tragique qui se joue chaque jour en Ukraine, mais un pays de presque 150 millions d&#39;habitant.e.s, au 21è siècle, n&#39;a plus accès au langage. Ce pays, c&#39;est la Russie.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors bien sûr il n&#39;est privé que d&#39;un seul mot, le mot &quot;guerre&quot;. Qui ne doit plus être écrit, prononcé ou lu. Ni dans les médias (presse, télé, radio), ni dans les plateformes sociales ayant encore cours en Russie (pour l&#39;instant TikTok et Telegram et c&#39;est à peu près tout).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce mot ne doit ni être écrit, prononcé ou lu ni même &#8230; l&#39;avoir été. Car cette privation de l&#39;accès au langage, au mot guerre, &quot;jouit&quot; d&#39;un mortifère principe d&#39;antériorité. Le régime russe se réserve la possibilité d&#39;aller fouiller dans l&#39;historique de vos messages, de vos messages publics (un post Facebook par exemple), mais aussi de vos messages privés (SMS) pour vérifier (entre autres choses) que vous n&#39;avez pas utilisé ce mot.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre est partout. On nous montre la guerre. On nous raconte la guerre. On nous chante la guerre. On nous documente la guerre. On nous dit c&#39;est la guerre. Mais elles et eux, près de 150 millions, ne peuvent pas dire le mot guerre. Ne pas pouvoir dire c&#39;est ne pas pouvoir penser. Dire la guerre, <a href="https://journals.openedition.org/mots/23077#tocto1n5" rel="noopener" target="_blank">faire le choix du mot guerre participe toujours d&#39;une forme événementialisation</a>. Refuser de le dire ou n&#39;en prononcer que l&#39;interdiction c&#39;est acter que cette guerre est un non-événement.</p>
<h2 style="text-align: right;"><span style="text-decoration: line-through;">La guerre</span> l&#39;opération spéciale c&#39;est la paix.</h2>
<p style="text-align: justify;">La place du langage dans les conflits et dans les guerres est bien sûr centrale. Et pas uniquement en termes d&#39;information ou de propagande.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La place du langage dans les régimes autoritaires et les dictatures l&#39;est tout autant. Il n&#39;a pas fallu attendre l&#39;invasion de l&#39;Ukraine par la Russie pour le savoir. Dans la France Pétainiste comme en Allemagne de l&#39;Est et dans beaucoup de républiques soviétiques à l&#39;époque de la guerre froide, il était déjà certaines phrases, certains mots et certaines idées qu&#39;il était préférable d&#39;éviter de prononcer dans l&#39;espace public, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_des_autres" rel="noopener" target="_blank">comme d&#39;ailleurs dans l&#39;espace privé</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;enjeu de beaucoup de résistant.e.s, de beaucoup de dissident.e.s en temps de guerre &quot;chaude&quot; ou &quot;froide&quot; était d&#39;abord de trouver des espaces physiques, sociaux, intersticiels, dans lesquels le langage pourrait circuler librement. L&#39;enjeu était aussi de poser sur la langue autant de masques que nécessaire pour la travestir et permettre à leurs idées de circuler. Leurs noms étaient autant de codes. Jean Moulin était &quot;Rex&quot; et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Noms_de_code_utilis%C3%A9s_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale" rel="noopener" target="_blank">tant d&#39;autres encore</a>. <strong>Le nom de code était hier une protection, le code (informatique) des noms est aujourd&#39;hui principalement une menace</strong>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La littérature dystopique (mais pas uniquement) a très largement exploré cette question du langage en temps de guerre ou d&#39;oppression. On cite souvent, à raison, 1984 d&#39;Orwell dont la &quot;<em>novlangue</em>&quot; ou le &quot;<em>néoparler</em>&quot; (&#39;<em>newspeak</em>&#39; dans la version originale anglaise) sont l&#39;une des trames d&#39;explication les plus puissantes de ce qui se joue au coeur des mots autorisés et interdits et de la manière dont on les contrôle d&#39;en haut (&quot;<em>Big Brother</em>&quot;) ou de manière plus horizontale (&quot;<em>Little Sisters</em>&quot;).</p>
<p style="text-align: justify;">Comment penser à autre chose pourtant qu&#39;à Orwell à lire, à entendre et à voir <a href="https://www.huffingtonpost.fr/entry/sur-telematin-alexander-makogonov-representant-de-la-russie-en-france-minimise-ce-que-vit-kiev_fr_6225cc7be4b02186be241d9c" rel="noopener" target="_blank">le sourire d&#39;abord tendu puis entendu du porte-parole de l&#39;ambassadeur de Russie</a> ?</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis longtemps sur les réseaux sociaux on observe et on documente les effets de la libéralisation de la langue, du vocabulaire, en tant que ressource marchande comme une autre. <a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/KAPLAN/46925" rel="noopener" target="_blank">Frédéric Kaplan le premier à magnifiquement construit et démontré le rôle et la place de ce &quot;capitalisme linguistique&quot;</a> qui est l&#39;enjeu de tant de spéculations et avec elles de tant de dérives et de tant de prédations.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em><strong>Capitalisme linguistique.</strong></em>&quot; Pour être à la fois caricatural et provocateur on pourrait par contraste signifier que l&#39;interdiction par le Kremlin de l&#39;utilisation du mot guerre (et de quelques autres aussi dont des noms d&#39;opposant.e.s) est une sorte de &quot;communisme linguistique&quot; mais ce serait faire grand tort à l&#39;idéal communiste.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors disons que cohabitent aujourd&#39;hui au sein des plateformes, d&#39;une part des <strong>régimes de ségrégation linguistique visant à interdire et à criminaliser l&#39;usage de certains mots</strong> (c&#39;est le cas sur Yandex, le moteur Russe, comme sur Baïdu, le moteur de recherche Chinois et sur &#8230; plein d&#39;autres) et d&#39;autre part des <strong>régimes de &quot;capitalisme linguistique&quot; tendant à maximiser les opérations de spéculation sur l&#39;ensemble des mots de l&#39;ensemble des langues.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et soyons parfaitement clairs sur le fait que les premiers comme les seconds, les régimes de ségrégation linguistique comme ceux du capitalisme linguistique, sont <strong>tout aussi dangereux dans leur conception, arbitraires dans leurs décisions, et délétères et mortifères dans leurs effets</strong>.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Babel sous les bombes.</h2>
<p style="text-align: justify;">La mythe de la tour de Babel faisait d&#39;une tentative de construction d&#39;une plateforme commune (la tour), l&#39;origine de la diversité linguistique, la punition divine pour avoir tenté d&#39;accéder à plus grand que soi, pour avoir aussi, cherché à comprendre et à prendre un peu de ce &quot;divin&quot; ; et ce fut la fin d&#39;une langue mère et des possibilités de bâtir ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre en Ukraine est aussi un affrontement qui renvoie à cette Babel linguistique. Un affrontement que l&#39;on a mesuré dans les choix de nommer la capitale Ukrainienne &quot;Kyiv&quot; et non &quot;Kiev&quot;, que l&#39;on mesure dans l&#39;interdiction de certains mots dont &quot;<em>la guerre</em>&quot;, que l&#39;on mesure dans les dé/nommages ou les dé/signalisations visant à égarer les soldats russes en rase campagne, que l&#39;on mesure encore dans la volonté du Roskomnadzor de &quot;renommer&quot; l&#39;internet Russe en jouant sur l&#39;attribution des &quot;noms de domaine&quot;.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">The mot-clé is the money.</h2>
<p style="text-align: justify;">Sur le plan économique, les entreprises capitalistes souhaitant entrer sur des marchés (gigantesques) de ségrégation linguistique sont en général prêtes à faire quelques &quot;efforts&quot; significatifs qui sont autant de renoncements majeurs sur le plan de l&#39;éthique. <strong>Dès lors qu&#39;il existe un marché, le désir libéral de spéculation s&#39;accommode toujours des exigences autoritaires de ségrégation. </strong>Que l&#39;on se souvienne de l&#39;entrée de Google sur le marché Chinois ou de celle de Facebook déclinée selon le même argumentaire spécieux :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Filtrer nos résultats de recherche compromet notre mission. Ne pas offrir de possibilité de chercher sur Google la compromet encore davantage.</em>&quot; Google en 2006 pour justifier son entrée sur le marché Chinois. Vous pouvez relire mes chroniques de l&#39;époque (<a href="/mon_weblog/2006/01/google_tartuffe.html" rel="noopener noreferrer" target="_blank">1</a>,&#0160;<a href="/mon_weblog/2006/01/google_tartuffe_1.html" rel="noopener noreferrer" target="_blank">2</a>). Et de <a href="/mon_weblog/2018/08/la-libellule-et-la-muraille.html" rel="noopener" target="_blank">tenter d&#39;y retourner en 2018</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Le mieux pour Facebook est de rendre possible les conversations, même si ces conversations ne sont, pour l&#39;instant, pas entières.</em>&quot; Facebook en 2016 pour justifier son entrée sur le marché Chinois. Vous pouvez là aussi <a href="/mon_weblog/2016/11/comment-dit-on-facebook-en-chinois-censure.html" rel="noopener" target="_blank">relire mon article de l&#39;époque</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Quant aux entreprises déjà sous le contrôle d&#39;un régime autoritaire, elle tente tant bien que mal d&#39;articuler un compromis avec le régime pour présenter une information suffisamment ouverte en apparence pour n&#39;être pas réductible à de la simple propagande ; en tout cas tant que ce &quot;clair-obscur&quot; concourt à servir les intérêts du régime en question, qui peut s&#39;en prévaloir pour &quot;démontrer&quot; qu&#39;il ne s&#39;agit pas d&#39;un média qu&#39;il contrôle entièrement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cas de l&#39;entreprise Yandex, le moteur de recherche Russe, et ce qu&#39;il a fini de devenir à l&#39;occasion de la guerre en Ukraine est un exemple parfait puisqu&#39;il est possible de documenter son alignement total, plein et entier sur le régime de Poutine, <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">à travers l&#39;adresse qui lui avait été faite par l&#39;un de ses anciens responsables et la réponse de l&#39;un des dirigeants du moteur</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore une fois il faut relire ce qu&#39;écrivait dès 2018 Zeynep Tufekci dans une tribune pour la Technology Review du MIT, sous le titre : &quot;<a href="https://www.technologyreview.com/s/611806/how-social-media-took-us-from-tahrir-square-to-donald-trump/" rel="noopener noreferrer" target="_blank">Comment les médias sociaux nous ont-ils amené de la place Tahrir à Donald Trump ?</a>&quot;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Le Pouvoir apprend toujours, et les outils puissants finissent toujours entre ses mains. C&#39;est l&#39;une des leçons difficiles de l&#39;histoire, mais une leçon solide. Et c&#39;est la clé pour comprendre de quelle manière, en 7 ans, les technologies numériques qui étaient brandies comme des outils de libération et de changement se sont retrouvées à être blâmées pour les bouleversements qu&#39;elles occasionnaient dans les démocraties de l&#39;Ouest en rendant possible des effets de polarisation de l&#39;opinion toujours plus puissants, des montées de formes d&#39;autoritarisme, et en permettant à la Russie et à d&#39;autres de se mêler d&#39;élections et de scrutins nationaux. Mais pour bien comprendre ce qui s&#39;est passé, nous devons aussi examiner comment la dynamique sociale humaine, l&#39;omniprésence de la connectivité numérique et les modèles économiques des géants de la technologie se combinent pour créer un environnement où la désinformation prospère et où même les vraies informations peuvent semer la confusion et paralyser au lieu d&#39;informer et d&#39;éclairer.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Rien de neuf sous le soleil. Ni sous les bombes.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Les mots nous manquent.</h2>
<p style="text-align: justify;">Les systèmes et plateformes numériques, en temps de guerre comme en temps de paix, ont à différents niveaux, toujours joué d&#39;interdictions reposant sur des paramètres linguistiques. Par exemple beaucoup de systèmes de contrôle parental ou de filtrage s&#39;appuient sur des éléments aussi basiques que des listes de mots (et de sites) interdits. &quot;Listes blanches&quot; ou &quot;listes noires&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un tout autre contexte, les médias &quot;non numériques&quot;, même et surtout aux Etats-Unis, ont une liste de &quot;7 mots sales&quot; (&#39;<em>seven dirty words</em>&#39;) qu&#39;il est interdit de prononcer à la télévision en direct et qui sont systématiquement bipés. Il est d&#39;ailleurs intéressant de noter que l&#39;un des textes fondateurs de la culture web, la &quot;Déclaration d&#39;indépendance du Cyberespace&quot; fut précisément <a href="https://www.cairn.info/libres-enfants-du-savoir-numerique--9782841620432-page-47.htm%C3%A2%E2%82%AC%C2%A6" rel="noopener" target="_blank">rédigé par John Perry Barlow en réaction à l&#39;annonce d&#39;un projet de loi visant à étendre cette liste de 7 mots interdits à l&#39;ensemble des télécommunications, dont Internet et le web</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les régimes autoritaires, certaines interdictions sont permanentes et structurelles. D&#39;autres sont provisoires et conjoncturelles comme lorsque le régime chinois fit <a href="https://www.france24.com/fr/20180228-derriere-liste-ridiculement-longue-mots-interdits-weibo-colere-chinois" rel="noopener" target="_blank">censurer la lettre &quot;M&quot; (et tant d&#39;autres choses) du réseau social Weibo</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les mots nous manquent, et les images aussi. Plus jeune je montrais à mes étudiant.e.s <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/05/tien-anmen.html" rel="noopener" target="_blank">la différence entre la recherche d&#39;image sur Google.com (US) et Google.cn (China)</a> lorsque l&#39;on tapait <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestations_de_la_place_Tian%27anmen" rel="noopener" target="_blank">&quot;place Tian&#39;Anmen&quot; pour documenter la répression sanglante du régime</a>. Sur la version de Google US ainsi qu&#39;en Europe, on avait bien sûr jusqu&#39;à saturation l&#39;image de ce jeune homme arrêtant une colonne de chars, tandis que sur l&#39;interface chinoise de Google on voyait &#8230; autre chose.&#0160;</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9fc574200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-21 à 12.26.40" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9fc574200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9fc574200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-21 à 12.26.40" /></a></p>
<p>&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Les outils technologiques numériques ne sont jamais neutres. Jamais. Ils sont autant de surfaces réfléchissantes, de miroirs polis d&#39;un certain nombre de valeurs, d&#39;intérêts et d&#39;enjeux qui occasionnent nombre de déformations auxquels nos yeux s&#39;accoutument et que nous finissons par prendre pour un simple reflet du réel.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">La tombe du soldat <span style="text-decoration: line-through;">inconnu</span> reconnu.</h2>
<p style="text-align: justify;">Pendant longtemps les soldats tombés à la guerre étaient enterrés dans des fosses communes. Seuls les officiers avaient droit à des tombes individuelles à leur nom. Mais avec la première guerre mondiale, avec ses enlisements et ses enterrements où les tranchées préfigurent les tombes :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Pour assurer un meilleur suivi des sépultures et mieux renseigner les familles, le Grand Quartier Général français crée, en juillet 1915, un service de l’état-civil du champ de bataille chargé d’identifier, de regrouper et d’enregistrer les sépultures de guerre. Côté britannique, la Graves Registration Commission, future Commonwealth War Graves Commission, est créée la même année. Très rapidement cependant, face à l’organisation difficile des inhumations, les maires de la zone de front deviennent les interlocuteurs privilégiés de l’état-civil militaire sur le terrain.</em>&quot; (Source : &quot;<a href="http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/dossiers-pedagogiques/fiches-professeurs/des-corps-deplaces-la-gestion-des-corps.html" rel="noopener" target="_blank">Des corps déplacés : la gestion des corps.</a>&quot;)</p>
</blockquote>
<p>Et plus tard :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;(&#8230;) <em>dès la fin du conflit, vainqueurs et vaincus entreprennent de créer des cimetières d’un genre nouveau, dont l’échelle est celle d’une guerre industrielle. La loi du 25 novembre 1918 crée une Commission nationale des sépultures pour définir les principes architecturaux de base des cimetières militaires : espaces composés de formes simples, pures, répétitives (différentes pour chaque nation) ; regroupement national ; standardisation des croix et des stèles en matériaux pérennes : pierre calcaire pour les Britanniques ; béton armé, puis ciment composite pour les Français ; pierre ou aluminium pour les Allemands.</em>&quot; (Source : &quot;<a href="http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/dossiers-pedagogiques/fiches-professeurs/des-corps-deplaces-la-gestion-des-corps.html" rel="noopener" target="_blank">Des corps déplacés : la gestion des corps.</a>&quot;)</p>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>dès 1914, les comportements des soldats montrent qu’ils n’acceptent plus l’idée d’une mort anonyme. Aussi, le droit de Genève de 1929, rendra-t-il obligatoire le port d’une plaque d’identité en précisant que les belligérants doivent protéger, rechercher, identifier et inhumer les militaires morts.</em>&quot; (Source : Harouel-Bureloup, Véronique. “<a href="https://www.jstor.org/stable/26593523." rel="noopener" target="_blank">Identifier Les Corps Des Militaires Morts Au Combat.</a>” <em>Revue Historique de Droit Français et Étranger (1922-)</em>, vol. 95, no. 3, Editions Dalloz, 2017, pp. 373–92)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans toutes les guerres s&#39;est posée la question de savoir quoi faire du corps de l&#39;ennemi</strong>. L&#39;article de Guy Flucher, <span dir="ltr">&quot;<a href="http://journals.openedition.org/archeopages/545" rel="noopener" target="_blank">L</a><span lang="fr" xml:lang="fr"><a href="http://journals.openedition.org/archeopages/545" rel="noopener" target="_blank">e traitement des corps des ennemis et des vaincus. L’exemple du Nord-Est de la France pendant la Grande Guerre</a>&quot; (2016) est tout à fait passionnant et saisissant. Et il y explique le souci constant, au regard des circonstances, de &quot;préserver l&#39;identité&quot; :</span></span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span dir="ltr"><span lang="fr" xml:lang="fr">&quot;(&#8230;) <em>l’étude des archives des services d’état-civil des armées montre que, de façon générale, il n’y a pas une volonté délibérée d’omettre de mentionner l’identité de l’ennemi défunt dans les registres comme sur les signalisations de surface. Peut-être faut-il y voir un respect réciproque des conventions internationales en la matière, d’autant que la mauvaise gestion des tués de la guerre de 1870-1871 était restée dans les mémoires. Il faut garder aussi à l’esprit le fait qu’avec les aléas du conflit et les déplacements des zones de combats, chacun des belligérants pouvait avoir l’opportunité de constater de visu comment l’ennemi traitait les sépultures de leurs compatriotes et d’en tirer profit en terme de propagande.</em>&quot;</span></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La guerre étant ce qu&#39;elle est, les soldats qui sont autant de &quot;chair à canon&quot; vont être marqués et doublement &quot;appareillés&quot; :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>En France, la décision fut prise en 1881 de doter les militaires d’une plaque d’identité. (&#8230;) Les directives indiquaient que les plaques des soldats décédés devaient êtres ôtées du cadavre afin de suivre le livret militaire. En pratique, l’improvisation resta de mise sur le terrain. Certains exécutaient le règlement en enlevant la plaque afin de la remettre à l’officier d’État-civil et d’autres la laissait sur le cadavre afin de permettre son identification ultérieure. Durant le premier semestre 1915, la France équipa ses soldats du système dit de la double plaque, l’une en pendentif, l’autre en bracelet. En 1917, un nouveau modèle est étudié et sera distribué en 1918. De forme losange, avec les coins arrondis, toujours fabriquée en maillechort, elle est destinée à être portée au poignet. Cette plaque est sécable, c’est à dire que l’on peu la casser en deux morceaux portant les indications identiques, une partie reste sur la dépouille, l’autre est remise aux services administratifs de l’armée. Les indications portées sont identiques au modèle précédent. Ce type de plaque sera toujours en service en 1940.</em>&quot; (<span class="UpperCase">Marchal</span>&#0160;Eric, «&#0160;<a href="https://www.cairn.info/revue-corps-2014-1-page-37.htm" rel="noopener" target="_blank">Le corps identifié</a>&#0160;»,&#0160;<em>Corps</em>, 2014/1 (N° 12), p. 37-40. DOI : 10.3917/corp1.012.0037)&#0160;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Quant aux identifications rétrospectives, intervenant des années ou des décennies plus tard, <a href="https://www.la-croix.com/Actualite/France/Que-deviennent-les-corps-des-soldats-de-la-Grande-Guerre-que-l-on-decouvre-aujourd-hui-2014-01-08-1086328" rel="noopener" target="_blank">la difficulté est encore plus grande</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis il y a, il reste, il demeure, les soldats inconnus. Jusqu&#39;à ce que &#8230;</p>
<h2 style="text-align: right;">Envisager la guerre.</h2>
<p style="text-align: justify;">Les conflits ont beau aujourd&#39;hui être &quot;modernes&quot;, il est toujours difficile de comptabiliser les morts. La propagande dans les deux camps, n&#39;y a que des intérêts contradictoires. Mais la modernité, dans toutes les guerres, finit toujours par pointer le bout de son nez. Et la modernité numérique de la question de l&#39;identification des soldats morts au combat vient de s&#39;inviter dans le débat. Cette modernité c&#39;est celle des technologies de reconnaissance faciale, et d&#39;une société au <a href="https://www.usine-digitale.fr/article/vise-par-de-graves-accusations-clearview-ai-continue-d-enrichir-son-outil-de-reconnaissance-faciale.N1786107" rel="noopener" target="_blank">passé (et au présent) déjà très sulfureux dans ses méthodes et ses objectifs</a> : Clearview AI.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 14 Mars, une dépêche <a href="https://www.reuters.com/technology/exclusive-ukraine-has-started-using-clearview-ais-facial-recognition-during-war-2022-03-13/" rel="noopener" target="_blank">Reuters nous apprenait que Clearview AI mettait &quot;gratuitement&quot; à disposition de l&#39;armée Ukrainienne sa technologie de reconnaissance faciale</a> et la (gigantesque) base de donnée associée. Et cela pour permettre d&#39;identifier les soldats russes morts, de trouver les contacts de leur famille et de leurs amis (<a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/01/11/clearview-ai-le-big-brother-qui-a-aspire-toutes-vos-photos_6108951_4408996.html" rel="noopener" target="_blank">Clearview AI avait aspiré illégalement des milliards de photos depuis notamment les principaux réseaux sociaux</a>), et de les informer de leur décès.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces technologies de reconnaissance faciale fournies par Clearview sont également disponibles (toujours uniquement pour l&#39;armée Ukrainienne) pour surveiller les différents Checkpoints et, c&#39;est en tout cas ce qui est promis par Clearview, pour permettre à des familles disloquées sur les routes de l&#39;exil de se &quot;retrouver&quot;.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Le <a href="https://www.reuters.com/technology/exclusive-ukraine-has-started-using-clearview-ais-facial-recognition-during-war-2022-03-13/" rel="noopener" target="_blank">fondateur de Clearview a indiqué à Reuters que son entreprise</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>disposait de plus de 2 milliards d&#39;images provenant du service de médias sociaux russe VKontakte, sur une base de données de plus de 10 milliards de photos au total.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Comme avec le <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">lancement du site 200rf.com sur lequel les soldats russes capturés s&#39;adressaient à leur famille</a>, l&#39;armée et le gouvernement Ukrainiens veulent s&#39;appuyer sur cette reconnaissance faciale pour contrer le récit mensonger du régime de Poutine qui minimise les pertes, mais aussi et surtout pour atteindre l&#39;opinion Russe par le biais des <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">très puissantes associations et ONG de mères de soldats</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Avec le soldat &quot;inconnu&quot;, l&#39;anonymat avait et a toujours vocation à convoquer l&#39;universel. Avec les technologies de reconnaissance faciale sur les terrains de guerre, pour l&#39;identification des corps, pour le nom des morts, ce sont de nouvelles interrogations et de nouvelles symboliques qui font irruption.</p>
<p style="text-align: justify;">En voici quelques-unes. Quel est le risque de faux-positifs ? Quelle est la base légale de l&#39;usage de cette technologie sur un terrain de guerre alors même que la base de donnée qui lui sert de support a été construite illégalement par des techniques de scraping ? Tous les soldats seront-ils &quot;reconnus&quot; de la même manière ?</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup d&#39;élus, de chercheurs et de militants des droits civiques <a href="https://www.forbes.com/sites/thomasbrewster/2022/02/09/a-threat-to-black-communities-senators-call-on-immigration-cops-and-fbi-to-quit-using-clearview-facial-recognition/?sh=2bc99e926d06" rel="noopener" target="_blank">dénoncent déjà l&#39;utilisation de la base de donnée Clearview par les services du FBI ou de l&#39;immigration</a>, notamment car différentes études ont montré (pour Clearview en particulier mais pour les systèmes de reconnaissance faciale en général) que :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>les personnes noires, brunes et asiatiques avaient jusqu&#39;à 100 fois plus de chances d&#39;être mal identifiées que les hommes blancs. Il y a eu une poignée de cas où des citoyens noirs ont été arrêtés à tort en raison d&#39;une fausse correspondance de reconnaissance faciale.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Qu&#39;adviendra-t-il des soldats noirs dans ce conflit comme dans d&#39;autres ?&#0160; &#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Une nouvelle fois, l&#39;histoire se répète :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Au lendemain des combats, la question des morts, et plus particulièrement celle de leur regroupement dans des cimetières permanents et nationaux, demeure au centre des préoccupations des anciens belligérants. A Laon, les soldats morts dans le secteur entre le 2 août 1914 et le 24 octobre 1919 sont enterrés dans les cimetières communaux, tel que celui de Saint-Just (621 tombes). On y retrouve uniquement des soldats alliés, les Allemands ayant leurs propres cimetières (extension de la loi du 29 décembre 1915 aux anciens ennemis le 28 juin 1922). On note que les tirailleurs sénégalais sont regroupés sous la désignation « Noirs », aucune référence n’est faite à leur pays d’origine.</em>&quot; (Source : &quot;<a href="http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/dossiers-pedagogiques/fiches-professeurs/des-corps-deplaces-la-gestion-des-corps.html" rel="noopener" target="_blank">Des corps déplacés : la gestion des corps.</a>&quot;)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Les mots interdits. Pourtant ceci est bien une guerre. Les soldats reconnus. Pourtant et y compris toujours pour ces corps parfois défigurés, il faut <em>envisager</em> la guerre.&#0160;&#0160;</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e14b44cf200b-pi"><img decoding="async" alt="Photosleuth-1496457709-44" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e14b44cf200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e14b44cf200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Photosleuth-1496457709-44" /></a>Extrait du projet <a href="https://www.smithsonianmag.com/smart-news/facial-recognition-software-helping-identify-unknown-figures-civil-war-photographs-180970863/" rel="noopener" target="_blank">Civil War Photo Sleuth</a>, archive numérique de portraits <br />identifiés et non identifiés datant de la guerre de Sécession.</p>
]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Guerre du faux et guerre B&#8217;nB (Ukraine : Para Bellum Numericum épisode 7)</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2022/03/ukraine-guerre-faux/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Mar 2022 15:31:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Privacy]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
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					<description><![CDATA[Cet article est la suite de ceux déjà parus : le 28 février 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle&#34;,&#0160; le 3 mars 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)&#34;, le 8 Mars 2022, &#34;La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)&#34;, le 11 [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child "><em><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>et article est la suite de ceux déjà parus : </em></p>
<ul>
<li><em>le 28 février 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle</a>&quot;,&#0160; </em></li>
<li><em>le 3 mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)</a>&quot;, </em></li>
<li><em>le 8 Mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale.html" rel="noopener" target="_blank">La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)</a>&quot;, </em></li>
<li><em>le 11 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/il-faut-tuer-vladimir-poutine.html" rel="noopener" target="_blank">Il faut tuer Vladimir Poutine (Para Bellum Numericum épisode 4)</a>&quot;, </em></li>
<li><em>le 13 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/console-ukraine-numerique-episode-5.html" rel="noopener" target="_blank">Les consoles de nos consolations (guerre numérique en Ukraine : épisode 5)</a>&quot;, </em></li>
<li><em>et le 15 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/envahir-ukraine-plateau-tele.html" rel="noopener" target="_blank">Envahir l&#39;Ukraine et un plateau télé. (Guerre numérique et médiatique épisode 6)</a>&quot;.&#0160; </em></li>
</ul>
<p style="text-align: right;"><em>Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe.</em><br />_______________________________________________________________________________</p>
<p style="text-align: right;">&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/console-ukraine-numerique-episode-5.html" rel="noopener" target="_blank">article précédent</a> je vous ai parlé de la vidéo &quot;fake&quot; qui avait été réalisée puis diffusée par l&#39;ambassade d&#39;Ukraine imaginant et montrant un Paris sous les bombardements russes et j&#39;écrivais :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;On peut produire des &quot;Fake News&quot; pour informer. On peut utiliser des &quot;Deep Fake&quot; et des trucages pour interpeller l&#39;opinion. D&#39;autres guerres avant celle-ci ont eu recours à ces outils et armes de propagande. Mais jamais l&#39;effet de proximité ne fut aussi saisissant.&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le message de fin de la vidéo, en &quot;révélant&quot; le dispositif, ne laissait bien sûr aucun doute possible sur son objectif qui était d&#39;interpeller les opinions et, en partie par leur biais, les décideurs politiques. Cela n&#39;empêcha pas des comptes officiels russes de prendre motif de cette vidéo (en ôtant le message de fin) pour dénoncer les &quot;Fake News&quot; du gouvernement Ukrainien.</p>
