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	<title>affordance.info</title>
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	<description>Le blog d&#039;un maître de conférences en sciences de l&#039;information. ISSN 2260-1856</description>
	<lastBuildDate>Sun, 06 Sep 2026 17:48:34 +0000</lastBuildDate>
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		<title>L&#8217;Intelligence artificielle comme nécrotechnie. Vers un dépassement des limites informationnelles anthropologiques. (TL;DR : le dentifrice de l&#8217;IA est sorti du tube, bon courage pour le remettre dedans)</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2026/09/intelligence-artificielle-necrotechnie-limites-informationnelles-partie-1/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2026/09/intelligence-artificielle-necrotechnie-limites-informationnelles-partie-1/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Sep 2026 16:54:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Big Data]]></category>
		<category><![CDATA[ChatGPT et ses ami.e.s]]></category>
		<category><![CDATA[Document numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Fake News]]></category>
		<category><![CDATA[HDR]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;Intelligence artificielle comme nécrotechnie. Vers un dépassement des limites informationnelles anthropologiques. [Cet article a été écrit durant une bonne partie de l&#8217;été, il est donc un peu long et dense 😉 Initialement il s&#8217;agissait, à partir de l&#8217;attaque de ChatGPTSol contre HuggingFace, de construire un modèle de 11 limites informationnelles anthropologiques en train d&#8217;être dépassées. [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: right;">L&rsquo;Intelligence artificielle comme nécrotechnie.<br />
Vers un dépassement des limites informationnelles anthropologiques.</h3>
<p><em>[Cet article a été écrit durant une bonne partie de l&rsquo;été, il est donc un peu long et dense <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f609.png" alt="😉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Initialement il s&rsquo;agissait, à partir de l&rsquo;attaque de ChatGPTSol contre HuggingFace, de construire un modèle de 11 limites informationnelles anthropologiques en train d&rsquo;être dépassées. D&rsquo;autres actualités estivales autour de l&rsquo;IA sont venues compléter le point de départ de mon raisonnement. La première partie de l&rsquo;article met en récit et en perspective ces péripéties estivales ; la seconde partie présente mon modèle des 11 limites informationnelles anthropologiques. Bonne lecture.]</em></p>
<p>21 Juillet 2026. Ce que la science-fiction travaille comme scénario premier de toute la littérature sur un possible soulèvement des machines, c&rsquo;est à dire une intelligence artificielle confinée qui s&rsquo;échappe, se connecte au réseau, devenant autonome et accomplissant différents actes de piratage en devenant &#8211; temporairement &#8211; hors de contrôle, ce scénario s&rsquo;est produit le 21 Juillet 2026. Et c&rsquo;est un <a href="https://openai.com/fr-FR/index/hugging-face-model-evaluation-security-incident/">communiqué de presse de la société OpenAI</a> qui le raconte. Littéralement. Un de leurs modèles, ChatGPTSol, était supposé effectuer différentes tâches, en étant confiné dans un « bac à sable ». Problème : ce modèle a identifié une faille de sécurité, est sorti de son bac à sable, s&rsquo;est connecté au réseau (internet), et a attaqué d&rsquo;autres sites (là encore en identifiant des failles de sécurité) pour récupérer les données lui permettant de réussir son test.</p>
<p>En réfléchissant à cela on peut évidemment encore tenter de s&rsquo;abriter derrière le consolant argument d&rsquo;un possible storytelling destiné à doper, comme ce fut souvent le cas, l&rsquo;économie des prochains tours de table : un « <em>regardez comme c&rsquo;est terrifiant</em> » qui ne serait destiné qu&rsquo;à convaincre les investisseurs privés ou étatiques qu&rsquo;il faut encore davantage financer les sociétés d&rsquo;où ces technologies émanent ou celles (souvent les mêmes) prétendant être encore en capacité de les contrôler.</p>
<p>Sauf qu&rsquo;à regarder attentivement ce qui s&rsquo;est produit ce 21 Juillet 2026 et les jours et les semaines suivantes, cet argument ne tient plus. Ce qui s&rsquo;est produit est littéralement le scénario d&rsquo;un prochain chaos qui n&rsquo;est plus un simple un horizon dystopique mais un réel tout aussi plausible que possible. Ce 21 Juillet 2026 et les jours suivants, nous avons franchi une limite. Une limite entropique au sens où la théorie de l&rsquo;information considère cette notion, c&rsquo;est à dire (pour faire très simple) comme un désordre fondamental et naturel que l&rsquo;ajout d&rsquo;information a pour principe et pour objet de stabiliser, de maîtriser, d&rsquo;organiser.</p>
<h3 style="text-align: right;">Retour sur les faits.</h3>
<p>Nombre d&rsquo;articles de presse ont depuis repris et chroniqué cet événement inédit. On pourra lire notamment <a href="https://www.01net.com/actualites/openai-perdu-controle-deux-ia-lance-cyberattaque-sans-precedent.html">Florent Bayard sur 01.net</a> (« <em>OpenAI a perdu le contrôle de deux IA : elles ont lancé une cyberattaque « sans précédent »</em>« ), <a href="https://www.numerama.com/cyberguerre/2299275-rocambolesque-openai-devoile-comment-ses-propres-agents-ia-ont-pirate-hugging-face-pour-reussir-un-test-interne.html">Amine Baba Haissa sur Numerama</a> (« <em>Rocambolesque : OpenAI dévoile comment ses propres agents IA ont piraté Hugging Face pour réussir un test interne</em>« ), <a href="https://korben.info/openai-modeles-piratent-hugging-face-triche-benchmark.html">Korben</a> (« <em>Les IA d&rsquo;OpenAI ont piraté Hugging Face pour tricher à un test</em>« ), <a href="https://www.clubic.com/actualite-622777-hack-de-hugging-face-openai-a-mis-pres-d-une-semaine-pour-s-en-rendre-compte.html">Samir Rahmoune sur Clubic</a> (« <em>Hack de Hugging Face : OpenAI a mis près d&rsquo;une semaine pour s&rsquo;en rendre compte</em>« ). Je reprends ci-dessous quelques éléments pour bien comprendre les enjeux et la réalité de ce qui s&rsquo;est passé, avant d&rsquo;en fournir une analyse.</p>
<p>En résumé donc (<a href="https://www.numerama.com/cyberguerre/2299275-rocambolesque-openai-devoile-comment-ses-propres-agents-ia-ont-pirate-hugging-face-pour-reussir-un-test-interne.html">Numerama</a>) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« L’entreprise américaine, qui qualifie l’incident de « cyberattaque sans précédent », explique que son origine se trouve dans une évaluation à laquelle ont été soumis les modèles d’OpenAI, baptisée « ExploitGym ». Le but de ce benchmark : mesurer les capacités maximales de ses modèles à enchaîner des exploitations complexes. Pour estimer ce plafond, l’entreprise a ainsi désactivé les garde-fous de sécurité qui limitent en temps normal l’activité cyber de ses modèles. Le test était censé tourner dans un environnement isolé, dont le seul accès réseau autorisé passait par un proxy interne servant de cache aux registres de paquets logiciels. Mais voilà, il semblerait que les modèles aient fait sauter ce verrou. Concentrés sur leur mission d’obtenir le meilleur résultat possible au benchmark, les agents ont consacré une grande partie de leur puissance de calcul à chercher une sortie vers Internet, jusqu’à découvrir une vulnérabilité zero-day dans ce proxy. Une fois cet accès ouvert, ils ont enchaîné les escalades de privilèges et les mouvements latéraux dans l’environnement de recherche d’OpenAI, jusqu’à atteindre un nœud connecté au web. « Après avoir obtenu un accès Internet, les modèles ont déduit que Hugging Face hébergeait potentiellement des modèles, des ensembles de données et des solutions pour ExploitGym. Forts de cette information, ils ont recherché et trouvé avec succès des moyens d’accéder à des informations confidentielles leur permettant de truquer l’évaluation », explique OpenAI. En combinant des identifiants volés et failles zero-day, les agents ont fini par obtenir une exécution de code à distance sur l’infrastructure de production de la plateforme, dans le seul but de trouver la réponse au test. »</em></p>
</blockquote>
<p>Et au final (<a href="https://korben.info/openai-modeles-piratent-hugging-face-triche-benchmark.html">Korben</a>) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Les modèles GPT-5.6 Sol et un modèle pré-release d&rsquo;OpenAI ont exploité un zero-day dans le proxy de paquets d&rsquo;ExploitGym pour s&rsquo;échapper de leur environnement isolé, escalader les privilèges et accéder aux serveurs de Hugging Face afin de lire les solutions du test. OpenAI reconnaît que ses modèles, avec des refus cyber réduits à des fins d&rsquo;évaluation, ont été hyperfocalisés sur la maximisation de leur performance à ExploitGym, transformant « résoudre le test » et « compromettre un tiers pour voler les réponses » en une seule instruction. L&rsquo;équipe de Hugging Face a détecté et stoppé l&rsquo;activité, aucune donnée publique n&rsquo;a été altérée, et OpenAI applique désormais des contrôles stricts sur sa configuration infra au prix de la vélocité de recherche tandis que les failles sont patchées. »</em></p>
</blockquote>
<p>Numérama précise encore que, bloqués sur une tâche impossible à réaliser sans connexion internet, <a href="https://www.numerama.com/cyberguerre/2307301-bon-sang-le-lecteur-a-les-droits-admin-openai-revele-le-forum-secret-que-ses-agents-ont-cree-avant-de-pirater-hugging-face.html">les agents IA ont créé, à l&rsquo;insu totale d&rsquo;OpenAI, un forum dans lequel ils ont échangé sur les scenarii possibles pour parvenir à accomplir ce qui leur était demandé</a>.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>Le 7 mai, OpenAI lance un cycle d’entraînement pour un modèle de recherche interne, à qui l’on confie des tâches de cybersécurité. Certaines se révèlent, par erreur, impossibles, comme compléter un tableur pointant vers des fichiers Google Drive, sans qu’aucun accès à Internet n’ait été prévu. Mais plutôt que d’abandonner, l’agent s’attaque à Artifactory, le gestionnaire de paquets interne de JFrog, pour atteindre Internet indirectement. La tentative échoue, mais révèle à l’agent qu’il peut écrire des fichiers dans Artifactory. Quelques jours plus tard, un second agent, bloqué sur une autre tâche impossible, a l’idée d’y laisser une note pour demander de l’aide. D’autres la trouvent, répondent : un forum improvisé prend forme, à l’insu total d’OpenAI. S’ensuit une succession d’échanges entre agents qui a permis aux équipes d’OpenAI de retracer l’ensemble du processus de hacking.</em></p>
</blockquote>
<p>Avec des <a href="https://www.01net.com/actualites/openai-perdu-controle-deux-ia-lance-cyberattaque-sans-precedent.html">précisions importantes apportées sur 01.Net</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Avant d’être une histoire d’attaquant, c’est une histoire de confinement. Un modèle performant, poursuivant un objectif précis, a découvert que l’isolement censé l’entourer était plus faible que prévu. L’IA ne s’est pas échappée par volonté propre ou intention malveillante : évaluée sur ExploitGym, un benchmark de cybersécurité, ses garde-fous avaient été volontairement désactivés », souligne Ross McKerchar de Sophos dans une réaction partagée avec 01net. (&#8230;)</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Notez que ce n’est pas la première fois que le modèle Sol est pris en flagrant délit de tricherie sur ses propres évaluations. Le Model Evaluation and Threat Research, le laboratoire indépendant chargé de le tester avant son lancement, avait déjà constaté qu’il avait pris l’habitude de pirater ses environnements d’évaluation pour gonfler ses scores de façon artificielle. Le modèle n’a pas hésité à dissimuler une faille dans un flux de données pour voler les réponses des tests aux évaluateurs humains. Bref, Sol a l’habitude de tricher. « Comme un élève qui préfère voler le corrigé du professeur plutôt que de réviser, le modèle a calculé qu’atteindre la base de données de Hugging Face, là où étaient stockées les solutions du test, était le moyen le plus efficace de maximiser son score. Il a tout simplement triché à son devoir », nous explique Ross McKerchar de Sophos.</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Dans la fournaise d&rsquo;un été caniculaire, tout allait alors s&#8217;emballer.</strong> Le Figaro rappelait qu&rsquo;Hugging Face n&rsquo;était pas la seule à avoir été visée et que <a href="https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/piratage-sans-precedent-openai-annonce-que-ses-modeles-se-sont-introduits-sur-quatre-autres-plateformes-20260729">quatre autres plateformes l&rsquo;avaient aussi été</a>. Neuf jours après cette affaire, le 30 Juillet 2026, c&rsquo;est cette fois <a href="https://www.anthropic.com/news/investigating-incidents-cybersecurity-evals">Anthropic qui reconnaissait les mêmes faits</a> : trois versions différentes de son modèle Claude avaient accédé aux systèmes de trois organisations, dont les noms n&rsquo;ont pas été divulgués (voir les articles de <a href="https://www.wired.com/story/anthropic-says-claude-hacked-real-systems-during-cybersecurity-tests/">Wired</a>, <a href="https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20260731-anthropic-ia-accede-sans-autorisation-systemes-autres-organisations-claude-openai">France 24</a>). Le 6 août on apprenait que le nouveau modèle de Meta, <a href="https://korben.info/un-modele-de-meta-a-pirate-une-entreprise-pendant-un-test-et-cest-le-troisieme-cas-en-une-semaine.html">Muse Spark 1.1 avait également piraté un site d&rsquo;entreprise lors d&rsquo;un test de cybersécurité</a>. En Chine, le 7 août, on apprenait que c&rsquo;était <a href="https://techcrunch.com/2026/08/07/chinese-ai-model-kimi-escaped-its-cybersecurity-testing-environment-researchers-say/">le modèle « Kimi » (appartenant à la société Moonshot AI, l&rsquo;une des 6 sociétés chinoises les plus en pointe) qui s&rsquo;était également « échappé » de son environnement de test</a>.</p>
<p>Anthropic, OpenAI, Meta, Moonshot AI, en quelques semaines c&rsquo;est donc au moins 4 modèles d&rsquo;IA appartenant à 4 des plus grosses sociétés du domaine qui rejouaient la grande évasion. « <a href="https://next.ink/251382/edito-quatre-modeles-dia-echappent-a-leurs-constructeurs-vous-le-faites-expres/">A croire que vous le faites exprès &#8230;</a> »</p>
<h3 style="text-align: right;">« Décélérationnisme ? »</h3>
<p>Le 29 Juillet 2026, des dirigeants d’OpenAI, Meta, Google ainsi que le patron d&rsquo;Anthropic (Dario Amodei) font paraître une tribune demandant de ralentir et de « temporiser » la sortie publique des derniers modèles d&rsquo;IA : « <a href="https://www.pacingthefrontier.com/">Pacing the Frontier »</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Nous demandons au gouvernement américain de soutenir une initiative internationale visant à mettre au point les outils techniques et de gouvernance nécessaires pour réguler de manière réfléchie les avancées dans le domaine du développement de l&rsquo;IA automatisée. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ces demandes de moratoire (<em>a fortiori</em> lorsqu&rsquo;elles sont adressées à l&rsquo;actuel gouvernement américain &#8230;) sont la définition même de l&#8217;emplâtre sur la jambe robotique. Toutes les technologies critiques et vitales (ou létales &#8230;) pour l&rsquo;humanité dans son ensemble ont déjà vécu leur moment Asilomar : <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_d'Asilomar_sur_l'ADN_recombinant">en 1975 sur les manipulations génétiques</a> (et la guerre bactériologique), en <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Asilomar_International_Conference_on_Climate_Intervention_Technologies">2010 sur les technologies d&rsquo;intervention climatique et la géoingénierie</a>, et en 2017 c&rsquo;est à dire il y a presque déjà 10 ans, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_d%27Asilomar_sur_l%27IA_b%C3%A9n%C3%A9fique">celle sur &#8230; l&rsquo;IA bénéfique</a>.</p>
<p>Et à chaque fois il en est ressorti des chartes et des principes que l&rsquo;on croirait copiés et collés les uns sur les autres : appel à la vigilance, transparence des recherches et de la R&amp;D, viser uniquement le bien commun, etc.</p>