<p style="text-align: justify;">Prendre prétexte du réel pour y installer une fiction qui finit par explicitement se révéler comme telle, relève davantage de l&#39;information que de la propagande puisque les audiences destinataires sont informées des effets de trucage et guidées pour en comprendre le sens. C&#39;est tout à fait autre chose lorsque l&#39;on prend prétexte d&#39;une fiction pour la présenter comme réelle. Cela, est une stratégie de désinformation et de propagande.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand à prendre une fiction comme valeur de preuve de la démonstration d&#39;un mensonge alors même que la fiction révèle la nature et l&#39;enjeu du dispositif dont elle joue, c&#39;est tout simplement dingue. Dingue mais d&#39;une certaine manière aussi, révélateur de la dynamique particulière des conflits où le temps de latence pendant lequel une information peut-être considérée et se révéler comme vraie (ou fausse) est tout à fait différent de celui d&#39;un contexte informationnel &quot;normal&quot;.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Or donc après que l&#39;Ukraine a diffusé une vidéo explicitement &quot;fake&quot; pour dénoncer une réalité, après que le gouvernement russe a pris (ou fait semblant de prendre) au premier degré cette vidéo en la dénonçant comme la preuve d&#39;une &quot;fake news&quot;, voici ce qui était attendu : <a href="https://www.vice.com/en/article/93bmda/hacked-news-channel-and-deepfake-of-zelenskyy-surrendering-is-causing-chaos-online" rel="noopener" target="_blank">le premier Deep Fake du président Zelenski</a> en train d&#39;appeler à la reddition.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">My Body is a <span style="text-decoration: line-through;">Cage</span> Fake.</h2>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e149a8df200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-17 à 15.51.40" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e149a8df200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e149a8df200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-17 à 15.51.40" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">J&#39;ai déjà beaucoup écrit autour du danger que représentaient des Deep Fake. Je vous invite à relire quelques-uns de mes différents articles, des tout premiers de 2018 (&quot;<a href="/mon_weblog/2018/04/fifty-shades-of-fake.html" rel="noopener" target="_blank">Fifty Shades Of Fake</a>&quot;, &quot;<a href="/mon_weblog/2018/02/face-swap-echange-visage.html" rel="noopener" target="_blank">Faut pas confondre échanger nos visages et l&#39;avoir dans le Janus</a>&quot;) à l&#39;un des derniers de 2021 (&quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/09/hotel-du-temps.html" rel="noopener" target="_blank">Le ventriloque et les Deep Fakes</a>&quot;).</p>
<p style="text-align: justify;">La question centrale des Deep Fake, <em>a fortiori</em> en cas de guerre, et davantage encore en cas de guerre &quot;totale&quot; où l&#39;image, les images, et la communication directe tiennent un rôle déterminant, c&#39;est à la fois la capacité de vraisemblance technique mais également celle de la vraisemblance virale. Je m&#39;explique.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté de la vraisemblance technique, le Deep Fake présentant Zelenski appelant à la reddition reste encore assez facilement détectable. Il y a, lorsqu&#39;on le visionne, ce côté vallée de l&#39;étrange, où l&#39;oeil et l&#39;esprit perçoivent à tout le moins une tentative de trucage. Mais j&#39;écris cela depuis mon bureau à l&#39;université en France, avec une connexion internet puissante qui me permet d&#39;avoir une netteté et une fluidité d&#39;image qui facilitent ma détection du trucage. Qui la renforcent même. Ce qu&#39;il faut se demander c&#39;est ce qu&#39;une telle vidéo peut produire comme effet pour les ukrianien.ne.s qui vivent sous les bombes, dans des abris ou des souterrains où la connexion internet est souvent faible et hachée, et qui ont d&#39;autres soucis et d&#39;autres urgences que la netteté de l&#39;image ou l&#39;absence de lag du flux vidéo. Quel effet cette vidéo peut-elle produire sur elles et eux ? Voilà pour la vraisemblance technique. Si elle nous apparaît comme assez faible en étant très loin de la zone de guerre, il serait idiot d&#39;imaginer qu&#39;elle ne puisse pas être forte ou très forte dans les conditions que je viens de décrire.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La vraisemblance virale, je vous propose de la définir comme la capacité que cette vidéo puisse être considérée comme vraie par la capacité de l&#39;amplitude de sa circulation et de son partage à créer un effet de réel. Plus cette vidéo (ou d&#39;autres Deep Fakes) dans le même genre, circulent, y compris sans être vues mais simplement pour en parler et en faire état, et plus le risque de la considérer comme vraie est essentielle.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Là encore on peut réfléchir de deux manières. La première en considérant qu&#39;il n&#39;y a là rien de très nouveau et que le fait de lancer des rumeurs (de reddition, de démission, d&#39;opérations militaires victorieuses) a toujours fait parti intégrante d&#39;une certaine forme &quot;d&#39;art de la guerre&quot;. Du côté ukrainien on avait d&#39;ailleurs eu le fameux &quot;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fant%C3%B4me_de_Kiev" rel="noopener" target="_blank">fantôme de Kiev</a>&quot;, cet aviateur dont on racontait qu&#39;il avait abattu six avions ennemis les premiers jours du conflit, ce qui relève, à ce jour, de la légende urbaine. Mais avec d&#39;autres éléments narratifs, celui-ci a bien sûr &quot;joué un rôle&quot; dans la dynamique de la résistance ukrainienne.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;autre manière de réfléchir est de considérer ces Deep Fakes comme partie d&#39;un ensemble de &quot;<a href="/mon_weblog/2008/09/technologies-de.html" rel="noopener" target="_blank">technologies de l&#39;artefact</a>&quot; qui changent en profondeur les tactiques et stratégies d&#39;information ou de désinformation. Parce qu&#39;elles sont plus compliquées et plus longues à démentir, à documenter parfois, parce qu&#39;elles sont plus compliquées aussi à détecter ou à stopper. Et parce que, plus profondément, ce sont nos sociétés tout entières, autoritaires ou non, démocratiques ou pas, en guerre ou en paix, qui sont depuis longtemps déjà traversées par ces nouvelles heuristiques de preuve, <a href="/mon_weblog/2016/11/un-algorithme-est-un-editorialiste-comme-les-autres.html" rel="noopener" target="_blank">par ces nouveaux régimes de vérité s&#39;organisant autour des questions de popularité, de vérifiabilité, et d&#39;engagement.</a>&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Il puis il demeure une dernière question. Dans un avenir proche, ces technologies de création de Deep Fake deviendront des technologies tout à fait &quot;grand public&quot; et leur résultat sera la plupart du temps indétectable au simple visionnage. C&#39;est à ce moment-là ou plus exactement c&#39;est <em>pour</em> ce moment-là qu&#39;il nous faut être dès aujourd&#39;hui capables de bâtir de nouvelles heuristiques de preuve, mais aussi de réfléchir aux cadres juridiques, économiques et éthiques des conditions de production de ces Deep Fakes. On a récemment &quot;découvert&quot; que les Fake News répondant à une actualité nationale ou internationale majeure (<a href="https://www.rfi.fr/fr/emission/20180703-retour-veles-capitale-mondiale-fake-news" rel="noopener" target="_blank">par exemple la première campagne et élection de Trump</a>) pouvaient être dans leur immense majorité produites par très peu de personnes dans très peu de pays à l&#39;économie défaillante et au cadre politique idoine. Il y a toujours une économie de la propagande et de la désinformation qui en définit les conditions de production et sur laquelle, sans prétendre l&#39;éradiquer, il est possible d&#39;agir en amont.</p>
<h2 style="text-align: right;">Vidéo drame.</h2>
<p style="text-align: justify;">Par-delà les vidéos en temps réel produites sur diverses plateformes par les ukrainiennes et les ukrainiens, et qui sont l&#39;un des terrains de la guerre de l&#39;image, il est un autre terrain, occupé par d&#39;autres vidéos. Celles &quot;produites&quot;, montées, fabriquées et diffusées. Soit par les équipes professionnelles de journalistes présents sur place, mais aussi celles où s&#39;expriment les présidents des états belligérants.</p>
<p style="text-align: justify;">La vidéo de Zelenski appelant à se rendre était donc un Fake. Un Deep Fake. <a href="https://twitter.com/just_whatever/status/1504144895501557762" rel="noopener" target="_blank">Celle de Poutine en revanche, est authentique</a>. Elle est la vidéo authentiquement flippante d&#39;un coupable de crimes de guerre tenant un discours fasciste halluciné.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a aussi <a href="https://twitter.com/KevinRothrock/status/1504122465085276160" rel="noopener" target="_blank">la vidéo que Zelensky montra le mardi 16 Mars en préambule à son audition devant les élu.e.s du congrès américain</a>, cette séance lors de laquelle il reçut une standing ovation. La vidéo présente sur un mode &quot;avant / après&quot;, différents lieux, mais aussi différentes victimes, avec des images parfois très dures, et sur une musique d&#39;illustration faite pour accroître l&#39;affliction et le sentiment dramatique.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9efca9200c-pi"></a><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9efcad200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 08.17.57" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9efcad200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9efcad200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 08.17.57" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 08.17.57" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9efca9200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9efca9200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 08.17.57" /></p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a aussi <a href="https://twitter.com/christogrozev/status/1504213961633378304" rel="noopener" target="_blank">la vidéo produite par Associated Press</a> (voir aussi <a href="https://apnews.com/article/russia-ukraine-war-mariupol-descends-into-despair-708cb8f4a171ce3f1c1b0b8d090e38e3" rel="noopener" target="_blank">sur leur page</a>), qui documente ce qui s&#39;est passé dans les bombardements de Marioupol. Ici pas de petite musique. Les images d&#39;une horreur, l&#39;horreur des corps entrant dans la mort après avoir été bombardés, des hommes, des femmes, des enfants et des nouveaux-nés. Les images sont, comme on dit, &quot;insoutenables&quot;. Ce sont pourtant précisément ces images qu&#39;il faut être capable de soutenir. La guerre n&#39;est rien d&#39;autre que cet insoutenable.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e149e3ba200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 09.39.32" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e149e3ba200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e149e3ba200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 09.39.32" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre B&#39;nB.</h2>
<p style="text-align: justify;">A chaque guerre, à chaque attentat, à chaque crise, se distinguent souvent et par l&#39;effet qu&#39;ils produisent ou la dynamique qu&#39;ils lancent, tantôt un hashtag Twitter (#MeToo), tantôt un groupe Facebook (Gilets Jaunes), tantôt une fonctionnalité (&quot;Safety Check&quot;) ou bien un simple site web. Ce mot, ce groupe, cette fonctionnalité ou cette page deviennent alors une ressource incontournable.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>L&#39;offre et la demande. Et l&#39;exil.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;un des sites qui bénéficie d&#39;une très forte exposition actuellement est celui créé par deux jeunes étudiants d&#39;Harvard, <a href="https://twitter.com/AviSchiffmann" rel="noopener" target="_blank">Avi Schiffmann</a> et <a href="https://twitter.com/marcowaves" rel="noopener" target="_blank">Marco Burstein</a>, qui permet à des réfugiés ukrainiens de trouver des hôtes en capacité de les loger chez eux ou dans des biens immobiliers dont ils disposent mais qu&#39;il n&#39;occupent pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Le site est baptisé : <a href="https://ukrainetakeshelter.com" rel="noopener" target="_blank">ukrainetakeshelter.com</a>. Une sorte d&#39;AirBnB de l&#39;exil.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f0497200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.21.43" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9f0497200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f0497200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.21.43" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Disponible en une vingtaine de langues, il s&#39;agit d&#39;un site &quot;classique&quot; de plateforme de mise en relation. L&#39;un de ses intérêts est que la ou les langues parlées par les hôtes font parti des critères de recherche disponibles même si on imagine que dans l&#39;exil, l&#39;essentiel est de trouver un toit.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef027880714134200d-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.23.55" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef027880714134200d img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef027880714134200d-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.23.55" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour le reste, on y trouve donc des annonces, avec la possibilité d&#39;une mise en relation directe avec &quot;l&#39;hôte&quot;, notamment par Telegram ou Whatsapp. L&#39;intérêt est a priori évident, il répond en tout cas à une situation d&#39;urgence où 3 millions de réfugiés ont déjà quitté l&#39;Ukraine depuis le début du conflit et où d&#39;autres s&#39;ajoutent chaque jour.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f0637200c-pi"><img decoding="async" alt="Refugies" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9f0637200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f0637200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Refugies" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce site de mise en relation n&#39;a pas, il le dit lui-même, vocation à &quot;vérifier&quot; les annonces. Alors on y trouve &#8230; de tout.&#0160;</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e149e7a1200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.18.43" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e149e7a1200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e149e7a1200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.18.43" /></a>Un exemple d&#39;annonce très &#8230; sobre.&#0160;</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e149e7a8200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.18.16" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e149e7a8200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e149e7a8200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.18.16" /></a>Une autre annonce un peu plus détaillée et aussi plus &quot;humaine&quot; dans le contexte.&#0160;</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f04cc200c-pi"><br /><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.20.21" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9f04cc200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f04cc200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.20.21" /></a>Et puis du Spam, beaucoup de Spam, vraiment beaucoup de Spam.</p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Par-delà la bonne volonté et la &quot;bonne idée&quot; des créateurs de cette plateforme, elle démontre aussi et peut-être surtout que la question de l&#39;accueil de réfugiés, particulièrement en temps de guerre, s&#39;accommode assez mal d&#39;une &quot;simple&quot; plateformisation qui propose de faire correspondre une offre à une demande. Il est besoin de médiations humaines, seules capables de protéger les réfugié.e.s d&#39;un ensemble de dérives, mai aussi de déployer une intelligence du lien, de l&#39;orientation et de l&#39;accueil. Mettre une chambre à disposition pour une personne, &quot;animaux refusés&quot;, 4ème étage sans ascenseur est une chose. C&#39;est déjà une <em>bonne</em> chose. Mais une chose différente d&#39;un accueil. Mon sujet n&#39;est naturellement pas de produire un jugement &quot;moral&quot; sur cette personne prête à accueillir &quot;<em>une seule personne sans animal au 4ème sans ascenseur</em>&quot;, mais de pointer le rôle fondamental, déterminant que jouent les associations et les individus présents sur place pour garantir une médiation hors laquelle rien n&#39;est possible. Sans cette médiation, la solution technique de mise en relation entre des &quot;offreurs&quot; et des &quot;demandeurs&quot; peut très vite tourner à vide et produire l&#39;inverse de ce qu&#39;elle était supposée réparer ou faciliter.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>AirBnB offre des logements et gagne &#8230; des clients.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les premiers jours de cette &quot;guerre B&#39;nB&quot; c&#39;est d&#39;ailleurs la plateforme AirBnB qui avait dès le 3 mars annoncé vouloir <a href="https://www.theguardian.com/technology/2022/feb/28/airbnb-to-offer-free-housing-to-100000-ukrainian-refugees" rel="noopener" target="_blank">&quot;<em>offrir</em> <em>un logement temporaire gratuit à 100 000 réfugiés ukrainiens.</em></a>&quot; Enfin, plus exactement, AirBnB a annoncé qu&#39;il n&#39;avait rien à offrir à 100 000 réfugiés Ukrainiens. Mais vous, oui. Depuis votre compte AirBnB.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f0608200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.56.03" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9f0608200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f0608200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 11.56.03" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Là encore par-delà ce qui reste une forme de cynisme malvenu dans la communication, cette &quot;stratégie&quot; d&#39;AirBnB produit des effets. <a href="https://news.airbnb.com/an-update-on-support-for-refugees-fleeing-ukraine/" rel="noopener" target="_blank">La plateforme indique quelques chiffres</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<ul>
<li><em>&quot;Depuis le lancement de l&#39;action d&#39;Airbnb.org pour soutenir les réfugiés fuyant l&#39;Ukraine, plus de 1 000 personnes s&#39;inscrivent chaque jour pour partager leur maison avec des réfugiés.</em></li>
<li><em>Au 14 mars, plus de 36 800 hôtes se sont inscrits sur Airbnb.org pour offrir leur maison aux réfugiés du monde entier.</em></li>
<li><em>Ce chiffre inclut plus de 22 300 nouveaux hôtes Airbnb.org, qui se sont inscrits au cours des deux dernières semaines (du 28 février au 14 mars).&quot;</em></li>
</ul>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et là encore je tiens à être clair. Il ne s&#39;agit pas de condamner <em>a priori</em> ce que fait et propose AirBnB. Il s&#39;agit de s&#39;interroger sur ce que deviennent les politiques publiques d&#39;accueil des exilés, dont on voit bien qu&#39;elles vont devenir un point central de l&#39;avenir du monde, que deviennent ces politiques publiques lorsque des plateformes privées disposent (sans qu&#39;elles leur appartiennent) du principal parc locatif mobilisable de particuliers.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>36 800 hôtes se sont inscrits sur Airbnb.org pour offrir leur maison aux réfugiés du monde entier&quot;&#0160;</em>nous dit AirBnB.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Mais combien de ces 36 800 hôtes ont <em>effectivement</em> accueilli des réfugiés ?&#0160;&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>22 300 nouveaux hôtes Airbnb.org, qui se sont inscrits au cours des deux dernières semaines (du 28 février au 14 mars).&quot;&#0160;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Voilà longtemps que la base des nouveaux clients AirBnB n&#39;avait pas connu une telle croissance. Augmenter son fichier client. Le nerf de la guerre. De la guerre B&#39;nB.</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Au cours des cinq dernières années, Airbnb et Airbnb.org ont mis en relation environ 55 000 réfugiés et demandeurs d&#39;asile avec des logements temporaires par l&#39;intermédiaire de partenaires Airbnb.org. Depuis août, environ 24 000 réfugiés afghans ont reçu un logement temporaire gratuit par l&#39;intermédiaire d&#39;Airbnb.org et, en 2020, les hôtes Airbnb du monde entier ont ouvert leurs portes à des dizaines de milliers de travailleurs de première ligne luttant contre la propagation du COVID-19</em>.&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Que fera AirBnB pour les 10 prochaines années lorsque ces flots de réfugiés ou d&#39;exilés continueront de croître ? L&#39;accueil d&#39;urgence semble difficilement compatible à court ou moyen terme avec le modèle de ces plateformes, y compris dans leur versant humanitaire. Et aucun algorithme de mise en relation ne remplacera jamais une politique publique de l&#39;accueil.</p>
<p style="text-align: justify;">Même s&#39;il est vrai qu&#39;à regarder ce qui se passe encore aujourd&#39;hui à Calais, on se dit qu&#39;<a href="https://twitter.com/LouisWitter/status/1504752039095685123" rel="noopener" target="_blank">il y a plus d&#39;humanité dans n&#39;importe quel algorithme que dans les décisions politiques qui sont prises là-bas</a>.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Les locataires fantômes de Kyiv.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dernier exemple de cette &quot;guerre B&#39;nB&quot;, mais cette fois du côté des utilisateurs d&#39;AirBnB, qui là aussi dès les premiers jours du conflit, et alors que les images d&#39;immeubles, de maisons et de bâtiments civils détruits ou en flamme ne saturaient pas encore l&#39;espace médiatique, ont eu l&#39;idée de réserver des logements en Ukraine (disponible sur AirBnB), sans y aller mais en envoyant quand même l&#39;argent aux propriétaires ukrainiens. <a href="https://www.theguardian.com/technology/2022/mar/03/ukraine-airbnbs-booked-in-effort-to-get-money-to-residents-pay-not-stay" rel="noopener" target="_blank">Pay not Stay</a>.</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f06f3200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-18 à 12.16.21" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9f06f3200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9f06f3200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-18 à 12.16.21" /></a></p>
<p style="text-align: center;">(<a href="https://twitter.com/DimaggioEth/status/1499333337780998147&#0160;" rel="noopener" target="_blank">Source</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">Argent sur lequel la plateforme AirBnB s&#39;était engagée à ne pas percevoir sa commission habituelle. Cela c&#39;était bien sûr avant les bombardements massifs sur l&#39;Ukraine. La proposition avait déjà quelque chose de baroque : les faux locataires en terrain de guerre.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Mais avec les exemples précédents, cette dimension baroque documente aussi le rôle si particulier qu&#39;occupent ces plateformes qui sont la centralité de nombre de nos vies connectées, et qui ne demandent qu&#39;à s&#39;étendre jusqu&#39;à la périphérie de chaque conflit.&#0160;&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">One More Thing.</h2>
<p style="text-align: justify;">Le 14 Mars 2022 à 12h09, depuis son compte Twitter, <a href="https://twitter.com/elonmusk/status/1503327421839417344" rel="noopener" target="_blank">Elon Musk a défié Vladimir Poutine en combat singulier</a> avec comme enjeu : l&#39;Ukraine. Le même Elon Musk qui dès le 28 février répondait à la demande du vice-premier ministre Ukrainien en <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">déployant son réseau Starlink au dessus de l&#39;Ukraine</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Baroque.</p>
<p style="text-align: justify;">Définitivement baroque.&#0160;</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Envahir l&#8217;Ukraine et un plateau télé. (Guerre numérique et médiatique : épisode 6)</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2022/03/envahir-ukraine-plateau-tele/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Mar 2022 14:14:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
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					<description><![CDATA[Cet article est la suite de ceux déjà parus&#0160;le 28 février 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle&#34;,&#0160; le 3 mars 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)&#34;, le 8 Mars 2022, &#34;La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)&#34;, le 11 Mars 2022 [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: right;"><em><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>et article est la suite de ceux déjà parus&#0160;</em><em>le 28 février 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle</a>&quot;,&#0160; le 3 mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)</a>&quot;, le 8 Mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale.html" rel="noopener" target="_blank">La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)</a>&quot;, le 11 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/il-faut-tuer-vladimir-poutine.html" rel="noopener" target="_blank">Il faut tuer Vladimir Poutine (Para Bellum Numericum épisode 4)</a>&quot;, et le 13 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/console-ukraine-numerique-episode-5.html" rel="noopener" target="_blank">Les consoles de nos consolations (guerre numérique en Ukraine : épisode 5).</a>&quot; Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe.</em><br />_______________________________________________________________________________</p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La Russie a envahi l&#39;Ukraine et une journaliste russe a envahi le plateau du journal de la 1ère chaîne de télévision officielle russe (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pervi_Kanal" rel="noopener" target="_blank">Pervi Kanal</a>) pour dénoncer cette invasion.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Elle s&#39;appelle <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Marina_Ovsiannikova" rel="noopener" target="_blank">Marina Ovsyannikova</a>, on sait d&#39;elle que son père est russe et sa mère ukrainienne, et qu&#39;elle a 2 enfants. On sait d&#39;elle qu&#39;elle risque, selon la loi d&#39;exception votée récemment en Russie, 15 ans de prison. On sait d&#39;elle que l&#39;on ne sait plus rien d&#39;elle depuis son arrestation. Qu&#39;elle a tout simplement &quot;disparu&quot;. Et qu&#39;elle risque hélas bien plus que 15 ans de prison.&#0160;</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495cc1200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.44.45" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e1495cc1200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495cc1200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.44.45" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">La séquence tourne en boucle. On l&#39;y voit arriver en courant sur le plateau avec son panneau où est inscrit &quot;non à la guerre&quot; en anglais suivi d&#39;un texte en russe qui dit &quot;<em>Non à la guerre. Ne croyez pas à la propagande. On vous ment, ici. Les Russes sont contre la guerre</em>.&quot; On l&#39;y voit se placer d&#39;abord derrière la présentatrice, cherchant la caméra sur elle, puis se replacer dans un autre axe pour que la caméra filme son panneau en entier. On y voit la présentatrice hausser la voix pour couvrir les mots de Marina Ovsyannikova, puis la coupure du direct au bout de 10 secondes, 10 interminables secondes pour le régime de Poutine, et le lancement d&#39;un reportage sur les hôpitaux.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La scène s&#39;est produite Lundi 14 Mars au soir dans le JT le plus regardé de Russie. La veille, le 13 mars à 17h53, <a href="https://www.facebook.com/profile.php?id=100011086090322" rel="noopener" target="_blank">Marina Ovsyannikova mettait à jour sa photo de profil Facebook</a> avec un l&#39;un de ces &quot;décors&quot; proposés par la plateforme.&#0160;</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495c21200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.23.19" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e1495c21200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495c21200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.23.19" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Une colombe de la paix.</p>
<p style="text-align: justify;">De son <a href="https://www.facebook.com/profile.php?id=100011086090322" rel="noopener" target="_blank">profil Facebook public</a>, qui est en train depuis hier soir d&#39;être &quot;envahi&quot; de témoignages de soutien (plus de 41 000 commentaires ce mardi matin à 9h sous sa photo &quot;colombe&quot;), on retient qu&#39;elle apprend l&#39;anglais, qu&#39;elle aime la nage en eau libre et les expositions canines. On l&#39;y voit comme tant d&#39;autres êtres humains poster des photos d&#39;elle, de ses vacances, de ses enfants, et de son chien. Sur <a href="https://www.instagram.com/ovsiannikova6219/" rel="noopener" target="_blank">son compte Instagram (privé)</a>, on a confirmation qu&#39;elle aime plus particulièrement les Golden Retriever (celui que l&#39;on voit souvent sur son Facebook public), la nage en eau libre, toujours, et qu&#39;elle est une mère heureuse, smiley avec 2 coeurs à la place des yeux.&#0160;</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495c60200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.33.48" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e1495c60200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495c60200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.33.48" /></a></p>
<p>&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques heures avant son irruption sur le plateau télé, Marina Ovsyannikova avait publié <a href="https://t.me/ovdinfo/14051" rel="noopener" target="_blank">une vidéo sur le canal Telegram OVD-Info (une association qui défend les droits des manifestants)</a>, Telegram étant le seul réseau &quot;grand public&quot; encore assez &quot;largement&quot; disponible en Russie. Elle y disait ceci :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Ce qui se passe en Ukraine est un crime. la Russie est le pays agresseur. Toute la responsabilité de cette agression repose sur la conscience d&#39;un homme, Vladimir Poutine. Mon père est ukrainien, ma mère est russe, ils n&#39;ont jamais été ennemis. (&#8230;) Malheureusement ces dernières années j&#39;ai travaillé pour Channel 1, promouvant la propagande du Kremlin et j&#39;en suis très honteuse maintenant. J&#39;ai honte d&#39;avoir laissé des mensonges être diffusés, d&#39;avoir laissé le peuple russe être zombifié. Nous sommes restés calmes quand tout à commencé en 2014, nous n&#39;avons rien dit quand le Kremlin a empoisonné Navalny. Nous avons continué à regarder tranquillement ce régime inhumain. Maintenant le monde entier nous tourne le dos. Dix générations de nos descendants n&#39;arriveront pas à laver la honte de cette guerre fratricide. Nous sommes le peuple russe. Nous sommes intelligents et réfléchis. Prenez les rues. N&#39;ayez pas peur. Ils ne peuvent pas tous nous arrêter.</em>&quot; (<a href="https://twitter.com/vinceflibustier/status/1503502975142182912" rel="noopener" target="_blank">Traduction via cette source</a>)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et puis elle est allée à son travail. Et puis elle a fait irruption sur le plateau télé de sa collègue. Et nous avons été témoins de cette nouvelle séquence, de ce nouveau moment, d&#39;une résistance qui nous fascine autant qu&#39;elle nous effraie en nous renvoyant en miroir la question de nos propres lâchetés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La sociologie des médias dispose d&#39;un certain nombre d&#39;invariants</strong>. Dans nombre de pays, démocratiques ou non, et souvent indépendamment des cultures et des pouvoirs, les citadins et ceux des grandes métropoles notamment, et ceux les plus aisés bien sûr, sont particulièrement connectés et disposent à ce titre de sources et d&#39;outils d&#39;information assez larges. Plus l&#39;on s&#39;enfonce dans les campagnes, plus on s&#39;éloigne des villes, plus on descend dans l&#39;échelle des niveaux de vie, et moins les moyens d&#39;information sont nombreux et diversifiés, et plus c&#39;est la télévision qui occupe l&#39;essentiel des usages.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis le début de l&#39;invasion de l&#39;Ukraine, les collègues chercheurs et chercheuses spécialistes des médias et de la Russie, rappellent cette réalité d&#39;une écrasante domination de la télévision (d&#39;état) qui règne presque sans partage sur l&#39;ensemble du spectre informationnel à disposition de la population. Seule une infime partie de la population russe (éduquée, citadine, plutôt &quot;aisée&quot;) parvenait jusqu&#39;ici à jongler au travers de cette propagande grâce, entre autres, aux outils numériques, Instagram en tête, outils et applications qui sont <a href="https://www.huffingtonpost.fr/entry/instagram-rejoint-facebook-et-twitter-parmi-les-reseaux-sociaux-coupes-en-russie_fr_622f0a65e4b02961583da8b1?ncid=other_twitter_cooo9wqtham&amp;utm_campaign=share_twitter" rel="noopener" target="_blank">désormais tous et toutes interdites</a>. L&#39;accès aux VPN étrangers, déjà depuis longtemps officiellement interdit mais en réalité pratiqué et là encore relativement courant dans les grandes métropoles, devient à son tour souvent impossible puisqu&#39;il faut payer pour les installer, et que de Mastercard à Apple Pay, l&#39;essentiel des solutions de paiement en ligne américaines sont bloquées en Russie.</p>
<h2 style="text-align: right;">Tomber dans le panneau.</h2>
<p style="text-align: justify;">Parmi les effrois et les vertiges de cette guerre en Ukraine et lorsqu&#39;on a la chance comme moi de n&#39;avoir comme principal souci que d&#39;en mesurer les enjeux médiatiques et numériques, on se souviendra de l&#39;envahissement du plateau télé de Marina Ovsyannikova. Et de sa pancarte. Le plus vieux media du monde. Un bout de carton, une feuille de papier, un texte, quelques mots. Le premier support. Sa voix derrière bien sûr mais la voix, on n&#39;est jamais sûr qu&#39;elle soit entendue, captée à la télé si l&#39;on n&#39;est loin du micro. Alors reste le texte sur ce bout de carton, sur ce bout de papier. L&#39;image de ce texte brandi. A la télé ce qui compte c&#39;est que l&#39;on voit. Ce que l&#39;on montre. <strong>La lutte constante entre le &quot;branding&quot; (la marque), et ce que l&#39;on brandit (ce qui dé/marque).&#0160;</strong></p>
<p>Dans la presse Russe aujourd&#39;hui, on ne verra pas le panneau de Marina Ovsyannikova. On ne verra, au mieux, <a href="https://twitter.com/femeninna/status/1503467583286169602/photo/1" rel="noopener" target="_blank">que cela</a>.&#0160;</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e7766200c-pi"><img decoding="async" alt="FN1jzBIXIAE2DmO" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9e7766200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e7766200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="FN1jzBIXIAE2DmO" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;effacement. Comment d&#39;ailleurs cette irruption en plein direct a-t-elle été possible dans la première chaîne de la propagande d&#39;état à l&#39;heure du JT le plus écouté ? D&#39;autres pays pourtant bien plus démocratiques, ne pratiquent le direct qu&#39;en &quot;très léger différé&quot;, quelques secondes aux Etats-Unis, le temps de repérer et biper les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Seven_dirty_words" rel="noopener" target="_blank">7 mots interdits</a>. Pas une seule cérémonie qui soit diffusée en &quot;vrai&quot; direct.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Le fait que la télé russe n&#39;ait pas recours à ce principe de léger différé, particulièrement dans le contexte actuel de son invasion de l&#39;Ukraine, dit à quel point le pouvoir est sûr de ses forces et de la mainmise qu&#39;il pense avoir sur les journalistes. Avant que Marina Ovsyannikova ne démontre qu&#39;aucun contrôle n&#39;est exempt de faille et qu&#39;aucun pouvoir ne pourra jamais avoir le contrôle total des corps, au moins dans leur capacité de surgissement.</p>
<p style="text-align: justify;">Il semble par contre difficile d&#39;imaginer que le pouvoir en reste là et se contente de prendre acte. La vie de Marina Ovsyannikova est bien sûr en jeu. Il est semble certain que son acte de bravoure et de courage absolu restera, dans le cadre de la télévision d&#39;état, le premier et le dernier. Car il semble certain que la diffusion passera désormais systématiquement en léger différé.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Faire irruption.</h2>
<p style="text-align: justify;">Faire irruption dans un cadre, dans une média, c&#39;est faire rupture. C&#39;est briser une linéarité. C&#39;est une interruption. Interrompre c&#39;est montrer, au-delà du message, la nécessité d&#39;un désordre.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La télévision, fut-elle &quot;d&#39;état&quot;, demeure ce média de l&#39;interruption toujours possible dès lors qu&#39;elle pratique l&#39;exercice &#8211; de plus en plus rare &#8211; du direct. Dans le champ de l&#39;analyse des médias, y compris numériques, ont doit d&#39;ailleurs toujours, on devrait en tout cas, se poser sans cesse cette question des moyens de l&#39;interruption.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui fait la nature d&#39;un média, parmi tant d&#39;autres paramètres, d&#39;un mass-media particulièrement, c&#39;est sa capacité à être ou à n&#39;être pas interrompu. Et il n&#39;est que deux types d&#39;interruptions possibles. <strong>Soit des interruptions techniques</strong>, qui jouent sur le canal de diffusion, et qui peuvent soit simplement le &quot;couper&quot;, soit là aussi l&#39;envahir comme le groupe Anonymous l&#39;a fait aux premiers jours du conflit en &quot;hackant&quot; une télé russe pour y diffuser des &quot;vraies&quot; images de guerre et des berceuses ukrainiennes. <strong>Soit l&#39;interruption des corps</strong>, des corps de citoyennes et de citoyens, de journalistes, de militants, d&#39;activistes, qu&#39;importe, mais des corps qui interfèrent, qui interviennent, qui interrompent, qui font irruption.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;effet produit par ces ruptures est toujours considérable. Parce que ce que l&#39;esprit retient, c&#39;est précisément le fait de cette interruption dans une linéarité de récit, d&#39;information ou de propagande auquel il finit par n&#39;offrir qu&#39;une attention seconde, celle d&#39;une ritournelle, d&#39;une berceuse justement.</p>
<p style="text-align: justify;">La perturbation du cadre, du dispositif, par l&#39;irruption d&#39;un corps, demeure l&#39;un des recours médiatiques les plus universels, les plus puissants, mais aussi les plus dangereux en dehors des démocraties.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre des pancartes.</h2>
<p style="text-align: justify;">Le panneau. La pancarte.</p>
<p style="text-align: justify;">Celle donc de Marina Ovsyannikova en plein direct.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495de1200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.44.45" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e1495de1200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495de1200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.44.45" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais aussi dès les premiers jours du conflit, <a href="https://www.liberation.fr/checknews/qui-est-yelena-osipova-la-manifestante-septuagenaire-arretee-a-saint-petersbourg-20220304_WYOEVZLU7NEN7CM3NVGX3PG5ME/" rel="noopener" target="_blank">les pancartes de Yelena Osipova</a> en Russie.</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e77f0200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-15 à 10.51.19" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9e77f0200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e77f0200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-15 à 10.51.19" /></a>Photo <a href="https://www.liberation.fr/checknews/qui-est-yelena-osipova-la-manifestante-septuagenaire-arretee-a-saint-petersbourg-20220304_WYOEVZLU7NEN7CM3NVGX3PG5ME/" rel="noopener" target="_blank">Reuters</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis il y a cette vieille blague entendue de loin en loin.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est l&#39;histoire d&#39;un homme qui distribue des tracts sur la place rouge. Un garde l&#39;interpelle et lui demande, étonné, pourquoi il n&#39;y a rien d&#39;écrit dessus ? L&#39;homme répond : &quot;<em>Qu&#39;est-il besoin d&#39;écrire ? C&#39;est tellement évident</em>&quot;.&#0160;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La blague et la réalité. Réalité qui, c&#39;est le propre des temps troublés, dépasse toujours la fiction. Dans la vidéo suivante (ici <a href="https://twitter.com/r_tregubov/status/1502692846129799168" rel="noopener" target="_blank">repostée par Roman Tregubov</a> dont la bio twitter indique qu&#39;il est l&#39;ex-coordinateur de l&#39;équipe de Navalny à Nizhny Novgorod), on voit une femme se faire arrêter à Nijni-Novgorod, une des principales villes de Russie, parce qu&#39;elle tient une pancarte &#8230; vierge de toute inscription.&#0160;</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495e56200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-15 à 11.21.05" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e1495e56200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1495e56200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-15 à 11.21.05" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il arrive que l&#39;issue des guerres se joue sur une simple escarmouche, capable de renverser une dynamique. Il arrive que l&#39;issue des guerres dépende d&#39;autant d&#39;actes de sabotages qui sont l&#39;irruption des corps dans l&#39;interruption d&#39;un récit ou d&#39;une infrastructure de transport, de communication. Il y a tant de récits de tant de guerres. Mais au final, il n&#39;y a que le courage, que l&#39;opposition et que la résistance des corps. Les récits, les mots, les images, les médias ne viennent qu&#39;après. Toujours après. Parfois si près mais toujours après. Depuis des années en Russie, des corps devenus littéralement pancartes nous avertissent du danger, des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pussy_Riot" rel="noopener" target="_blank">Pussy Riot</a> aux mouvements Femen.</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e14962f7200b-pi"><img decoding="async" alt="2_years_of_FEMEN_3" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e14962f7200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e14962f7200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="2_years_of_FEMEN_3" /></a><em>2010. Sacha Chevtchenko coiffée d&#39;une couronne florale ukrainienne, </em><br /><em>seins nus avec le logo FEMEN peint sur la poitrine. (Source : <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Femen#/media/Fichier:2_years_of_FEMEN_3.jpg" rel="noopener" target="_blank">Wikipedia</a>)</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les corps pancartes de femmes situées et dont le moyen d&#39;action est de faire irruption. Hier soir à la télévision Russe, Marina Ovsyannikova a fait corps. A bout de bras elle a brandi un panneau, une pancarte. Dans l&#39;instant elle a attrapé au bout de ces mêmes bras des millions de ses concitoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu&#39;il arrive et surtout, car l&#39;inquiétude est grande, quoi qu&#39;il <em>lui</em> arrive, dans l&#39;instant où son corps a fait irruption sur ce plateau télé, Marina Ovsyannikova ne tenait pas qu&#39;une pancarte dans ses mains, elle tenait Poutine par les couilles.</p>
<h2 style="text-align: right;">Apostille.</h2>
<p style="text-align: justify;">Il y a une citation de Bruno Latour qui m&#39;accompagne depuis longtemps et que je vous ressers souvent. Cette phrase c&#39;est celle-ci :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Il n’y a rien que l’homme soit capable de vraiment dominer : tout est tout de suite trop grand ou trop petit pour lui, trop mélangé ou composé de couches successives qui dissimulent au regard ce qu’il voudrait observer. Si ! Pourtant, une chose et une seule se domine du regard : c’est une feuille de papier étalée sur une table ou punaisée sur un mur. L’histoire des sciences et des techniques est pour une large part celle des ruses permettant d’amener le monde sur cette surface de papier. Alors, oui, l’esprit le domine et le voit. Rien ne peut se cacher, s’obscurcir, se dissimuler.</em>&quot; Bruno Latour, Culture technique, 14, 1985 (cité par Christian Jacob dans L’Empire des cartes, Albin Michel, 1992).</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Il n&#39;y a pas que &quot;<em>l&#39;histoire des sciences et des techniques</em>&quot; qui soit celle des ruses permettant &quot;<em>d&#39;amener le monde sur une surface de papier</em>&quot;. L&#39;histoire des guerres et des révolutions procède de la même manière. C&#39;est ce morceau d&#39;histoire que la ruse et le courage de Marina Ovsyannikova ont amené hier soir devant les yeux du monde. D&#39;un monde. Alors oui, &quot;<em>Rien ne peut se cacher, s’obscurcir, se dissimuler.&quot;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> <a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e7d96200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.44.45" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9e7d96200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e7d96200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-15 à 09.44.45" /></a><br /></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ff0000;"><strong>[Edit de 15h47]</strong></span> Elle va bien. Elle est au tribunal avec son avocat, Anton Gashinsky, qui poste <a href="https://t.me/vlagr/8465" rel="noopener" target="_blank">cette photo sur Telegram</a>. &#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e7f50200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-15 à 15.51.39" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9e7f50200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e7f50200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-15 à 15.51.39" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ff0000;"><strong>[Edit de 21h47]</strong></span> Elle est pour l&#39;instant sortie libre, après, selon ses propres termes, <em>&quot;14h d&#39;interrogatoire sans avocat&quot;</em>. Elle risque toujours 15 ans de prison.</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Les consoles de nos consolations. (Guerre numérique en Ukraine : épisode 5)</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2022/03/console-ukraine-numerique-episode-5/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Mar 2022 19:24:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
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					<description><![CDATA[Cet article est la suite de ceux déjà parus&#0160;le 28 février 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle&#34;,&#0160; le 3 mars 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)&#34;, le 8 Mars 2022, &#34;La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)&#34; et le 11 Mars [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: right;"><em><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>et article est la suite de ceux déjà parus&#0160;</em><em>le 28 février 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle</a>&quot;,&#0160; le 3 mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)</a>&quot;, le 8 Mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale.html" rel="noopener" target="_blank">La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3)</a>&quot; et le 11 Mars 2022 &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/il-faut-tuer-vladimir-poutine.html" rel="noopener" target="_blank">Il faut tuer Vladimir Poutine (Para Bellum Numericum épisode 4).</a>&quot; Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe.</em><br />_______________________________________________________________________________</p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La dernière fois que j&#39;ai évoqué la fonction régalienne de réassurance que de grandes entreprises privées assuraient désormais en temps de crise majeure, c&#39;était lorsque Facebook avait activé son bouton &quot;Safety Check&quot;, permettant de dire à ses amis que l&#39;on se trouvait en sécurité, au moment des <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/11/13/un-an-apres-les-attentats-du-13-novembre-les-transformations-du-safety-check-de-facebook_5030356_4408996.html#:~:text=attentats%20de%20Paris-,Sur%20Facebook%2C%20le%20%C2%AB%20safety%20check%20%C2%BB%20s&#39;est%20m%C3%A9tamorphos%C3%A9,depuis%20les%20attentats%20de%20Paris&amp;text=M%C3%A9ga%2DPixelsCet%20outil%20qui,France%20le%2013%20novembre%202015." rel="noopener" target="_blank">attentats du Bataclan le 13 Novembre 2015</a>. Je m&#39;étais alors demandé <a href="/mon_weblog/2015/11/pourquoi-ny-a-t-il-pas-de-bouton-sauver-le-monde-.html" rel="noopener" target="_blank">pourquoi il n&#39;y avait pas de bouton &quot;sauver le monde&quot;</a>, et pourquoi cette activation avait fini par <a href="/mon_weblog/2016/07/nice-rituel-attentat.html" rel="noopener" target="_blank">s&#39;imposer comme une forme de rituel</a>, à la fois salvateur et tragique, à la fois dérisoire et essentiel.</p>
<h2 style="text-align: right;">Les consoles de nos consolations.</h2>
<p style="text-align: justify;">Avec l&#39;invasion de l&#39;Ukraine par la Russie, avec cette guerre sur le continent européen, on peut s&#39;interroger sur le fait que Facebook &#8230; n&#39;a pas activé cette fonction. Peut-être est-ce parce que la connexion internet reste encore parfois compliquée ; peut-être est-ce que parce qu&#39;une guerre n&#39;entre pas dans les &quot;procédures&quot; qui donnent lieu à cette activation, initialement &quot;réservée&quot; aux catastrophes naturelles puis <a href="/mon_weblog/2015/11/pourquoi-ny-a-t-il-pas-de-bouton-sauver-le-monde-.html" rel="noopener" target="_blank">étendue à &quot;<em>davantage de désastres humains</em>&quot;</a>. Peut-être qu&#39;aux yeux de Facebook il n&#39;y a pas encore suffisamment de désastres humains en Ukraine. Peut-être aussi que cette activation présenterait un risque pour les civils ou les militaires l&#39;utilisant et qui pourraient, peut-être, être alors repérés ou ciblés par les forces russes.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La seule certitude est que nous ne disposons pour l&#39;instant que d&#39;autant de &quot;peut-être&quot; &#8230; Et que le Safety Check n&#39;est pas activé dans cette zone de guerre. <a href="https://worldpopulationreview.com/country-rankings/facebook-users-by-country" rel="noopener" target="_blank">L&#39;Ukraine compte pourtant près de 10 millions d&#39;utilisateurs Facebook</a> pour une population de 40 millions d&#39;habitant.e.s. dont plus de 2 millions ont déjà fui. Avec ou sans leurs proches. <strong>Se demander pourquoi Facebook, cette fois, n&#39;active pas sa fonction de réassurance</strong>. Et ne pas savoir quoi répondre.</p>
<p style="text-align: justify;">Google, parmi les mesures qu&#39;il liste et met à jour <a href="https://blog.google/inside-google/company-announcements/helping-ukraine/" rel="noopener" target="_blank">sur la page dédiée à la guerre en Ukraine</a>, annonce un système d&#39;alerte en cas de raids aériens via son système d&#39;exploitation Android qui équipe l&#39;essentiel des smartphones dans le monde.&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Tragiquement, des millions de personnes en Ukraine comptent désormais sur les alertes de raids aériens pour tenter de se mettre à l&#39;abri. À la demande et avec l&#39;aide du gouvernement ukrainien, nous avons commencé à déployer un système rapide d&#39;alertes aux raids aériens pour les téléphones Android en Ukraine. Ce travail vient en complément des systèmes d&#39;alerte aux raids aériens existants dans le pays, et se base sur les alertes déjà diffusées par le gouvernement ukrainien.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est bien l&#39;état Ukrainien qui donne les alertes, mais c&#39;est Google qui est seul à être en capacité de les distribuer aussi largement et aussi rapidement auprès des ukrainiens et ukrainiennes. Cela nous rappelle, à une autre échelle, le pathétique désastre que fut le déploiement de l&#39;application SAIP développée par l&#39;état français pour des cas d&#39;urgence et d&#39;alerte aux populations, et <a href="/mon_weblog/2016/07/nice-rituel-attentat.html" rel="noopener" target="_blank">qui ne s&#39;activa que 2h après le début des attentats de Nice</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">S&#39;il est un enseignement à tirer de cela, c&#39;est que les solutions technologiques d&#39;alerte en situation d&#39;urgence absolue, reposent sur 3 critères fondamentaux hors lesquels elle n&#39;ont aucune valeur et aucune utilité :</p>
<ul>
<li>être déjà déployées et ne pas avoir à aller chercher ou à installer quoi que ce soit de supplémentaire</li>
<li>être déjà inscrites dans nos usages interpersonnels de communication et d&#39;information</li>
<li>s&#39;appuyer sur une infrastructure de connexion extrêmement fiable, solide et si possible &quot;résiliente&quot;&#0160;</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Or aucune application d&#39;aucun état (démocratique) n&#39;est à ce jour capable de cocher ces trois cases. Le recours à Google ou à Facebook (ou à d&#39;autres) n&#39;est donc pas une question de choix mais de gestion de la contrainte et de cahier des charges que l&#39;on est en situation de leur imposer (ou non).</p>
<p style="text-align: justify;">Par-delà Facebook, par-delà Google et tous les autres, <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2022/03/wartime-bad-time-mess-internet" rel="noopener" target="_blank">comme le rappelle l&#39;EFF (Electronic Frontier Fondation)</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Dans les périodes sombres, les gens doivent pouvoir atteindre la lumière, rassurer leurs proches, s&#39;informer et informer les autres, et échapper aux murs de la propagande et de la censure. L&#39;internet est un outil crucial pour tout cela &#8211; ne l&#39;entravez pas.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Derrière &quot;le&quot; numérique, derrière &quot;le&quot; web, derrière &quot;les&quot; plateformes, il y a ces usages, ces outils, ces applications, ces écrans, ces smartphones, qui plus que jamais pour celles et ceux qui vivent la guerre comme, dans un autre registre, pour celles et ceux qui y assistent à distance, <strong>sont autant les vitrines de nos désolations que les consoles de nos consolations</strong>.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Voir ce que l&#39;on ne peut pas croire. Fake News pour la bonne cause.</h2>
<p style="text-align: justify;">On glose depuis longtemps (y compris dans ces colonnes) sur le sujet des <a href="/mon_weblog/2018/04/fifty-shades-of-fake.html" rel="noopener" target="_blank">Fake News</a> et plus récemment des <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/09/hotel-du-temps.html" rel="noopener" target="_blank">Deep Fakes</a>, la plupart du temps pour s&#39;alarmer &#8211; en partie à raison &#8211; de la menace qu&#39;ils et elles font peser sur les heuristiques de preuve, c&#39;est à dire sur la manière dont il est possible de s&#39;accorder sur la véracité ou la sincérité de discours, de récits, de faits et d&#39;événements. <em>A fortiori</em> dans des temps de guerre, de conflit, de catastrophe ou d&#39;élection, bref dans des temps où les questions d&#39;information ou de désinformation deviennent davantage stratégiques et déterminantes. L&#39;invasion de l&#39;Ukraine ne fait pas non plus exception à cette règle mais une vidéo sort particulièrement du lot.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Le 11 Mars 2022, le parlement Ukrainien a diffusé sur Twitter la vidéo &quot;fake&quot; des bombardements et explosions que vivent actuellement les Ukrainiens, mais en changeant le décor et <a href="https://twitter.com/ua_parliament/status/1502402021386858504" rel="noopener" target="_blank">en visualisant non plus Kyiv ou Odessa mais Paris sous les bombes</a>. L&#39;effet est absolument saisissant.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1491d2c200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-13 à 11.24.32" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e1491d2c200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1491d2c200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-13 à 11.24.32" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Et la vidéo se termine par ce message en 4 temps sur fond noir :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Imaginez que cela se produise dans une autre capitale européenne.&#0160;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Nous nous battrons jusqu&#39;au bout. Donnez-nous une chance de vivre.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Fermez l&#39;espace aérien de l&#39;Ukraine, ou donnez-nous des avions de chasse.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Si nous tombons, vous tombez. </em><em>Président V. Zelensky.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">On peut produire des &quot;Fake News&quot; pour informer. On peut utiliser des &quot;Deep Fake&quot; et des trucages pour interpeller l&#39;opinion. D&#39;autres guerres avant celle-ci ont eu recours à ces outils et armes de propagande. Mais jamais l&#39;effet de proximité ne fut aussi saisissant.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #ff0000;">[Edit du 14 Mars]</span></strong> Le journal <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/03/14/le-realisateur-des-images-virales-de-paris-sous-les-bombes-revendique-un-film-d-anticipation-pas-de-propagande_6117453_4408996.html" rel="noopener" target="_blank">Le Monde publie un entretien avec le réalisateur de cette vidéo</a>. <span style="color: #ff0000;"><strong>[/Edit]</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Cette artificialité de la guerre sur un terrain où elle n&#39;a pas lieu permet aussi de documenter dans l&#39;opinion la réalité de la &quot;dynamique&quot; d&#39;une guerre sur son propre sol, là où les images et vidéos amateur, là où les reportages et photographies de presse décrivent un ailleurs que l&#39;on a envie d&#39;aider et de soutenir, avec lequel on veut continuer de s&#39;émouvoir, mais qui même aux portes de l&#39;Europe, ne renvoie qu&#39;imparfaitement au sentiment d&#39;urgence qui vous saisit lorsqu&#39;il faut fuir une explosion, à la recherche désespérée d&#39;un abri, à la peur et au besoin qui vous fracture littéralement en deux et qui est à la fois celui de <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/13/ukraine-la-vie-sous-terre_6117365_3210.html?utm_term=Autofeed&amp;utm_medium=Social&amp;utm_source=Twitter#Echobox=1647201827" rel="noopener" target="_blank">se terrer</a> et celui de s&#39;enfuir**.</p>
<p style="text-align: justify;">[** sans que cela n&#39;ait, bien sûr, absolument rien de comparable avec ce que vivent les Ukrainiens et Ukrainiennes, mais simplement pour expliquer la phrase précédente et ce qui fait que je m&#39;autorise à l&#39;écrire, j&#39;ai ressenti &quot;dans ma chair&quot; cette urgence lorsqu&#39;un 21 septembre 2001 j&#39;ai vécu de très très près l&#39;explosion de l&#39;usine AZF à Toulouse et me suis mis à fuir à la recherche d&#39;un abri avec mon fils âgé de quelques mois et sa maman.]</p>
<p style="text-align: justify;">La vidéo du parlement Ukrainien n&#39;est en rien une forme de preuve, elle n&#39;est qu&#39;une action de communication. Mais à sa manière et avec sa fonction qui est d&#39;interpeller les opinions européennes, elle documente aussi quelque chose. Et la capacité de documenter les faits de guerre est un essentiel.</p>
<h2 style="text-align: right;">Documenter la guerre.</h2>
<p style="text-align: justify;">Si tu veux la paix prépare la guerre. <em>&quot;Si vis pacem para bellum&quot;</em>. Et si tu veux la justice, documente la guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour les guerres et conflits précédents du 20ème siècle, précédant l&#39;arrivée des moyens contemporains de communication que sont l&#39;internet et les smartphones, les seules preuves documentaires des barbaries passées sont celles des archives civiles et militaires, que les états n&#39;ouvrent que très précautionneusement. Si la guerre du Vietnam fut la première guerre télévisée, la première guerre du Golfe fut <a href="https://journals.openedition.org/chrhc/1708" rel="noopener" target="_blank">la première guerre télévisée où le média devenait partie prenante de la stratégie militaire</a>. Ces archives, ces documents, ces films, ces registres, sont déterminants. Sans ces archives et sans ces preuves, la Shoah bien sûr mais aussi le Vietnam, l&#39;Indochine, l&#39;Algérie et tant d&#39;autres guerres, tant d&#39;autres barbaries ne pourraient aujourd&#39;hui ni être jugées, ni être comprises. Et aucun de leurs auteurs n&#39;aurait pu être condamné.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alors il faut documenter la guerre</strong>. Et on pourrait croire qu&#39;internet et les smartphones rendent cette documentation bien plus facile et naturelle qu&#39;elle ne le fut jamais auparavant dans l&#39;histoire. C&#39;est une erreur. Parce que, et mes articles précédents en rendent compte, Internet et le web sont des infrastructures physiques qui au même titre qu&#39;un pont ou qu&#39;une route peuvent être soudainement coupés.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il est vrai que la guerre en Ukraine, malgré les difficultés de connexion, est l&#39;une des plus documentées ; et qu&#39;elle l&#39;est de manière inédite, au travers des outils, sites et applications dans lesquels chacun filme et se filme. Du président Zelinsky aux citoyens anonymes, de TikTok à Instagram, de Telegram à Signal en passant par Youtube, les documents et les témoignages s&#39;accumulent. Et l&#39;on a l&#39;impression, en partie réelle, que le travail de documentation est déjà là. Déjà fait. Ce serait pourtant une erreur de le croire suffisant, ou même déjà terminé, déjà acté.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Une erreur parce que <strong>tout ce qui est aujourd&#39;hui présent et que l&#39;on pense rémanent sur ces plateformes, peut en disparaître demain</strong>. A l&#39;initiative des citoyennes et citoyens qui l&#39;y ont posté et publié ou à l&#39;initiative des états qui ne souhaitent plus l&#39;y voir. Et bien sûr à l&#39;initiative des plateformes elles-mêmes qui peuvent invoquer plusieurs raisons à ces disparitions : la violence des images, le doute sur l&#39;origine, la &quot;réputation&quot; du compte émetteur qui peut à tout moment tomber sous le coup d&#39;un signalement, ou bien un choix politique, ou une règle éthique de modération.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le documentaire d&#39;utilité publique &quot;<a href="https://journals.openedition.org/com/9065" rel="noopener" target="_blank">The Cleaners : les nettoyeurs du web</a>&quot;, Nicole Wong, ancienne cadre de Google et de Twitter, raconte notamment comment Google a dû &quot;choisir&quot; de conserver ou de supprimer les vidéos de l&#39;exécution de Saddam Hussein en Irak. Et elle raconte qu&#39;elle a, en tant que responsable chez Google à l&#39;époque, choisi de garder une vidéo, parce qu&#39;elle présentait, selon elle, une valeur historique, patrimoniale, mais qu&#39;elle avait aussi choisi d&#39;en supprimer une autre, documentant le même fait historique (la mort par pendaison de Saddam Hussein), parce qu&#39;elle était trop &quot;violente&quot; (on y voyait notamment le corps du dictateur <em>après</em> son exécution). Par-delà sa décision, c&#39;est la sincérité de son doute qui touche le plus dans son témoignage. Aujourd&#39;hui encore, ce choix l&#39;accompagne. Aujourd&#39;hui encore elle n&#39;est pas sûr qu&#39;il ait été le bon.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Je soulignais <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">récemment</a>, toujours à propos de l&#39;invasion de l&#39;Ukraine, à quel point il était important que certains des témoignages des soldats russes faits prisonniers ou bien encore des captations <a href="https://archive.org/details/buran-opens-fire-on-residents-of-unknown-place-and-signal-jamming-with-ukraine-anthem" rel="noopener" target="_blank">d&#39;enregistrements de radios militaires russes soient conservés sur le site Internet Archive</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce même documentaire, &quot;<a href="https://journals.openedition.org/com/9065" rel="noopener" target="_blank">The Cleaners : les nettoyeurs du web</a>&quot;, qui devrait être diffusé dans l&#39;ensemble des lycées et des universités, on voit aussi tout le travail des ONG (il s&#39;agit dans le doc de <a href="https://airwars.org/" rel="noopener" target="_blank">l&#39;ONG Airwars</a>) qui sans relâche traquent et documentent en source ouverte tant qu&#39;elles y sont (OSINT) les preuves de crimes, d&#39;actes de guerre, ainsi que les témoignages de celles et ceux qui les vivent et les traversent, qui les documentent et qui en construisent une archive indépendante et à vocation publique et pérenne.</p>