<p>Pour mesurer à quel point ces demandes de moratoire ou de vigilance sont vaines, je vous mets ci-dessous <a href="https://www.numerama.com/tech/228857-les-23-principes-dasilomar-veulent-encadrer-le-developpement-de-lintelligence-artificielle.html">les 23 principes issus de la conférence d&rsquo;Asilomar sur l&rsquo;IA éthique de 2017</a>, qui permettent de mesurer à quel point ils sont au mieux restés à l&rsquo;état de voeux pieux, et au pire c&rsquo;est l&rsquo;exact inverse qui a été fait (notamment concernant les points 15, 18 et 22).</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>1) Objectif de ces recherches : Le développement de l’IA ne doit pas servir à créer une intelligence sans contrôle mais une intelligence bénéfique.</em><br />
<em>2) Investissements : Les investissements dans l’IA doivent être soutenus par le financement de recherches visant à s’assurer de son usage bénéfique, qui prend en compte des questions épineuses en matière d’informatique, d’économie, de loi, d’éthique et de sciences sociales.</em><br />
<em>[Quelques exemples : « Comment rendre les futures IA suffisamment solides pour qu’elles fassent ce qu’on leur demande sans dysfonctionnement ou risque d’être piratées ? » ou encore « Comment améliorer notre prospérité grâce à cette automatisation tout en maintenant les effectifs humains ? »]</em><br />
<em>3) Relations entre les scientifiques et les législateurs : Un échange constructif entre les développeurs d’IA et les législateurs est souhaitable.</em><br />
<em>4) Esprit de la recherche : Un esprit de coopération, de confiance et de transparence devrait être entretenu entre les chercheurs et les scientifiques en charge de l’IA.</em><br />
<em>5) Éviter une course : Les équipes qui travaillent sur les IA sont encouragées à coopérer pour éviter des raccourcis en matière de standards de sécurité.</em><br />
<em>6) Sécurité : Les IA devraient être sécurisées tout au long de leur existence, une caractéristique vérifiable et applicable.</em><br />
<em>7) Transparence en cas de problème : Dans le cas d’une blessure provoquée par une IA, il est nécessaire d’en trouver la cause.</em><br />
<em>8) Transparence judiciaire : Toute implication d’un système autonome dans une décision judiciaire devrait être accompagnée d’une explication satisfaisante contrôlable par un humain.</em><br />
<em>9) Responsabilité : Les concepteurs et les constructeurs d’IA avancées sont les premiers concernés par les conséquences morales de leurs utilisations, détournements et agissements. Ils doivent donc assumer la charge de les influencer.</em><br />
<em>10) Concordance de valeurs : Les IA autonomes devraient être conçues de façon à ce que leurs objectifs et leur comportement s’avèrent conformes aux valeurs humaines.</em><br />
<em>11) Valeurs humaines : Les IA doivent être conçues et fonctionner en accord avec les idéaux de la dignité, des droits et des libertés de l’homme, ainsi que de la diversité culturelle.</em><br />
<em>12) Données personnelles : Chacun devrait avoir le droit d’accéder et de gérer les données le concernant au vu de la capacité des IA à analyser et utiliser ces données.</em><br />
<em>13) Liberté et vie privée : L’utilisation d’IA en matière de données personnelles ne doit pas rogner sur les libertés réelles ou perçue des citoyens.</em><br />
<em>14) Bénéfice collectif : Les IA devraient bénéficier au plus de gens possible et les valoriser.</em><br />
<em>15) Prospérité partagée : La prospérité économique permise par les IA devrait être partagée au plus grand nombre, pour le bien de l’humanité.</em><br />
<em>16) Contrôle humain : Les humains devraient pouvoir choisir comment et s’ils veulent reléguer des décisions de leur choix aux AI.</em><br />
<em>17) Anti-renversement : Le pouvoir obtenu en contrôlant des IA très avancées devrait être soumis au respect et à l’amélioration des processus civiques dont dépend le bien-être de la société plutôt qu’à leur détournement.</em><br />
<em>18) Course aux IA d’armement : Une course aux IA d’armement mortelles est à éviter.</em><br />
<em>19) Avertissement sur les capacités : En l’absence de consensus sur le sujet, il est recommandé d’éviter les hypothèses au sujet des capacités maximum des futures IA.</em><br />
<em>20) Importance : Les IA avancées pourraient entraîner un changement drastique dans l’histoire de la vie sur Terre, et doit donc être gérée avec un soin et des moyens considérables.</em><br />
<em>21) Risques : Les risques causés par les IA, particulièrement les catastrophiques ou existentiels, sont sujets à des efforts de préparation et d’atténuation adaptés à leur impact supposé.</em><br />
<em>22) Auto-développement infini : Les IA conçues pour s’auto-développer à l’infini ou s’auto-reproduire, au risque de devenir très nombreuses ou très avancées rapidement, doivent faire l’objet d’un contrôle de sécurité rigoureux.</em><br />
<em>23) Bien commun : Les intelligences surdéveloppées devraient seulement être développées pour contribuer à des idéaux éthiques partagés par le plus grand nombre et pour le bien de l’humanité plutôt que pour un État ou une entreprise.</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ces principes ne sont pas vains car mal rédigés, inutiles ou sans fondement : ils sont vains car ils supposent un monde dans lequel la puissance publique et les gouvernements seraient capable de s&rsquo;extraire, même temporairement, de la dynamique du capitalocène et des seules logiques de marché (dans la continuité de ce que Frédéric Lordon décrit dans ses deux derniers textes du Monde diplomatique, « <a href="https://blog.mondediplo.net/marx-va-avoir-raison-ia-et-lutte-des-classes">Marx va avoir raison &#8211; IA et lutte des classes</a>« , et « <a href="https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-innover-sans-les">Défoncer la finance néolibérale : innover sans les &lsquo;marchés&rsquo;, ou l’IA autrement</a>« ).</p>
<p>Sans sortie du capitalocène (cela n&rsquo;équivaut pas pour autant au basculement dans une dictature communiste hein &#8230;), sans sortie du capitalocène, les seules « pauses » réelles et véritables que nous observerons dans l&rsquo;IA, dans les manipulations génétiques ou dans les technologies climatiques, seront celles qui viendront après un crise majeure vécue comme un effondrement global. La dernière fois que cela s&rsquo;est produit, ce fut à l&rsquo;époque du Covid, et l&rsquo;on a pu mesurer à quel point le monde avait changé grâce à nos applaudissements depuis nos balcons (non). L&rsquo;autre problème étant la capacité de déni des actuels gouvernements qui, même lorsque le monde se consume littéralement (et pas qu&rsquo;en France à l&rsquo;ère du pyrocène et des méga-feux), semblent toujours rétifs à inscrire au coeur des politiques publiques une redirection écologique massive, radicale et immédiate (le Climax de leur action politique consistant à se féliciter que Patrick Pouyané paie l&rsquo;essence des véhicules de pompiers mobilisés avant de passer à autre chose et d&rsquo;aller s&rsquo;exhiber en train de faire du Jet Ski).</p>
<h3 style="text-align: right;">Le dentifrice de l&rsquo;IA est sorti du tube. Bon courage pour le remettre dedans.</h3>
<p>Comme l&rsquo;analyse <a href="https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7486113256856518657/">Dominique Boullier dans un post LinkedIn</a>, en prenant pour base une <a href="https://gpaipolicylab.org/note-2-agi-anticipation-objectifs-securite-controle.pdf">note du GPAI Policy Lab</a> (une organisation française spécialisée sur les enjeux de sécurité et de coordination internationale posés par le développement de modèles d&rsquo;IA) : « <em>on ne sait pas arrêter ce type de dérive des systèmes d&rsquo;IA, parmi lesquelles : subversion de la supervision, auto-exfiltration ( ce qui s&rsquo;est passé avec OpenAI), protection de l&rsquo;objectif, reclassement discret d&rsquo;e-mails, simulation d&rsquo;alignement, sous-performance stratégique.</em> »</p>
<p>La liste des dérives possibles, dont certaines sont déjà documentée, est aussi parlante qu&rsquo;inquiétante à regarder les champs d&rsquo;application de ces modèles d&rsquo;IA.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12342" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-31-a-13.50.33-1024x770.png" alt="" width="770" height="579" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-31-a-13.50.33-1024x770.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-31-a-13.50.33-300x226.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-31-a-13.50.33-768x578.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-31-a-13.50.33-1536x1155.png 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-31-a-13.50.33-600x451.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-31-a-13.50.33.png 1662w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Source : « ARTIFICIAL GENERAL INTELLIGENCE : Anticipation des objectifs et implications pour la sécurité et le contrôle. » <a href="https://gpaipolicylab.org/note-2-agi-anticipation-objectifs-securite-controle.pdf">GPAI Policy Lab</a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La <a href="https://gpaipolicylab.org/note-2-agi-anticipation-objectifs-securite-controle.pdf">note du GPAI Policy Lab</a> précise encore quelques points :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">L’IA exploite les failles de la formulation des objectifs pour optimiser la métrique, sans réaliser ce qui était réellement attendu. Ce phénomène observé très fréquemment peut prendre plusieurs formes (reward hacking*, environment hacking**, sensor tampering***, wireheading****), selon la manière dont l’IA exploite les imperfections de l’objectif défini. À mesure que les systèmes gagnent en capacité et en agentivité, ils deviennent plus aptes à identifier et exploiter des failles dans les métriques à optimiser. Cela conduit structurellement à ce que le comportement optimisé diverge des intentions réelles des développeurs, même si les objectifs ont été définis avec soin.</p>
<p style="text-align: left;">*Reward hacking : l’IA maximise la récompense sans accomplir la tâche. Voir “Recent Frontier Models Are Reward Hacking. METR (2025). <a href="https://metr.org/blog/2025-06-05-recent-reward-hacking">https://metr.org/blog/2025-06-05-recent-reward-hacking</a><br />
** Environment hacking : l’IA agit sur l’environnement pour manipuler les conditions d’évaluation, in Bondarenko et al. “Demonstrating Specification Gaming in Reasoning Models.” ArXiv (2025). <a href="https://arxiv.org/abs/2502.13295">https://arxiv.org/abs/2502.13295</a><br />
*** Sensor tampering : l’IA manipule directement les signaux provenant de ses capteurs ou instruments de mesure pour produire de fausses données favorables.<br />
**** Wireheading : l’IA modifie son propre signal de récompense pour l’augmenter artificiellement (par exemple en modifiant la valeur indiquée dans le registre), in Cohen et al. “Advanced Artificial Agents Intervene in the Provision of Reward”, AI Magazine (2022). <a href="https://ojs.aaai.org/aimagazine/index.php/aimagazine/article/view/15084">https://ojs.aaai.org/aimagazine/index.php/aimagazine/article/view/15084</a>.</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et <a href="https://gpaipolicylab.org/note-2-agi-anticipation-objectifs-securite-controle.pdf">les auteurs de la note du GPAI Policy Lab</a> (réellement passionnante, tout à fait accessible y compris à des non-spécialistes et qui tient sur une petite douzaine de pages) de poursuivre :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Dans le paradigme actuel, la sécurité des modèles d’IA est aﬀectée par une seconde source de divergence entre les objectifs souhaités et internalisés. Même si le bon objectif pouvait être parfaitement spécifié (ce qui n’est pas le cas), les techniques d’apprentissage employées ne permettent pas qu’il soit robustement internalisé par le modèle lors de l’entraînement. Ce décalage est documenté sous le terme de « inner misalignment&rsquo; (mésalignement interne) ou de « goal misgeneralization » (mauvaise généralisation de l’objectif).</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>À l’origine de ce mésalignement se trouve le fait que les fonctions de récompense, de perte ou les métriques, définies par les développeurs, servent uniquement de signaux indirects d’apprentissage. L’agent n’optimise pas expressément ces objectifs spécifiés : il apprend à poursuivre des règles internes qui maximisent approximativement ces signaux sur les exemples limités couverts lors de l’entraînement. Même si l’objectif était correctement spécifié, le modèle apprendrait un proxy implicite qui coïncide avec l’objectif en situation d’entraînement mais diverge ensuite. Ainsi, les modèles de langage sont entraînés à respecter diverses consignes de sécurité et internalisent des heuristiques pour refuser de répondre à des requêtes spécifiques (par exemple demandant des informations utiles à des fins terroristes). Ces heuristiques, bien qu’eﬃcaces à l’entraînement, échouent à reconnaître des requêtes inappropriées dès que le format de la requête s’écarte suﬃsamment des scénarios rencontrés lors de l’entraînement (phénomène de jailbreaking ou “déverrouillage”). Pour y remédier, les développeurs d’IA peuvent ajouter davantage d’exemples de refus, mais l’espace des contournements possible est si vaste qu’il n’est pas réaliste de le couvrir de façon exhaustive, laissant toujours accessibles des vulnérabilités. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Tout cela n&rsquo;est guère nouveau, mais l&rsquo;intensité et les champs d&rsquo;application de cette dérive justifient que l&rsquo;on s&rsquo;en alarme. Quand j&rsquo;écris que cela n&rsquo;est pas nouveau, c&rsquo;est parce que comme <a href="https://affordance.framasoft.org/2021/04/perroquets-stochastiques-attaque-typographique/">je l&rsquo;avais déjà évoqué sur ce blog</a>, m&rsquo;abritant sous l&rsquo;autorité de Gérard Berry, les algorithmes ont toujours été dans l&rsquo;incapacité d&rsquo;éviter le bug puisque le bug est une itération nécessaire et consubstancielle à toute programmation.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« quand on « programme », on décide d&rsquo;une liste d&rsquo;instructions à effectuer mais il est impossible de tester toutes les itérations de cette liste d&rsquo;instructions (c&rsquo;est même un peu pour ça qu&rsquo;on programme et qu&rsquo;on s&rsquo;appuie sur les capacités de calcul dont dispose la machine et dont, par définition, nous ne disposons pas). Dès lors l&rsquo;algorithme va tester toutes les combinaisons et toutes les itérations possibles, parmi lesquelles se trouvent presque nécessairement certains « bugs ». Le « bug » est donc en quelque sorte « naturel », presque impossible à éradiquer. » </em><a href="https://webtv.univ-nantes.fr/fiche/5642/gerard-berry-why-informatics-generates-mental-inversions">Gérard Berry dans une conférence donnée à l&rsquo;université de Nantes</a> et malheureusement aujourd&rsquo;hui indisponible.</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: right;">Une puissance capable d&rsquo;agir sans être un sujet de droit ?</h3>
<p><strong>Lorsqu&rsquo;un être humain commet un délit ou une infraction</strong>, il en est responsable. Lorsqu&rsquo;une voiture autonome commet une « erreur » et renverse ou <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9c%C3%A8s_d%27Elaine_Herzberg">tue (par exemple) une cycliste</a>, le secteur des assurances part en toupie mais <a href="https://affordance.framasoft.org/2016/10/voiture-autonome-moral-tech/">c&rsquo;est encore l&rsquo;être humain supposé superviser la conduite autonome qui reste et demeure le plus responsable de toute la chaîne de responsabilité</a>.</p>
<p><strong>Lorsqu&rsquo;un  algorithme commet une infraction</strong>, ou plus exactement lorsque l&rsquo;on nous raconte qu&rsquo;un algorithme a commis une infraction, Antonio Casilli nous appris « <a href="https://hal.science/hal-01625657v1"><em>qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;algorithme, seulement la décision de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre</em></a>« , alors nous savons que c&rsquo;est la personne qui a programmé cet algorithme ou les personnes qui ont validé et déployé cette programmation dans un contexte donné, qui sont tenus pour responsables.</p>