<p style="text-align: justify;">Car toutes les documentations qui saturent aujourd&#39;hui nos écrans en provenance de médias sociaux demeurent fragiles, éphémères, volatiles. Elles sont, pour reprendre une formule oxymorique entendue il y a longtemps dans un colloque, un &quot;patrimoine du temporaire&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pourquoi l&#39;initiative de la procureure générale d&#39;Ukraine, de créer un <a href="https://warcrimes.gov.ua/" rel="noopener" target="_blank">site destiné à documenter les crimes de guerres russes (warcrimes.gov.ua)</a> dans le cadre de l&#39;enquête ouverte par la cour pénale internationale, est tout à fait déterminante et importante. <a href="https://twitter.com/VenediktovaIV/status/1501936267583365146" rel="noopener" target="_blank">Elle écrit sur Twitter</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Nous documentons et enquêtons sur chaque crime de guerre présumé, chaque fait de mort ou de blessure de civils, de bombardement d&#39;infrastructures civiles. Tous les procureurs et enquêteurs continuent d&#39;exercer leurs fonctions directement dans la zone des hostilités malgré le danger encouru.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le travail a déjà commencé et des journalistes partout dans le monde, assemblent sur la base de vidéos amateur, par exemple les preuves de l&#39;usage d&#39;armes à sous-munition dans des zones civiles, comme <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/09/guerre-en-ukraine-des-videos-analysees-par-le-monde-attestent-de-l-usage-d-armes-a-sous-munitions-en-zones-civiles_6116805_3210.html" rel="noopener" target="_blank">dans cette enquête publiée sur Le Monde</a>. Mais ce travail doit continuer.</p>
<p style="text-align: justify;">Et si le ciel au dessus de l&#39;Ukraine n&#39;est toujours pas fermé (&quot;Close The Sky&quot;), il va tout autrement de certains nuages : nombre d&#39;architectures dites &quot;Cloud&quot; sont <a href="https://twitter.com/Damien_Bancal/status/1502807149151412226" rel="noopener" target="_blank">en train de fermer leurs services pour les utilisateurs Russes et Biélorusses</a>.</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e363a200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-13 à 13.49.34" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9e363a200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9e363a200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-13 à 13.49.34" /></a>(copie d&#39;écran de la plateforme <a href="https://warcrimes.gov.ua/" rel="noopener" target="_blank">warcrimes.gov.ua</a> &#8211; Traduction automatique Google)</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut aussi, et ce n&#39;est pas anecdotique lorsque l&#39;on travaille en continu à documenter ces crimes de guerre en sources ouvertes, se préparer à la violence des images et des faits que l&#39;on va recueillir et sur lesquels on va enquêter. Le site de journalisme <a href="https://www.bellingcat.com/resources/how-tos/2018/10/18/prevent-identify-address-vicarious-trauma-conducting-open-source-investigations-middle-east/" rel="noopener" target="_blank">Bellingcat, publie d&#39;ailleurs une série de recommandations</a>, conseillant entre autres pour éviter ce qu&#39;ils qualifient de &quot;traumatisme secondaire&quot; (&#39;<em>second trauma</em>&#39;), de&#0160; désactiver le lancement automatique des vidéos, de couper le volume, de mettre la vidéo sur pause et de la faire défiler au curseur pour identifier les passages les plus violents, et d&#39;utiliser un traducteur automatique pour tous les titres, sous-titres et descriptifs de vidéos ou d&#39;images dans une langue que l&#39;on ne maîtrise pas avant que de les visionner.&#0160;&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Guerre d&#39;influence ou briefing d&#39;influenceurs ?</h2>
<p style="text-align: justify;">Dans la lignée de <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale.html" rel="noopener" target="_blank">l&#39;importance et la place particulière qu&#39;occupe aujourd&#39;hui TikTok dans la guerre</a>, comme source de témoignages, d&#39;informations mais aussi de propagande des états belligérants, on apprend dans le <a href="https://www.washingtonpost.com/technology/2022/03/11/tik-tok-ukraine-white-house/" rel="noopener" target="_blank">Washington Post que 30 influenceurs / influenceuses &quot;stars&quot; sur TikTok ont reçu des briefings de la Maison Blanche</a>. Rien de confidentiel bien sûr ou de &quot;secret défense&quot; dans ces briefings mais des éléments de langage et des clés de storytelling au sujet du conflit en cours, le tout en visioconférence Zoom &#8230;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Des membres du Conseil de sécurité nationale et le porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, ont informé les personnalités influentes des objectifs stratégiques des États-Unis dans la région et ont répondu aux questions sur la distribution de l&#39;aide aux Ukrainiens, la collaboration avec l&#39;OTAN et la réaction des États-Unis en cas d&#39;utilisation d&#39;armes nucléaires par la Russie.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Il y a plusieurs manières de voir cette information. On peut, en mode #OkBoomer, se désoler de cette TikTokisation de l&#39;information comme d&#39;autres boomers avant nous se désolaient de la Twitterisation de l&#39;information, de sa Youtubisation, de sa Googlisation, et bien avant encore, du fait qu&#39;elle soit &#8230; télévisée. Mais par-delà ces condamnations absurdes du canal, le problème qui se pose, si problème il y a, c&#39;est d&#39;abord celui du messager.</p>
<p style="text-align: justify;">Les influenceurs ne sont pas un tout homogène. Pour rester dans le périmètre français, Hugo décrypte n&#39;est pas Nabilla. Et que le premier soit invité à des briefs ne me pose ni question ni problème. Le cas est évidemment différents dans le cas de la seconde. Les réseaux sociaux &quot;obligent&quot; ou en tout cas contraignent fortement les logiques politiques à traiter les audiences des médias sociaux comme des entités homogènes et équivalentes en masse, et à investir les messagers du même pouvoir de prescription.&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Le briefing était dirigé par Matt Miller, conseiller spécial pour les communications au Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, et par Psaki. Le Washington Post a obtenu un enregistrement de l&#39;appel, et dans celui-ci, les responsables de la Maison Blanche ont souligné le pouvoir qu&#39;avaient ces créateurs de communiquer avec leurs adeptes. &quot;Nous reconnaissons qu&#39;il s&#39;agit d&#39;un moyen d&#39;une importance capitale dans la façon dont le public américain s&#39;informe des dernières nouvelles&quot;, a déclaré le directeur de la stratégie numérique de la Maison Blanche, Rob Flaherty, &quot;nous voulions donc nous assurer que vous disposiez des dernières informations provenant d&#39;une source faisant autorité.</em>&quot; (<a href="https://www.washingtonpost.com/technology/2022/03/11/tik-tok-ukraine-white-house/" rel="noopener" target="_blank">Washington Post</a>)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La question c&#39;est de savoir qui sont les 30 élu.e.s et sur quels critères l&#39;ont-ils été. L&#39;autre question &#8211; et elle ne relève pas cette fois de la responsabilité politique du pouvoir &#8211; c&#39;est de mesurer et d&#39;analyser ce que ces 30 là feront de l&#39;information qui leur a été délivrée ; comment la répercuteront-ils ? Comment rendront-ils compte de ce &quot;placement de produit&quot; d&#39;un nouveau genre ? Quelle distance sont-ils capable de prendre par rapport à ces briefs ? Le <a href="https://www.washingtonpost.com/technology/2022/03/11/tik-tok-ukraine-white-house/" rel="noopener" target="_blank">Washington Post</a> rappelle d&#39;ailleurs que certains de ces TikTokers <a href="https://www.tiktok.com/@kahlilgreene/video/7073626333137390891?is_copy_url=1&amp;is_from_webapp=v1" rel="noopener" target="_blank">comme Khalil Greene</a> ont d&#39;ores et déjà :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>reproché à l&#39;administration Biden de ne pas &#39;reconnaître son rôle dans d&#39;autres occupations et invasions dans le monde&#39;</em> &quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et puis bien sûr il faut aussi distinguer ou en tout cas prendre acte de l&#39;évolution d&#39;un modèle dans lequel les états, tous les états, ont toujours utilisé les médias comme autant de relais d&#39;opinion mais où les messagers avaient dans l&#39;ensemble pour profession et comme formation de savoir comment traiter l&#39;information, et un monde dans lequel lequel ce sont d&#39;autres arbitrages discursifs qui se construisent sur des audiences certes massives mais profondément volatiles et changeantes, et où les messagers n&#39;ont plus ni pour fonction ni pour ambition d&#39;informer mais essentiellement de divertir. Et de garder aussi présent à l&#39;esprit que <a href="/mon_weblog/2016/11/un-algorithme-est-un-editorialiste-comme-les-autres.html" rel="noopener" target="_blank">si les processus d&#39;éditorialisation sont toujours présents et même renforcés</a>, ils sont aussi beaucoup plus obscurs, beaucoup moins auditables dans l&#39;espace public, et immensément plus dépendants d&#39;artefacts techniques que l&#39;on appelle &quot;algorithmes&quot; mais qui demeurent fondamentalement les décisions de quelqu&#39;un d&#39;autre.&#0160;&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour parler d&#39;expérience et de ce que je connais le mieux (c&#39;est à dire moi-même), en France, en 2007 déjà, une ministre de l&#39;enseignement supérieur et de la recherche actuellement candidate aux présidentielles, <a href="/mon_weblog/2007/11/invit-chez-valr.html" rel="noopener" target="_blank">invitait à dîner des &quot;blogueurs influents&quot;</a>. 16 ans plus tard c&#39;est <a href="https://www.franceinter.fr/societe/sans-filtre-l-emission-de-gabriel-attal-avec-des-influenceurs-agace-les-etudiants" rel="noopener" target="_blank">Gabriel Attal</a> (pour parler de détresse étudiante) et <a href="https://www.melty.fr/societe/marlene-schiappa-invite-des-influenceuses-au-ministere-les-videos-font-polemique-7243.html" rel="noopener" target="_blank">Marlène Schiappa</a> (pour parler des violences faites aux femmes) qui chacun dans leur style particulier, jouaient du même ressort de l&#39;influence bon teint pour disséminer des éléments de langage visant à tresser les louanges de leur gouvernement. Avec au final le même sentiment de naufrage total.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>TikTok est un média de masse</strong>. Avec ses propres codes, avec une audience très segmentée et très particulière, mais un média de masse. L&#39;envisager comme autre chose serait simplement une erreur, et en temps de guerre, possiblement une faute. La question n&#39;est donc pas de savoir s&#39;il faut y aller ou pas. Il faut y aller. La question est celle du &quot;cadre&quot; et celle de la &quot;distance&quot;. Là où la stratégie de la Maison Blanche semble légitime parce que transparente et fortement contextualisée, celle d&#39;Attal et de Schiappa accumule l&#39;ensemble des dérives d&#39;une communication qui prétend se mettre &quot;au même niveau&quot; d&#39;un écosystème dans lequel elle n&#39;a aucune histoire ou repère susceptible d&#39;y légitimer sa présence et que dès lors elle &quot;envahit&quot; bien plus qu&#39;elle ne &quot;l&#39;investit&quot;.&#0160;&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Entre le téléviseur et le réfrigérateur.</h2>
<p style="text-align: justify;">Pour Boris Akounine, écrivain russe en exil, la guerre en Russie se jouera, &quot;<a href="https://www.lepoint.fr/monde/akounine-la-bataille-en-russie-va-se-jouer-entre-le-televiseur-et-le-refrigerateur-07-03-2022-2467203_24.php" rel="noopener" target="_blank">entre le téléviseur et le réfrigérateur.</a>&quot; Le téléviseur pour le rôle central que joue la propagande d&#39;état Russe. Et le réfrigérateur car chaque russe y mesure et va continuer d&#39;y mesurer chaque jour le prix à payer des sanctions et des restrictions internationales.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Entre le téléviseur et le réfrigérateur, il est aussi cet espace médian, bien sûr moins central que les deux autres, mais qui peut aussi jouer son rôle pour que la pièce tombe d&#39;un côté ou de l&#39;autre. Entre le téléviseur et le réfrigérateur, il y a, parfois, le navigateur. Ou ce qui en tient lieu.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Au revoir les enfants.</h2>
<p style="text-align: justify;">Déjà au moins 70 enfants ont été tués en Ukraine. Probablement beaucoup plus. Ils n&#39;ouvriront jamais de compte TikTok. Ne deviendront jamais influenceurs. Partout dans cette guerre ils et elles sont victimes. Et partout les images sont terribles. Je vous ai déjà parlé <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale.html" rel="noopener" target="_blank">d&#39;Amélia, reine des neiges et des bunkers et de cette petite fille dans les bras d&#39;un soldat</a>. Depuis et chaque jour d&#39;autres images s&#39;imposent, s&#39;impriment, d&#39;enfants entassés dans des véhicules sur le départ avec parfois un parent ou un grand-parent, et si souvent si seuls. D&#39;enfants encore intubés, blessés, amputés, et même là encore à l&#39;hôpital ne trouvant d&#39;autre repos que celui de nouveaux bombardements incessants. Il ya a aussi ces témoignages qui tournent en boucle, ce père qui serre l&#39;un de ses fils et qui blague avec lui et qui ne lui a pas encore annoncé la mort de son grand frère. D&#39;autres qui sourient aussi, arrivés en Pologne avec un numéro de téléphone écrit sur le bras et qui vont y trouver une autre lointaine famille et un peu de repos.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis <a href="https://twitter.com/IlyaYashin/status/1501113102489853952" rel="noopener" target="_blank">il y a la vidéo de ce petit bonhomme</a> que l&#39;on ne connaît pas, seul sur une route d&#39;exil avec pour uniques bagages un sac plastique et ses larmes, qui titube plus qu&#39;il ne marche, et qui pleure. Et qui pleure. Et qui pleure.&#0160;&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef027880707c54200d-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-13 à 17.48.52" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef027880707c54200d img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef027880707c54200d-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-13 à 17.48.52" /></a></p>
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		<item>
		<title>Il faut tuer Vladimir Poutine. (Para Bellum Numericum, épisode 4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Mar 2022 11:13:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Moteurs et autres engins]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
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					<description><![CDATA[Cet article est la suite de ceux déjà parus le 28 février 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle&#34;,&#0160; le 3 mars 2022, &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)&#34; et le 8 Mars 2022, &#34;La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3).&#34; Il continue [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: right;"><em><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>et article est la suite de ceux déjà parus </em><em>le 28 février 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle</a>&quot;,&#0160; le 3 mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)</a>&quot; et le 8 Mars 2022, &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale.html" rel="noopener" target="_blank">La guerre sur TikTok : une tragédie musicale (Para Bellum épisode 3).</a>&quot; Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe.</em><br />_______________________________________________________________________________</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre de la langue et des discours.</h2>
<p style="text-align: justify;">La guerre c&#39;est bien sûr finalement celle des mots et de la langue. Il y faut, et celle d&#39;Ukraine n&#39;y échappe pas, une déclaration de guerre. Il y faut ensuite les rhétoriques constantes de menace (nucléaire), de propagande et de désinformation, que j&#39;ai déjà évoquées en ce lieu.</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre des lettres et des signes.</h2>
<p style="text-align: justify;">Il y a la langue dans sa graphie et sa prononciation et dans ce que cette graphie ou cette prononciation dit de l&#39;origine d&#39;un peuple, d&#39;une nation, d&#39;un pays, ou d&#39;une région. Si l&#39;on est ukrainien ou que l&#39;on condamne l&#39;invasion russe, dire et écrire &quot;Kyiv&quot; et non &quot;Kiev&quot; car &quot;Kiev&quot; est plus proche de la graphie russe et qu&#39;il n&#39;est pas ici uniquement question de translittération.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>On pourrait penser que ce toponyme s’écrit de la même façon dans la langue russe et dans la langue ukrainienne, et que seule la prononciation change dans ces deux langues très voisines. Mais il y a bien, à l’intérieur de l’alphabet cyrillique, une différence d’orthographe, un nom russe et un nom ukrainien. D’où, nos transcriptions en Kiev ou Kyiv.</em></p>
<p class="paragraph" style="text-align: justify;"><em>Il y a donc bien une dimension radicalement politique dans ce changement, puisque, en disant Kyiv, on choisit désormais le nom qu’a cette ville dans son pays et dans la langue parlée par les locuteurs ukrainiens. Comme, dans ce cas précis, les deux noms se ressemblent, on a l’impression qu’il s’agit d’une modification mineure, alors qu’il s’agit de deux graphies différentes, raison pour laquelle j’y vois un changement radical, auquel je ne trouve pas vraiment de précédent. Cela n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’ont fait de nombreux pays africains, lorsqu’ils ont choisi d’abandonner les noms imposés par les pays colonisateurs. Là, en Ukraine, les deux noms préexistaient, et nous, Occidentaux, avions de longue date choisi le nom russe, du fait de la longue histoire impériale de la Russie.</em>&quot; (<a href="https://www.telerama.fr/debats-reportages/kyiv-ou-kiev-de-la-force-politique-des-noms-7009136.php" rel="noopener" target="_blank">Jean-François Allain dans Télérama</a>)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Signe_linguistique" rel="noopener" target="_blank">la langue n&#39;est faite que de signes</a>, alors il y a aussi la guerre des signes. Ceux des panneaux de signalisation, et des mots, écrits dessus, que les ukrainiens changent à destination de l&#39;envahisseur russe. Et qui sont la trace, la marque des in-<em>signes</em> civils. Ici on peut lire &quot;Allez en enfer&quot;, ici ce sera uniquement la direction du retour vers la Russie qui sera marquée, et puis ici encore, la destination de La Haye &#8230; le siège du tribunal pénal international.&#0160;</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e148dff7200b-pi"><img decoding="async" alt="275015451_10160725783139411_5882395967742690168_n" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e148dff7200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e148dff7200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="275015451_10160725783139411_5882395967742690168_n" /></a>Pour l&#39;armée Russe en Ukraine, tous les chemins mènent à La Haye.</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre des accents.</h2>
<p style="text-align: justify;">Ou plus exactement les accents comme arme de guerre. L&#39;accent qui permet de déceler les russes tentant de s&#39;infiltrer, d&#39;espionner, de saboter en se faisant passer pour des ukrainiens.&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Pour démasquer un &quot;infiltré&quot; russe, les habitants de Kiev usent d&#39;une technique : faire prononcer le mot &quot;palyanytsa&quot;. Une voyelle trop appuyée, c&#39;est fini. En russe, c&#39;est une fraise. En ukrainien, c&#39;est un pain traditionnel.</em>&quot; raconte <a href="https://twitter.com/afpfr/status/1499837088031657985" rel="noopener" target="_blank">Daphné Rousseau pour l&#39;AFP</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La fraise ou le pain. Un accent pour ôter une vie ou la rendre captive. Pour en protéger d&#39;autres. Dans &quot;<a href="https://www.psychaanalyse.com/pdf/LE%20MONOLINGUISME%20DE%20L%20AUTRE%20-%20BIBLIO%20JACQUES%20DERRIDA%20(138%20pages%20-%20410%20ko).pdf" rel="noopener" target="_blank">Le monolinguisme de l&#39;autre</a>&quot; Jacques Derrida expliquait à propos de son propre accent qu&#39;il se sentait &quot;<em>pris en flagrant délit de soi-même.</em>&quot; Palyanytsa. La fraise ou le pain.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ff0000;"><strong>[Edit de 13h18]</strong></span> Une collègue russophone et docteure en sciences du langage, <a href="https://twitter.com/VictoriaNikole4/status/1502253492408393735" rel="noopener" target="_blank">Victoria Nikolenko, me corrige et précise via Twitter</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;Non, c&#39;est une propagandiste russe [Olga] Skabeeva qui a induit tout le monde en erreur, et ses bêtises sont reproduites par tous les médias. </em><em>Palianytsa (паляниця) &#8211; ukr. pain, en russe le mot n&#39;existe pas. </em><em>Fraise: ukr. polunytsia (полуниця), en russe klubnika (клубника)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C&#39;est pas que les russes confondent &#39;pain&#39; et &#39;fraise&#39;, c&#39;est juste qu&#39;ils prononcent tous les mots ukrainiens avec un accent très reconnaissable. Palianytsia est déjà un mème, mais il y en a plein d&#39;autres de ce genre, inventer les phrases-test est devenu presque un jeu.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Reste donc la question de l&#39;accent très reconnaissable et la phrase de Derrida. La fraise et le pain appartenant, je m&#39;en excuse, aux légendes urbaines.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Il faut tuer Vladimir Poutine.</h2>
<p style="text-align: justify;">Et puis on a donc appris hier soir via une dépêche Reuters, que <a href="https://www.reuters.com/world/europe/exclusive-facebook-instagram-temporarily-allow-calls-violence-against-russians-2022-03-10/" rel="noopener" target="_blank">Facebook autorisait temporairement les publications appelant à la violence contre les Russes et à la mort de Poutine</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;Il devient autorisé, pour les utilisateurs de Facebook et Instagram de certains pays à appeler à la violence contre les Russes et les soldats russes dans le contexte de l&#39;invasion de l&#39;Ukraine, selon des courriels internes vus par Reuters jeudi, dans un changement temporaire de sa politique de discours de haine.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La société de médias sociaux autorise également temporairement certains posts appelant à la mort du président russe Vladimir Poutine ou du président biélorusse Alexandre Loukachenko dans des pays comme la Russie, l&#39;Ukraine et la Pologne, selon une série de courriels internes adressés à ses modérateurs de contenu.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ces appels à la mort des dirigeants seront autorisés à moins qu&#39;ils ne contiennent d&#39;autres cibles ou qu&#39;ils présentent deux indicateurs de crédibilité, tels que le lieu ou la méthode, indique un courriel, dans le cadre d&#39;une modification récente des règles de l&#39;entreprise en matière de violence et d&#39;incitation.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les e-mails indiquent que les appels à la violence contre les Russes sont autorisés lorsque le message parle clairement de l&#39;invasion de l&#39;Ukraine. Ils indiquent que les appels à la violence contre les soldats russes sont autorisés parce que le site est utilisé comme une procuration (&quot;as a proxy&quot;) pour l&#39;armée russe, et précisent que cela ne s&#39;applique pas aux prisonniers de guerre.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est présenté comme une exception (nous verrons ensuite qu&#39;elle est très relative) ne s&#39;appliquerait, <a href="https://www.reuters.com/world/europe/exclusive-facebook-instagram-temporarily-allow-calls-violence-against-russians-2022-03-10/" rel="noopener" target="_blank">toujours selon les informations consultées par Reuters</a>, que pour les pays suivants :&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Latvia, Lithuania, Estonia, Poland, Slovakia, Hungary, Romania, Russia and Ukraine.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup d&#39;observateurs semblent s&#39;étonner de ce qui est en fait documenté depuis déjà longtemps et <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/03/mort-figurative.html" rel="noopener" target="_blank">dont je vous parlais en mars 2021</a> suite à une enquête du <a href="https://www.theguardian.com/technology/2021/mar/23/facebook-guidelines-allow-for-users-to-call-for-death-of-public-figures" rel="noopener" target="_blank">Guardian qui s&#39;était procuré des documents internes sur la politique de modération de la firme</a>, documents dans lesquels on apprenait (ou avait confirmation) notamment les choses suivantes :&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>il [est] possible et acceptable d&#39;appeler à la mort de personnalités, dans la mesure où il s&#39;agit de personnalités &quot;publiques&quot; et dans la mesure où leur compte n&#39;est pas explicitement identifié (tagué)</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p>Et que les critères pour définir si un compte est celui d&#39;une personnalité publique sont très larges et très &quot;ouverts&quot; ;&#0160;</p>
<blockquote>
<p><em>&quot;En plus des politiciens, stars de la chanson ou sportifs, l’entreprise inclut dans cette catégorie tous les journalistes s’exprimant publiquement ou les internautes ayant plus de 100K (100 000) abonnés sur l’un des principaux réseaux sociaux. </em></p>
</blockquote>
<p>Autre critère plus &quot;inattendu&quot; :</p>
<blockquote>
<p><em>&quot;avoir été mentionnée dans le titre, le sous-titre ou la prévisualisation de cinq articles de presse ou plus dans les deux dernières années.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Pour le reste (et le reste est important &#8230;) je vous renvoie à ce que j&#39;écrivais et analysais dans l&#39;article &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/03/mort-figurative.html" rel="noopener" target="_blank">La mort figurative vous va si bien</a>&quot;.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut donc souhaiter, sur Facebook et Instagram, dans les pays en guerre ou à proximité, la mort de Poutine ou celle de Loukatchenko. On peut aussi y appeler à la violence contre les soldats russes.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Facebook (enfin Méta) n&#39;a &#8211; bien sûr &#8211; pas communiqué pour l&#39;instant officiellement sur ces points. Il se contente de mettre à jour (en date du 8 mars) la page de son <a href="https://about.fb.com/news/2022/02/metas-ongoing-efforts-regarding-russias-invasion-of-ukraine/" rel="noopener" target="_blank">communiqué de presse listant les actions prises dans le cadre de l&#39;invasion de l&#39;Ukraine</a> : collectes de fonds facilitées, ressources en santé mentale via leur &quot;<a href="https://www.facebook.com/emotional_health/" rel="noopener" target="_blank">emotional health center</a>&quot; (sic), sécurisation facilitée des comptes Instagram mais absolument rien sur la &quot;gestion&quot; et la modération des appels au meurtre.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Faire l&#39;éloge des nazis.</h2>
<p style="text-align: justify;">Il est un point de la dépêche de Reuters qui, à mon avis, pose un problème bien plus grand que celui de souhaiter publiquement la mort de Poutine. Et ce point concerne le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9giment_Azov" rel="noopener" target="_blank">régiment néo-nazi Azov</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p><em>&quot;Des courriels ont également montré que Meta autoriserait les éloges du bataillon d&#39;extrême droite (sic) Azov, ce qui est normalement interdit, dans un changement rapporté pour la première fois par The Intercept.</em></p>
<p><em>Le porte-parole de Meta, Joe Osborne, avait précédemment déclaré que l&#39;entreprise faisait &quot;pour l&#39;instant une exception étroite pour les éloges du régiment Azov, strictement dans le contexte de la défense de l&#39;Ukraine, ou dans leur rôle en tant que partie de la Garde nationale ukrainienne.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Dans le cadre de ce qui est, déjà, la <a href="/mon_weblog/2018/10/lutter-contre-la-haine-sur-le-web.html" rel="noopener" target="_blank">très longue et très problématique histoire de la modération des discours de haine sur les plateformes</a>, c&#39;est une chose que d&#39;autoriser les appels au meurtre de personnalités publiques, cela en est une autre que de basculer dans une régime discursif où il devient possible de faire l&#39;éloge d&#39;un régiment néo-nazi. Cela pose en tout cas &#8230; un tout autre problème et constitue, de facto, une rupture claire et nette avec la doctrine officielle dont se prévalait jusqu&#39;ici en Europe (puisqu&#39;aux Etats-Unis, le racisme, l&#39;antisémitisme et le nazisme ne sont pas des délits mais des opinions).</p>
<p style="text-align: justify;">S&#39;il faut ici proposer des éléments d&#39;analyse (<a href="/mon_weblog/2018/10/lutter-contre-la-haine-sur-le-web.html" rel="noopener" target="_blank">par-delà tout ce que j&#39;écris et documente déjà depuis des années sur le sujet</a>), alors les voici. Lorsque la langue est devenue une ressource capitalistique comme une autre, lorsqu&#39;elle est devenue avant tout un marché et que les plateformes (moteurs de recherche d&#39;abord, réseaux et médias sociaux ensuite) sont venus <a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/KAPLAN/46925" rel="noopener" target="_blank">l&#39;extraire, la raffiner et en organiser la spéculation à leur seul profit</a> et à leur seule discrétion, notre monde, la part commune de notre monde et de nos existences, a définitivement basculé dans &#8230; autre chose. Un &quot;autre chose&quot; qui fait, s&#39;il fallait le résumer d&#39;une seule formule, que &quot;<a href="https://www.ted.com/talks/zeynep_tufekci_we_re_building_a_dystopia_just_to_make_people_click_on_ads" rel="noopener" target="_blank">nous construisons une dystopie juste pour amener les gens à cliquer sur des publicités</a>.&quot;&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Et lorsque dans ce monde là une guerre arrive, attendue ou non, alors au même titre que les ressources qui sont à la fois l&#39;enjeu et l&#39;emprise des belligérants, alors au même titre que le pétrole, au même titre que le gaz, alors la langue elle-même devient l&#39;objet de régulations privées potentiellement meurtrières. Régulations discrétionnaires, opaques, qui aliènent notre capacité linguistique fondamentale, au moins dans le cadre expressif de ces continents discursifs et expressifs qui l&#39;on nomme Instagram, Facebook, Google et tous les autres.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Et il n&#39;est aujourd&#39;hui plus grand chose d&#39;autre à y faire que de documenter sans relâche ces effets pour en garder le seul contrôle possible : celui d&#39;une vigilance critique de chaque instant. D&#39;une attention déterminante, vitale, à tout ce que l&#39;on peut y dire comme à tout ce qui s&#39;y tait.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Car par-delà la guerre et selon son issue, que deviendront les traces résiduelles de ces posts, de ces appels au meurtre, de ces éloges d&#39;un bataillon néonazi ? Et les gens qui ont produit ces discours ? Et celles et ceux qui les ont aimé, partagé, fait circuler ? Quelle est la responsabilité d&#39;une société qui dit vouloir être traitée comme &quot;<a href="https://www.reuters.com/article/us-germany-security-facebook-idUSKBN2090MA" rel="noopener" target="_blank"><em>quelque chose entre un titre de presse et un opérateur télécom</em></a>&quot; ?&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a, dans cette affaire, beaucoup plus de questions ouvertes que de réponses disponibles. Quelle est par exemple, pour Facebook, la nature réelle du problème ou de la situation que ce faisant il prétend régler ? S&#39;agit-il de laisser s&#39;exprimer une colère légitime ? Qu&#39;adviendrait-il, du point de vue de la firme, s&#39;il ne le permettait pas ? Quelles retombées médiatiques, politiques, économiques craint-il le plus ? Le fait-il de manière proactive ou est-ce le résultat d&#39;une observation d&#39;effets de modération qu&#39;il devenait incapables de gérer autrement qu&#39;en autorisant aujourd&#39;hui ce qui était interdit hier ? A quelle logique et à quelles pressions choisit-il de se soumettre ou de résister ? Quelle temporalité réelle fixe-t-il à ces mesures discrétionnaires qu&#39;il prétend être autant de mesures &quot;d&#39;exception&quot; mais qui résultent d&#39;une fuite de documents internes qui n&#39;avaient jamais vocation à se trouver dans l&#39;espace public délibératif de nos démocraties ? Quelle est, dans cette décision &quot;secrète&quot;, s&#39;il en est une, la part assumée de Soft Power ? Ces décisions auraient-elles été prises de la même manière par une société américaine si l&#39;agresseur n&#39;était pas russe ?&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">&quot;Facebook m&#39;a tué.&quot; Signé : Poutine.</h2>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelques mois de cela en pleine pandémie de Covid, à propos de sa gestion des discours antivax, Joe Biden déclarait au sujet de Facebook : &quot;<a href="https://www.theguardian.com/media/2021/jul/17/theyre-killing-people-biden-slams-facebook-for-covid-misinformation" rel="noopener" target="_blank">They&#39;re killing people</a>&quot;. Oui. Facebook tue des gens. Oui des gens sont morts en refusant de se faire vacciner ou même parfois soigner et oui la responsabilité de Facebook en tant que média est (ou devrait être) engagée. Oui déjà dans tant d&#39;autres guerres cette responsabilité le fut : en Birmanie par exemple, contre les Rohingyas, oui Facebook a délibérément laissé se propager des discours génocidaires qui ont produit des effets ; et oui Facebook l&#39;a fait par négligence en délaissant la modération de certaines langues, de certains pays. Même chose concernant les Ouïghours. Et ce ne sont là que les exemples les plus médiatisés.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que Facebook et le capitalisme linguistique font à la langue, aux langues, c&#39;est d&#39;y ajouter des frontières qui n&#39;ont plus rien à voir avec l&#39;histoire des populations ou avec les apports et les croisements linguistiques qui font et fondent la Babel planétaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que Facebook et les autres plateformes font au langage, c&#39;est d&#39;y ajouter une frontière expressive totalement artificielle, une barrière discursive totalement discrétionnaire, dont ils sont les seuls douaniers, et dont ils exploitent à chaque instant des droits de douane dont le cours varie plus vite que celui du baril de pétrole, à la seule discrétion des douaniers eux-mêmes.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre, les guerres, toutes les guerres commencent et se terminent toujours par des mots, et la valeur de ces mots n&#39;est ce qu&#39;elle est, pour les déclencher ou pour y mettre fin, que parce qu&#39;eux et leurs locuteurs n&#39;existent au moment où ils les prononcent dans rien d&#39;autre qu&#39;un espace politique et médiatique qui devient alors un espace <em>commun</em> de manière inédite, et pour un temps dont nul ne sait quand il pourra prendre fin.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un article précédent <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">j&#39;écrivais</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Il y a 10 ans de cela, déclarer la guerre sur Twitter était une anomalie. Aujourd&#39;hui et avec la guerre aux portes de l&#39;Europe en Ukraine, l&#39;anomalie serait d&#39;imaginer une guerre sans Twitter.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Lentement, inexorablement, derrière l&#39;annexion en cours de l&#39;Ukraine, sur un autre terrain d&#39;opération, se joue une authentique opération d&#39;annexion de la langue par des plateformes qui n&#39;y voient qu&#39;une ressource encombrante, une externalité pesante, qu&#39;elles régulent avec l&#39;intelligence d&#39;un rentier et qu&#39;elles administrent avec la délicatesse et la profondeur de champ d&#39;un producteur de porno gonzo.</p>
<p style="text-align: justify;">La langue a toujours été un objet et un enjeu politique. Fondamentalement. Essentiellement. Elle ne pourra jamais ni l&#39;être, ni le devenir, ni le rester, dans l&#39;enceinte de Facebook, d&#39;Instagram, de Google ou tout autre plateforme ou écosystème qui ne l&#39;envisagent et la traitent que comme un théâtre d&#39;ombres publicitaires.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je ne sais pas s&#39;il faut tuer Poutine.</strong> Mais je sais qu&#39;il faut imaginer, et qu&#39;il faut le faire dès maintenant, ce que donneraient les discours politiques en temps de guerre, notamment dans le domaine de la dissuasion nucléaire, s&#39;ils n&#39;avaient plus que pour seul espace d&#39;expression le cadre que leur offre Facebook, ses algorithmes, ses dynamiques de viralité et de visibilité, et ses algorithmes de modération.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est plus que probable, il est même, j&#39;en suis convaincu tout à fait certain, que l&#39;apocalypse aurait alors &#8230; déjà eu lieu. Parce qu&#39;une seconde avant qu&#39;elle ne se produise, elle aurait généré du clic.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef027880703ad3200d-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-11 à 12.07.12" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef027880703ad3200d img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef027880703ad3200d-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-11 à 12.07.12" /></a></p>
<p>&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ff0000;"><strong>[Edit 11 mars, 13h30]</strong></span> En réponse à ces révélations, le procureur général de Russie demande au Roskomnadzor (ministère des télécommunications et aussi de l&#39;information &#8230;) de considérer l&#39;ensemble du groupe Méta comme une organisation extrêmiste et de bannir Instagram de Russie (c&#39;est déjà le cas pour Facebook) :&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Le bureau du procureur général a envoyé une demande à Roskomnadzor pour restreindre l&#39;accès à Instagram après que Meta, propriétaire du réseau social, ait autorisé les utilisateurs à appeler à la violence contre l&#39;armée russe. Cela a été rapporté par le service de presse du département.</em></p>
<div class="article__block" data-type="text">
<div class="article__text"><em>&quot;Conformément à la loi fédérale &quot;sur la lutte contre les activités extrémistes&quot;, le bureau du procureur général de la Fédération de Russie a envoyé une demande au tribunal pour reconnaître Meta Platforms Inc. en tant qu&#39;organisation extrémiste et interdire ses activités sur le territoire de la Russie&quot;, a déclaré le dit le rapport.</em></div>
<div class="article__text">&#0160;</div>
<div class="article__text"><em>Le bureau du procureur général a également noté que sur Instagram, des appels à la participation des Russes &quot;à des émeutes accompagnées de violences&quot; apparaissent régulièrement.</em>&quot; (<a href="https://ria.ru/20220311/instagram-1777673047.html" rel="noopener" target="_blank">Source</a> &#8211; Traduction automatique Google Translate)</div>
</div>
</blockquote>
<h2 style="text-align: right;">Twitter lâche aussi les chiens.</h2>
<p style="text-align: justify;">Après qu&#39;un sénateur américain a tweeté pour <a href="https://twitter.com/LindseyGrahamSC/status/1499574209567199235?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1499574209567199235%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&amp;ref_url=https%3A%2F%2Fwww.thedailybeast.com%2Flindsey-graham-calls-for-the-assassination-of-vladimir-putin" rel="noopener" target="_blank">demander l&#39;assassinat de Poutine en termes allusifs mais explicites</a>, Twitter a laissé son message en ligne, contrairement à sa politique habituelle de modération sur les messages appelant à la haine envers des individus ou des communautés (et indépendamment du fait que la plateforme ait énormément de mal à l&#39;appliquer). En effet, et <a href="https://www.thedailybeast.com/cnns-new-boss-signals-for-truce-with-fox-news" rel="noopener" target="_blank">selon un memo obtenu par le Daily Beast</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Sur la base des directives de sécurité actuelles sur le conflit entre la Russie et l&#39;Ukraine, le contenu souhaitant, espérant ou appelant à des dommages graves contre les dirigeants du gouvernement russe, les chefs militaires, les soldats ou les combattants para-militaires ne donnera lieu à aucune action.</em>&quot;</p>
</blockquote>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>La guerre sur TikTok. Une tragédie musicale. (Para Bellum Numéricum : épisode 3)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Mar 2022 14:50:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Privacy]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
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					<description><![CDATA[Cet article est la suite de ceux parus le 28 février 2022 et intitulé &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle.&#34; et le 3 mars 2022 intitulé &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2).&#34; Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: right;"><em><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>et article est la suite de ceux parus le 28 février 2022 et intitulé &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle.</a>&quot; et le 3 mars 2022 intitulé &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum (épisode 2)</a>.&quot; Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe.</em><br />_______________________________________________________________________________</p>
<p style="text-align: justify;">A distance de la guerre, à distance des bombes, à distance des cris, à distance des corps frappés, déchiquetés, chacun cherche son image, son émotion, comme pour s&#39;ajuster au malheur du monde tout en parvenant à le maintenir à une distance suffisamment grande pour qu&#39;il ne nous effondre pas au-delà de la contemplation de ces images.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Et les images de la guerre en Ukraine sont nombreuses. On y trouve les photos des reporters présents sur place et qui deviennent eux-même la cible de l&#39;armée et des mercenaires Russes. Que faire d&#39;autre que saluer leur courage et rappeler qu&#39;au-delà de porter la plume dans la plaie, beaucoup rentreront avec autant de plaies.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Tragédie musicale.</h2>
<p style="text-align: justify;">Il y a les images et puis il y a les sons. A lire les récits des guerres et de leurs survivants, il n&#39;est que d&#39;alternance entre le fracas des bombes, les cris des blessés et des familles de ceux qui tombent, et le silence de l&#39;attente et de la peur. Mais à distance de la guerre en Ukraine nous entendons d&#39;autres sons. Nous entendons des musiques. Une tragédie musicale.</p>
<h2 style="text-align: right;">Reine des neiges et des bunkers.</h2>
<p style="text-align: justify;">Il y a la vidéo de cette enfant avec d&#39;autres recluse dans un Bunker, et qui chante un générique devenu une forme d&#39;universel, celui du dessin animé &quot;La reine des neiges&quot;. <a href="https://www.huffingtonpost.fr/entry/ukraine-le-liberee-delivree-de-cette-petite-fille-dans-un-abri-fait-le-tour-du-monde_fr_62266ba9e4b04a0545db03bc#:~:text=R%C3%A9fugi%C3%A9e%20dans%20un%20bunker%20de,%22la%20Reine%20des%20neiges%22.&amp;text=INTERNATIONAL%20%2D%20C&#39;est%20l&#39;,24%20f%C3%A9vrier%20par%20la%20Russie." rel="noopener" target="_blank">Elle s&#39;appelle Amelia</a>. Il faut regarder cette vidéo en entier. Parce que le téléphone qui la filme, va tourner tout autour d&#39;elle et nous montrer d&#39;autres visages d&#39;enfants, qui l&#39;écoutent, et leurs parents, ses compagnons de misère et de courage surtout.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette vidéo, au travers de ses reprises dans différentes plateformes, et de la presse qui désormais en parle, va culminer (elle y est déjà) à des millions de vues. Souvenons-nous de ce prénom, de ce visage et de ce chant. <a href="https://www.huffingtonpost.fr/entry/ukraine-le-liberee-delivree-de-cette-petite-fille-dans-un-abri-fait-le-tour-du-monde_fr_62266ba9e4b04a0545db03bc#:~:text=R%C3%A9fugi%C3%A9e%20dans%20un%20bunker%20de,%22la%20Reine%20des%20neiges%22.&amp;text=INTERNATIONAL%20%2D%20C&#39;est%20l&#39;,24%20f%C3%A9vrier%20par%20la%20Russie." rel="noopener" target="_blank">Elle s&#39;appelle Amelia</a>. Car comme dans toutes les guerres modernes, nous aurons des nouvelles d&#39;Amelia au sortir de ce conflit, elle est une image, une presqu&#39;icône, une incarnation, un filet de voix, elle est désormais bien malgré elle l&#39;un des fils narratifs de cette guerre. Nous aurons des nouvelles d&#39;Amelia. Peut-être seront-elles tragiques. Car cette enfant chante dans un bunker sous les bombes. Car c&#39;est une guerre. Car tant d&#39;autres enfants sont déjà tombés sous les bombes ou brisés sur les routes d&#39;un exil qui sera pour beaucoup sans retour. Alors nous pleurerons Amelia. Et sa tragédie musicale. Elle est pour l&#39;instant plus que toute autre la petite reine des neiges et des bunkers de Kiev.&#0160;</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9d60ef200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-08 à 08.28.02" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9d60ef200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9d60ef200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-08 à 08.28.02" /></a></p>
<p>&#0160;</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>[Mise à jour 21 Mars]</strong></span> <a href="https://www.liberation.fr/international/europe/amelia-7-ans-voix-liberee-delivree-de-la-resistance-de-lukraine-20220321_B52WQIK3B5ECTO54CZQGPLVP5E/" rel="noopener" target="_blank">Amelia a trouvé refuge en Pologne</a>. Elle chante désormais devant 10 000 personnes.</p>
<h2 style="text-align: right;">Luis Prima sous les bombes.</h2>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est une autre chanson. Au départ une vieille tarentelle italienne. Qui deviendra un best-seller mondial, repris notamment par <a href="https://www.youtube.com/watch?v=vnaGKtBtGe4" rel="noopener" target="_blank">Luis Prima en 1972</a>. Et qui trouve aussi sa place dans l&#39;une des scènes inaugurales du film <a href="https://www.youtube.com/watch?v=dlZ2cMw00Rs" rel="noopener" target="_blank">Le Parrain</a>, la même année. &quot;Che la Luna&quot;. Le rythme est entraînant, les paroles grivoises. Rien à voir avec la guerre. Cette chanson est aussi dans le Top 50 des suggestions de musique proposées par la plateforme TikTok.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1484aec200b-pi"></a> <a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0278806fa617200d-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-08 à 09.55.48" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0278806fa617200d img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0278806fa617200d-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-08 à 09.55.48" /></a><br />Voici la capture d&#39;écran du &quot;top&quot; de la guerre en Ukraine vu par TikTok. On y trouve 2 vidéo d&#39;une certaine &quot;Valerisssh&quot;. Valerisssh est une jeune femme ukrainienne. <a href="https://www.instagram.com/valerisssh/" rel="noopener" target="_blank">Photographe sur Instagram</a> elle documente son quotidien sur <a href="https://www.tiktok.com/@valerisssh" rel="noopener" target="_blank">son compte TikTok</a> et ses vidéos sont parmi les plus vues, les plus virales, culminant pour une d&#39;entre elle à presque 25 millions de vues. <a href="https://www.tiktok.com/@valerisssh/video/7071270332891483397" rel="noopener" target="_blank">Sur cette vidéo</a> on voit sa vie et celle de sa famille dans l&#39;abri où ils vivent. Et Luis Prima chante &quot;Che la Luna&quot;. Toutes les vidéos de Valerisssh sur TikTok qui traitent de la guerre qu&#39;elle vit sont &#8230; drôles, en tout cas semblent tellement légères par les expressions et les attitudes dans lesquelles Valerisssh choisit de se filmer. Et puis il y a ces musiques. Toutes les vidéos de Valerisssh sont bâties sur le rythme de musiques entraînantes. Toutes racontent pourtant la même histoire qui est celle d&#39;une tragédie. La même tragédie musicale.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Frank" rel="noopener" target="_blank">Anne Frank</a> aussi avait des joies. Anne Frank parlait à son amie Kitty. Valerisssh parle au monde entier en direct. Anne Frank si elle l&#39;avait pu, car elle en avait l&#39;âge, aurait probablement aussi été sur TikTok. Même si ces deux guerres et ces deux histoires n&#39;ont bien sûr que peu de choses à voir entre elles, il reste vertigineux de comprendre pourquoi toujours pour les témoins et les victimes de ces guerre, il importe autant de se cacher aux assauts et aux bombardements que de se dévoiler au monde et avec leurs vies, de documenter les horreurs d&#39;un conflit.</p>
<p style="text-align: justify;">Anne Frank avait son journal. Valerisssh a son compte TikTok.</p>
<p style="text-align: justify;">Une jeune femme. Un média. Une guerre. Leur histoire. <em>Notre</em> histoire.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1485579200b-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-08 à 14.07.35" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e1485579200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e1485579200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-08 à 14.07.35" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><em>Une jeune femme. Un média. Une guerre.&#0160;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans des années peut-être, comme l&#39;on étudie aujourd&#39;hui le journal d&#39;Anne Frank, on étudiera le journal TikTok de Valerisssh, ou de tant d&#39;autres comme elle. Savoir comment les conserver et à quel prisme les lire, savoir comment ils s&#39;articulent aux autres récits et témoignages de leurs temps, est d&#39;ores et déjà du même intérêt. Relève de la même urgence. Procède de la même nécessaire transmission.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><em>[Note pour moi-même]</em> 2009. Etats-Unis. Un Airbus A320 réussit à se poser en catastrophe sur le fleuve Hudson. Un homme est sur un ferry. Il prend une photo avec son téléphone portable et la publie sur un site alors encore presque confidentiel de &quot;micro-blogging&quot; avec ces quelques mots : &quot;<a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/01/15/il-y-a-un-avion-dans-l-hudson-il-y-a-dix-ans-un-tweet-revolutionnait-la-transmission-de-l-information_5409381_4408996.html" rel="noopener" target="_blank">il y a un avion dans l’Hudson.</a>&quot; Beaucoup de médias vont relayer et reprendre son tweet et la photo qu&#39;il contient. C&#39;est l&#39;acte fondateur qui voit l&#39;avènement de Twitter comme média. Et l&#39;acte I de ce que l&#39;on appela longtemps le &quot;journalisme citoyen&quot;. Personne au commencement ne savait vraiment très bien ce qu&#39;il adviendrait de ce réseau qui nous contraignait à publier des informations en 140 caractères et pas un de plus. Beaucoup &#8211; dont moi-même &#8211; imaginions qu&#39;il se limiterait à tout autre chose que ce pour quoi il est aujourd&#39;hui réputé (et souvent aussi décrié). <strong>On n&#39;imagine jamais entièrement le devenir d&#39;un média. Car les usages et circonstances le façonnent toujours bien au-delà de la dimension technique qui le définit</strong>. <em>[/Note pour moi-même]</em></p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre sur TikTok ? OK Boomer.</h2>
<p style="text-align: justify;">De nombreux articles se sont intéressés à l&#39;étrangeté de ces vidéos extrêmement séquencées, très fragmentaires, et offrant le plus souvent, pour celles du conflit en cours en Ukraine, une opposition totale entre la bande-son et l&#39;image.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Le processus n&#39;est d&#39;ailleurs pas nouveau. Et Kubrick l&#39;a presque systématiquement utilisé et &quot;magnifié&quot;, qu&#39;il s&#39;agisse de la <a href="https://www.youtube.com/watch?t=15&amp;v=ufSGd58gjAM&amp;feature=youtu.be" rel="noopener" target="_blank">scène finale de Full metal Jackett</a> (et le thème du dessin animé Mickey Mouse chanté par les soldats), de la scène du viol d&#39;Orange mécanique (&quot;Singing in the Rain&quot;), et bien sûr de &quot;We&#39;ll Meet again&quot; qui accompagne la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=RkpOSzcy0Vk" rel="noopener" target="_blank">scène finale dans le Dr Folamour</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la distance que permet une oeuvre de fiction comme celle que s&#39;autorise un réalisateur, n&#39;est jamais celle d&#39;une documentation du réel en temps de guerre par ses témoins directs, fut-elle médiée par TikTok.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Reste l&#39;effet produit sur le spectateur par ces <a href="https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/maxxi-classique/la-musique-adoucit-les-meurtres-4285949" rel="noopener" target="_blank">musiques &quot;anempathiques&quot;</a>, qui sont par ailleurs non pas entièrement délibérément choisies, mais mises à disposition dans un contexte d&#39;usage où le critère de leur popularité est systématiquement mis en avant, et où leur ajout fait lui même signe de cette quête de visibilité et de popularité et où il leur tient lieu de cadre.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre premier réflexe, <em>a fortiori</em> pour les boomers, est de considérer comme un marqueur générationnel ce recours à des formes de musicalité sans rapport avec l&#39;enjeu de la guerre. Ou à les résumer aux contraintes (réelles) de la plateforme et à leur pouvoir normatif (réel également). Et d&#39;en profiter pour le discréditer <em>a priori</em>. C&#39;est là une erreur fondamentale. Cette distorsion entre le temps de la guerre et le tempo de la musique a toujours existé comme une forme d&#39;impérieuse distraction et de dissonance nécessaire. Les soldats au front, les groupes de musique que l&#39;on y envoyait, avaient plutôt recours à un répertoire &quot;léger&quot;. Jusque dans les tranchées de la première guerre mondiale on trouvait les ressources et <a href="https://www.europeana.eu/fr/exhibitions/the-sound-of-the-trenches/musical-entertainment-in-wartime" rel="noopener" target="_blank">la nécessité de jouer de la musique</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Alors sommes-nous en train d&#39;assister à <a href="https://www.newyorker.com/culture/infinite-scroll/watching-the-worlds-first-tiktok-war" rel="noopener" target="_blank">la première &quot;guerre TikTok&quot; au monde</a> ? Existe-t-il une singularité de cet usage de TikTok en temps de guerre tant parfois il nous semble,&#0160;comme souligné par <a href="https://www.wired.co.uk/article/ukraine-russia-war-tiktok" rel="noopener" target="_blank">cet article de Wired, que &quot;TikTok a été conçu pour la guerre&quot;</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>la conception et l&#39;algorithme de la plateforme s&#39;avèrent idéaux pour le désordre de la guerre, mais un cauchemar pour la vérité.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">S&#39;il n&#39;y a pas davantage de &quot;fake news&quot; sur TikTok que sur d&#39;autres plateformes, <em>a fortiori</em> en temps de guerre où les enjeux de propagande favorisent ces phénomènes, il est vrai, en revanche, que la brièveté du format et le cadre dans lequel il se déploie ne laisse pas le temps, même par effet de bord, de prêter significativement attention au contexte, à la date ou à l&#39;émetteur et favorise donc, mais à part égale, la dissémination et la partage des vraies comme des fausses informations.&#0160;&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Créé en 2016, TikTok revendique officiellement avoir franchi le cap du milliard d&#39;utilisateurs (annuels) depuis 2021 (dont 600 millions d&#39;utilisateurs quotidiens en Chine). L&#39;une de ses caractéristiques c&#39;est la volumétrie des contenus disponibles, volumétrie que leur fragmentation et leur brièveté rend d&#39;une densité à nulle autre pareille. Et son autre caractéristique c&#39;est celle de son algorithme et des séquences qu&#39;il isole, sélectionne et recommande dans l&#39;onglet &quot;for you&quot;.&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>La beauté de la chose, c’est que l’algorithme de TikTok est si efficace que son graphe d’intérêt (la base de données permettant de dire quels utilisateurs sont intéressés par quoi) peut être mis en place sans imposer de charge significative à l’utilisateur. Il s’agit de personnalisation passive, d’apprentissage par la consommation. Parce que les vidéos sont particulièrement courtes, le volume de données d’entraînement fournies par un utilisateur par unité de temps est élevé. Et parce que les vidéos sont amusantes, ce processus d’entraînement semble naturel et même plaisant à l’utilisateur.</em>&quot; (Source : Horning Rob, Garnier Sophie, <a href="https://www.cairn.info/revue-teque-2022-1-page-76.htm" rel="noopener" target="_blank">&quot;Politique du scroll&quot;</a>, Tèque, 2022/1 (N° 1), p. 76-111)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Les vidéos TikTok ont par ailleurs une grande force de percolation, elle peuvent facilement se partager sur Twitter, Facebook mais aussi et surtout par messageries (dont Whatsapp).</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin et sur un plan plus &quot;technique&quot;, notons qu&#39;en Russie, TikTok a d&#39;abord annoncé (<a href="https://newsroom.tiktok.com/en-us/bringing-more-context-to-content-on-tiktok?utm_source=COMMSTWITTER&amp;utm_medium=social&amp;utm_campaign=030622" rel="noopener" target="_blank">par communiqué</a>) qu&#39;il allait <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2022-03-06/tiktok-says-it-is-suspending-livestreaming-in-russia" rel="noopener" target="_blank">suspendre la possibilité de faire des &quot;live&quot;</a> avant <a href="https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-des-reseaux-sociaux/reseaux-sociaux-du-lundi-07-mars-2022" rel="noopener" target="_blank">d&#39;interdire &quot;simplement&quot; la possibilité de publier des contenus</a> depuis le 6 mars au regard de la loi votée en Russie et condamnant à 15 ans de prison toute publication non alignée sur la communication du régime.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Où sont les femmes ?</h2>
<p>Elles sont au front. Un Ukraine particulièrement où <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/03/08/ioulia-shukan-les-femmes-ukrainiennes-sont-aussi-des-combattantes_6116561_3232.html" rel="noopener" target="_blank">l&#39;armée compte 23% de femmes</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Elles sont sur <em>tous</em> les fronts. Car en Russie, si Poutine vient de reculer en annonçant <a href="https://www.rtbf.be/article/poutine-annonce-qu-il-n-enverra-pas-de-conscrits-ou-de-reservistes-en-ukraine-10950021" rel="noopener" target="_blank">la fin de l&#39;envoi sur le front de conscrits</a>, c&#39;est parce que, comme le rappelait la <a href="https://twitter.com/colinlebedev/status/1498047581204586499" rel="noopener" target="_blank">collègue maîtresse de conférences en sciences politiques, Anna Colin Lebedev</a>&#0160;:&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Les comités des mères de soldats sont parmi les plus vieilles ONG russes, défendant les droits des soldats et de leurs familles, depuis le retrait de l&#39;armée sov d&#39;Afghanistan.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Parmi les plus vieilles et parmi les plus puissantes dans l&#39;opinion. Et que devant les images, les vidéos et les témoignages mis en place par l&#39;Ukraine, notamment via le site <a href="https://200rf.com/" rel="noopener" target="_blank">200rf.com</a>, la bataille de l&#39;opinion, de l&#39;opinion de ces mères de soldat en tout cas, est en train d&#39;être gagnée et a fait plier Poutine.&#0160;&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a les femmes soldats en Ukraine, il y a les mères de soldats en Russie, il y a toutes ces femmes dans ces déjà plus de 2 millions d&#39;exilés Ukrainiens, dont le courage n&#39;est pas moindre, et qui portent leurs enfants comme on tient une promesse d&#39;avenir dans un monde qui s&#39;effondre, c&#39;est à dire désespérément.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a <a href="https://www.liberation.fr/checknews/qui-est-yelena-osipova-la-manifestante-septuagenaire-arretee-a-saint-petersbourg-20220304_WYOEVZLU7NEN7CM3NVGX3PG5ME/" rel="noopener" target="_blank">Yelena Osipova</a>, activiste septuagénaire et icône d&#39;un courage qui a déjà traversé tant de conflits.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis il y a Valerisssh, et puis il y a Amelia. Et toutes celles que l&#39;on ne connaît pas. Et qui sont la promesse d&#39;une aube.</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9d700f200c-pi"><img decoding="async" alt="FNMXsLmWQAIvO_b" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9d700f200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9d700f200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="FNMXsLmWQAIvO_b" /></a>Photo de <a href="https://twitter.com/christogrozev/status/1500569157364068355/photo/1" rel="noopener" target="_blank">Christo Grozev</a>.&#0160;</p>