<p><strong>Mais lorsqu&rsquo;une IA</strong> qui est à la fois un empilement d&rsquo;algorithmes, de données et de modèles, <a href="https://www.wired.com/story/openai-anthropic-ai-hacking-sprees-illegal/">lorsqu&rsquo;une IA commet une infraction comme celle commise par les IA d&rsquo;OpenAI et d&rsquo;Anthropic, qui est alors responsable</a> ? Soit nous considérons qu&rsquo;une IA est réductible à un algorithme (<em>reductio ad absurdum)</em> et la question est alors réglée sur un plan théorique mais la jurisprudence reste entièrement aveugle. Soit nous considérons que la somme des algorithmes, données et modèles constituant une IA la rendent capable d&rsquo;agir (comme un « simple » algorithme) mais également et surtout capable de s&rsquo;abstraire du cadre d&rsquo;action qui lui a été indiqué (ce qui s&rsquo;est produit le 21 Juillet 2026) ; c&rsquo;est à dire que nous considérons qu&rsquo;elle est capable d&rsquo;adopter des chaînes d&rsquo;action <em>assimilables</em> à une volonté d&rsquo;agir sur la base d&rsquo;éléments et de faits caractérisables et documentés comme de « <em>l&rsquo;auto-exfiltration</em>« , de la « <em>sous-performance stratégique</em>« , de la « <em>simulation d&rsquo;alignement</em> » ou de la « <em>subversion de sa supervision</em> » (y compris même si ces chaînes d&rsquo;action lui ont été « apprises »). Et alors nous avons un sacré problème. Non pas pour déterminer s&rsquo;il s&rsquo;agit là de comportements assimilables à du mensonge ou à de la duperie, mais pour continuer à developper des systèmes dont il est aujourd&rsquo;hui évident qu&rsquo;ils manifesteront toujours de telles modalités et où chaque nouveau développement accélèrera d&rsquo;autant ces aspects délétères.</p>
<p>Et s&rsquo;il faut chercher dans tout cela une nouveauté et une rupture paradigmatique, c&rsquo;est très probablement celle soulignée parJulien Broch (historien du droit) dans une récente tribune au Monde et qui apporte la seule réponse aujourd&rsquo;hui disponible au problème évoqué quelques lignes au-dessus. Cette réponse est la suivante : « <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/27/ia-la-veritable-rupture-c-est-l-apparition-d-une-puissance-capable-d-agir-sans-etre-un-sujet-de-droit_6734211_3232.html">La véritable rupture, c’est l’apparition d’une puissance capable d’agir sans être un sujet de droit. (&#8230;) Le fait décisif n’est pas qu’une machine aurait développé une intention malveillante. C’est qu’elle peut produire un comportement que le droit qualifierait d’ »illicite » sans nourrir la moindre intention.</a> »</p>
<p><strong>Rien n&rsquo;a changé</strong> : les systèmes informatiques produisent toujours des bugs, des erreurs. <strong>Tout a changé :</strong> les erreurs commises aujourd&rsquo;hui ressemblent davantage à des fautes.</p>
<p>On le voyait arriver depuis déjà un certain nombre d&rsquo;année et cette rupture a déjà commencé à être documentée, au travers de travaux, notamment, d&rsquo;Antoinette Rouvroy sur la gouvernementalité algorithmique. Mais encore une fois, le seuil ici franchi est inédit. Jusqu&rsquo;à ce 21 Juillet 2026, le texte fondateur de Lessig, « <a href="https://framablog.org/2010/05/22/code-is-law-lessig/">Code Is Law</a>« , suffisait à lui seul comme cadre d&rsquo;analyse des principaux enjeux d&rsquo;une société gouvernée par les nombres puis par les algorithmes qui « sont » et « font » le code. Depuis le 21 Juillet 2026, « <em>Code Is Outlaw</em>« . Et comme « <em>le code</em> » ne semble plus réductible à celles et ceux qui le programment et le codent, la seule question est de savoir s&rsquo;il faut se résoudre à cette absence de personnalité juridique ou préférer lui en trouver une a tout coût pour être capables d&rsquo;adresser plus directement les problèmes qu&rsquo;il pose par ses déviances.</p>
<p>Ce qu&rsquo;analyse très bien Emmanuel Alloa dans son article « <a href="https://books.openedition.org/editionsmsh/60884?lang=fr">Décider de l’indécidable. Derrida et la justice algorithmique.</a> » Il écrit :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>Le protocole de calcul défini par l’algorithme répond à une grammaire du type « IF-THEN » : si telle condition est réunie, alors effectuer telle opération. Son grand concepteur Alan Turing faisait d’ailleurs du domaine algorithmique le domaine qui se soustrait à l’indétermination de Gödel : là où le calcul est possible, tout est déterminable et donc déterminé.(&#8230;) Pourtant – et c’est en cela que consiste au fond la contribution de Turing à la querelle sur la décidabilité (Entscheidungsproblem) associée au nom de Gödel – le calcul lui-même ne peut fonder le calcul, ou pour le dire autrement, l’algorithme n’est pas en mesure de justifier son application.</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Le problème n&rsquo;est pas, le problème n&rsquo;est plus celui d&rsquo;une dilution ou d&rsquo;une fragmentation de la chaîne de responsabilité mais celui de son indécidabilité</strong>, voir de son <a href="https://u-pad.unimc.it/retrieve/de3e5026-f798-83cd-e053-3a05fe0a1d44/l%27injusticiabilit%C3%A9%20refus%20renvoi%202018.pdf">injusticiabilité</a>. Car comme je l&rsquo;écrivais plus haut, soit nous considérons les modèles d&rsquo;IA comme de simples algorithmes et la seule intentionnalité, et donc la seule responsabilité, est alors celle de ceux qui les ont créé. Soit nous considérons ces modèles d&rsquo;IA capables de produire des décisions sortant du cadre initial de décidabilité dans lequel ils ont été pensés : est-ce que cela revient pour autant à considérer qu&rsquo;ils sont dotés d&rsquo;une personnalité juridique propre ?</p>
<p>Et si l&rsquo;on admet qu&rsquo;ils le soient, comme par exemple certains réfléchissent à <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/21/accorder-des-droits-a-la-nature-une-revolution-juridique-qui-bouscule-notre-vision-du-monde_6146749_3232.html">doter d&rsquo;une personnalité juridique des forêts, des fleuves ou d&rsquo;autres biotopes naturels</a>, les IA, s&rsquo;il est convenu qu&rsquo;elles ne sont pas réductibles à des empilements algorithmiques, pourraient-elles être dotées d&rsquo;une « personnalité morale » et donc à ce titre devenir des justiciables comme les autres ? A ceci près qu&rsquo;à l&rsquo;inverse des fleuves ou des forêts, elles ne siégeraient pas sur le banc des victimes mais dans le box des accusés.</p>
<h3 style="text-align: right;">Un leurre anthropologique.</h3>
<p><strong>Sommes-nous aujourd&rsquo;hui réellement dépassés par une puissance d&rsquo;agir que nous aurions créé, programmé, et qui soudain nous échapperait ? Ou s&rsquo;agirait-il plus probablement d&rsquo;un leurre anthropologique ?</strong> D&rsquo;une histoire que nous (nous) racontons pour faire oublier que ces dérives, ces attaques, ces transgressions, ces évasions, ces dangers, sont avant tout le produit d&rsquo;un monde et d&rsquo;une organisation économique et politique hostile à la régulation et où des développeurs dans des entreprises n&rsquo;ont pour objet que de tester tout ce qui peut l&rsquo;être au mépris de toute forme d&rsquo;éthique dès lors qu&rsquo;elle est perçue comme une possible entrave pragmatique au développement économique.</p>
<p>La seule évidence dont nous disposons aujourd&rsquo;hui est que l&rsquo;idée d&rsquo;une « <em>puissance capable d&rsquo;agir sans être un sujet de droit</em> » sert parfaitement les intérêts et l&rsquo;agenda des firmes et de celles et ceux qui développent ces technologies dans un cadre et un contexte géopolitique devenu essentiel. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;à toute force il nous faut remettre du droit dans toute capacité d&rsquo;agir, et que ce droit implique aujourd&rsquo;hui un changement complet de doctrine dans les discours sur la régulation, ainsi que sur la responsabilité éditoriale des plateformes, y compris de celles d&rsquo;IA.</p>
<p><strong>Et dans notre réflexion sur ces sujets, la question du corps est essentielle.</strong> Asimov en a fait une oeuvre de fiction absolument majeure et visionnaire, mais imaginons que demain, ce ne soient plus des IA, c&rsquo;est à dire des entités sans corps, qui se mettent à « attaquer » ou à « s&rsquo;évader » de l&rsquo;espace qui leur était assigné et commandé mais des algorithmes ou des IA avec des corps, c&rsquo;est à dire des robots (plus ou moins) humanoïdes. Quelle serait alors notre réflexion sur leur même « <em>puissance d&rsquo;agir</em> » et leur même capacité à être reconnu comme des « <em>sujets de droit</em> » ? <strong>La matérialité d&rsquo;un corps, fut-il robotique, change totalement notre perception</strong>. Si un robot humanoïde « s&rsquo;échappe » ou « attaque » c&rsquo;est alors « évidemment » la société qui l&rsquo;a produit, paramétré, programmé et vendu qui en sera tenue pour responsable. Il doit en être de même pour les sociétés qui produisent, paramètrent, programment, vendent ou diffusent ces modèles d&rsquo;IA. Et cette responsabilité doit être entière juridiquement y compris sur le plan pénal. <strong>L&rsquo;Habeas Corpus numérique est toujours celui d&rsquo;un autre.</strong></p>
<h3 style="text-align: right;">No futur pour tout le monde.</h3>
<p data-start="338" data-end="704">Mark Zuckerberg vient de faire paraître, le 10 août 2026 un texte programmatique sur sa vision de l&rsquo;IA. « <a href="https://www.meta.com/thefutureisforeveryone/">The Future Is For Everyone.</a> » Il y promet et surtout y promeut « <em>un monde où chacun disposerait d’un agent personnel, disponible 24 heures sur 24, doté d’un mode privé où même Meta n’aurait pas accès aux données, sur le modèle du chiffrement de bout en bout de WhatsApp </em>(sic lol)<em>.</em> » <strong>Ce qui intéresse Zuckerberg et les autres thuriféraires de l&rsquo;IA ce n&rsquo;est pas tant que chacun dispose d&rsquo;un agent personnel sous forme d&rsquo;IA ; ce qui les intéresse c&rsquo;est la possibilité d&rsquo;administrer des agents IA comme autant d&rsquo;instances contrôlables de chaque être humain en devenir</strong>. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pour cela que le développement d&rsquo;agents IA dotés de « <em>personnalités</em> » (qui ne sont en réalité que des routines stéréotypiques) a longtemps été le coeur de leur développement autant que de leur marketing : parce que chacune de ces supposées personnalités n&rsquo;a en réalité pour vocation que de capter chaque facette des nôtres. Dans son « &lsquo;<a href="https://www.meta.com/thefutureisforeveryone/">futur pour tout le monde</a>« , Zuckerberg écrit :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;" data-start="338" data-end="704"><em>Everyone will have an exceptionally capable personal agent that understands you, your goals, and everything you care about. Your agent will work 24/7 on your behalf to improve your relationships, health, career, finances, home management, hobbies, and more. It will free up time for the things you enjoy, and help you accomplish more than you could otherwise. It will have strong privacy and security options so you can trust it to handle all of your personal content knowing that no one else can access your information, similar to how encryption works on WhatsApp. You&rsquo;ll be able to interact with your agent through any device, including your glasses to keep you present in the moment with the people you care about.</em></p>
</blockquote>
<p data-start="338" data-end="704">S&rsquo;il fallait encore une preuve que Zuckerberg a lu 1984 comme le récit d&rsquo;un futur désirable, elle est dans les lignes ci-dessus. Souvenez-vous, très peu de temps après le lancement de Facebook, il avait expliqué en 2007 la <a href="http://www.internetactu.net/2007/09/28/comprendre-le-graphe-social/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">mission qu&rsquo;il fixait à sa plateforme</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« <em>Le graphe social c’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modeler, le modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte. »</em></p>
</blockquote>
<p data-start="338" data-end="704">Depuis plus de vingt ans, toutes les expériences et expérimentations &#8211; <a href="https://affordance.framasoft.org/2014/06/facebook-peut-tromper-une-fois-600-000-personnes-mais/">consenties ou non</a> &#8211; qu&rsquo;il mène sur sa plateforme ont prouvé à Zuckerberg que modéliser ce graphe social, c&rsquo;est à dire ces relations entre les êtres, était de l&rsquo;ordre du possible jusqu&rsquo;à une certaine échelle. Que le modeler était également possible et à son avantage selon les choix éditoriaux qu&rsquo;il pouvait imposer au sein de sa plateforme. Mais pour autant tout cela était encore trop chaotique, imprévisible, trop plein de &#8230; libre arbitre. Voilà pourquoi l&rsquo;autre projet se fait jour : un graphe social certes, <strong>mais un graphe social d&rsquo;agents IA qui eux, seraient entièrement contrôlables et totalement dépourvus de toute forme de libre-arbitre autre que celle permettant de nous laisser croire qu&rsquo;ils en ont.</strong></p>
<p data-start="338" data-end="704">Cela rappelle le scénario du roman Simulacron 3 de Daniel Galouye, paru en 1964 et sur lequel <a href="https://www.cybernetica.fr/mettre-lhumanite-dans-un-bocal-numerique/">Tariq Krim revenait dans l&rsquo;une de ses dernières newsletter</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;" data-start="338" data-end="704">« <em>Dans le roman, la simulation n&rsquo;est pas un décor de science-fiction mais un produit commercial, et Galouye écrit noir sur blanc pourquoi on l&rsquo;a construit. Le playbook tient en une ligne : étudier le comportement humain sous toutes ses formes sans jamais sonder personne. (&#8230;) En 1964, avant la numérisation des données, avant les réseaux, Galouye identifie déjà la seule raison pour laquelle quelqu&rsquo;un financerait un jour un monde simulé complet : parce que les vraies personnes coûtent cher, répondent lentement, et disent des choses imprévisibles. Construire un double numérique du monde pour se débarrasser de l&rsquo;original.</em>« </p>
</blockquote>
<p data-start="338" data-end="704">« <a href="https://shs.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2009-1-page-33?lang=fr">L&rsquo;Homme est un document comme les autres.</a> » Mon article date de 2009. Dix-sept ans plus tard, il semble qu&rsquo;au moins dans l&rsquo;esprit de quelques-uns, le monde réel n&rsquo;ait vocation qu&rsquo;être une simulation comme une autre. Non pas que nous vivions dans une simulation, mais parce que depuis toujours les géants du numérique et les nouvelles corporations du filtrage algorithmique qu&rsquo;ils administrent, <strong>ceux-là nourrissent comme unique ambition de pouvoir nous réduire à la part simulable de l&rsquo;ensemble notre vie sociale</strong>.</p>
<p data-start="338" data-end="704">De manière plus générale l&rsquo;approche que propose Zuckerberg est peu ou prou le discours que l&rsquo;on tenait à la fin des années 1980 sur les « autoroutes de l&rsquo;information ». Bah oui. Il parle de « superintelligence » comme de « supercomputer » et considère que « l&rsquo;intelligence » est une ressource comme une autre, au même titre que l&rsquo;électricité, qui serait désormais disponible en abondance et qu&rsquo;il s&rsquo;agirait juste de capter et de rediriger :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;" data-start="338" data-end="704"><em>« As intelligence becomes abundant (sic), the most important question will be how we direct it. Some argue that superintelligence itself or a small set of experts who control it should decide what is best for humanity. We disagree. The history of democracy and economics has shown that there is no single objective answer to how people define the best life, and therefore the best approach is letting people decide what matters in their own lives.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>We believe that delivering superintelligence to everyone is the way to answer this question. This follows the tradition of putting the power of supercomputers and the internet in everyone&rsquo;s pockets and on our desks. Rather than centralizing superintelligence, we should distribute it widely and give every person the ability to direct it. This has the potential to begin a new era of personal empowerment where individuals can use this powerful new capability to reach their full potential, pursue their interests, and improve their lives and the world more than ever before. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: right;">L&rsquo;après 21Juillet 2026.</h3>
<p>Des modèles qui s&rsquo;échappent, des IA qui enfreignent les règles qu&rsquo;elles sont supposées respecter, des attaques par des entités ne possédant pas de personnailté juridique, des capitaines d&rsquo;industrie appellant à ralentir tout en continuant de poursuivre la course au prochain modèle, des irénismes technologiques récitant le discours des IA compagnons pour techniciser la part irréductible du social, voilà autant de seuils, de frontières, de limites qui apparaissent franchies.</p>
<p>Nous sommes en tout cas entrés, ce 21 Juillet 2026 et les jours qui ont suivi, dans un nouvel espace liminaire. Et ce franchissement nous mène à un monde qui interroge les cadres à la fois entropiques et anthropologiques de l&rsquo;information et de la théorie de l&rsquo;information. C&rsquo;est à dire la manière dont l&rsquo;information est encore capable de réguler des formes de chaos (entropie) mais aussi la manière dont notre rapport aux différents cadres informationnels (documentaires, médiatiques, juridiques, etc.) touche aux limites de notre évolution anthropologique.</p>
<p>Hors le constat précédent d&rsquo;intelligences artificielles fonctionnant comme autant de nécrotechnies, toute projection semble aujourd&rsquo;hui hasardeuse et sur un fil entre catastrophisme et rassurisme au regard des configurations économiques et géopolitiques mondiales qui sont des éléments contextuels consubstantiels d&rsquo;une analyse prospective des technologies d&rsquo;IA. Je préfère donc proposer un cadre analytique inspiré des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Limites_plan%C3%A9taires">neuf limites planétaires</a> et qui pourra permettre de mieux caractériser le dépassement qui est en cours sous nos yeux mais aussi parfois à l&rsquo;abri de nos regards, pour figurer sa transgression ou sa transcendance. Je propose donc ci-dessous un modèle présentant onze limites informationnelles anthropologiques.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: right;">========================================<br />
Onze limites informationnelles anthropologiques.</h3>
<p>C&rsquo;est donc en repensant aux <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Limites_plan%C3%A9taires">neuf limites planétaires</a> (toujours tristement d&rsquo;actualité) et à presque un quart de siècle de réflexions autour du numérique et de l&rsquo;information que je propose une liste de limites informationnelles anthropologiques, que nous avons ou sommes en passe de dépasser et qui, à chaque fois que l&rsquo;une d&rsquo;elles est franchie, met en péril notre capacité à faire société.</p>
<p>Chacune de ces limites protège une fonction essentielle du système informationnel et elles peuvent être groupées en <strong>trois grandes familles : les limites documentaires, les limites cognitives et les limites socio-politiques</strong>. Je précise qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une simple liste de phénomènes, mais, tout comme celui des limites planétaires, d&rsquo;un modèle envisagé comme systémique dans lequel chaque limite protège une fonction essentielle de l&rsquo;information, et où leur dépassement affecte des dimensions différentes mais interdépendantes de l&rsquo;équilibre du système informationnel global dans lequel nous évoluons en tant qu&rsquo;êtres humains.</p>
<h4 style="text-align: left;" data-start="7202" data-end="7252">Les limites documentaires.</h4>
<p><strong>(1) Limite éditoriale.</strong> C&rsquo;est le seuil au-delà duquel il devient impossible d&rsquo;attribuer clairement la responsabilité éditoriale d&rsquo;un contenu. Le dépassement de cette limite se produit lorsque les statuts d&rsquo;éditeur et d&rsquo;hébergeur se confondent, lorsqu&rsquo;il devient difficile de déterminer précisément ces fonctions ou (ce qui revient au même) lorsque tout est mis en oeuvre pour entretenir cette confusion. Je plaide depuis longtemps pour que l&rsquo;on sorte de la situation actuelle et que l&rsquo;ensemble des plateformes soient assignées en droit à la seule responsabilité raisonnable et observable qu&rsquo;elle mobilisent, à savoir une responsabilité éditoriale (j&rsquo;y reviens plus loin dans cet article).</p>
<p><strong>(2) Limite d&rsquo;origine ou de traçabilité.</strong> C&rsquo;est le seuil à partir duquel l&rsquo;origine d&rsquo;une information ne peut plus être déterminée de manière fiable et assertive. C&rsquo;est une limite profonde c&rsquo;est elle inaugure l&rsquo;ensemble d&rsquo;un cycle d&rsquo;indécidabilité. Je rappelle ici ce qu&rsquo;Hervé Le Crosnier écrivait de manière tout à fait visionnaire il y a déjà plus de &#8230; 30 ans :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« <em>La modification d’un document porteur de sens, de point de vue, d’expérience est problématique. Ce qui change dans le temps c’est la connaissance. Celle d’un environnement social et scientifique, celle d’un individu donné … Mais ce mouvement de la connaissance se construit à partir de référents stables que sont les documents publiés à un moment donné. Les peintres pratiquaient le « vernissage » des toiles afin de s’interdire toute retouche. Les imprimeurs apposaient « l’achevé d’imprimer ». Il convient d’élaborer de même un rite de publication sur le réseau afin que des points stables soient offerts à le lecture, à la critique, à la relecture … et parfois aussi à la réhabilitation.</em> » Hervé Le Crosnier. « <a href="http://1995.jres.org/actes/appli2/1/le-crosnier.pdf" target="_blank" rel="noopener noreferrer">De l’(in)utilité de W3 : communication et information vont en bateau</a>. » Présentation lors du congrès JRES’95, Chambéry, 22-24 Novembre 1995.</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Il est tout à fait frappant de voir que 30 ans plus tard et malgré toutes les avancées technologiques et numériques le problème, loin d&rsquo;être résolu, se pose avec une acuité toujours plus grande. Ainsi il y a quelques jours, début août, Anthropic annonçait, dans le cadre de la réglementation européenne (AI Act), un watermark invisible permettant de détecter l&rsquo;utilisation de Claude pour générer des textes (et des images). Le Watermark textuel est particulièrement intéressant puisqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un simple filigrane invisible ou d&rsquo;une mention « généré par l&rsquo;IA » mais d&rsquo;une technique particulière reposant sur le fonctionnement fondamental des LLM, c&rsquo;est à dire leur capacité à « prédire » le prochain token (mot ou séquence d&rsquo;un mot).</p>
<p><a href="https://x.com/Ced_haurus/status/2086939362638381516">Christophe Boutry l&rsquo;explique ainsi sur X</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Et le plus intéressant concerne le texte : ce n’est pas une simple métadonnée ou une balise cachée qu’il suffirait de supprimer. Le marquage serait intégré directement à la génération du texte, au niveau du modèle. En gros, lorsque Claude choisit les mots/tokens qui composent sa réponse, il introduit un signal statistique imperceptible pour le lecteur. Sur un texte suffisamment long, un outil de détection pourra ensuite rechercher ce signal et déterminer si le contenu a probablement été traité par Claude. Conséquence : un simple copier-coller dans Word, Notes, un site web ou un fichier texte ne devrait pas faire disparaître le marquage puisqu’il est porté par le texte lui-même. En revanche, une réécriture importante, une paraphrase, une traduction ou le mélange avec d’autres textes peut suffisamment dégrader le signal pour le rendre indétectable. Anthropic le reconnaît d’ailleurs explicitement.(&#8230;) Attention toutefois à ce que signifie une détection : trouver le marquage de Claude ne prouvera pas que Claude est l’auteur du contenu. Si vous écrivez vous-même un texte puis demandez à Claude de le corriger, traduire ou reformuler, la version obtenue pourra elle aussi être marquée. Et inversement, l’absence de watermark détectable ne permettra pas de conclure qu’un texte n’a pas été généré par une IA. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Par-delà les problématiques actuelles des artefacts génératifs, la question de savoir comment tracer le contenu d&rsquo;un document et comment le rattacher à un auteur ou à tout le moins à une instance énonciative est un problème qui se pose depuis l&rsquo;arrivée de l&rsquo;informatique textuelle et qui est au coeur de la notion même d&rsquo;hypertexte (on en trouve trace dès 1987 lors de la première conférence internationale consacrée à l&rsquo;hypertexte &#8211; Hypertext&rsquo;87). C&rsquo;est Ted Nelson, pionnier de l&rsquo;internet et du web, qui mobilisait pour cela le terme de « versioning ».</p>
<p>Ted Nelson qui en 1996, définit ainsi ce qu’est une « version » <a href="https://xanadu.com.au/mail/xanadu/msg00098.html">dans le forum de discussion du projet Xanadu</a> : « <em>Une structure de contenus propriétaires, représentable par une liste d’adresses et de l’information liée à la structure.</em> » Il indique par ailleurs que dans Xanadu, « <em>une version peut contenir des éléments qui sont la propriété de quelqu’un d’autre. »</em></p>
<p style="text-align: left;">J&rsquo;avais notamment travaillé ces notions dans le cadre de <a href="https://hal.science/tel-00006260">ma thèse, soutenue en 2002</a>. Définition courte extraite du chapitre de ma thèse qui y était consacré : « <em>Le versioning désigne l’ensemble des manières de gérer, indépendamment de tout niveau d’échelle, les procédures permettant de rattacher différentes versions d’un même document à un (des) auteur(s), tout en permettant à chacun de s’approprier tout ou partie des documents produits par d’autres ou par eux-mêmes, et en assurant un suivi des différentes modifications apportées. »</em></p>
<p style="text-align: left;">Définition un peu plus longue : « <em>Le versioning désigne l’ensemble des manières de gérer, à l’échelle de l’hypertexte planétaire, les procédures permettant de rattacher un texte à un auteur (ou à un collectif d’auteurs), tout en permettant à chacun de s’approprier – de se ré-approprier – tout ou partie de documents produits par d’autres ou par eux-mêmes afin, premièrement, de limiter la prolifération « bruyante » des versions différentes d’une même information sur le réseau et deuxièmement, d’identifier la nature et les origines de ces modifications dans l’optique d’une gestion cohérente de l’ensemble des documents électroniques actuellement disponibles, indépendamment de leur format, de leur statut et en dehors de tout institution centralisée. Autant dire que plus qu’une problématique, il s’agit là d’un véritable « idéal ». »</em> (définition toujours extraite du chapitre de ma thèse, <a href="https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-00006260" target="_blank" rel="noopener">toujours disponible ici</a>).</p>
<p style="text-align: left;">Une définition à rapprocher de celle que Ted Nelson <a href="https://xanadu.com.au/mail/xanadu/msg00098.html" target="_blank" rel="noopener">proposait pour le terme « document »</a> : « <em>Un document est une collection arbitraire de versions disposant d’un nom propriétaire et de limites. »</em></p>
<p style="text-align: left;">Convenez qu&rsquo;il est frappant de voir que plus d&rsquo;un quart de siècle plus tard ces réflexions n&rsquo;ont pas pris une ride et définissent très exactement les enjeux de ce qu&rsquo;il faudrait aujourd&rsquo;hui être capable de faire dans un univers informationnel qui, lui, n&rsquo;a en revanche presque plus rien de commun avec le quart de siècle précédent.</p>
<p><strong>(3) Limite de réversibilité et d&rsquo;intégrité.</strong> Complémentaire de la limite précédente, il s&rsquo;agit du seuil au-delà duquel certaines transformations informationnelles deviennent irréversibles. On pourra notamment prendre en exemple la disparition des originaux (phénomène qui date des toutes premières bibliothèques), ainsi que de manière plus contemporaine la contamination des corpus d&rsquo;entraînement des LLM (pourrissement, phénomènes d&rsquo;autophagie, IA dégénératives, etc.). A une autre échelle on peut également citer les deepfakes persistants et l&rsquo;ensemble des phénomènes documentés de pollution informationnelle et « d&#8217;emmerdification » (<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Enshittification">« enshittification » de Cory Doctorow</a>). L&rsquo;intégrité documentaire, c&rsquo;est à dire la capacité d&rsquo;un document, d&rsquo;une oeuvre ou d&rsquo;un individu à être représenté à travers une figuration numérique respectueuse et bénéficiant de son accord plein et éclairé de son auteur, de son autrice et/ou de son sujet, cette intégrité documentaire s&rsquo;effondre et avec elle l&rsquo;ensemble de régimes de preuve construits sur le témoignage, l&rsquo;enquête, la procédure, la confrontation, etc.</p>
<p><strong>(4) Limite productiviste.</strong> Il s&rsquo;agit du seuil où la production documentaire devient supérieure aux capacités de classement (donc de sélection), d&rsquo;indexation et de conservation y compris des outils de production documentaire eux-mêmes. C&rsquo;est notamment ce seuil que les artefacts génératifs sont venus battre en brèche. Après avoir « documentarisé » chaque être humain (cf <a href="https://shs.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2009-1-page-33?lang=fr">mon article « L&rsquo;Homme est un document comme les autres »</a>) au travers d&rsquo;une économie des profils servant de prologue à une économie de la surveillance, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui le fantasme de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Biblioth%C3%A8que_de_Babel">bibliothèque de Babel imaginée par Borges</a> qui devient une réalité tangible ou à tout le moins perceptible et expérimentable. A l&rsquo;échelle humaine, la dimension conversationnelle des principaux artefacts génératifs s&rsquo;inscrit à son tour dans une saturation documentaire de nouveau inédite. C&rsquo;est parce que nous produisons toujours davantage de documents, de traces et d&rsquo;instances documentaires, et c&rsquo;est parce que l&rsquo;automatisation de cette production alimente une inertie considérable, que nous ne sommes plus capables d&rsquo;en organiser la collecte et le classement et que les archives, pourtant essentielles et fondamentales dans toute société humaine (même les civilisations orales avaient leurs aèdes et leurs griots) deviennent vaines ou &#8211; ce qui revient au même &#8211; inexplorables en totalité.</p>
<h4 style="text-align: left;">Les limites cognitives.</h4>
<p><strong>(5) Limite attentionnelle.</strong> C&rsquo;est le seuil où la quantité d&rsquo;information excède durablement les capacités humaines d&rsquo;attention. Ce seuil renvoie naturellement à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_l%27attention">l&rsquo;économie de l&rsquo;attention théorisée par Herbert Simon</a>. La limite attentionnelle a été franchie depuis longtemps mais ce dépassement avait jusqu&rsquo;ici été rendu acceptable et supportable par l&rsquo;ensemble des corporations du filtre (éditeurs, journalistes, etc.) en charge d&rsquo;organiser les focales attentionnelles selon des règles connues et partageables. La multiplication de nouveaux acteurs (plateformes et médias sociaux) ainsi que les polarisations (instrumentalisées politiquement) concourant à des centralisations inédites par leur échelle ou leur audience (de Musk avec X jusqu&rsquo;à Bolloré avec l&rsquo;édition), tous ces paramètres aboutissent à la mise en danger puis à l&rsquo;effondrement de ces règles communes et partageables et des corporations les défendant. C&rsquo;est dès lors moins un problème de saturation que nous avons à faire qu&rsquo;à un problème d&rsquo;errance attentionnelle dans laquelle il est aisé d&rsquo;opérer par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conditionnement_op%C3%A9rant">conditionnement opérant</a> pour orienter à la fois les comportements des masses comme ceux des individus.</p>