<p>&#0160;</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Ukraine : Para Bellum Numericum (épisode 2).</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Mar 2022 17:39:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Moteurs et autres engins]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Privacy]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
		<category><![CDATA[Wikipedia]]></category>
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					<description><![CDATA[Cet article est la suite de celui paru le 28 février 2022 et intitulé &#34;Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle.&#34; Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe._______________________________________________________________________________ La guerre continue en [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: right;"><em><span title="C" class="cenote-drop-cap">C</span>et article est la suite de celui paru le 28 février 2022 et intitulé &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#39;une guerre au 21ème siècle.</a>&quot; Il continue d&#39;explorer les enjeux et déclinaisons numériques, parfois poignantes, parfois anecdotiques, parfois vitales, du conflit en cours en Ukraine suite à l&#39;invasion Russe.</em><br />_______________________________________________________________________________</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre continue en Ukraine. Et son versant numérique aussi. Plutôt que d&#39;incessantes mises à jour de mon précédent article, je vous en propose ici un nouveau avec la même optique. Couvrir la manière dont les technologies, les plateformes et les enjeux numériques viennent s&#39;inscrire dans ce continuum d&#39;événements dramatiques.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre des tutos.</h2>
<p style="text-align: justify;">J&#39;ai 50 ans, c&#39;est à dire l&#39;âge de me souvenir des premiers discours politiques et médiatiques autour d&#39;internet et du web, qui étaient alors des continents naissants que l&#39;on pressentait plein de promesses mais que l&#39;on décrivait souvent comme plein de terreurs. L&#39;une de ces terreurs narratives qui prit rapidement l&#39;allure d&#39;un marronnier, consistait à rappeler à l&#39;occasion du moindre conflit, de la moindre émeute, du moindre risque, que les plans pour construire une bombe atomique étaient en accès libre &quot;<em>sur l&#39;internet</em>&quot;. Et de fait ils y étaient. En tout cas des trucs y ressemblent y étaient et y sont encore. Comme les plans pour construire un Yacht, ou un Tank AMX-30, et tant d&#39;autres choses encore. Aucune bombe atomique ne fut pourtant jamais construite du seul fait que les plans se trouvaient &quot;<em>sur l&#39;internet.</em>&quot; Depuis bien sûr, les choses ont changé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A commencer par la société des tutos.</strong> &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/05/pourquoi-tant-de-tutos.html" rel="noopener" target="_blank">Pourquoi tant de tutos ?</a>&quot; écrivais-je à propos de ceux qui fleurirent pendant la première phase de la pandémie de Covid. La guerre aussi est faite de ces tutos. Que l&#39;on trouve un peu partout. Sur Google essentiellement. Et les témoignages recueillis viennent documenter cet autre effort de guerre, particulier, singulier, connecté. Il s&#39;agit avant tout de fabriquer des cocktails Molotov. &quot;<a href="https://twitter.com/CNN/status/1498687001255563266" rel="noopener" target="_blank">Google m&#39;a aidé</a>&quot;, témoigne sur CNN cette femme à la retraite.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">On découvre aussi des choses plus étonnantes. Comme ces <a href="https://twitter.com/JoshuaPotash/status/1498332884121399307" rel="noopener" target="_blank">tutos tank qu&#39;on trouve sur TikTok</a>.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Forces d&#39;Hacktive.</h2>
<p style="text-align: justify;">A côté des Anonymous qui ont déclaré la guerre technologique à la Russie (voir mon article précédent), différents collectifs de hackers se mobilisent. Du côté des journalistes et hacktivistes de <a href="https://reflets.info/articles/reflets-s-invite-par-hasard-dans-les-voitures-de-police-ukrainiennes" rel="noopener" target="_blank">Reflets.info, ils ont réussi à pénétrer les caméras de surveillance des voitures de police Ukrainiennes</a> et à accéder ainsi en temps réel non seulement aux images mais aussi aux différentes conversations et consignes qui leur étaient données. Ils ont immédiatement prévenu les autorités pour couper ces flux que des hackers de l&#39;armée russe auraient (et ont peut-être également) pu pénétrer. L&#39;impression que plus la technologie se répand et plus la friabilité et sa perméabilité aux attaques est importante en dehors de très restreints périmètres secret-défense extrêmement bien sécurisés.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Interdire des médias.</h2>
<p style="text-align: justify;">L&#39;autre grand sujet qui occupe une bonne partie des états et de l&#39;union européenne est celui de la réglementation, dans l&#39;urgence, permettant d&#39;interdire la diffusion des médias <em>a minima</em> &quot;partisans&quot; et en tout cas des &quot;organes d&#39;influence&quot; que sont Russia Today et Sputnik. Cette envie d&#39;interdire ouvre et pose d&#39;immenses problèmes, à la fois sur le plan éthique (est-il légitime de le faire et pour quels motifs ?) et sur le plan technique (interdire la diffusion sur une fréquence publique est autre chose que d&#39;interdire la diffusion au sein des grandes plateformes numériques).&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Commençons par l&#39;éthique et tentons de faire simple. Je partage l&#39;essentiel de la position de l&#39;avocat et ancien membre du Conseil National du Numérique (quand cette instance avait encore un semblant d&#39;intérêt et de légitimité), Jean-Baptiste Soufron <a href="https://twitter.com/soufron/status/1499022389052649477" rel="noopener" target="_blank">qui indique</a> un point de vigilance crucial :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Attention à l’UE qui développe ici une compétence de censure des médias directement à l’échelle de tous ses membres par le biais d’un règlement. C’est le moment de réviser la composition du Conseil de l’UE, comment il prend des décisions et éventuellement comment les contester.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ce qui, de fait est une interdiction et donc potentiellement perçu comme une censure, pose un problème de droit tout autant qu&#39;un problème d&#39;effets à court et moyen terme. Mais elle montre au moins que si l&#39;on veut réguler les plateformes à l&#39;échelle Européenne on peut y parvenir &#8230; en moins de 48h. Et assez peu d&#39;observateurs et d&#39;analystes auraient misé là-dessus, à commencer par moi. Il est vrai que la nature américaine desdites plateformes, et le contexte d&#39;une guerre d&#39;envahissement dans laquelle l&#39;envahisseur est russe n&#39;est peut-être pas anodin dans la rapidité et l&#39;unanimisme de la décision, mais <a href="https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32022R0350&amp;from=FR" rel="noopener" target="_blank">le résultat est là</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Le résultat c&#39;est qu&#39;en moins de 48h c&#39;est la quasi totalité des médias, plateformes, Stores (magasins d&#39;applications) qui ont suivi <a href="https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32022R0350&amp;from=FR" rel="noopener" target="_blank">la décision (et le règlement) de l&#39;Union Européenne</a>. Facebook, Instagram, YouTube, Telegram, Apple (App Store), Google (Play Store), Free (box), Canal+, Molotov, Fransat &#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l&#39;instant, à cette heure et à ma connaissance (mercredi 2 Mars 16h) seuls les principaux FAI (fournisseurs d&#39;accès), Twitter et le moteur de recherche Google ne suivent pas ces recommandations mais comme les autres ils sont en théorie <a href="https://twitter.com/GrablyR/status/1498999503352905730" rel="noopener" target="_blank">contraints de s&#39;y plier</a>. Reste à savoir dans quels délais ils le feront. S&#39;ils le font. Mais cela suffit à rendre ces 2 médias (Sputnik et Russia Today) totalement inopérants.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">D&#39;autant que si Twitter ne supprime pas les comptes, il s&#39;engage (sic) à <a href="https://www.reuters.com/technology/twitter-will-label-reduce-visibility-tweets-linking-russian-state-media-2022-02-28/" rel="noopener" target="_blank">restreindre la visibilité des contenus affiliés à l&#39;état ou à des médias russe dans son fil d&#39;actualité</a>.</p>
<p>Comme rappelé dans ce papier du <a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/03/02/guerre-en-ukraine-l-europe-suspend-les-medias-d-etat-russes-rt-et-sputnik_6115791_3234.html" rel="noopener" target="_blank">journal Le Monde</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;Soucieux de ne pas être accusé de commettre un acte de censure envers les cinq déclinaisons européennes de la chaîne de télévision et le site de Sputnik, le Conseil de l’UE a présenté cette décision inédite comme une « sanction économique » : les journalistes ne seront pas empêchés de faire leur travail, ce sont les outils de distribution qui sont visés, « car ils sont utilisés de manière stratégique dans le conflit », a précisé le Conseil à la presse. Ces mesures se veulent exceptionnelles et « temporaires » : elles sont destinées à être levées dès la fin de l’agression russe en Ukraine.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Mais il n&#39;est pas de guerre sans effets collatéraux. Et la décision d&#39;interdire ces médias en comporte également. Assez paradoxalement d&#39;ailleurs puisque c&#39;est sur l&#39;une des rares plateformes à n&#39;avoir pas (encore) bloqué ces chaînes qu&#39;il faut aller les chercher. Sur Twitter, des comptes de journalistes travaillant ou ayant travaillé pour RT France sont automatiquement &quot;étiquetés&quot; comme &quot;<a href="https://help.twitter.com/fr/rules-and-policies/state-affiliated" rel="noopener" target="_blank">médias affiliés à un état &#8211; Russie</a>&quot;, mais de manière assez aléatoire, générant pour beaucoup d&#39;entre elles et eux des <a href="https://twitter.com/SNJ_RTFrance/status/1499015373114511368" rel="noopener" target="_blank">problèmes de harcèlement et des menaces de mort</a>.</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9c0ef3200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-02 à 16.31.15" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9c0ef3200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9c0ef3200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-02 à 16.31.15" /></a><br /><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9c0ef7200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-02 à 16.31.15" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9c0ef7200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9c0ef7200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-02 à 16.31.15" /></a><em>Deux exemples du régime d&#39;aléatoire qui prévaut sur Twitter concernant </em><br /><em>l&#39;étiquetage automatique de comptes individuels de journalistes</em></p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre des <span style="text-decoration: line-through;">étoiles</span> toiles.</h2>
<p style="text-align: justify;">La guerre de l&#39;espace continue également. Ou plus exactement la guerre des tentatives de hacking des moyens de télécommunications dans l&#39;espace (satellites). <a href="https://www.reuters.com/world/russia-space-agency-head-says-satellite-hacking-would-justify-war-report-2022-03-02/" rel="noopener" target="_blank">&quot;Casus Belli&quot; parmi d&#39;autres</a>. Non pas la guerre des étoiles, mais celle des basses couches de l&#39;orbite terrestre. La guerre des net-toiles.&#0160;</p>
<p>En parlant de satellites, le réseau Starlink d&#39;Elon Musk fut déployé au dessus de l&#39;Ukraine <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">comme je vous le racontais ici</a>. Manquaient encore les boîtiers et kits de connexion. Qui sont <a href="https://www.numerama.com/tech/868793-starlink-lukraine-recoit-ses-premiers-kits-de-connexion-par-satellite-promis-par-elon-musk.html?utm_content=buffer987f7&amp;utm_medium=social&amp;utm_source=facebook.com&amp;utm_campaign=buffer&amp;fbclid=IwAR1z7GH35GO2X_GePBNYohdZ-hdnjmqogPMVwfgVcmZCwaUF-2AqQbGbWVE" rel="noopener" target="_blank">finalement arrivés par camions (militaires ?)</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0278806e5097200d-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-03-02 à 16.44.26" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0278806e5097200d img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0278806e5097200d-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-03-02 à 16.44.26" /></a>(<a href="https://twitter.com/FedorovMykhailo/status/1498392515262746630" rel="noopener" target="_blank">Source</a>)</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre des avis-clients.</h2>
<p style="text-align: justify;">Avoir un avis sur la guerre. Et puis cette idée, puisque le web est depuis sa version 2.0 au moins, le règne des &quot;avis clients&quot;, d&#39;utiliser cette fonctionnalité pour documenter, dans l&#39;espace réservé habituellement à ces avis, <a href="https://www.bfmtv.com/tech/guerre-en-ukraine-comment-des-internautes-tentent-d-informer-les-russes-grace-aux-avis-google-maps_AN-202203010508.html#xtor=CS9-144-[twitter]-[BFMTV]" rel="noopener" target="_blank">ce qui se passe en Ukraine et pour en informer la population Russe sous le feu de la propagande des médias d&#39;état</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;iconographie populaire nous a depuis longtemps habitué à ces images, dans des films, des bande-dessinées, où l&#39;on voit soldats, généraux ou empereurs toujours commencer une guerre ou une opération militaire par la consultation commune d&#39;une carte figurant ses positions et celles de l&#39;ennemi ainsi que les stratégies à adopter.&#0160;</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9c103b200c-pi"><img decoding="async" alt="Cartestarwars" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9c103b200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9c103b200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Cartestarwars" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">La cartographie numérique joue dans le conflit en Ukraine une place singulière. D&#39;abord par l&#39;égarement de certaines troupes russes qui n&#39;ont pas de connexion suffisamment stable ou puissant pour s&#39;orienter à l&#39;aide de GPS (<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/02/guerre-ukraine-numerique.html" rel="noopener" target="_blank">voir mon précédent article</a>). Ensuite donc, par le fait d&#39;utiliser l&#39;application de cartographie Google Maps pour <a href="https://www.tomsguide.fr/guerre-en-ukraine-les-internautes-inondent-google-maps-davis-pour-informer-les-russes/" rel="noopener" target="_blank">déposer des avis qui viennent documenter la réalité du conflit Ukrainien et tenter d&#39;informer la population russe</a> aveuglée par la propagande des médias d&#39;état.&#0160;</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e146f3aa200b-pi"><img decoding="async" alt="Les-avis-du-Burger-King-de-Moscou-1359858" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e146f3aa200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e146f3aa200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Les-avis-du-Burger-King-de-Moscou-1359858" /></a><em>Ici un exemple des avis déposés pour le Burger King de Moscou.&#0160;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Google Maps qui est aussi un formidable outil documentaire pour <a href="https://www.washingtonpost.com/technology/2022/02/25/google-maps-ukraine-invasion/" rel="noopener" target="_blank">suivre les mouvements de troupe lors d&#39;un conflit</a>. Google Maps enfin, qui en soutient à l&#39;armée et au peuple Ukrainien <a href="https://www.bfmtv.com/tech/ukraine-google-maps-supprime-les-donnees-de-circulation-comme-celles-de-frequentation-des-commerces_AN-202202280241.html" rel="noopener" target="_blank">suspend un certain nombre de données et de fonctionnalités qui pourraient être utiles au commandement militaire Russe</a>. Le <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/03/02/guerre-en-ukraine-l-utilisation-de-google-maps-restreinte-en-russie-et-en-ukraine_6115850_4408996.html" rel="noopener" target="_blank">rôle déterminant des cartes</a>, d&#39;hier à aujourd&#39;hui.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus que jamais la carte à l&#39;échelle du territoire et des stratégies ou des errances qui se donnent à lire en données dynamiques dépendantes du bon vouloir d&#39;une plateforme. Américaine, ici il faut encore le rappeler. Parce que cette guerre là aussi, celle de la suprématie des outils technologiques permettant d&#39;observer et d&#39;agir sur ces dynamiques, est déjà essentielle et le sera encore davantage à l&#39;avenir pour autant qu&#39;il en soit encore un qui s&#39;offre comme possibilité.&#0160;&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Radio<span style="text-decoration: line-through;">stars</span> Wars.</h2>
<p style="text-align: justify;">Pour les générations qui nous ont précédé et ont connu la guerre, et pour la notre qui a étudié en histoire et parfois en récits familiaux ce que furent les guerres du 20ème siècle, la place de la radio est très particulière. De l&#39;appel du 18 Juin du général De Gaulle jusqu&#39;aux films montrant la place de ce média où l&#39;on collait son oreille comme on colle aujourd&#39;hui les yeux sur nos fils d&#39;actualité, avec parfois la même dimension hypnotique.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la dimension numérique et parfois très technologique que prend la guerre en Ukraine, c&#39;est l&#39;un des plus vieux médias de l&#39;ère moderne, la radio, qui occupe une place à plein d&#39;égards tout à fait centrale.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">D&#39;abord parce que c&#39;est une radio, Echo de Moscou, qui était l&#39;une des dernières (avec Novaia Gazeta pour la presse écrite) à avoir conservé une indépendance de ton, <a href="https://twitter.com/lacroixluc/status/1498729240224841733" rel="noopener" target="_blank">comme l&#39;explique Luc Lacroix</a>, le correspondant de France Télé à Moscou. Depuis mardi soir elle n&#39;émettait plus qu&#39;en ligne. Elle vient &#8211; jeudi &#8211; d&#39;annoncer son &quot;auto-dissolution&quot; (sic).</p>
<p style="text-align: justify;">Parce que <a href="https://twitter.com/KevinCore/status/1498742509027086340" rel="noopener" target="_blank">la BBC vient de lancer deux nouvelles fréquences à ondes courtes</a> pour que le peuple Ukrainien puisse s&#39;informer. Ces fréquences à ondes courtes sont des bandes spécifiques qui ont la <a href="https://www.rcinet.ca/rci70-fr/ondes-courtes/" rel="noopener" target="_blank">particularité de pouvoir être captées partout dans le monde</a> et donc souvent utilisées en situation d&#39;urgence. L&#39;Ukraine peut ainsi être rapidement couverte comme le montre <a href="https://twitter.com/bbcworldservice/status/1499031508660756482" rel="noopener" target="_blank">la carte de la BBC</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Radio France International (RFI) vient également d&#39;indiquer qu&#39;elle diffusait désormais <a href="https://twitter.com/stefsiohan/status/1498985068177633283" rel="noopener" target="_blank">la radio publique Ukrainienne en direct</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le front, ce sont non plus les réceptions mais bien les émissions radio qui prennent une tournure particulière. Comme Korii en fait le récit (à partir d&#39;un <a href="https://www.telegraph.co.uk/world-news/2022/03/01/russian-troops-disarray-crying-combat-radio-messages-reveal/" rel="noopener" target="_blank">article du Telegraph</a>) : &quot;<a href="https://korii.slate.fr/tech/guerre-ukraine-soldats-russes-pleurent-mutinent-radio-talkie-walkie-clair-hf-tout-monde-peut-ecouter" rel="noopener" target="_blank">les soldats russes pleurent et se mutinent à la radio, et le monde entier peut écouter.</a>&quot; Le site <a href="https://www.russianwarchatter.info/" rel="noopener" target="_blank">RussianWarChartter</a> isole et répertorie des fréquences militaires russes et en extrait des enregistrements, lesquels sont <a href="https://archive.org/details/buran-opens-fire-on-residents-of-unknown-place-and-signal-jamming-with-ukraine-anthem" rel="noopener" target="_blank">disponibles et archivés sur l&#39;Internet Archive</a> qui, une fois de plus, s&#39;inscrit comme l&#39;une des 7 merveilles de l&#39;internet.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelque chose d&#39;assez fascinant, y compris d&#39;une fascination mortifère, à voir se constituer <strong>cette archive de la guerre en synchronie totale avec la guerre</strong>. <em>A fortiori</em> lorsque l&#39;on a grandi en ayant eu la chance de ne jamais connaître la guerre, et en ayant appris aussi, le temps et les combats qu&#39;il fallait pour ouvrir certaines archives de ces guerres passées.</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>(Domain) Name and Shame.</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dans la liste des scénarios touchant à l&#39;infrastructure même de l&#39;internet tel que nous le connaissons aujourd&#39;hui, les points d&#39;inquiétude sur l&#39;évolution du conflit sont également nombreux. L&#39;une des questions préoccupantes est celle des <a href="https://www.submarinecablemap.com/" rel="noopener" target="_blank">436 câbles sous-marins qui supportent plus de 80% du traffic internet mondial</a>, câbles qui sont, d&#39;autant plus en temps de guerre, des infrastructures stratégiques vitales pour l&#39;ensemble des belligérants.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#39;autant que Poutine s&#39;est déjà, en Février 2019, livré à différentes déclarations indiquant qu&#39;il était <a href="https://fr.businessam.be/poutine-veut-fermer-la-russie-a-partir-dinternet/" rel="noopener" target="_blank">prêt à envoyer des sous-marins sectionner lesdits câbles pour couper la Russie de l&#39;internet mondial</a>. Même s&#39;il ne s&#39;agissait vraisemblablement que d&#39;une sorte d&#39;exercice de simulation, le pouvoir Russe a clairement indiqué depuis 2019 qu&#39;il voulait que <a href="https://www.couriermail.com.au/technology/russia-is-about-to-be-isolated-from-the-internet-its-all-part-of-preparations-for-war/news-story/e3232395041286630fbd08cb10965efc" rel="noopener" target="_blank">plus de 95% de tous les services internet Russes puissent être &quot;routés&quot; (acheminés) de manière &quot;interne&quot;</a> (c&#39;est à dire sans passer par des infrastructures non-russes). La <a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/la-russie-en-quete-de-son-internet-souverain" rel="noopener" target="_blank">recherche d&#39;un &quot;internet souverain&quot;</a> est depuis déjà au moins deux ans au centre de toutes les attentions du régime de Poutine.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l&#39;instant, et à l&#39;échelle terrestre comme spatiale (satellitaire) il demeure <a href="https://www.theguardian.com/world/2022/mar/01/could-russia-shut-down-the-internet-in-ukraine" rel="noopener" target="_blank">extrêmement compliqué pour la Russie d&#39;imaginer parvenir à couper totalement l&#39;infrastructure de connexion de l&#39;Ukraine</a>. Ils n&#39;y ont de toute façon pas d&#39;intérêt opérationnel direct étant donné que leurs propres troupes ont également besoin d&#39;un accès internet dans les manoeuvres terrestres qu&#39;elles opèrent.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;autre point c&#39;est celui du système de nommage et d&#39;adressage qui nous permet d&#39;accéder de manière unique à l&#39;adresse d&#39;un site ou d&#39;une page web. Pour faire (vraiment très) simple, une base de donnée unique permet d&#39;associer des adresses IP (des séries de chiffres organisés en 4 sections, 192.34.89.7 par exemple) à des noms de domaine (affordance.info par exemple). Ce système est certes &quot;géré&quot; par les Etats-Unis mais jusqu&#39;ici d&#39;une manière suffisamment neutre pour ne pas occasionner de risque de scission. Si des pays, des régimes, des états décidaient de &quot;sortir&quot; de ce système unique, ou si l&#39;on décidait de les en exclure, alors l&#39;internet et le web tel que nous le connaissons aujourd&#39;hui voleraient définitivement en éclats. Or les tentations, d&#39;un côté comme de l&#39;autre deviennent de plus en plus fortes.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Certaines voix demandent à effet à exclure la Russie du système gérant les TLD (Top Domain Level). Or comme l&#39;indique <a href="https://www.nextinpact.com/lebrief/50005/lafnic-deconseille-fortement-retrait-racine-dinternet-tlds-russes" rel="noopener" target="_blank">Stéphane Bortzmeyer à PC Impact</a> et <a href="https://www.bortzmeyer.org/coupure-russie.html" rel="noopener" target="_blank">comme il l&#39;explique plus en détail dans un article de son blog</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;«<em>&#0160;cela signifierait la fin immédiate de la racine unique du DNS&#0160;</em>», avec des Russes qui «<em>&#0160;monteraient une autre racine, probablement avec les Chinois, qui seraient ravis du prétexte, et avec d&#39;autres pays qui, jusqu&#39;à présent, supportaient la gestion de la racine par les États-Unis puisque cette gestion restait relativement raisonnable&#0160;</em>».</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Service_f%C3%A9d%C3%A9ral_de_supervision_des_communications,_des_technologies_de_l%27information_et_des_m%C3%A9dias_de_masse" rel="noopener" target="_blank">Roskomnadzor</a> (le ministère russe des télécommunications et des médias de masse) est de son côté en train d&#39;anticiper une possible mise à l&#39;écart de l&#39;internet Russe par la communauté internationale en travaillant à des solutions de repli pour, grosso modo, faire passer la totalité des sites affiliés à la Russie dans une architecture d&#39;accès sous contrôle du Roskomnadzor, <a href="https://www.mail-archive.com/frnog@frnog.org/msg69044.html" rel="noopener" target="_blank">le RUNET</a> (je fais vraiment très simple au risque d&#39;être un peu caricatural mais le sujet est très technique et le mieux reste donc d&#39;aller lire les explications détaillées de <a href="https://www.bortzmeyer.org/coupure-russie.html" rel="noopener" target="_blank">Stéphane Bortzmeyer</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Au même titre que l&#39;accès à l&#39;eau ou à d&#39;autres ressources stratégiques, et s&#39;il se trouvait encore des gens pour en douter, l&#39;enseignement de l&#39;invasion de l&#39;Ukraine est qu&#39;internet (son infrastucture de télécommunication mais également son déploiement d&#39;usage) est plus que jamais un enjeu de souveraineté. Et qu&#39;articuler cette souveraineté avec la nécessité de le maintenir comme un idéal d&#39;universalité d&#39;accès et de partage va être &#8230; de plus en plus complexe.</p>
<h2 style="text-align: right;">Le moteur de la guerre.</h2>
<p style="text-align: justify;">Vous qui lisez ce blog savez que parmi les phrases que je vous cite souvent, il est celle d&#39;Apostolos Gerasoulis, à l&#39;époque (lointaine) CEO d&#39;un moteur de recherche à l&#39;époque de premier plan (AskJeeves) et <a href="/mon_weblog/2010/09/la-reponse-avant-la-question.html" rel="noopener" target="_blank">qui s&#39;interrogeait en regardant défiler les requêtes envoyées à son moteur sur un écran géant</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Je me dis parfois que je peux sentir les sentiments du monde, ce qui peut aussi être un fardeau. Qu&#39;arrivera-t-il si nous répondons mal à des requêtes comme &quot;amour&quot; ou &quot;ouragan&quot; ?</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Depuis le début de l&#39;invasion en Ukraine, je vous ai raconté dans mon billet précédent comment les grandes entreprises de la tech réagissaient et &quot;s&#39;alignaient&quot; autour d&#39;un ensemble de mesures visant à bannir ou à limiter l&#39;audience de certains comptes et contenus. Notamment la société Alphabet, nouveau nom de Google et qui détient bien sûr la plateforme YouTube. Google a d&#39;ailleurs récemment publié un <a href="https://www.thinkwithgoogle.com/collections/how-google-is-supporting-ukraine/?utm_medium=social&amp;utm_campaign=thinkwithgoogle&amp;utm_source=twitter&amp;utm_content=how-google-is-supporting-ukraine" rel="noopener" target="_blank">communiqué dans lequel il liste l&#39;ensemble des actions qu&#39;il prend en lien avec la situation de l&#39;Ukraine</a>. De con côté, la Douma (assemblée parlementaire russe) continue de <a href="https://www.nextinpact.com/lebrief/49994/la-russie-exige-dereferencement-par-google-1-337-adresses-et-accentue-sa-lutte-contre-fausses-informations" rel="noopener" target="_blank">demander au moteur américain des déréférencements massifs</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#39;équivalent russe du moteur de recherche Google s&#39;appelle Yandex. Comme Google/Alphabet c&#39;est un moteur de recherche mais aussi une multitude de différents services. Dans la Russie de Poutine, il va sans dire que les résultats de Yandex sont sous le contrôle étroit du régime.</p>