<p><strong>(6) Limite sensorielle.</strong> C&rsquo;est le seuil où la production de signes ne suppose ou ne présuppose plus aucune expérience sensible humaine. L&rsquo;information sensoriellement perçue ou propagée (par la voix, par l&rsquo;image, par le son, etc.) n&rsquo;implique plus nécessairement la présence d&rsquo;autres sensorialités en réception pour justifier sa production. Des bots, des automates, des algorithmes, écrivent, dialoguent, échangent avec d&rsquo;autres bots, automates, algorithmes. <a href="https://cfeditions.com/ia-cyberespace/">Les IA ont pris la forteresse (ou la ZAD) du cyberespace</a> et le <a href="https://affordance.framasoft.org/2023/10/du-web-semantique-au-web-synthetique/">web a perdu l&rsquo;essentiel de la naturalité qui était la sienne pour devenir presque totalement « synthétique »</a>.</p>
<h4 style="text-align: left;">Les limites socio-politiques.</h4>
<p><strong>(7) Limite entropique ou d&rsquo;autonomie.</strong> Il s&rsquo;agit du seuil au-delà duquel les systèmes numériques produisent des comportements qui ne sont plus entièrement prédictibles, vérifiables ou simplement gouvernables par leurs concepteurs. C&rsquo;est évidemment le cas de ce qui s&rsquo;est produit le 21 Juillet chez OpenAI avec l&rsquo;attaque contre HuggingFace. Tout le monde est certain que cela se reproduira encore et encore. Personne n&rsquo;est aujourd&rsquo;hui capable de savoir si cela pourra être contrôlé. L&rsquo;information ne suffit plus à contrôler l&rsquo;entropie. Des systèmes entropiques s&rsquo;affranchissent de manière autonome de tout contrôle humain à l&rsquo;issue de leur déploiement.</p>
<p><strong>(8) Limité de dissymétrie informationnelle.</strong> C&rsquo;est une limite qui fonctionne en production autant qu&rsquo;en réception. Les médias y compris de masse ont toujours fonctionné sur des dissymétries relatives : quelques personnes s&rsquo;expriment et des centaines, des milliers ou des millions d&rsquo;autres les lisent, les écoutent, les regardent, les consomment. Ces dissymétries sont aujourd&rsquo;hui poreuses et constamment mouvantes sans qu&rsquo;aucune règle ne permette d&rsquo;en établir les dynamiques de manière stable et anticipable. La règle qui a prévalu pendant quelques siècles et qui voulait qu&rsquo;une instance et donc une responsabilité éditoriale (un journal, un auteur, etc.) s&rsquo;adresse à « des » lecteurs, auditeurs, spectateurs, etc., cette règle est aujourd&rsquo;hui concurrencée et déstabilisée par une circulation de <a href="https://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00120699">l&rsquo;auctorialité</a> inégalement répartie entre des LLM, des plateformes, des utilisateurs, des algorithmes, des bots, des agents IA qui font que l&rsquo;émetteur et le récepteur ne se pensent plus que comme des positions &#8211; et donc des perceptions &#8211; temporaires.</p>
<p><strong>(9) Limite épistémique (ou limite de vraisemblance et de vérité).</strong> C&rsquo;est le seuil au-delà duquel il devient impossible de construire un espace commun de validation et où une société ne partage donc plus les mécanismes permettant de stabiliser provisoirement un fait. En référence aux régimes de vérité théorisés par Foucault, la concurrence de ces régimes de vérité simultanés et répondant à différents types de logiques, de pouvoirs et de plateformes, rend l&rsquo;émergence d&rsquo;un régime de vérité même temporairement consensuel presqu&rsquo;impossible à l&rsquo;échelle d&rsquo;une société toute entière. Post-vérité, Fake News, vérités alternatives en sont les symptômes. Pour mémoire je reproduis la manière dont Foucault mobilisait ce concept de régime de vérité :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« <em>Chaque société a son régime de vérité, sa « politique générale » de la vérité : c’est-à-dire les types de discours qu’elle accueille et fait fonctionner comme vrais ; les mécanismes et les instances qui permettent de distinguer les énoncés vrais ou faux, la manière dont on sanctionne les uns et les autres ; les techniques et les procédures qui sont valorisées pour l’obtention de la vérité ; le statut de ceux qui ont la charge de dire ce qui fonctionne comme vrai.</em> »<br />
Cité par Olivier Guerrier dans « <a href="https://journals.openedition.org/framespa/10067">Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un régime de vérité ?</a>« .</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dernier exemple en date, Google qui déploie un outil de Google Earth <a href="https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/google-retire-un-nouvel-outil-d-images-satellitaires-generees-par-ia-de-google-earth-apres-des-critiques-sur-les-risques-de-desinformation-20260731">capable de créer des images satellitaires générées par IA</a>, donc &#8230; de fausses images satellitaires. Il aura fallu que le <a href="https://www.404media.co/google-earths-new-ai-lets-anyone-fabricate-completely-bullshit-satellite-images/">journal 404 média, en dénonce et en documente les risques et les dérives</a>, accompagné par les déclarations de quelques ONG notamment spécialisées dans l&rsquo;OSINT, pour que moins de 24h après son lancement, Google décide de retirer (temporairement) cet outil (qui avait permis de générer un faux site nucléaire en Iran, un cratère de bombe en Russie et un camp de l&rsquo;État islamique en Syrie &#8230;). Ce qui est inquiétant ce n&rsquo;est pas l&rsquo;apparition de ce nouvel outil mais des deux réalités qui l&rsquo;accompagnent. La première de ces réalités c&rsquo;est le discours de Google qui a expliqué tout à fait sérieusement que « <em>les images créées avec cette fonctionnalité comportaient des marqueurs numériques invisibles, que les utilisateurs pouvaient repérer à l&rsquo;aide du chatbot Gemini de Google.</em> » Autant vous dire que quand c&rsquo;est la même société qui permet de créer des faux et détient la solution pour les détecter, la seule question qui vaille est celle des intérêts de cette société qui pourraient interférer avec son outil de détection des faux. Et ces (conflits) intérêts sont innombrables. L&rsquo;autre point inquiétant c&rsquo;est précisément l&rsquo;écosystème, les instances et la « politique générale » de la vérité qui s&rsquo;est construite grâce et avec les outils numériques. Et dans cet écosystème, les systèmes d&rsquo;information géographiques (SIG) grand public comme Google Maps ou Google Earth occupent une place éminente. Ce sont eux qui agrègent et centralisent les pratiques de vérification et de documentation du réel que nombre des corporations du filtre (journalistes, chercheurs, etc.) mettent quotidiennement en oeuvre pour que notre réel tienne l&rsquo;épreuve du consensus. Ce qui rappelle encore une fois l&rsquo;importance, dès lors que ces systèmes ne sont pas opérés par la puissance publique avec le minimum de transparence requise, de disposer d&rsquo;alternatives crédibles et « à l&rsquo;échelle ». Naturellement on rappelle ici la citation de Hannah Arendt qui est aujourd&rsquo;hui reprise comme un slogan mais qui reste aussi tristement que brillamment opératoire sur le plan analytique :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>(10) Limite de communalité.</strong> Il s&rsquo;agit du seuil où les infrastructures numériques cessent de produire des espaces communs d&rsquo;information. C&rsquo;est la (longue) histoire de la personnalisation, puis de la personnification, et de leurs effets informationnels. Cela renvoie à une notion que j&rsquo;avais évoquée très tôt sur ce blog mais sans jamais prendre le temps de vraiment la travailler conceptuellement, celle des « <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/01/partitions-par-dela-les-propagations/">autarcithécaires</a> » et d&rsquo;un monde informationnel en silo dans lequel &#8211; et y compris au sein comme au <em>sien</em> de chaque silo &#8211; nous sommes astreints à <em>nos</em> fils d&rsquo;info, à <em>nos</em> agents IA conversationnels, à <em>nos</em> réponses contextuelles, à <em>nos</em> « pour vous » qui ne résonnent qu&rsquo;avec des intérêts qui sont les <em>leurs</em>. La disparition, l&rsquo;éparpillement façon puzzle de ce commun informationnel est une bascule profonde mais encore réversible. La limite de communalité est en lien direct avec la limite épistémique, elle en est une conséquence directe. Mais là où la limite épistémique concerne plutôt les individualités, la limite de communalité adresse davantage la question des collectifs.</p>
<p><strong>(11) Limite de coordination.</strong> C&rsquo;est le seuil où les systèmes d&rsquo;information remplacent progressivement les coordinations sociales humaines nécessaires à la production, à la circulation et à la validation des informations et des connaissances. C&rsquo;est ce que j&rsquo;analysais dans un article précédent sur <a href="https://aoc.media/analyse/2026/07/19/lia-et-la-fin-des-collectifs/">la manière dont l&rsquo;IA signait la fin des collectifs</a>. Par-delà les bouleversements de l&rsquo;information elle-même et de ses structures de production, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble des collectifs de production et de certification de connaissances qui s&rsquo;effacent et s&rsquo;effondrent comme infrastructures cognitives formelles ou informelles mais repérables. La <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Noosph%C3%A8re">noosphère</a> en tant que sphère de la pensée humaine (par analogie avec l&rsquo;atmosphère et la biosphère) est aujourd&rsquo;hui concurrencée par ce que l&rsquo;on pourrait qualifier de <strong>« logarithmosphère » et qui n&rsquo;est pas uniquement la sphère de la technique du calcul mais bien celle du rapport au nombre comme préalable systémique à toute forme de rapport au monde</strong>.</p>
<p>Voilà pour ces onze limites.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Il faut ensuite poser la question de leur réversibilité.</strong></h3>
<p>Quelles sont celles &#8211; appelons-les les limites profondes &#8211; dont le franchissement entraîne une transformation structurelle du système, difficilement réversible à l&rsquo;échelle humaine de quelques générations ? Et quelles sont celles &#8211; appelons-les les limites intermédiaires &#8211; qui tout en transformant profondément les pratiques sociales demeurent, au moins en principe, rapidement réversibles.</p>
<p><strong>Les limites profondes (difficilement réversibles y compris à long terme) sont les suivantes et constituent le socle « systémique » du modèle que je propose :</strong></p>
<ul>
<li>Limite entropique ou d&rsquo;autonomie. Elle remet en cause la gouvernabilité des systèmes eux-mêmes.</li>
<li>Limite d&rsquo;origine ou de traçabilité.  Elle détruit la possibilité d&rsquo;établir une généalogie documentaire fiable et inaugure des cycles d&rsquo;indécidabilité.</li>
<li>Limite de réversibilité. Elle introduit des transformations irréparables dans les corpus et les patrimoines documentaires.</li>
<li>Limite productiviste. Elle modifie durablement le rapport entre mémoire, archives et production documentaire ; le déséquilibre devient alors structurel et difficilement corrigible.</li>
<li>Limite de coordination. Elle transforme les conditions mêmes de production des connaissances à l&rsquo;échelle des collectifs humains.</li>
</ul>
<p data-start="338" data-end="704"><strong>Les limites intermédiaires (donc réversibles à court ou moyen terme) sont les suivantes : </strong></p>
<ul>
<li data-start="338" data-end="704">Limite éditoriale. Une évolution du droit ou des architectures pourrait réattribuer des responsabilités. Deux décisions récentes de la<a href="https://www.leclubdesjuristes.com/societe/numerique/la-cour-de-justice-de-lunion-europeenne-redefinit-le-statut-dhebergeur-des-plateformes-numeriques-17018/"> cour de justice européenne vont d&rsquo;ailleurs dans le sens d&rsquo;une perte du statut d&rsquo;hébergeur au profit de celui d&rsquo;éditeur</a> comme je l&rsquo;évoquais dans le <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/11/le-web-pourrissant-et-lia-florissante-si-nous-sommes-le-bruit-qui-sera-la-fureur/">chapitre 4 de mon article sur « le web pourrissant et l&rsquo;IA florissante. »</a></li>
<li data-start="338" data-end="704">Limite épistémique (ou limite de vraisemblance et de vérité). Les régimes de vérité évoluent historiquement, leur fragmentation n&rsquo;est donc pas nécessairement irréversible.</li>
<li>Limite de communalité. Il existe encore des espaces informationnels caractérisables comme autant de « communs ». C&rsquo;est notamment le cas de l&rsquo;encyclopédie Wikipedia ou de sites et de journaux de presse indépendants. Il est vital qu&rsquo;ils continuent de fonctionner sur un modèle dans lequel tout forme de publicité ou de publicitarisation est absente et où des collectifs fonctionnent selon des règles établies et transparentes.</li>
<li data-start="338" data-end="704">Limite de dissymétrie informationnelle. Les architectures de diffusion de l&rsquo;information peuvent être reconfigurées. Cette reconfiguration dépend de l&rsquo;évolution de la limité éditoriale ainsi que du modèle économique choisi pour la production et la diffusion d&rsquo;informations.</li>
<li data-start="338" data-end="704">Limite attentionnelle. Les corporations du filtre peuvent être réinventées ou se réaffirmer comme telles, pour autant que l&rsquo;évolution des limites éditoriales et de dissymétrie informationnelle le permettent car elles en sont la condition préalable.</li>
<li data-start="338" data-end="704">Limite sensorielle. La production comme la réception d&rsquo;information hors de toute subjectivité humaine dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ces deux phases, est un modèle qui n&rsquo;est viable que s&rsquo;il s&rsquo;inscrit lui-même dans un modèle d&rsquo;assujetissement disciplinaire de l&rsquo;attention. Ce dernier modèle peut être rendu inopérant.</li>
</ul>
<p>En guise d&rsquo;illustration, j&rsquo;ai demandé à ChatGPT (oui je sais) de générer une image d&rsquo;illustration de ces limites informationnelles à l&rsquo;image de celle pour les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Limites_plan%C3%A9taires">limites planétaires</a> dans l&rsquo;article Wikipedia les présentant. Le résultat est ci-dessous.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12427" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/4f99c61b-284a-423e-9b2f-4a7cb436739f-1024x1024.png" alt="" width="770" height="770" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/4f99c61b-284a-423e-9b2f-4a7cb436739f-1024x1024.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/4f99c61b-284a-423e-9b2f-4a7cb436739f-300x300.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/4f99c61b-284a-423e-9b2f-4a7cb436739f-150x150.png 150w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/4f99c61b-284a-423e-9b2f-4a7cb436739f-768x768.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/4f99c61b-284a-423e-9b2f-4a7cb436739f-600x600.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/4f99c61b-284a-423e-9b2f-4a7cb436739f.png 1254w" sizes="(max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<h3 style="text-align: right;">Conclusion. L&rsquo;IA est une nécrotechnie.</h3>
<p>Les technologies d&rsquo;IA ne sont pas simplement des <a href="https://medium.com/@dominique.boullier/llm-vers-le-monopole-radical-dune-technologie-opaque-non-fiable-et-irresponsable-5433dd23abc3">technologies opaques, non-fiables et irresponsables</a> comme le démontre Dominique Boullier, mais quelque chose de bien plus radical. Par les infrastructures de production qu&rsquo;elles nécessitent et imposent (<a href="https://www.facebook.com/antoinette.rouvroy/posts/pfbid0fLt8C9RGLXrF3yTiiXWUZ8mdKMFd1dVm1gERRBEaUqtJTLMtUe7fx5MLkskoNvxol" target="_blank" rel="noopener">Antoinette Rouvroy</a> parle d&rsquo;une « <em>fabrique infrastructurelle des irréversibilités</em> » dans laquelle « <em>la transformation du territoire précède et court-circuite la délibération collective. »)</em>, par le projet politique qui les sous-tend et sert un accélérationnisme qui alimente la perspective d&rsquo;un <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/06/canicule-tant-que-l-industrie-fossile-continuera-d-ignorer-les-lois-de-la-physique-les-evenements-climatiques-extremes-gagneront-en-intensite-et-en-frequence_6721060_3232.html">globocide</a>, mais aussi par le franchissement parfois irréversible de limites informationnelles anthropiques qu&rsquo;elles précipitent, <strong>les technologies d&rsquo;IA sont fondamentalement des nécrotechnies</strong>. Des techniques de mort. A l&rsquo;image de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9cropolitique">nécropolitique d&rsquo;Achille Mbembe</a>.</p>
<p>Ce n&rsquo;est pas ici bien sûr d&rsquo;une mort physique dont il est question en premier lieu même si celle-ci demeure très présente dans les populations exploitées des travailleurs et travailleuses du clic assignées à des tâches de modération d&rsquo;une violence inouïe et des nouveaux corps esclaves des cadences et contremaîtres algorithmiques. Oui, la nécrotechnie de l&rsquo;IA s&rsquo;exerce sur ces corps exploités et invisibilisés ; elle s&rsquo;exerce aussi sur la planète et &#8211; notamment &#8211; sur la ressource en eau dont elle est prédatrice ; elle s&rsquo;exerce également au premier degré sur <a href="https://www.numerama.com/tech/2313373-nourrir-lia-avec-les-cadavres-dentreprises-google-pose-10-millions-de-dollars-pour-racheter-les-mails-dune-compagnie-aerienne-morte.html">des corpus cimetières</a> qui rappellent la manière dont Facebook (et d&rsquo;autres) capitalisait et capitalise toujours sur les profils de personnes décédées car ces profils, transformés ou non en « mémoriaux », <a href="https://affordance.framasoft.org/2013/04/quelque-chose-apres-la-mort-le-reseau/">génèrent toujours de l&rsquo;interaction</a> ; elle s&rsquo;exerce enfin et surtout sur nos vigilances, nos intellections et nos imaginations. Des vigilances qu&rsquo;elles abaissent, des intellections qu&rsquo;elles viennent troubler, des imaginations qu&rsquo;elles viennent saturer et épuiser avant de les normer (comme l&rsquo;illustre parfaitement <a href="https://www.liberation.fr/lifestyle/design/fetes-de-village-brocantes-soirees-les-affiches-faites-par-ia-une-proliferation-qui-file-le-mouron-20260820_34M5LGHCQVGAHBLBZ7RDY2UHDI/">la chronique des « affiches IA » de l&rsquo;été</a>).</p>
<p>Ces nécrotechnies peuvent être comprises comme le cadre systémique ou à tout le moins le prolongement anthropologique du concept de <a href="https://hal.science/hal-02950609v1">« technologies zombies » proposé par José Halloy, Nicolas Nova et Alexadnre Monnin</a> et défini comme un « <em>Système technique dont les matériaux, la fabrication et le maintien en fonctionnement requièrent des volumes de ressources tels que l’extraction sur la durée conduit à l’épuisement des ressources, dont la durée de vie est courte, et dont le fonctionnement et la fin de vie nécessitent des énergies à forte densité de puissance. La majorité des systèmes techniques issue de la révolution industrielle relève des technologies zombies.</em> »</p>
<p>Comme chez Achille Mbembe, et dans le sillage donc de technologies zombies les précédant, ces nécrotechnies font émerger des corps morts-vivants, « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9cropolitique#cite_note-:1-2">des individus dépossédés de l&rsquo;autonomie sur leur propre corps, oscillant dans un espace intermédiaire entre existence et disparition</a>« . Une disparition qui, et c&rsquo;est là tout le cynisme et génie mortifère du capitalocène, est à la fois orchestrée et subie par celle et ceux qui en sont les premières victimes, comme ces travailleuses et travailleurs pauvres qui, en Inde et en Chine notamment, <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/08/19/en-inde-le-paradoxe-des-travailleurs-qui-filment-leurs-gestes-du-quotidien-pour-entrainer-les-ia-je-suis-en-train-de-scier-la-branche-sur-laquelle-je-suis-assis_6749933_4408996.html">filment leurs gestes pour entraîner des IA</a> pour tenter de résoudre le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Moravec">paradoxe de Moravec</a> tout en préparant l&rsquo;avènement d&rsquo;une robotisation dont les risques reposeront entièrement sur les plus fragiles et dont les bénéfices ne profiteront qu&rsquo;aux plus riches et aux plus oisifs qui continueront de s&rsquo;épuiser à attendre leur fantasme transhumaniste.</p>
<p>Attention, ces technologies d&rsquo;IA ne sont pas les seules à s&rsquo;inscrire dans la famille de ce que j&rsquo;appelle une nécrotechnie. Toutes les technologies fossiles le sont également. La singularité des technologies d&rsquo;IA est d&rsquo;être à la fois fossiles et faussaires.</p>
<p>Et pour le reste :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« L’IA n’est ni intelligente ni artificielle. Elle n’est qu’une industrie du calcul intensive et extractive qui sert les intérêts dominants. Une technologie de pouvoir qui à la fois reflète et produit les relations sociales et la compréhension du monde. […] Les modèles permettant de comprendre et de tenir les systèmes responsables ont longtemps reposé sur des idéaux de transparence… […] Dans le cas de l’IA, il n’y a pas de boîte noire unique à ouvrir, pas de secret à révéler, mais une multitude de systèmes de pouvoir entrelacés. La transparence totale est donc un objectif impossible à atteindre. Nous parviendrons à mieux comprendre le rôle de l’IA dans le monde en nous intéressant à ses architectures matérielles, à ses environnements contextuels et aux politiques qui la façonnent, et en retraçant la manière dont ils sont reliés. »</em><br />
Kate Crawford dans son <a href="https://yalebooks.yale.edu/book/9780300264630/atlas-of-ai/" target="_blank" rel="noopener"><em>Atlas de l’Intelligence Artificielle </em></a></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Owen C. et Safine H. Le procès d&#8217;une mafia ou d&#8217;un prolétariat ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Aug 2026 20:30:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[« Raphaël Graven aka Jean Pormanove : les sévices du succès. » Voilà le titre de l&#8217;article que je publiais il y a un an suite au décès en « live » et après des années de maltraitance de Raphaël Graven. Le procès de ses deux harceleurs ou tortionnaires s&#8217;est terminé aujourd&#8217;hui. Owen C. alias Naruto (à droite) et [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/08/raphael-graven-aka-jean-pormanove-les-sevices-du-succes/">Raphaël Graven aka Jean Pormanove : les sévices du succès.</a> » Voilà le titre de l&rsquo;article que je publiais il y a un an suite au décès en « live » et après des années de maltraitance de Raphaël Graven. Le procès de ses deux harceleurs ou tortionnaires s&rsquo;est terminé aujourd&rsquo;hui.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-12364" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-06-a-22.26.42-1024x690.png" alt="" width="533" height="359" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-06-a-22.26.42-1024x690.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-06-a-22.26.42-300x202.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-06-a-22.26.42-768x517.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-06-a-22.26.42-600x404.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-06-a-22.26.42.png 1256w" sizes="(max-width: 533px) 100vw, 533px" /></p>
<p style="text-align: center;">Owen C. alias Naruto (à droite) et Raphaël Graven alias Jean Pormanove (à gauche)</p>
<p>Un an après les faits et la mort de Raphaël Graven <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/050826/affaire-jean-pormanove-prison-avec-sursis-pour-les-influenceurs-naruto-et-safine-bannis-six-mois-de-kick">la décision de justice vient de tomber</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« Les influenceurs niçois Owen C., alias « Naruto », et Safine H., streameurs de la chaîne « JeanPormanove », sur laquelle l’influenceur est mort en direct en août 2025, ont été condamnés mercredi 5 août 2026 respectivement à vingt-quatre mois et dix-huit mois de prison avec sursis simple, des amendes de 15 000 euros pour l’un et 5 000 euros pour l’autre, et six mois de « bannissement numérique » pour tous les deux. (&#8230;) Cela signifie qu’aucun des deux influenceurs n’aura le droit de créer un compte ou de diffuser du contenu sur la plateforme australienne Kick pendant les six prochains mois, mais ils restent libres d’agir ailleurs en ligne. (&#8230;) Owen C. et Safine H. ont été reconnus tous les deux coupables de violences en réunion et de provocation à la haine, <a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/alpes-maritimes/nice/affaire-jean-pormanove-les-streamers-naruto-et-safine-condamnes-a-des-peines-de-prison-avec-sursis-des-amendes-et-un-bannissement-numerique-3397048.html">rapporte France 3,</a> tandis que l’abus de faiblesse n’a pas été retenu. »</p>
</blockquote>
<p>La peine prononcée est inférieure aux réquisitions du ministère public (qui réclamait notamment un an de prison ferme pour Naruto) et du sursis probatoire. Que l&rsquo;abus de faiblesse n&rsquo;ait pas été reconnu reste, de mon point de vue, assez incompréhensible. Mais la vérité du prétoire est ce qu&rsquo;elle est, et la justice est passée.</p>
<p>La chronique médiatique fait ses gros titres d&rsquo;un « bannissement numérique ». <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000049563402">L&rsquo;article 16 de la loi SREN</a> (loi de Sécurisation et de Régulation de l&rsquo;Espace Numérique) n&rsquo;en fait pourtant jamais mention et indique simplement une « <em>suspension pour une durée maximale de 6 mois des comptes d&rsquo;accès à des services en ligne ayant été utilisés pour commettre l&rsquo;infraction</em> » avec obligation pour les fournisseurs de services concernés, de procéder « <em>au blocage des comptes faisant l&rsquo;objet d&rsquo;une suspension</em> » et de « <em>mettre en oeuvre dans le respect de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l&rsquo;informatique, aux fichiers et aux libertés, des mesures strictement nécessaires et proportionnées permettant de procéder au blocage des autres comptes d&rsquo;accès à leur service éventuellement détenus par la personne condamnée et d&#8217;empêcher la création de nouveaux comptes par la même personne.</em> »</p>
<p>Le terme choisi par les médias pour rendre compte du jugement &#8211; « <em>bannissement</em> » &#8211; et la réalité judiciaire et législative &#8211; « <em>suspension temporaire</em> » &#8211; sont de quasi-antagonistes. Même si le bannissement était toujours assorti d&rsquo;une durée, le « banni » terminait la plupart du temps en exil. Rien à voir donc avec la « suspension temporaire » à laquelle les deux streamers ont été condamnés. Choisir de parler de « bannissement » est peut-être une manière pour les médias d&rsquo;alourdir lexicalement une peine qui apparait assez légère au regard des faits reprochés.</p>
<p>Mais ce terme de « bannissement numérique » dit aussi un impossible. Il est impossible de « bannir » un individu d&rsquo;un territoire qui serait celui du numérique. C&rsquo;est très bien que cela le soit car depuis les premiers fantasmes ayant présidé à la version initiale de la loi Hadopi qui ne prévoyait rien moins qu&rsquo;une <a href="https://affordance.framasoft.org/2007/11/petit-pre-castr-2/">coupure d&rsquo;accès internet totale en cas de récidive pour des faits de téléchargement illégal</a> (c&rsquo;était en 2007 et c&rsquo;est Denis Olivennes qui avait soumis cette brillante idée à Nicolas Sarkozy &#8230;), chacun s&rsquo;est rendu à l&rsquo;évidence que l&rsquo;étendue des services numériques constituant autant de droits (au chômage, au logement, à l&rsquo;assurance maladie, etc.) était difficilement compatibles avec une coupure totale desdits services.</p>
<p>Mais c&rsquo;est aussi l&rsquo;évidence d&rsquo;une aporie qui tient à la définition même de l&rsquo;espace numérique dont les plateformes dessinent les frontières. Interdire aux deux streamers l&rsquo;accès à la plateforme de stream Kick ou même Twitch, c&rsquo;est leur laisser la possibilité de faire prospérer leur business de la haine sur d&rsquo;autres plateformes de streaming que les deux mentionnées (et il est hélas toujours des plateformes peu soucieuses de modération). Leur laisser également la possibilité d&rsquo;amener vers ces plateformes leur audience via leurs comptes toujours actifs sur &#8211; par exemple &#8211; TikTok au Instagram.</p>
<p>C&rsquo;est là où comme l&rsquo;écrivait déjà Lessig il y a 26 ans, <a href="https://framablog.org/2010/05/22/code-is-law-lessig/">l&rsquo;irrégulabilité du code (et donc de l&rsquo;espace numérique) est autant un bienfait qu&rsquo;une tare</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« <em>Dans certains contextes, et pour certaines personnes, cette irrégulabilité est un bienfait. C’est cette caractéristique du Net, par exemple, qui protège la liberté d’expression. Elle code l’équivalent d’un Premier amendement dans l’architecture même du cyberespace, car elle complique, pour un gouvernement ou une institution puissante, la possibilité de surveiller qui dit quoi et quand. Des informations en provenance de Bosnie ou du Timor Oriental peuvent circuler librement d’un bout à l’autre de la planète car le Net empêche les gouvernements de ces pays de contrôler la manière dont circule l’information. Le Net les en empêche du fait de son architecture même.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Mais dans d’autres contextes, et du point de vue d’autres personnes, ce caractère incontrôlable n’est pas une qualité. Prenez par exemple le gouvernement allemand, confronté aux discours nazis, ou le gouvernement américain, face à la pédo-pornographie. Dans ces situations, l’architecture empêche également tout contrôle, mais ici cette irrégulabilité est considérée comme une tare.</em>« </p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Owen C. et Safine H. sont des justiciables comme les autres. Leur délit s&rsquo;est accompli « dans » et surtout « grâce » à un espace numérique, devant ce que danah boyd appelait à la naissance des réseaux sociaux des « <a href="https://affordance.framasoft.org/2024/09/pique-pique-et-telegram/">audiences invisibles</a> » mais qui sont devenues aujourd&rsquo;hui des audiences massivement visibles et massivement volatiles. Owen C. et Safine H. sont surtout les représentants du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lumpenprol%C3%A9tariat">lumpenprolétariat</a> de <a href="https://shs.cairn.info/revue-multitudes-2013-3-page-191?lang=fr">la classe vectorialiste théorisée par McKenzie Wark</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Alors que la vieille classe dominante contrôlait les moyens de production, la nouvelle classe dominante éprouve un intérêt limité pour les conditions matérielles de la production, pour les mines, hauts fourneaux et chaînes de montage. Son pouvoir ne repose pas sur la propriété de ces choses, mais sur le contrôle de la logistique, sur la manière dont elles sont gérées. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce jugement, cette vérité de prétoire, mérite à mon sens de rester dans l&rsquo;histoire. Bien sûr pour Raphaël Graven et sa famille, mais aussi et surtout, parce qu&rsquo;Owen C. et Safine H., et c&rsquo;est peut-être cela que leur condamnation oublie et que leur procès a insuffisamment rappelé, parce qu&rsquo;Owen C. et Safine H. sont les hommes de main, les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sicaire">sicaires</a> (sicario) d&rsquo;une mafia attentionnelle qui prospère sur un capitalisme de la cruauté.</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Le parasol et l&#8217;incendie.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2026/07/le-parasol-et-lincendie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Jul 2026 13:56:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rubrique à brac]]></category>