<p style="text-align: justify;">Lev Gershenzon, l&#39;un des anciens responsables de Yandex News (qui est l&#39;équivalent de Google News) et <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/03/03/fronde-interne-chez-yandex-le-google-russe-apres-l-invasion-de-l-ukraine_6116002_4408996.html" rel="noopener" target="_blank">qui vit désormais en Allemagne</a>, s&#39;est fendu le 1er Mars d&#39;une <a href="https://www.facebook.com/lev.gershenzon/posts/10222700169425290" rel="noopener" target="_blank">déclaration depuis son compte Facebook</a>, où il appelle ses collègues toujours en place chez Yandex à prendre leurs responsabilités, et où il rappelle aussi la puissance et le rôle essentiel de ces mastodontes de la recherche en ligne dans un conflit (<strong>je souligne</strong>) :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Mes anciens collègues, Tigran Khudaverdyan, Helen Bunina, Roman Chernin, Andrey Plakhov, Andrey Styskin :</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Aujourd&#39;hui, c&#39;est le sixième jour de la guerre de la Russie contre l&#39;Ukraine. Des missiles et des lance-roquettes multiples bombardent les quartiers résidentiels, les dortoirs et les maternités de Kharkov. 11 morts, des dizaines de blessés. Aujourd&#39;hui est le sixième jour où au moins 30 millions d&#39;utilisateurs russes voient sur la page d&#39;accueil de Yandex qu&#39;il n&#39;y a pas de guerre, qu&#39;il n&#39;y a pas des milliers de soldats russes morts, des dizaines de civils tués par les bombardements russes, des dizaines de prisonniers, d&#39;énormes destructions dans diverses villes ukrainiennes.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Le fait qu&#39;une grande partie de la population russe puisse croire qu&#39;il n&#39;y a pas de guerre est la base et le moteur de cette guerre.</strong> Yandex est aujourd&#39;hui un élément clé dans la dissimulation d&#39;informations sur la guerre. Chaque jour et chaque heure de ces &quot;nouvelles&quot; est une vie humaine. Et vous, mes anciens collègues, êtes aussi responsables de cela.&quot; </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Aucune loi russe ne vous empêche de choisir un article de Novaya Gazeta comme titre d&#39;un reportage. Il n&#39;y a pas de responsabilité pénale pour un titre de média en langue russe apparaissant sur la page principale de Yandex qui n&#39;est pas autorisé par le média. Il n&#39;y a pas de responsabilité pénale si le service est &quot;cassé&quot; ou &quot;soumis à une attaque de pirates informatiques&quot;. Les coûts que vous pourriez encourir ne sont pas comparables aux dommages que le service a causés chaque jour depuis le début de la guerre.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Il n&#39;est pas trop tard pour cesser d&#39;être complice d&#39;un crime terrible. Si vous ne pouvez rien y faire, démissionnez. N&#39;oubliez pas que vous êtes responsable non seulement devant des milliers de vos collègues, mais aussi devant des dizaines de millions de vos utilisateurs. Et aux millions de vos non-utilisateurs en Ukraine aussi.</em>&quot; (<a href="https://www.deepl.com/fr/translator" rel="noopener" target="_blank">Traduction via DeepL</a>)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est également <a href="https://www.facebook.com/tigrankh/posts/10158035952171403" rel="noopener" target="_blank">sur Facebook que Tigran Khudaverdyan</a>, le PDG adjoint de Yandex, lui a répondu un jour plus tard. Sans ambiguïté concernant sa soumission aux ordres du Kremlin.&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Mes amis, chaque jour qui passe nous apporte plus de fardeaux. Ce qui se passe est insupportable. La guerre est monstrueuse. De nombreuses personnes exigent aujourd&#39;hui que l&#39;entreprise se lève immédiatement et fasse connaître sa position avec force. Je crois que toute action doit être motivée non pas par des impulsions émotionnelles, mais par des priorités essentielles. Ce que je crois être le plus important pour nous :</em><br /><em>1. la sécurité des employés.</em><br /><em>2. Assurer le fonctionnement de nos services clés pour les citoyens. </em><br /><em>Ce que nous protégeons maintenant n&#39;est pas une entreprise. Il s&#39;agit de services qui sont nécessaires aux personnes qui vivent dans le pays, comme l&#39;électricité ou l&#39;eau courante. La recherche doit se faire. Les taxis doivent venir, les marchandises et la nourriture doivent être livrées. L&#39;infrastructure doit fonctionner. Pour ces raisons, nous ne pouvons pas monter dans un véhicule blindé. J&#39;espère avoir expliqué la situation de manière suffisamment claire.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Je veux retenir cette phrase de Lev Gershenzon :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Le fait qu&#39;une grande partie de la population russe puisse croire qu&#39;il n&#39;y a pas de guerre est la base et le moteur de cette guerre.&quot; </em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Parce qu&#39;elle nous rappelle, si certains avaient encore des doutes, que la Russie de Poutine, à l&#39;exception d&#39;une radio (aujourd&#39;hui fermée), et d&#39;un journal (Novaia Gazetta) est presqu&#39;entièrement aveugle et sourde, et que c&#39;est bien ce qui la caractérise comme tout autre chose qu&#39;une démocratie même &quot;illibérale&quot;. Mais aussi parce qu&#39;avec ce que je vous raconte dans cet article et dans le précédent, il existe un espoir non négligeable que cet aveuglement cesse, et que cela contribue, parmi d&#39;autres causes, à renverser le régime en place.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Vous avez un message.</h2>
<p style="text-align: justify;">Dans un contexte où l&#39;ensemble des médias se trouvent pris pour cible, à la fois dans leurs installations matérielles, mais aussi, et cette fois dans les deux camps, dans leurs stratégies d&#39;influence et/ou de désinformation, cette guerre en Ukraine acte définitivement la montée en puissance des messageries privées comme premier canal de communication, d&#39;information et de réassurance entre un régime politique et ses citoyens.&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;Avec près de 500 000 membres avant l&#39;invasion de la Russie, UkraineNOW était déjà l&#39;une des plus grandes chaînes Telegram du pays. Aujourd&#39;hui, un million de personnes en dépendent pour obtenir des informations sur la guerre. Ses messages, qui sont partagés par d&#39;autres chaînes, sont vus environ 8 millions de fois par jour. Le 26 février, UkraineNOW a publié 139 messages et en a transmis 54 autres provenant d&#39;autres comptes Telegram ; avant l&#39;invasion, elle publiait trois à cinq messages par jour. Son évolution et sa croissance continue donnent un aperçu de la manière dont l&#39;application de médias sociaux a contribué à tenir les citoyens au courant de l&#39;invasion russe avec des informations vérifiées, à une époque où les plateformes ont eu du mal à gérer un flot de désinformation et d&#39;informations erronées.&quot;</em> (Wired. &quot;<a href="https://www.wired.com/story/telegram-ukraine-russia-channels-signal/" rel="noopener" target="_blank">When War Struck, Ukraine Turned to Telegram</a>&quot;)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Dans beaucoup de conflits ou de révolutions, au moment des printemps arabes par exemple, la stratégie dominante d&#39;organisation et de circulation d&#39;informations passait encore par des zones &quot;visibles&quot; et émergées que sont les pages ou les groupes Facebook. Désormais tout conflit social, toute révolution ou toute guerre se conduit, pour les états comme pour les collectifs ou pour les peuples, avant tout et principalement par le biais de WhatsApp, de Telegram ou d&#39;un de leurs équivalents appartenant à ce que l&#39;on nomme le &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/05/dark-social-commerce-indulgences-conversations.html" rel="noopener" target="_blank">Dark Social</a>&quot;.</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong>La guerre vue de derrière son écran.</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Il y aurait encore tant de choses à dire et à écrire. Peut-être dans un troisième article. Sur <a href="https://www.huffingtonpost.fr/entry/en-ukraine-ces-armes-anti-tank-deviennent-des-memes-et-des-symboles-de-la-resistance_fr_621f7cbbe4b025227d65beb1?ncid=other_twitter_cooo9wqtham&amp;utm_campaign=share_twitter" rel="noopener" target="_blank">la guerre des mèmes par exemple</a> et cette <a href="https://twitter.com/alexis_rapin/status/1498681308565884935" rel="noopener" target="_blank">iconographie pop de la guerre</a>, la manière dont des propos, des images, des séquences se viralisent puis viennent s&#39;inscrire dans ce nouvel espace affranchi de l&#39;espace et du temps, celui d&#39;un mème et de ses circulations et appropriations dans l&#39;espace social, numérique ou non. Car oui, <em>mèm</em>e la guerre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Wikipédia.</strong> Qui dans les pages consacrées à l&#39;Ukraine, à la Russie et à la guerre et dans l&#39;ensemble de ces versions ne cesse d&#39;être alimentée, discutée, mise à jour, assaillie aussi de bots malveillants. <strong>Google Maps.</strong> À la fois carte militaire dynamique et territoire de propagande et d&#39;influence. <strong>Twitter.</strong> Ces incessants tressautements vibrant à la pulsation folle de ses hastags et des conversations qu&#39;ils organisent ou déploient. Et tous les autres biotopes et écosystèmes numériques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La guerre vue de derrière son écran</strong>, c&#39;est la sensation d&#39;un temps réel perpétuel, paradoxal, paroxystique, distendu, qui se surimpose aux autres temps médiatiques ; et qui semble si loin de ce que les récits des militaires et ceux des populations civiles décrivent comme <strong>le temps vrai de la guerre, qui est essentiellement fait d&#39;attentes, de déplacements lents, d&#39;embourbements, et d&#39;absences de mots et de conversations.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et puis il y a aussi la citation de Kipling tourne en boucle dans l&#39;espace médiatique depuis une semaine. &quot;<em>La première victime d&#39;une guerre, c&#39;est la vérité.</em>&quot; Avec les guerres numériques et la manière dont se transforment les propagandes, la vérité n&#39;est plus que la seconde victime d&#39;une guerre. <strong>La première victime d&#39;une guerre numérique, c&#39;est la vérifiabilité</strong>. Et son premier carburant, sa première dynamique c&#39;est celle de l&#39;engagement. Pas celui du &quot;engagez-vous qu&#39;y disaient&quot;, non.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e146f4ee200b-pi"><img decoding="async" alt="Engagez-vous" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0282e146f4ee200b img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0282e146f4ee200b-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Engagez-vous" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Un autre engagement. Plus proche de la définition qu&#39;en donnent et qu&#39;en mesurent <a href="https://www.journaldunet.fr/business/dictionnaire-du-marketing/1495801-taux-d-engagement-definition-calcul-traduction-synonyme/#:~:text=D%C3%A9finition%20Taux%20d&#39;engagement,&#39;%C3%A9gard%20d&#39;une%20campagne." rel="noopener" target="_blank">en autant de &quot;taux&quot;</a> les grandes plateformes sociales : la propension que nous avons à réagir à différentes publications et à interagir avec les différents systèmes techniques qui les hébergent et les éditorialisent.</p>
<p style="text-align: justify;">Engagez-vous qu&#39;y disaient. Vous verrez du pays qu&#39;y disaient.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">One More Thing.</h2>
<p style="text-align: justify;">On a tendance à opposer ce qui se passe avec l&#39;invasion de l&#39;Ukraine et le dernier rapport du GIEC comme si une actualité chassait ou empêchait l&#39;autre, d&#39;un côté l&#39;escalade militaire et de l&#39;autre l&#39;escalade climatique. Mais les deux participent pourtant du même effondrement, du même récit. Deux <a href="https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/crise-climatique/un-terrible-avertissement-ce-qu-il-faut-retenir-du-nouveau-rapport-du-giec-sur-les-effets-du-rechauffement-climatique_4977336.html" rel="noopener" target="_blank">terribles avertissements</a>. Une guerre des ressources et des récits avec au final la guerre &#8230; comme seule ressource, et comme dernier récit.</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Ukraine. Para Bellum Numericum. Chronique du versant numérique d&#8217;une guerre au 21ème siècle.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2022/02/guerre-ukraine-numerique/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Feb 2022 13:55:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Moteurs et autres engins]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>
		<category><![CDATA[Wikipedia]]></category>
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					<description><![CDATA[Il y a déjà de longues années, je présentais le média Twitter à mes étudiant.e.s en leur expliquant qu&#39;il était vital de s&#39;y intéresser car s&#39;y donnaient à voir non seulement des informations vitales mais aussi à valeur patrimoniale que l&#39;on se devait de suivre attentivement et, pour certaines d&#39;entre elles, de s&#39;efforcer de conserver. [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="first-child " style="text-align: justify;"><span title="I" class="cenote-drop-cap">I</span>l y a déjà de longues années, je présentais le média Twitter <a href="https://iutlaroche.univ-nantes.fr/formation/nos-formations/but-information-et-communication" rel="noopener" target="_blank">à mes étudiant.e.s</a> en leur expliquant qu&#39;il était vital de s&#39;y intéresser car s&#39;y donnaient à voir non seulement des informations vitales mais aussi à valeur patrimoniale que l&#39;on se devait de suivre attentivement et, pour certaines d&#39;entre elles, de s&#39;efforcer de conserver. Et je prenais ce qui semblait alors assez surréaliste et baroque, <a href="/mon_weblog/2012/11/cest-la-guerre-sur-twitter.html" rel="noopener" target="_blank">l&#39;une des premières &quot;déclarations du guerre&quot; ce faisant exclusivement via ce média</a>. C&#39;était le 14 novembre 2012, et <a href="https://twitter.com/IDF/status/268722403989925888" rel="noopener" target="_blank">le compte Twitter officiel de l&#39;armée Israëlienne annonçait lancer des frappes sur le peuple palestinien vivant dans la bande de Gaza</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis cette première déclaration de guerre via Twitter, les choses ont énormément changé et c&#39;est l&#39;écosystème numérique dans son entier, avec au premier plan les grande plateformes sociales, qui jouent un rôle déterminant, à la fois dans des opérations de désinformation ou de propagande, mais aussi plus globalement sur le plan géostratégique et géopolitique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a 10 ans de cela, déclarer la guerre sur Twitter était une anomalie. Aujourd&#39;hui et avec la guerre aux portes de l&#39;Europe en Ukraine, l&#39;anomalie serait d&#39;imaginer une guerre sans Twitter.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir de ce que révèle chaque jour la guerre en Ukraine, je veux dans cet article essayer de faire un point, forcément provisoire, sur ce qui se joue lors d&#39;une guerre dans, par, grâce et à cause des grands écosystèmes numériques et de leur écho médiatique et géopolitique.</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre des images.</h2>
<p style="text-align: justify;">D&#39;abord il y a la guerre de l&#39;émotion et de la propagande, qui marchent toujours ensemble et qui valent tant pour les agresseurs que pour les agressés. Les médias sociaux (lorsque leur accès est encore possible et relativement &quot;libre&quot; pour les populations civiles), les médias sociaux sont les maîtres du tempo émotionnel de la viralisation de séquences qui, si elles ne décident jamais de l&#39;issue d&#39;un conflit, sont en capacité d&#39;agir sur les opinions locales comme internationales. On pourra ici, sans prétendre à l&#39;exhaustivité, en citer quelques-unes parmi les plus marquantes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La guerre des images.</strong> L&#39;image de ce jeune couple ukrainien en arme. Déjà iconique et déjà déclinée dans tant de versions, assortie de tant de hashtags. Qui convoque immédiatement la phrase réflexe. Ils feront l&#39;amour <em>et aussi</em> la guerre.</p>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0278806d9a68200d-pi"><img decoding="async" alt="FMiPOeMWQAIzj5b" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0278806d9a68200d img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0278806d9a68200d-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="FMiPOeMWQAIzj5b" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et puis il y a les mots.</strong> Les vidéo &quot;live&quot; du <a href="https://www.youtube.com/watch?v=p-zilnPtZ2M" rel="noopener" target="_blank">président Zelinski et de son discours de 9 minutes au lendemain de l&#39;annonce de l&#39;entrée des troupes russes</a>. Un discours d&#39;une force et d&#39;une puissance assez extraordinaire et qui achève de lui conférer, en tout cas pour celles et ceux qui le découvrent à cette occasion, une stature de chef d&#39;état dépassant les caricatures que l&#39;on faisait de lui lorsqu&#39;on ne retenait de son accession au pouvoir que les fait qu&#39;il était un ancien acteur comique ayant incarné dans une série, le rôle du président Ukrainien.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a aussi cette autre vidéo, toujours du président Zelinski, où il prouve qu&#39;il n&#39;a pas fui et n&#39;a pas été abattu en se filmant la veille de l&#39;attaque nocturne sur Kiev avec des membres de son gouvernement. Vidéo qui est devenue virale et <a href="https://twitter.com/SaoSasha/status/1497311531041640450" rel="noopener" target="_blank">que l&#39;on voit circuler avec différents montages musicaux</a> visant à la transformer en outil de propagande.</p>
<p style="text-align: justify;">Chacune des apparitions de Zelinski est bien sûr scrutée, mais son expression publique sur les médias sociaux est, <a href="https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:6903380771646574592/" rel="noopener" target="_blank">comme l&#39;analyse Romain Pigenel</a>, un cas d&#39;école :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;Cas d&#39;école (&#8230;) de communication asymétrique, puisque ce système de communication est à la fois plus agile, et en définitive plus performant, que tout un appareil de propagande classique &#8211; sous réserve, bien sûr, du libre accès de ses &quot;cibles&quot; potentielles à Internet. En outre, chaque vidéo contribue à l&#39;augmentation exponentielle de son nombre d&#39;abonnés, et donc de soutiens potentiels (ou au moins de témoins) à sa cause.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Rappelons que le président ukrainien est un expert du genre, et qu&#39;il s&#39;était fait élire en 2019 par une campagne présidentielle atypique, reposant sur &#8230; les réseaux sociaux et ses vidéos.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://twitter.com/ZelenskyyUa" rel="noopener" target="_blank">Son compte Twitter</a> comptait Samedi 26 Février plus de 2,8 millions de followers (3,4 millions ce dimanche soir). Il semble s&#39;efforcer de continuer à poster très régulièrement, à la fois en ukrainien et en anglais, principalement pour attester d&#39;une narration diplomatique des contacts qu&#39;il continue de nouer avec différents états. La vidéo du 26 février à 7h du matin qu&#39;il poste <a href="https://twitter.com/ZelenskyyUa/status/1497450853380280320" rel="noopener" target="_blank">pour prouver qu&#39;il est toujours vivant et présent sur place</a>, comptait samedi soir plus de 16 millions de vues. Ces tweets sont aussi une pulsation particulière, comme celle d&#39;une ligne de vie, celle d&#39;une preuve de vie. Et lorsque ce rythme ralentit ou s&#39;interrompt, chacun s&#39;interroge.</p>
<p style="text-align: justify;">Par le témoignage des journalistes et correspondants locaux sur place, chacun mesure qu&#39;il n&#39;y a chez Zelinski nulle forfanterie mais qu&#39;il faut un courage singulier pour tenir ces discours et diffuser ces preuves de présence, lors même qu&#39;il se sait la cible numéro 1 des armées de Poutine (<a href="https://www.thetimes.co.uk/article/volodymyr-zelensky-russian-mercenaries-ordered-to-kill-ukraine-president-cvcksh79d" rel="noopener" target="_blank">dont les mercenaires de la force Wagner</a>), et qu&#39;il mesure parfaitement qu&#39;en dehors d&#39;un soutien logistique en armes et équipements défensifs, aucun pays ne lui viendra en aide par l&#39;envoi de troupes. Son courage est d&#39;autant plus flagrant que sa solitude et celle des citoyens ukrainiens semble absolue sur le plan militaire.</p>
<h2 style="text-align: right;">La guerre en sources ouvertes.</h2>
<p style="text-align: justify;">Dans le flot continu des images qui se propagent sur les médias sociaux à l&#39;occasion de chaque conflit dans le monde, la part des éléments de désinformation est une constante. Car les guerres se ressemblent toutes. Alors on y revoit toujours circuler des images de conflits anciens dont il est presque impossible de déterminer, sans un temps d&#39;analyse, si elles sont, premièrement authentiques, et deuxièmement, un témoignage de ce qui se passe actuellement en Ukraine.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Chacun, citoyen ou journaliste, Ukrainien ou étranger, présent sur place, est en mesure de documenter le conflit qu&#39;il traverse, vit et éprouve. Mais chacun d&#39;entre nous, à distance, dans le flot continu des partages de comptes qui nous ne suivons habituellement pas, n&#39;est pas en mesure de trier <em>a priori</em> le bon grain de l&#39;ivraie, les témoignages authentiques et les éléments de désinformation, qu&#39;ils soient d&#39;ailleurs volontairement publiés ou accidentellement repris.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#39;où l&#39;intérêt d&#39;initiatives comme celle de <a href="https://twitter.com/StevenJambot/status/1496901518183833604" rel="noopener" target="_blank">Steven Jambot qui publie et maintient à jour une liste des comptes authentifiés de journalistes de médias francophones envoyés spéciaux en Ukraine</a> ; mais aussi ou celles d&#39;autres journalistes ou activistes que l&#39;on dit spécialisés &quot;OSINT&quot; (Open Source INTelligence), c&#39;est à dire avec l&#39;habitude de travailler à partir de sources ouvertes, même si là encore la prudence est de mise comme on l&#39;a vu à propos des <a href="https://twitter.com/vincentglad/status/1496779204498763780" rel="noopener" target="_blank">supposées métadonnées permettant de dater les discours (et les intentions) d&#39;entrée en guerre de Poutine</a> avant que la guerre ne soit effectivement déclarée. On signalera également la liste agrégée par <a href="https://twitter.com/i/lists/1497480890028634120" rel="noopener" target="_blank">Bluetouff et qui rassemble plus d&#39;une centaine de sources diplomatiques</a>.</p>
<h2 style="text-align: right;">WikipéWar</h2>
<p style="text-align: justify;">Impossible de ne pas évoquer le rôle central que joue aujourd&#39;hui Wikipédia dans l&#39;actualisation et la documentation en temps réel des situations de conflit. Et la guerre en Ukraine en fournit chaque jour des exemples. <a href="https://twitter.com/bibliofab66/status/1496785203502600192" rel="noopener" target="_blank">Un des administrateurs de l&#39;encyclopédie</a>, expliquait ainsi le 24 février :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Alors que l&#39;attaque de la Russie contre l&#39;Ukraine débutait ce matin à 4h, l&#39;article &quot;Invasion de l&#39;Ukraine par la Russie en 2022&quot; était créé sur Wikipédia dès 5h42. Une vingtaine de contributeurs sont déjà intervenus (je viens de mettre à jour la carte). A cette heure, l&#39;article existe déjà sur les Wikipédia en 36 langues (dont le russe et l&#39;ukrainien bien sûr).</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Deux jours avant le déclenchement &quot;officiel&quot; du conflit, le 22 février, c&#39;est une guerre d&#39;édition qui démarrait <a href="/mon_weblog/2016/11/wikipediem-electoral.html" rel="noopener" target="_blank">de manière hélas presque déjà classique</a>. Guerre d&#39;édition bloquée par la vigilance des administrateurs de l&#39;encyclopédie.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>&quot;Je viens de bloquer une adresse IP et d&#39;annuler ses 70 contributions faites cette nuit qui consistaient à remplacer les cartes présentes sur tous les articles des Républiques de Russie avec un petit détail en plus : la petite zone à gauche y apparaît comme faisant partie de la Russie. Il s&#39;agit bien de la Crimée, officiellement toujours territoire Ukrainien. Les cartes d&#39;origine ont donc été rétablies.&quot;</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et le 26 février au matin, la fondation Wikimedia Ukraine indiquait :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Bien que le nombre de contributeurs sur la Wikipédia en ukrainien ait été divisé par deux en 2 jours, celle-ci poursuit son activité et documente la guerre en cours. Wikimedia Ukraine a publié hier un message d&#39;encouragement : [traduction Google translate]</em><br /><em>« Hier, la Russie a lancé une nouvelle vague d&#39;agression contre l&#39;Ukraine. Si vous avez besoin de l&#39;aide de Wikimedia Ukraine &#8211; écrivez à info@wikimedia.org.ua. Aujourd&#39;hui nous sommes suivis par le monde entier, et les projets wiki sont l&#39;une des principales sources d&#39;information. Nous vous exhortons à lutter contre d&#39;éventuelles fausses informations !</em> »&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Pendant ces temps de conflit et de guerre, Wikipédia jouit d&#39;un statut ambigu car elle est à la fois la première source d&#39;information vers laquelle on est tenté de se porter pour vérifier des faits ou disposer d&#39;éléments vérifiables à distance des controverses habituelles de Twitter ou de Facebook. Mais on sait également que l&#39;essentiel des informations qui y sont disponibles sur la guerre en cours risquent d&#39;être &quot;ralenties&quot; et les pages temporairement figées du fait des nombreuses tentatives de désinformation dont l&#39;encyclopédie va être la cible.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Elle reste pour autant un indice documentaire majeur de ce qui se joue dans ce conflit. Toujours en lisant ce qui se joue sur la version Ukrainienne de Wikipedia, on apprend que parmi les articles les plus consultés c&#39;est la page &quot;Cocktail Molotov&quot; qui a été vue plus de 100 000 fois en trois jours alors qu&#39;elle plafonne habituellement à 200 vues journalières. Elle est suivie des pages &quot;Invasion de l&#39;Ukraine&quot;, &quot;SWIFT&quot; (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), &quot;Anonymous&quot; (le collectif de hackers) et &quot;Fantôme de Kiev&quot; (cet aviateur qui aurait abattu 6 avions russes le premier jour du conflit).&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Les marchés sont des conversations. Les guerres également.</h2>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Les marchés deviennent des conversations entre les entreprises et les consommateurs.</em>&quot; Telle est la thèse centrale de l&#39;essai publié en 1999 par Rick Levine, Christopher Locke, Doc Searls, et David Weinberger, le &quot;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Cluetrain_Manifesto" rel="noopener" target="_blank">Cluetrain Manifesto</a>&quot; (manifeste des évidences).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tout le monde parle de la guerre.</strong> La guerre est au centre des conversations sociales, comme avant elle le Covid, les Gilets Jaunes, et tout ce qui traverse et frappe à l&#39;échelle de nos collectifs humains. Certains s&#39;en désolent et raillent le fait que chacun, après être devenu sociologue, spécialiste du maintien de l&#39;ordre ou bien encore épidémiologiste, se place aujourd&#39;hui comme expert militaire et stratège en géopolitique. Je renvoie ici au <a href="https://twitter.com/versac/status/1497150919695294464" rel="noopener" target="_blank">court thread de Nicolas Vanbremersch</a>, qui explique pourquoi ces disqualifications <em>a priori</em> n&#39;ont aucun sens et ne rendent pas compte de ce qui se joue d&#39;important dans ces interstices et espaces conversationnels numériques. Extrait :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Nous ne sommes pas experts et le savons. Mais nous ne déléguons pas l&#39;expression et la construction de convictions à des sachants. Nous interagissons, réagissons, partageons, discutons. Comme les hommes et femmes l&#39;ont toujours fait. Et ce faisant, nous montons en compétence, pour beaucoup, en nous frottant à des sources actives, à des sachants qui s&#39;engagent dans la conversation, qui nous nourrissent. Certains d&#39;entre nous s&#39;égarent. Et dans tout ça, une infime minorité sort de sa zone de compétence pour l&#39;appliquer à un nouveau sujet. (&#8230;) Évidemment, c&#39;est confus, complexe. Mais réduire la figure des gens qui s&#39;expriment en ligne sur ces sujets à celle d&#39;un gros beauf qui sait tout ne changera pas cette réalité confuse et complexe. Elle disqualifie sans rien résoudre. Et heureusement que tout le monde parle Ukraine, nucléaire, géopolitique, guerre, forces, alliances. Que tout le monde se sente concerné et émette un avis. C&#39;est le signe d&#39;une démocratie active. C&#39;est là où ça n&#39;a pas lieu qu&#39;est le problème.</em>&quot;&#0160;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">J&#39;ajoute que cette <a href="https://www.liberation.fr/ecrans/2008/01/17/wikipedia-est-un-projet-encyclopedique-et-un-bien-commun-de-l-humanite_954216/" rel="noopener" target="_blank">babélisation des expertises</a> et des opinions (et la babélisation des approximations qui est son envers) est aussi la source nécessaire de la construction de cadre collectifs d&#39;énonciation sur le temps long, comme dans le cas, certes exceptionnel mais tellement enthousiasmant, de Wikipédia. Elle est également la vitalité de ce que j&#39;appelle &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2005/10/et_le_chercheur.html" rel="noopener" target="_blank">l&#39;effet Pundit</a>&quot;, c&#39;est à dire la situation d&#39;énonciation dans laquelle se trouvent des experts &quot;légitimes&quot; (par leur situation académique ou professionnelle) et qui vont voir pousser vers eux à moindre coût cognitif un ensemble d&#39;éléments factuels, d&#39;analyses, de sources et de points de vue qui vont nourrir leur expertise tant qu&#39;ils acceptent de la maintenir accessible et transparente.</p>
<p style="text-align: justify;">Chacun a bien plus à gagner dans le bruit désordonné des conversations que dans le silence organisé des populations.&#0160;&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Théâtre des opérations et décor des affiliations.</h2>
<p style="text-align: justify;">Comme à chaque guerre, comme à chaque injustice à résonance potentiellement planétaire ou en tout cas occidentale, Facebook propose d&#39;ajouter un &quot;décor&quot;, c&#39;est le terme, à notre photo de profil. Ici ce sera le drapeau Ukrainien. Faisant de chacun d&#39;entre nous le choisissant, une anecdotique et anonyme Tour Eiffel illuminée, la symbolique est facile. Elle participe d&#39;une forme bien documentée de slacktivisme. Mais il ne faut pas la mépriser pour autant : elle demeure une affiliation iconique dont l&#39;intérêt repose sur les raisons singulières qui poussent au choix de s&#39;afficher. Il y a le théâtre des opérations. Et il y a les décors Facebook. Ces talismans, ces &quot;panneaux&quot; au sujet desquels, au moment de la crise des Gilets Jaunes, la sociologue <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2018/11/gilets-jaunes-internet-familles-modestes-facebook.html" rel="noopener" target="_blank">Dominique Pasquier écrivait</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>L’enjeu n’est pas tant de discuter du contenu de ces messages que de demander à ses amis s’ils sont d’accord avec le fait que ce qui est mis en ligne me reflète moi ! Le but est plus une recherche de consensus. On s’empare de ces messages pour dire qu’on s’y reconnaît et on demande aux autres s’ils nous y reconnaissent. Ces partages se font avec des gens qu’on connaît. On ne cherche pas à étendre sa sociabilité.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9b5819200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-02-26 à 14.14.28" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9b5819200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9b5819200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-02-26 à 14.14.28" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Alors chacun ajoute, ou pas, ici un cadre décor drapeau ukrainien, là-bas des coeurs jaunes et bleus. Tatouages sociaux éphémères mais signifiants. Manière d&#39;espérer faire masse sans se raconter trop. De prendre part au bruit du monde. De faire si peu mais de <em>faire</em> pourtant.</p>
<h2 style="text-align: right;">Cyberguerre.</h2>