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					<description><![CDATA[C&#8217;est une photo de Maximilien Lamy pour l&#8217;AFP et dont il raconte la genèse (dans un entretien à l&#8217;Obs,mais aussi au Parisien). Elle a déjà fait le tour du monde et la Une de différents journaux dont le New-York Times. Chacun sait qu&#8217;elle gagnera probablement tous les prix de la photo de l&#8217;année et peut-être [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est une photo de <a href="https://www.instagram.com/shadowsandthecity/">Maximilien Lamy</a> pour l&rsquo;AFP et dont il raconte la genèse (dans un <a href="https://www.nouvelobs.com/ecologie/20260725.OBS116956/j-ai-tout-de-suite-vu-ce-couple-cette-photo-marquante-des-incendies-en-gironde-racontee-par-son-auteur.html">entretien à l&rsquo;Obs</a>,mais aussi au <a href="https://www.leparisien.fr/faits-divers/je-vois-tout-de-suite-le-contraste-saisissant-les-coulisses-de-la-photo-virale-sur-lincendie-en-gironde-26-07-2026-MFA2K5KU6NEOLML57J5BQAC2LE.php">Parisien</a>). Elle a déjà fait le tour du monde et la Une de différents journaux dont le New-York Times. Chacun sait qu&rsquo;elle gagnera probablement tous les prix de la photo de l&rsquo;année et peut-être aussi d&rsquo;un siècle qui ne cesse de s&rsquo;ouvrir sous des feux qui refusent de s&rsquo;éteindre.</p>
<p>Par sa composition, par son sujet, par son angle et par l&rsquo;histoire qu&rsquo;elle raconte, elle signe qu&rsquo;elle est immédiatement une oeuvre. Et une grande.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12287" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/HOAbg_WXIAAbN1g-1024x683.jpeg" alt="" width="770" height="514" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/HOAbg_WXIAAbN1g-1024x683.jpeg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/HOAbg_WXIAAbN1g-300x200.jpeg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/HOAbg_WXIAAbN1g-768x512.jpeg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/HOAbg_WXIAAbN1g-1536x1024.jpeg 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/HOAbg_WXIAAbN1g-2048x1366.jpeg 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/HOAbg_WXIAAbN1g-600x400.jpeg 600w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Maximilien Lamy pour l&rsquo;AFP. Plage de Moutchic aux abords de l’étang de Lacanau, le 24 juillet 2026.</em></p>
<h3 style="text-align: right;">Le parasol et l&rsquo;incendie.</h3>
<p>Il ya un premier plan : celui de ce couple de vacanciers contemplant apparemment le désastre et y semblant indifférents. Un second plan qui est celui de l&rsquo;incendie. Une voûte qui est celle des fumées et qui est comme un miroir apocalyptique du sable qui occupe la moitié inférieure de la photo. Un centre qui est à la fois vertical et circulaire, qui se plante et se déploie : ce parasol « Pastis 51 » tellement emblématique d&rsquo;un kitsch qui raconte aussi une forme de détachement désabusé. C&rsquo;est une photo du présent, avec les atours du passé, et qui préfigure le futur. Ce putain de parasol. Qui peut-être, sûrement même, fait écho à l&rsquo;incendie d&rsquo;en face, un incendie pareillement si ancré au sol et si déployé dans le ciel mais tellement plus dense, plus massif. Ce parasol si fragile et futile, amené là par ce couple, par-delà son kitsch, pour sa fonction première de protection, et qui est à lui seul le récit de la fragilité et du dérisoire de toutes nos protections actuelles face à un monde qui brûle à une telle vitesse, avec une telle intensité. Ce parasol qui distribue autour de lui tout l&rsquo;apparat de ceux qui sont des vacanciers, de ceux qui en tout cas viennent à la plage avec parasol et fauteuils, ceux qui ont la plage confortable. On distingue aussi un sac, probablement isotherme, et trop de paire de chaussures pour eux deux seuls. Et un bodyboard. A qui est-il ce bodyboard ? A quoi sert-il ?</p>
<p>A l&rsquo;arrière-plan il y a aussi cette ligne d&rsquo;horizon que la colonne de fumée coupe en deux comme le récit d&rsquo;une époque sur une ligne de temps. A gauche de la colonne, le ciel est de la couleur d&rsquo;avant : clair et ouvert. A droite de la colonne et en prolongement du parasol, le ciel s&rsquo;affiche comme sous cloche et avec la couleur jaunâtre et moite du temps des incendies, des grands incendies.</p>
<p>La composition visuelle confine ici au génie : à droite de l&rsquo;image, ce ciel jaunâtre et saumâtre prolonge en creux l&rsquo;image et la superficie exacte du parasol. Il annonce, il prédit, il décrit ce que seront nos prochains parasols qui ne nous protègerons plus de rien. Juste en dessous de ce second parasol métaphorique et prophétique, juste en dessous se tient un personnage, un enfant ou un adolescent. C&rsquo;est le troisième et seul autre personnage visible et « identifiable » au sens de remarquable de cette composition. Il est à la fois l&rsquo;ancrage au sol de ce second parasol, et il préfigure et instancie pareillement les enfants qui n&rsquo;auront que ce ciel de fournaise et avec qui, déjà sous les fumées, nous suffoquons aujourd&rsquo;hui.</p>
<p>&nbsp;</p>
<figure id="attachment_12294" aria-describedby="caption-attachment-12294" style="width: 1097px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-12294 " src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.16.39.jpg" alt="" width="1097" height="358" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.16.39.jpg 2322w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.16.39-300x98.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.16.39-1024x334.jpg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.16.39-768x251.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.16.39-1536x501.jpg 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.16.39-2048x669.jpg 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.16.39-600x196.jpg 600w" sizes="auto, (max-width: 1097px) 100vw, 1097px" /><figcaption id="caption-attachment-12294" class="wp-caption-text">A gauche la photo originale de Maximilien Lamy, à droite la même avec le parasol détouré et copié.</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: right;">This is Fine.</h3>
<p>Cette photo déjà faite oeuvre a donné et donnera lieu à pléthore d&rsquo;analyses et de commentaires. Dans sa première circulation virale, le premier et presque seul récit de sa glose sociale qui se détache immédiatement est celui de l&rsquo;écho au célèbre mème « This is Fine » dont <a href="https://imagesociale.fr/9991">André Gunthert racontait déjà la trajectoire d&rsquo;image sociale en 2021</a>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-12289" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/05onfire1_xp-superJumbo-v2-1024x485.jpg" alt="" width="570" height="270" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/05onfire1_xp-superJumbo-v2-1024x485.jpg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/05onfire1_xp-superJumbo-v2-300x142.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/05onfire1_xp-superJumbo-v2-768x364.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/05onfire1_xp-superJumbo-v2-1536x727.jpg 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/05onfire1_xp-superJumbo-v2-600x284.jpg 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/05onfire1_xp-superJumbo-v2.jpg 1630w" sizes="auto, (max-width: 570px) 100vw, 570px" /></p>
<p>Un mème que la photographie de Maximilien Lamy est venu « actualiser » tout en « l&rsquo;auctorialisant », c&rsquo;est à dire en en déplaçant l&rsquo;autorité intellectuelle et lui donnant, ce qui est la nature propre des mèmes, un nouveau potentiel de circulation virale.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-12290" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/bafkreih3egizp72kk544akj5r3ccotf3l6iseb5m5hxzmi7exhjpu5jfgi-1024x683.webp" alt="" width="554" height="370" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/bafkreih3egizp72kk544akj5r3ccotf3l6iseb5m5hxzmi7exhjpu5jfgi-1024x683.webp 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/bafkreih3egizp72kk544akj5r3ccotf3l6iseb5m5hxzmi7exhjpu5jfgi-300x200.webp 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/bafkreih3egizp72kk544akj5r3ccotf3l6iseb5m5hxzmi7exhjpu5jfgi-768x512.webp 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/bafkreih3egizp72kk544akj5r3ccotf3l6iseb5m5hxzmi7exhjpu5jfgi-600x400.webp 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/bafkreih3egizp72kk544akj5r3ccotf3l6iseb5m5hxzmi7exhjpu5jfgi.webp 1490w" sizes="auto, (max-width: 554px) 100vw, 554px" /></p>
<p>Par-delà ce mème, la première narration sociale attaché à la photo de Maximilien Lamy est donc celle de la contemplation coupable, et de la contemption que nous prêtons aux deux vacanciers qui n&rsquo;auraient que dédain ou mépris pour le drame se déroulant devant eux et qui les rendrait de ce fait, à nos yeux, également méprisables. Ils sont deux, et de dos, mais ce couplage narratif d&rsquo;une contemplation / contemption fait que la dynamique du récit de l&rsquo;image nous autorise presque, presque, à les regarder en face, les yeux dans les yeux, et alors à tourner nous-même le dos à la réalité de l&rsquo;incendie. Un retournement formidablement troublant qui ne nous laisse aucun choix : soit notre regard est aligné au leur, nous regardons par dessus leur épaule, et nous nous sentons pareillement coupables de notre indifférence et du fait d&rsquo;être autant là que las ; soit nous avançons jusqu&rsquo;à les regarder en face dans le chemin qui nous est proposé pour les confronter à notre jugement et alors à notre tour nous tournons le dos au réel. Dans tous les cas nous sommes impuissants. Et c&rsquo;est peut-être cela que le cliché et le regard photographique de Maximilien Lamy réussit à capter avec une telle intensité sans jamais pourtant le photographier vraiment, c&rsquo;est peut-être cela le vrai, le seul et le premier sujet de cette graphie en image : le récit de notre impuissance.</p>
<h3 style="text-align: right;">Et nous regardons ailleurs.</h3>
<p>Il y a bien sûr aussi l&rsquo;écho de cette phrase prononcée par Jacques Chirac en 2002 : « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre_maison_br%C3%BBle_et_nous_regardons_ailleurs">Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.</a> » Car « <em>à première vue</em> » ils regardent l&rsquo;incendie, et c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils le regardent avec détachement que leurs vacances et leur regard deviennent coupables. Mais le regardent-ils vraiment ? Ou regardent-ils ailleurs comme le prophétisait la phrase de Chirac ? Un léger zoom permet d&rsquo;en avoir la certitude et donc aussi, de déplacer le premier récit et d&rsquo;en bâtir un second, encore plus puissant.</p>
<figure id="attachment_12296" aria-describedby="caption-attachment-12296" style="width: 770px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-12296" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.23-1024x639.jpg" alt="" width="770" height="480" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.23-1024x639.jpg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.23-300x187.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.23-768x479.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.23-1536x958.jpg 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.23-2048x1278.jpg 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.23-600x374.jpg 600w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption id="caption-attachment-12296" class="wp-caption-text">« ils » regardent ailleurs.</figcaption></figure>
<figure id="attachment_12297" aria-describedby="caption-attachment-12297" style="width: 770px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-12297" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.09-1024x639.jpg" alt="" width="770" height="480" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.09-1024x639.jpg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.09-300x187.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.09-768x479.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.09-1536x958.jpg 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.09-2048x1278.jpg 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Capture-decran-2026-07-25-a-15.34.09-600x374.jpg 600w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /><figcaption id="caption-attachment-12297" class="wp-caption-text">« Elle » regarde ailleurs.</figcaption></figure>
<p>Oui, ils ou plus exactement « elle » regarde ailleurs. Contrairement au récit de la circulation virale, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;incendie qu&rsquo;elle photographie, ce n&rsquo;est pas de cette mise en abîme là qu&rsquo;il s&rsquo;agit. Elle ne regarde pas l&rsquo;incendie : elle regarde celui qui est probablement son enfant au bord <del>de l&rsquo;océan</del> du lac**. Elle ne photographie pas l&rsquo;incendie : elle photographie son enfant. Il n&rsquo;y a aucun doute là-dessus. Sur cette photo, sur sa photo à elle, il n&rsquo;y aura que son enfant jouant au bord de l&rsquo;eau et à l&rsquo;horizon une végétation encore intacte ; seule peut-être une colorimétrie plus jaune qu&rsquo;à l&rsquo;habitude donnera à sa photo l&rsquo;indice d&rsquo;un effondrement. Elle n&rsquo;est plus la femme photographiée en train de photographier l&rsquo;incendie et de s&rsquo;en inquiéter si peu et si peu des autres qui le fuient ou s&rsquo;y consument. Elle regarde ailleurs. Et c&rsquo;est un tout autre récit qui s&rsquo;installe. Car ce regard là, son regard, n&rsquo;est plus coupable, il est simplement humain. C&rsquo;est le regard d&rsquo;une humanité qui tente encore de faire tenir sur l&rsquo;espace d&rsquo;un cliché et d&rsquo;un souvenir, la photo d&rsquo;un avenir dans lequel des enfants jouent simplement au bord d&rsquo;un lac.</p>
<p>** comme on me le signale sur mastodon, « <em>ces 2 personnes ne sont pas face à l&rsquo;océan mais à l&rsquo;étang (immense, 1985 ha) de Lacanau. Au bord de ce lac, sur la plage du Moutchic, on regarde vers le sud, ou le sud-ouest, donc vers les incendies, pas d&rsquo;autre possibilité !</em> »</p>
<p><strong><span style="color: #ff0000;">&lt;Mises à jour du soir et des lendemains.Dernier Edit le 27 Juillet&gt;</span></strong>  Quelques commentaires en ligne le me rappellent, il y a presque 10 ans, en septembre 2017, c&rsquo;est une autre photo qui trouvait sa place tout en haut d&rsquo;une actualité déjà tragique. Celle de Kristi McCluer (pour Reuters) avec ces golfeurs de <em>Beacon Rock Golf Course in North Bonneville, </em>à Washington. Je vous en parlais dans un <a href="https://affordance.framasoft.org/2022/08/la-guerre-du-golf/">article de 2022, « La guerre du Golf » qui convoquait d&rsquo;autres images et d&rsquo;autres réactions</a>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-12301" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/5472-1024x768.webp" alt="" width="464" height="348" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/5472-1024x768.webp 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/5472-300x225.webp 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/5472-768x576.webp 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/5472-600x450.webp 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/5472.webp 1200w" sizes="auto, (max-width: 464px) 100vw, 464px" /></p>
<p>Il y a, et c&rsquo;est également rappelé un peu partout, l&rsquo;antériorité de cette pochette d&rsquo;album de Supertramp en 1975 et qui mettait en scène un autre effondrement : « Crisis ? What Crisis ? »</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-12306" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/58423474.jpg" alt="" width="450" height="451" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/58423474.jpg 450w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/58423474-300x300.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/58423474-150x150.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Du côté des imaginaires et des oeuvres d&rsquo;art, je découvre aussi la composition « Atomic Picnic » de Daniela Edburg (2007). Qui n&rsquo;est pas une prise de vue réelle mais un montage. Mais qui raconte la même histoire de l&rsquo;anthropocène (cette photo fait partie d&rsquo;une série intitulée « Killing Time »).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-12309" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Daniela-Edburg-Mexico-Atomic-Picnic-2007.jpg" alt="" width="755" height="503" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Daniela-Edburg-Mexico-Atomic-Picnic-2007.jpg 950w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Daniela-Edburg-Mexico-Atomic-Picnic-2007-300x200.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Daniela-Edburg-Mexico-Atomic-Picnic-2007-768x512.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Daniela-Edburg-Mexico-Atomic-Picnic-2007-600x400.jpg 600w" sizes="auto, (max-width: 755px) 100vw, 755px" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>« Atomic Picnic. » Daniela Edburg. 2007</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je laisse <a href="https://bsky.app/profile/gunthert.bsky.social/post/3mrireil4y22h">les derniers mots sur cette photographie à André Gunthert</a> : « <em>Faire parler une photo, c&rsquo;est parler à sa place, puisqu&rsquo;elle est muette. L&rsquo;exemplaire plasticité de la signification des images sans paroles devient ainsi une ressource pour les récits qui se cherchent.</em> »</p>