<p style="text-align: justify;">La cyberguerre se décline habituellement via les opérations tactiques visant à bloquer ou infiltrer des réseaux de communications ou à paralyser des infrastructures vitales (hôpitaux notamment). L&#39;envahissement de l&#39;Ukraine ne déroge pas à cette règle. L&#39;Ukraine a été la cible de <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/02/24/l-offensive-russe-en-ukraine-s-accompagne-de-cyberattaques_6115058_4408996.html" rel="noopener" target="_blank">cyber-attaques russes dès le lancement de l&#39;opération militaire</a>. Samedi 26 février, le collectif de hackers &quot;Anonymous&quot; a annoncé avoir lancé une opération contre la Russie, faisant tomber et rendant inaccessibles Samedi en fin d&#39;après-midi les principaux sites gouvernementaux (dont celui du Kremlin), mais <a href="https://twitter.com/AnonymousUK2022/status/1497711787990560772" rel="noopener" target="_blank">également celui de Gazprom</a>, et <a href="https://twitter.com/YourAnonTV/status/1497678663046905863" rel="noopener" target="_blank">piratant également les chaînes d&#39;état</a> pour y <a href="https://www.tf1info.fr/international/guerre-en-ukraine-les-sites-du-kremlin-et-du-gouvernement-russe-vises-par-une-cyberattaque-anonymous-2211953.html?utm_term=Autofeed&amp;utm_medium=Social&amp;utm_source=Facebook&amp;Echobox=1645898971&amp;fbclid=IwAR1HORjTYdAZNfPrQGc4aQsxkRWnBtMr5PXmFX8RHT3G1e0WgJmNddWlQJk#xtor=CS5-111" rel="noopener" target="_blank">diffuser des ballades ukrainiennes</a> et, par intermittence, des images non-censurées du conflit en cours. Quelques heures auparavant ils avaient aussi piraté une base de données du ministère de la défense russe (contenant principalement des adresses mails et des mots de passe) qu&#39;ils avaient ensuite leaké (mise à disposition). Le fichier n&#39;est pour l&#39;instant plus disponible en ligne.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs l&#39;Ukraine cherche par tous les canaux à <a href="https://www.reuters.com/world/exclusive-ukraine-calls-hacker-underground-defend-against-russia-2022-02-24/" rel="noopener" target="_blank">recruter des hackers et des spécialistes cyber</a>, et le ministre de la transformation numérique, également vice-premier minitre, <a href="https://twitter.com/FedorovMykhailo/status/1497642156076511233" rel="noopener" target="_blank">Mychailo Fedorov, tweete le lien d&#39;un canal Telegram à cet effet</a>. Sa manière de communiquer via Twitter est par ailleurs un modèle du genre puisqu&#39;il interpelle directement les responsables de toutes les grandes plateformes autour de leur coeur de métier rappelant à Elon Musk que pendant qu&#39;il envoie de satellites dans l&#39;espace, les russes envoient des missiles sur l&#39;Ukraine, à <a href="https://twitter.com/FedorovMykhailo/status/1497941029055606791" rel="noopener" target="_blank">Zuckerberg que pendant qu&#39;il crée le métavers les russes attaquent dans le vrai univers</a>, et ainsi de suite.&#0160;</p>
<p style="text-align: center;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9ba7d0200c-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-02-28 à 09.39.25" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef02942f9ba7d0200c img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef02942f9ba7d0200c-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-02-28 à 09.39.25" /></a><em>Extrait du <a href="https://twitter.com/FedorovMykhailo" rel="noopener" target="_blank">compte Twitter de Mychailo Fedorov</a> et de ses multiples adresses </em><br /><em>aux grandes industries de la tech et du divertissement (entre autres)</em></p>
<h2 style="text-align: right;">Charity War : la guerre crowdfundée.</h2>
<p style="text-align: justify;">Le compte Twitter officiel de l&#39;Ukraine a lancé <a href="https://twitter.com/Ukraine/status/1497294840110977024" rel="noopener" target="_blank">une campagne de collecte de dons</a> afin de <a href="https://bank.gov.ua/en/news/all/natsionalniy-bank-vidkriv-spetsrahunok-dlya-zboru-koshtiv-na-potrebi-armiyi" rel="noopener" target="_blank">lever des fonds pour l&#39;armée</a>. Le Crowdfunding est désormais partout. Après le <a href="/mon_weblog/2017/04/toucher-les-fonds.html" rel="noopener" target="_blank">Mercy Market</a>, <strong>voici le temps des Charity Wars</strong>. Après les dérives déjà documentées du <a href="/mon_weblog/2017/06/largent-na-pas-dodeur-mais-paypal-si.html" rel="noopener" target="_blank">financement participatif de la haine</a>, voici le financement participatif de l&#39;effort de guerre.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Et là aussi la place de ces intermédiaires que sont les plateformes est déterminante. Ainsi <a href="https://blog.patreon.com/fr-FR/au-sujet-du-retrait-de-come-back-alive" rel="noopener" target="_blank">Patreon vient de suspendre la collecte</a> organisée par l&#39;ONG ukrainienne <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Come_Back_Alive" rel="noopener" target="_blank">&quot;Come Back Alive&quot;</a> qui collecte des fonds pour armer et équiper les soldats Ukrainiens. Qui arbitre au final ? Et selon quels critères ? Et en est responsable ou redevable devant qui ?</p>
<h2 style="text-align: right;">Le Digital Labor guerrier et la guerre Uberisée.</h2>
<p style="text-align: justify;">La plateforme de microtasking Premise aurait été utilisée par le pouvoir Russe pour l&#39;aider à localiser différentes cibles et pour mieux ajuster ses tirs durant l&#39;invasion. Pour un prix entre 0,25 et 3,25 dollars via l&#39;application Premise, il s&#39;agissait notamment d&#39;aider à mieux localiser des entrepôts, des ports, des infrastructures médicales, des ponts mais aussi des cratères d&#39;explosion (?) comme en attestent les <a href="https://twitter.com/hiddenmarkov/status/1497351111656751109" rel="noopener" target="_blank">copies d&#39;écran de Bogdan Kulynich qui a révélé l&#39;histoire</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">La société Premise a publié dans la soirée un <a href="https://www.premise.com/blog/premises-response-to-allegations-of-influence-in-ukraine/" rel="noopener" target="_blank">communiqué niant toute implication</a> et annonçant dans le même temps suspendre préventivement son application sur le territoire Ukrainien.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il y avait une économie des petits boulots (&quot;Gig Economy&quot;). Elle s&#39;étend désormais aux guerres et conflits armés.</strong> Elle a au moins le mérite d&#39;être explicite et ne se cache plus derrière le remplissage de Captchas qui faisaient de chacun d&#39;entre nous <a href="/mon_weblog/2018/03/im-a-digital-worker-killing-an-arab.html" rel="noopener" target="_blank">les mercenaires sans consentement d&#39;une armée technologique de l&#39;ombre</a>.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Le bruit des <span style="text-decoration: line-through;">bottes</span> bots.</h2>
<p style="text-align: justify;">Et à ceci s&#39;ajoute une autre guerre : celle des bots. Qui déposent à la volée des centaines de milliers de commentaires pro-Poutine sur un ensemble de sites et de pages, notamment dans l&#39;enceinte de Facebook, jusqu&#39;à atteindre des effets de saturation qui deviennent ingérables <a href="https://twitter.com/gchampeau/status/1496967491079262214" rel="noopener" target="_blank">comme le relate et la relaie Guillaume Champeau</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Un grand quotidien de Francfort (le Frankfurter Rundschau) explique qu&#39;ils sont inondés de messages pro-Poutine postés sur leur page Facebook par des bots ou armées de trolls, et ne peuvent plus les supprimer à cause des restrictions de l&#39;API de Facebook qui permet 10000 suppressions par jour &quot;seulement&quot;.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La même armée de bots (ou une autre) qui investit sans relâche Wikipédia et tout espace numérique médiatique simplement <em>disponible</em> pour en faire un espace médiatique numérique <em>mobilisable</em>.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Chief [of War] Executive Officer.</h2>
<p style="text-align: justify;">En réponse à une interpellation du vice-premier ministre Ukrainien (cf supra), <a href="https://twitter.com/elonmusk/status/1497701484003213317" rel="noopener" target="_blank">Elon Musk a annoncé le déploiement effectif de son réseau Starlink en Ukraine</a> avec pour objectif de pallier les coupures d&#39;accès internet (liées aux bombardements ou aux cyber-attaques) et de fournir ainsi un appui technique opérationnel au pays. <a href="https://www.numerama.com/politique/867439-elon-musk-se-mobilise-en-activant-starlink-en-ukraine.html" rel="noopener" target="_blank">Comme le rappelle Numérama</a>, déployer le réseau satellitaire est une chose mais il faut également acheminer les kits de branchement permettant de s&#39;y connecter (dont une antenne parabolique).&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">C&#39;est en tout cas à l&#39;évidence <strong>une nouvelle guerre de l&#39;espace qui s&#39;ouvre ici</strong>. Non plus celle se limitant à l&#39;aviation et aux missiles, mais celle également des infrastructures de télécommunication qui prennent désormais position et situation dans l&#39;orbite terrestre basse, et dont un entrepreneur américain est en train de faire sa chasse gardée et presqu&#39;exclusive à ce jour à cette échelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le déploiement d’accès à l’internet rapide par satellites en constellation à basse altitude est un nouveau théâtre d&#39;opérations militaires absolument déterminant et vital. La Chine (avec le projet Guowang) et la Russie (projet Sfera) sont évidemment en course pour déployer leurs propres infrastructures. L&#39;Europe également mais avec un retard qui sera difficile à rattraper et qui, dans le contexte géopolitique actuel, apparaît presque comme coupable. Reste que le projet pour l&#39;instant le plus abouti et immédiatement opérationnel est entre les mains d&#39;Elon Musk (<a href="https://www.20minutes.fr/high-tech/3051875-20210601-8-projets-similaires-a-starlink" rel="noopener" target="_blank">et prochainement de Jeff Bezos</a>). Ce qui pose <em>a minima</em> un problème de gouvernance et transforme ce qui pourrait et devrait être un gage de stabilité, une garantie d&#39;influence et une arme à la fois diplomatique et opérationnelle, en un aléatoire soumis aux convictions, aux caprices ou à la définition du patriotisme d&#39;un seul homme à la tête d&#39;une seule entreprise.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">A titre d&#39;exemple, dans la guerre de position qui se joue actuellement, à la demande du ministère de l&#39;intérieur, <a href="https://twitter.com/christogrozev/status/1497570179026403329" rel="noopener" target="_blank">les ukrainiens sont en train de supprimer ou de modifier l&#39;ensemble des panneaux routiers de signalisation</a>. L&#39;armée russe semble en effet ne bénéficier que d&#39;une connexion internet poussive qui rend la géolocalisation difficile ou impossible. <a href="https://twitter.com/RichardEngel/status/1497580698386853889" rel="noopener" target="_blank">Il s&#39;agit donc à proprement parler de &quot;l&#39;égarer&quot;</a> pour la retarder ou l&#39;empêcher d&#39;atteindre certaines cibles. Dans ce cas comme tant d&#39;autres on voit bien l&#39;avantage que peut apporter le contrôle de la mise à disposition d&#39;une connexion internet stable et suffisamment puissante sur un théâtre d&#39;opérations militaires.</p>
<h2 style="text-align: right;">Et du côté des GAFAM ?</h2>
<p style="text-align: justify;">Plus que jamais ces multinationales sont en situation d&#39;arbitrage sur des questions économiques, politiques, géo-stratégiques. Et elles sont bien sûr au coeur de l&#39;essentiel des mécanismes de désinformation. A l&#39;exception du conflit israëlo-palestien (ou les intérêts américains sont omniprésents) c&#39;est la première fois dans leur histoire que ces sociétés vont avoir à prendre des décisions dont elles seront comptables et redevables dans le cadre d&#39;un conflit armé dans le monde occidental et touchant à des intérêts (et des marchés) vitaux de leur point de vue. Il ne s&#39;agit pas simplement de rejouer l&#39;opposition entre USA et Russie, celui des blocs, mais de redéfinir les conditions du plein exercice de la maîtrise (et de la mainmise) d&#39;un environnement technologique en tant qu&#39;infrastructure économique, sociale et politique.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de revenir sur les choix et les contraintes de chacune des grandes plateformes, rappelons qu&#39;une nouvelle loi Russe datant de Juin 2021, dresse les conditions suivantes :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>les entreprises Internet étrangères ayant un public quotidien de plus de 500 000 utilisateurs doivent ouvrir leurs bureaux de représentation autorisés en Russie. L&#39;organisme de surveillance des médias de masse du pays a déjà publié une liste d&#39;entreprises tenues d&#39;ouvrir des bureaux de représentation, et elle comprend Google, Apple, Meta Platforms, Twitter, TikTok, Telegram et d&#39;autres.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Globalement et à ce jour en Russie, les services de proxy et autres VPN sont interdits depuis 2018 et les plateformes en proposant (moteurs de recherche notamment) doivent intégrer une liste noire de sites définis par le gouvernement et qui doivent donc être rendus impossible d&#39;accès. Le FSB (les services secrets russes) exige également dans le cadre de la loi dite de &quot;l&#39;internet souverain&quot; (2019), d&#39;installer un équipement (backdoor) permettant de disposer des clés de cryptage pour accéder aux communications sans autorisation judiciaire.&#0160;Par ailleurs depuis décembre 2020, une loi votée par la Douma rend possible le blocage de tous les sites, y compris et principalement Facebook, Twitter et Youtube, <a href="https://www.20minutes.fr/monde/2939195-20201224-russie-blocage-facebook-youtube-cas-censure-autorise" rel="noopener" target="_blank">en cas &quot;<em>de censure ou de discrimination contre le contenu de médias russes</em> (sic)&quot;</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Or justement &#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Apple ? </strong>C&#39;est dans ce cadre qu&#39;<a href="https://iphonesoft.fr/2022/02/24/premier-siege-social-apple-russie-ouvert-debut-fevrier" rel="noopener" target="_blank">Apple venait d&#39;ouvrir début Février son premier siège social en Russie</a>, &quot;<em>se pliant aux exigences</em>&quot; de l&#39;état Russe comme l&#39;indique <a href="https://tass.com/economy/1398193" rel="noopener" target="_blank">cette dépêche du 4 février 2022 de l&#39;agence Tass</a>. Mauvais timing s&#39;il en est &#8230; Mychailo Fedorov, vice-premier ministre ukrainien et ministre de la transformation numérique a écrit à Tim Cook, PDG d&#39;Apple, pour lui demander de soutenir les sanctions financières engagées et <a href="https://twitter.com/FedorovMykhailo/status/1497327555690610689" rel="noopener" target="_blank">d&#39;arrêter de fournir des produits et services Apple à la fédération de Russie, ainsi que de bloquer les accès à l&#39;Apple Store</a>. Sans réponse (publique) à ce jour, Tim Cook se contentant d&#39;indiquer <a href="https://twitter.com/tim_cook/status/1497004932364341266" rel="noopener" target="_blank">qu&#39;il soutiendra les efforts humanitaires et les appels à la paix</a> (sic).&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Facebook (enfin Méta) ?</strong>&#0160;Du côté du réseau social et de la firme gérant à la fois Facebook, Instagram et WhatsApp, l&#39;attention médiatique se focalise sur le premier membre de la trilogie applicative. Un <a href="https://about.fb.com/news/2022/02/metas-ongoing-efforts-regarding-russias-invasion-of-ukraine/" rel="noopener" target="_blank">communiqué de la firme daté du 26 février fait le point sur les mesures qu&#39;elle a adopté</a> :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>un centre opérationnel avec des locuteurs natifs en russe et en ukrainien (on sait depuis les révélations de Frances Haugen que la modération dans certaines langues et notamment sur des zones de conflit, <a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/10/facebook-networks-babylon.html" rel="noopener" target="_blank">est une incurie dramatique</a>) qui vont tenter de lutter notamment contre les discours de haine et de limiter ou d&#39;empêcher leur viralité. Et que bien sûr &quot;l&#39;intelligence artificielle&quot; viendra leur prêter main forte.&#0160;</li>
<li>l&#39;ajout pour les utilisateurs ukrainiens de fonctionnalités permettant de &quot;verrouiller&quot; son profil et d&#39;éviter les recherches parmi &#8211; notamment &#8211; ses listes d&#39;amis</li>
<li>et des efforts pour lutter contre la désinformation (sic).</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Ces efforts (contre la désinformation) vont notamment concerner &quot;l&#39;étiquetage&quot; des contenus, en lien avec les sites et organismes qui travaillent sur le Fact-Checking sur la plateforme. On verra donc davantage de contenus &quot;signalés&quot;, de contenus en dessous desquels on sera invité à consulter des sources &quot;officielles&quot;, ou sur lesquels une alerte sur le risque de désinformation sera explicite. Soit désormais une habitude depuis ces deux actes &quot;fondateurs&quot; que furent la pandémie de Covid et les élections américaines débouchant sur l&#39;envahissement du Capitole.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la vraie question, au-delà de cet &quot;étiquetage&quot; des contenus problématiques, est celle de la gestion de la recommandation et de la viralisation desdits contenus. Les repérer et les marquer comme autant de potentielles désinformations est une chose, limiter leur circulation en est une autre, bien distincte. Et sur ce point, <a href="https://about.fb.com/news/2022/02/metas-ongoing-efforts-regarding-russias-invasion-of-ukraine/" rel="noopener" target="_blank">Méta indique que</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p>&quot;<em>Les pages, groupes, comptes et domaines Facebook qui partagent de manière répétée de fausses informations feront l&#39;objet de sanctions supplémentaires. Par exemple, nous les supprimerons des recommandations et afficherons tout le contenu qu&#39;ils publient plus bas dans le fil d&#39;actualité, afin que moins de personnes le voient.</em>&quot;&#0160;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La modération (humaine et effectuée par des locuteurs natifs en nombre suffisant) et la recommandation sont les deux clés de contrôle de l&#39;ensemble des rhétoriques de désinformation et d&#39;appel à la haine. L&#39;histoire des grands médias sociaux nous a hélas déjà à de nombreuses reprises montré qu&#39;ils restaient déterminés à faire pour l&#39;essentiel l&#39;impasse sur le premier point (la modération) en dehors de leur premier marché (américain) et de leur premier cercle d&#39;influence (nord-occidental). Quand au second point, la recommandation et la viralisation des contenus et des discours de haine, on sait hélas aussi à quel point leur posture est et demeurera ambivalente <a href="/mon_weblog/2018/10/lutter-contre-la-haine-sur-le-web.html" rel="noopener" target="_blank">tant que la dimension spéculative de ces discours de haine continuera d&#39;être intrinsèquement liée à leur modèle économique</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Le dernier point est celui des médias contrôlés ou affiliés à des puissances étrangères. Sputnik et RT dans le cas de la Russie pour ne citer que les 2 plus connus. Ici Méta indique qu&#39;elle démonétisera l&#39;ensemble de ces médias en leur interdisant de faire de la publicité et de gagner de l&#39;argent ce faisant. <a href="https://www.ouest-france.fr/monde/guerre-en-ukraine/guerre-en-ukraine-les-medias-d-etat-russes-ne-peuvent-plus-generer-de-l-argent-via-google-3f25f75e-97c4-11ec-bf4e-2e0a9047a170" rel="noopener" target="_blank">La démonétisation est également la solution choisie et mise en place par Google</a> pour l&#39;ensemble de son écosystème (dont Youtube au premier plan).</p>
<p style="text-align: justify;">La société Méta indique par ailleurs qu&#39;<a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/02/25/la-russie-engage-un-bras-de-fer-avec-facebook_6115287_4408996.html" rel="noopener" target="_blank">elle refusera les demandes et injonctions de l&#39;état Russe de ne pas &#39;modérer&#39; et &#39;censurer&#39; leurs contenus</a>.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Les autorités russes nous ont ordonné d’arrêter le fact-checking et la labélisation des contenus postés sur Facebook par 4 organisations médiatiques appartenant à l’Etat russe. Nous avons refusé.</em>&quot; Nick Clegg.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Pour ce dernier point, la position de Méta ne vaut naturellement qu&#39;en dehors de la Russie puisque <a href="https://netblocks.org/reports/twitter-and-facebook-restricted-in-russia-amid-conflict-with-ukraine-JBZrogB6" rel="noopener" target="_blank">Facebook, en Russie, est déjà passablement censuré et ralenti, tout comme l&#39;est la plateforme Twitter depuis le début de l&#39;invasion</a>.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté des magasins d&#39;applications, certains médias russes (dont la chaîne RT) ont disparu, à la demande des autorités ukrainiennes, du Google Play Store en Ukraine.</p>
<p style="text-align: justify;">Les choses changeant et évoluant presque tous les jours, l&#39;incontournable Netblocks fournit une <a href="https://netblocks.org/reports/twitter-and-facebook-restricted-in-russia-amid-conflict-with-ukraine-JBZrogB6" rel="noopener" target="_blank">analyse et un suivi complet en temps réel des interdictions et des limitations opérées en Russie et en Ukraine</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alphabet (enfin Google) et Youtube.</strong> Les problématiques et les réponses de Google / Alphabet sont à peu de choses près les mêmes que celles de Facebook / Méta en ce qui concerne la diffusion et la viralisation de certaines informations. La firme continue donc de diffuser sur sa plateforme Youtube et dans son moteur de recherche les médias d&#39;état russe <a href="https://www.reuters.com/technology/youtube-blocks-rt-other-russian-channels-generating-revenue-2022-02-26/" rel="noopener" target="_blank">mais en les démonétisant</a>. La firme indique bien sûr <a href="https://twitter.com/googleeurope/status/1497312484247707651" rel="noopener" target="_blank">être particulièrement vigilante</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Sur YouTube, nous mettons en évidence les vidéos de sources d&#39;information fiables et nous nous efforçons de supprimer les contenus qui violent nos politiques. Au cours des derniers jours, nous avons supprimé des centaines de chaînes et des milliers de vidéos et nous restons vigilants quant aux fausses informations violentes.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Mais d&#39;anciens éminents employés de la firme devenus lanceurs d&#39;alerte, au premier rang desquels Guillaume Chaslot, alertent &#8211; sans l&#39;étayer pour l&#39;instant par des données &#8211; sur le fait que <a href="https://twitter.com/gchaslot/status/1497152168087928833" rel="noopener" target="_blank">l&#39;algorithme de recommandation de Youtube s&#39;emballe totalement en faveur des vidéos pro-Poutine</a>. Il documente en revanche, <a href="https://data.algotransparency.org/?date=24-02-2022" rel="noopener" target="_blank">via son site Algotransparency</a>, le fait que la vidéo la plus poussée par l&#39;algorithme est celle d&#39;une conférence de 2015 de John Mearsheimer, un universitaire américain spécialiste des relations internationales, et titrée : &quot;<a href="https://www.youtube.com/watch?v=JrMiSQAGOS4" rel="noopener" target="_blank">Why is Ukraine the West&#39;s Fault ?</a>&quot; (pourquoi l&#39;Ukraine est-elle la faute de l&#39;occident ?) Et <a href="https://twitter.com/gchaslot/status/1497152168087928833" rel="noopener" target="_blank">Guillaume Chaslot de s&#39;interroger</a> à l&#39;adresse de la patronne de Youtube, Susan Wojcicki :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Pourquoi fait-il l&#39;objet d&#39;une telle promotion ? Parce que le titre est provocant et donc clickbait ? Parce que la Russie joue avec l&#39;algo ? Des années de Google amplifiant activement ce type de contenu ont pour conséquence que des gens meurent en ce moment même. Susan Wojcicki nous voulons des réponses.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">En terminant cet article j&#39;apprends à l&#39;instant (dimanche 27 février 18h) qu&#39;Ursula von der Leyen venait d&#39;annoncer que &quot;<a href="https://www.lemonde.fr/international/live/2022/02/27/guerre-en-ukraine-en-direct-l-union-europeenne-va-financer-l-achat-et-la-livraison-d-armes-a-kiev-et-fermer-tout-son-espace-aerien-a-la-russie_6115418_3210.html?#id-228883" rel="noopener" target="_blank">les médias Sputnik et RT étaient bannis de l&#39;union européenne</a>&quot;. Il va être intéressant de voir comment ce &quot;bannissement&quot; va s&#39;articuler avec &quot;l&#39;hébergement&quot; de ces médias sur les plateformes sociales. Il est probable qu&#39;il ne s&#39;articule simplement &#8230; pas. Et que si cessent les diffusions de ces chaînes sur les bandes de fréquence allouées par les régulateurs des états européens, elles continuent de pouvoir émettre au sein des plateformes privées que sont Youtube et Facebook.&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Fisha les prisonniers de guerre. Fisha les morts.</h2>
<p style="text-align: justify;">Les comptes dits &quot;Fisha&quot;, verlan du mot &quot;affiche&quot;, sont habituellement associés au cyber-harcèlement et servent à diffuser des photos ou vidéos souvent à caractère sexuel ou intime de celles et ceux qui en sont victimes. L&#39;Ukraine vient de lancer le site <a href="https://200rf.com/" rel="noopener" target="_blank">200rf.com</a>, qui diffuse des vidéos de soldats russes capturés, dans lesquelles on les voit souvent prendre contact téléphonique avec leur famille, mais où l&#39;on trouve également les documents d&#39;identité de soldats morts. Il s&#39;agit bien &quot;d&#39;afficher&quot; les morts ennemis et les prisonniers de guerre. <a href="https://www.liberation.fr/international/europe/guerre-en-ukraine-200rfcom-le-site-pour-que-les-russes-puissent-trouver-leurs-soldats-tues-20220227_4ABTC24NLRHCDC4FBOBG7RZKLQ/?utm_medium=Social&amp;xtor=CS7-51-&amp;utm_source=Twitter#Echobox=1645970206-1" rel="noopener" target="_blank">Comme l&#39;explique Libération</a> :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Le site est baptisé «200rf.com», d’après le code utilisé de longue date en Russie pour désigner les soldats tués au combat. Le nombre 200 fait référence au poids en kilos d’un cercueil en zinc avec un corps à l’intérieur. L’expression «cargaison 200» est d’ailleurs employée dans le jargon militaire – et plus largement dans la société russe – depuis l’époque de l’Union soviétique pour désigner le rapatriement par avion des dépouilles des militaires morts au front. Quant au «rf», il renvoie à «Russian Federation», le nom officiel de la Russie.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.liberation.fr/international/europe/guerre-en-ukraine-200rfcom-le-site-pour-que-les-russes-puissent-trouver-leurs-soldats-tues-20220227_4ABTC24NLRHCDC4FBOBG7RZKLQ/?utm_medium=Social&amp;xtor=CS7-51-&amp;utm_source=Twitter#Echobox=1645970206-1" rel="noopener" target="_blank">Comme le souligne encore Libération</a>, cette initiative est &quot;<em>une démarche altruiste autant qu’une arme psychologique supplémentaire.</em>&quot;</p>
<p style="text-align: justify;">Si le site fut évidemment instantanément bloqué en Russie, il reste possible pour les familles de soldats d&#39;en prendre connaissance par d&#39;autres moyens (notamment la boucle Telegram qui lui est associée).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette manière &quot;d&#39;afficher&quot; les prisonniers et les morts est un coup de maître en terme de communication de guerre et d&#39;ascendant psychologique dans le contexte bien particulier de l&#39;invasion de l&#39;Ukraine et au regard de la politique militaire de la Russie sous le règne de Poutine. Car comme le rappelle la <a href="https://twitter.com/colinlebedev/status/1498047581204586499" rel="noopener" target="_blank">collègue maîtresse de conférences en sciences politiques, Anna Colin Lebedev</a>, l&#39;armée russe ne se soucie pas de l&#39;identification du corps de ses soldats morts au combat. Elle s&#39;en soucie tellement peu que :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Les comités des mères de soldats sont parmi les plus vieilles ONG russes, défendant les droits des soldats et de leurs familles, depuis le retrait de l&#39;armée sov d&#39;Afghanistan.</em>&quot;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Mais cette nouvelle manière &quot;d&#39;afficher&quot; les prisonniers et les soldats morts ennemis est aussi une manière de renouveler la doctrine militaire &quot;classique&quot; dans laquelle la médiatisation du sort fait aux prisonniers avait pour objectif soit de dénoncer la barbarie de l&#39;ennemi, soit, plus rarement, de souligner le bon traitement comparatif qu&#39;on leur réservait :&#0160;</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&quot;<em>Deux régimes de captivité se dégagent : ceux conformes au droit international avec des taux de mortalité bas (en 1914-1918, 3 % des prisonniers allemands sont morts en captivité britannique) et ceux reflétant une violence extrême avec des taux beaucoup plus élevés (pendant la Seconde Guerre mondiale, 57 % des prisonniers soviétiques détenus par les nazis sont morts). Ces mauvais traitements favorisent la médiatisation du prisonnier dont la figure est utilisée tant pour dénoncer la barbarie de l’ennemi qui maltraiterait les soldats tombés entre ses mains que pour souligner le bon traitement que l’on réserverait aux prisonniers détenus. Cette prise de parole tend à remobiliser les troupes et participent à ce que les historiens nomment la mobilisation culturelle des sociétés en guerre.</em>&quot; (<a href="https://ehne.fr/fr/encyclopedie/th%C3%A9matiques/guerres-et-m%C3%A9moires/combattants/prisonniers-de-guerre-et-captivit%C3%A9-en-europe#sommaire-les-r-gimes-de-captivit-reflet-de-la-totalisation-du-ph-nom-ne-guerrier" rel="noopener" target="_blank">Source EHNE</a>)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La puissance des témoignages disponibles sur le site <a href="https://200rf.com/" rel="noopener" target="_blank">200rf.com</a> est en tout cas considérable dans la guerre de mobilisation de l&#39;opinion qui est en train de se jouer en Russie contre l&#39;entrée en guerre de Poutine.&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="asset-img-link" href="https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0278806dd8b5200d-pi"><img decoding="async" alt="Capture d’écran 2022-02-28 à 00.15.50" class="asset  asset-image at-xid-6a00d8341c622e53ef0278806dd8b5200d img-responsive" src="/.a/6a00d8341c622e53ef0278806dd8b5200d-500wi" style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" title="Capture d’écran 2022-02-28 à 00.15.50" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">&#0160;</p>
<h2 style="text-align: right;">Si vis pacem.&#0160;</h2>
<p style="text-align: justify;">La guerre, les guerres, sont et seront de plus en plus numériques. Non plus simplement dans l&#39;appareillage technologique impliqué dans la logistique et dans la gestion opérationnelle des frappes, mais dans tous les secteurs de la société et avec une internationalisation de la mise en visibilité des conflits qui échappe (en bonne partie) aux états engagés. L&#39;amie tant regrettée <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Merzeau" rel="noopener" target="_blank">Louise Merzeau</a> expliquait que le numérique était un &quot;milieu&quot;. A ce titre il est ouvert à toutes les porosités, il capte toutes les attentions, il est traversable par toutes les opinions, et s&#39;il ne modifie pas toujours la nature de ce qui le traverse il en modifie systématiquement la perception que nous en avons.&#0160;&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;">Cet article s&#39;efforce de tracer un tour d&#39;horizon aussi complet que possible des manières dont les grands écosystèmes numériques mobilisent les espaces médiatiques et les terrains opérationnels dans lesquels se déploient les guerres modernes, et dont l&#39;invasion de l&#39;Ukraine sera certainement, hélas, un point de départ.</p>
<p style="text-align: justify;">Préparer et <em>se</em> préparer aux guerres numériques est une chose. Les citoyens comme les états-majors y semblent prêts. Créer les conditions d&#39;une paix numérique est un tout autre chantier, dont ce conflit, notamment au travers des choix que feront les grandes plateformes, sera un révélateur implacable.&#0160;&#0160;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #ff0000;"><strong>[Mise à jour du 3 Mars]</strong></span>&#0160;La suite de cet article est disponible : &quot;<a href="https://www.affordance.info/mon_weblog/2022/03/ukraine-guerre-numerique-suite.html" rel="noopener" target="_blank">Ukraine : Para Bellum Numericum. Episode 2</a>&quot;</p>
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