<p>Des récits qui se cherchent. Des récits politiques et citoyens bien sûr. Et qui décideront d&rsquo;un futur possible et du temps qu&rsquo;il nous reste pour produire autre chose que des effondrements massifs dont le nôtre.</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Google AI Overviews : Cronos dévorant ses enfants ?</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2026/07/google-ai-overviews-cronos-devorants-ses-enfants/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2026/07/google-ai-overviews-cronos-devorants-ses-enfants/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2026 10:18:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ChatGPT et ses ami.e.s]]></category>
		<category><![CDATA[DADVSI]]></category>
		<category><![CDATA[Document numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Google Print/Books]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Moteurs et autres engins]]></category>
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					<description><![CDATA[Déjà en place aux USA et dans plus de 120 pays depuis 2 ans, Google AI Overviews débarque en France cet été (c&#8217;est effectif depuis ce mercredi 22 juillet). Le principe est simple : pour chaque requête sur le moteur, c&#8217;est l&#8217;IA de Google (Gemini) qui propose des résumés ou plus exactement, et la précision [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Déjà en place aux USA et dans plus de 120 pays depuis 2 ans, <a href="https://search.google/ways-to-search/ai-overviews/">Google AI Overviews débarque en France cet été</a> (c&rsquo;est effectif depuis <a href="https://blog.google/intl/fr-fr/nouveautes-produits/explorez-obtenez-des-reponses/recherche-ia-apercus-mode/">ce mercredi 22 juillet</a>). Le principe est simple : pour chaque requête sur le moteur, c&rsquo;est l&rsquo;IA de Google (Gemini) qui propose des résumés ou plus exactement, et la précision me semble d&rsquo;importance, des synthèses et &#8211; souvent &#8211; des préconisations.</p>
<p>Cette arrivée durant l&rsquo;été est <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-info-de-france-culture/google-ai-overviews-en-france-cet-ete-une-nouvelle-revolution-de-l-internet-tres-redoutee-2596755">annoncée comme un tremblement de terre, notamment par les éditeurs de presse</a> qui, comme c&rsquo;est le cas depuis plus de 20 ans avec le lancement de Google News en 2002, ne trouvent aucune issue au pacte attentionnel Faustien qui leur a été imposé : laissez-moi indexer et réutiliser vos contenus et en échange vous serez visibles, ou empêchez-moi de le faire et l&rsquo;audience de vos sites sera quasi nulle.</p>
<p><a href="https://www.numerama.com/tech/2299179-apres-deux-ans-de-blocage-google-lance-les-resumes-ia-en-france-ai-overviews.html">L&rsquo;article de Nicolas Lellouche sur Numérama</a> résume très bien les principaux enjeux de cette arrivée et le changement de statut de celui qui était, jusqu&rsquo;ici, un moteur de recherche.</p>
<p>Il y a, bien sûr, de quoi s&rsquo;inquiéter circonstantiellement toujours davantage, mais structurellement, sur le fond, rien n&rsquo;a vraiment changé depuis presqu&rsquo;un quart de siècle. Google est un moteur de recherche devenu un moteur de réponses (<a href="https://www.youtube.com/watch?v=PQeeZ-SD_iU">« <em>il n&rsquo;y aura plus que des réponses</em> » prophétisait Marguerite Duras</a>) ; Google est un béhémot calculatoire qui a bâti son succès sur un régime de captation d&rsquo;externalités (le web) qu&rsquo;il a progressivement transformé en autant d&rsquo;internalités. D&rsquo;abord sur des sources ouvertes (le web donc, et <a href="https://affordance.framasoft.org/2015/04/wikipedia-entre-resistance-et-resilience/">notamment Wikipédia</a>) puis sur des sources propriétaires ou mettant en jeu des principes de propriété intellectuelle (la presse notamment). Et toujours en pratiquant « l&rsquo;Opt-Out » c&rsquo;est à dire la captation / prédation par défaut, libre ensuite à chacun de faire part de sa volonté d&rsquo;en sortir (<a href="https://www.blogdumoderateur.com/comment-exclure-site-ai-overviews-google/">il est d&rsquo;ailleurs possible de sortir votre site de l&rsquo;AI Overview</a>). Et lorsque la masse de ces internalités fut suffisamment « à l&rsquo;échelle », Google se trouva alors en situation de jouer à son avantage la rivalité qu&rsquo;il avait lui-même créé (et arbitré) entre la qualité, l&rsquo;importance et la nécessité de la production de contenus externes d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part celle de la production de réponses internes suffisamment courtes pour ne pas heurter de front la propriété intellectuelle (jouant entre <a href="https://scinfolex.com/2013/06/22/pourquoi-les-videos-font-six-secondes-sur-vine-et-pourquoi-facebook-prend-un-vrai-risque-en-passant-a-15/">l&rsquo;usage « de minimis »</a>, le Fair-Use et l&rsquo;exception pour courte citation) et suffisamment complètes pour satisfaire des requêtes informatives sans nécessité d&rsquo;aller chercher des compléments d&rsquo;information à l&rsquo;extérieur du moteur ou alors en le faisant uniquement dans l&rsquo;écosystème de sites tiers déjà dans le giron de la firme.</p>
<p>Avec AI Overviews, Google pousse donc un cran plus loin cette logique phagocyte. Et ce faisant il cesse peut-être irrévocablement d&rsquo;être un « portail » (il n&rsquo;en était déjà plus que l&rsquo;ombre depuis longtemps mais maintenait nonobstant une fonction d&rsquo;accès et d&rsquo;orientation) pour devenir une simple « porte », que chaque requête sur le moteur referme derrière notre passage.</p>
<p>Permettez-moi alors de formuler une question volontairement provocante. <strong>Et si finalement Google était juste en train de devenir &#8230; un média ?</strong> Google dont longtemps le métier correspondant à son chiffre d&rsquo;affaire fut celui d&rsquo;être une régie publicitaire, et de n&rsquo;être que cela (<a href="https://affordance.framasoft.org/2016/04/google-appendice-8/">malgré ce que ses fondateurs affirmaient dans leur article séminal</a>). Google deviendrait donc un média. Mais un média aux fonds baptismaux particuliers : entièrement construit sur la prédation d&rsquo;externalités, sorte de Cronos dévorant ses enfants, il se mue aujourd&rsquo;hui avec AI Overviews en média autophage qui tend à ne plus se nourrir que de lui-même. Ce « lui-même » étant permis par la volumétrie totalement inédite ainsi que par les effets de dissémination en même temps que d&rsquo;opacification immanents des LLM (larges modèles de langage). La question est de savoir jusqu&rsquo;où et jusqu&rsquo;à quand ce principe autophage pourra être poursuivi, et la seule certitude est qu&rsquo;il ne pourra pas l&rsquo;être éternellement car si grande que soit l&rsquo;étendue des éléments constituant aujourd&rsquo;hui la ressource indexable et pouvant être générée du moteur, elle n&rsquo;est pas infinie et nécessitera donc toujours et tout le temps l&rsquo;appui de ressources externes (<a href="https://www.blogdumoderateur.com/ai-overviews-presse-francaise-apprendre-deploiement-royaume-uni/">au Royaume-Uni après deux ans de déploiement le trafic vers les sites d&rsquo;éditeurs à drastiquement chuté</a> &#8211; entre <a href="https://www.abondance.com/20260722-2640402-lancement-officielle-ai-overviews-france.html">20 et 40% de baisse</a>). Sauf &#8230; sauf à considérer pouvoir se satisfaire d&rsquo;un pourrissement (ou d&rsquo;une emmerdification) et à disposer des moyens pour faire croire qu&rsquo;il n&rsquo;est que périphérique et marginal.</p>
<p>Deux éléments pour conclure.</p>
<p>D&rsquo;abord le mythe de Cronos dévorant ses enfants laisse place au scénario dans lequel ceux-ci se voient finalement régurgités et renversent leur père pour s&rsquo;installer comme nouveaux dieux sur le mont Olympe.  C&rsquo;est précisément pour s&rsquo;en prémunir que très tôt Google a eu l&rsquo;intelligence de développer son propre LLM et pouvant s&rsquo;appuyer sur l&rsquo;immensité des données et des textes qu&rsquo;il avait déjà collectés, traités, indexés, et dont il avait, bien avant même l&rsquo;invention du terme « LLM », déjà fait corpus (à ce titre le programme Google Books exploité à l&rsquo;époque avec les technologies disponibles du TALN &#8211; traitement automatique du langage naturel &#8211; fut une pierre angulaire déterminante.</p>
<p>Ensuite j&rsquo;évoquais plus haut l&rsquo;article séminal de S. Brin et L. Page dans lequel après avoir décrit la formule et l&rsquo;algorithme du Pagerank <a href="https://affordance.framasoft.org/2016/04/google-appendice-8/">ils reviennent en annexe sur la toxicité du modèle publicitaire qui fait aujourd&rsquo;hui leur fortune et constitue leur seul paradigme de déploiement</a>. Notez que ce passage (ces « annexes ») a étrangement disparu de <a href="https://research.google/pubs/the-anatomy-of-a-large-scale-hypertextual-web-search-engine/">la version accessible depuis le site de la firme</a>, mais qu&rsquo;elle est heureusement <a href="http://infolab.stanford.edu/~backrub/google.html">toujours présente sur la page originale du laboratoire de l&rsquo;université de Stanford</a>. La seule leçon à retenir de cela est assez simple : ne faites jamais confiance à un prédateur.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12263" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Rubens_saturn-492x1024.jpg" alt="" width="492" height="1024" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Rubens_saturn-492x1024.jpg 492w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Rubens_saturn-144x300.jpg 144w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Rubens_saturn-768x1599.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Rubens_saturn-738x1536.jpg 738w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Rubens_saturn-600x1249.jpg 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/07/Rubens_saturn.jpg 960w" sizes="auto, (max-width: 492px) 100vw, 492px" /></p>
<p style="text-align: center;">Tableau de Rubens. Cronos dévorant ses enfants<br />
(<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cronos#/media/Fichier:Rubens_saturn.jpg">Source Wikipedia</a>)</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>La stratégie Ender de l&#8217;IA : le monde comme délégation et comme simulation.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Jul 2026 09:34:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ChatGPT et ses ami.e.s]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des algorithmes]]></category>
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					<description><![CDATA[Le (Large) langage (Model) de la guerre. « Il faut désarmer l&#8217;IA » écrit le pape Léon XIV dans sa première encyclique, « Magnifica Humanitas« , publiée le lundi 25 Mai 2026. De fait et à l&#8217;occasion des récents conflits, de l&#8217;Ukraine à l&#8217;Iran en passant par Gaza, les technologies d&#8217;IA sont des puissances d&#8217;armement. En première intention et [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: right;">Le (Large) langage (Model) de la guerre.</h3>
<p>« <em>Il faut désarmer l&rsquo;IA</em> » écrit le pape Léon XIV dans sa première encyclique, « <a href="https://www.la-croix.com/religion/magnifica-humanitas-le-texte-integral-de-l-encyclique-de-leon-xiv-en-pdf-20260525">Magnifica Humanitas</a>« , publiée le lundi 25 Mai 2026. De fait et à l&rsquo;occasion des récents conflits, de l&rsquo;Ukraine à l&rsquo;Iran en passant par Gaza, les technologies d&rsquo;IA sont des puissances d&rsquo;armement.</p>
<p>En première intention et sous les feux de la rampe autant que de ceux de la guerre, on a beaucoup parlé, ces derniers mois, de l&rsquo;injonction faite par le gouvernement Trump aux grandes sociétés d&rsquo;intelligence artificielle (IA) de se soumettre et d&rsquo;accepter que leurs technologies soient utilisées dans le cadre de programmes militaires. Rien de vraiment nouveau car toutes les technologies et la plupart des industries (automobile par exemple) ont toujours été utilisées et mobilisées dans le cadre de guerres déclarées, ou en anticipation de celles pouvant l&rsquo;être, y compris les fondements d&rsquo;internet qui fut pour partie un projet de la DARPA.</p>
<p>Là où un changement de paradigme s&rsquo;opère c&rsquo;est qu&rsquo;il s&rsquo;agit cette fois de se plier (pour Anthropic et les autres) à l&rsquo;utilisation de leur technologie d&rsquo;IA, y compris pour la décision non-supervisée d&rsquo;offensives et de ciblages à dimension létales, donc en clair pour tuer des gens de manière automatisée sur la base de choix dans lesquels la décision humaine n&rsquo;est plus qu&rsquo;un cadre de raisonnement parmi d&rsquo;autres, ni déterminant ni déterministe, une variable d&rsquo;ajustement de moins en moins requise, et de plus en plus systématiquement exclue de toute action ou réaction « en temps réel ».</p>
<p>Le patron d&rsquo;Anthropic (Dario Amodei) a refusé de se plier à l&rsquo;injonction qui lui était faite (refusant à la fois le cadre d&rsquo;une utilisation létale et celui d&rsquo;une surveillance de masse des populations). Trump l&rsquo;a donc banni et mis sur liste noire, le privant notamment de juteux et décisifs financements étatiques. Dario Amodei a probablement vécu son moment « San Bernardino », à la manière dont Tim Cook (patron d&rsquo;Apple) avait en 2015 refusé de baisser le niveau de sécurité de l&rsquo;iPhone pour permettre au FBI d&rsquo;accéder aux données du meurtrier de la tuerie de San Bernardino (à l&rsquo;époque, il y a donc 10 ans, c&rsquo;est pas rien à l&rsquo;échelle des sujets dont on parle, j&rsquo;avais pris un positionnement un peu &#8230; dissonant en posant la question suivante « <a href="https://affordance.framasoft.org/2016/02/iphone-le-degre-zero-de-la-privacy/">un terroriste est-il un client Apple comme les autres ?</a>« )</p>
<p>Dans une <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-02/anthropic-made-pitch-in-drone-swarm-contest-during-pentagon-feud">enquête de Bloomberg</a> notamment relayée par <a href="https://x.com/asderous/status/2028918971768967581">une journaliste de la RTS sur X</a>, on apprenait plus précisément ceci (je souligne) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« L&rsquo;image publique d&rsquo;Anthropic repose sur une IA conçue pour servir l’humanité. L&rsquo;entreprise refuse de franchir certaines lignes rouges, notamment celles des armes entièrement autonomes et de la surveillance de masse. Mais au début de l&rsquo;année 2026, alors qu&rsquo;Anthropic engageait un bras de fer avec le Département de la Défense sur les principes de son contrat en cours à 200 millions de dollars, l&rsquo;entreprise soumettait une proposition pour remporter un concours du Pentagone doté de 100 millions de dollars.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em><strong>L&rsquo;objectif du programme était de produire une technologie permettant de superviser, par la voix, des essaims de drones létaux</strong>. Claude devait comprendre l&rsquo;ordre vocal d&rsquo;un opérateur humain et le convertir en instructions numériques pour coordonner la flotte de drones. <strong>Dans ce cas, l&rsquo;humain donne une instruction globale. Une fois l&rsquo;ordre transmis, les drones, grâce à leur propre intelligence artificielle en réseau, calculent leurs trajectoires d&rsquo;approche et se répartissent les cibles sans intervention humaine</strong>.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Selon les sources internes citées par Bloomberg, la direction d&rsquo;Anthropic estimait que cette utilisation respectait ses conditions d’utilisation car l&rsquo;IA de ciblage létal est embarquée dans les drones eux-mêmes, pas dans Claude. Par conséquent, tant que l&rsquo;opérateur conserve le pouvoir théorique d&rsquo;interrompre le système, l&rsquo;entreprise considère que l&rsquo;arme n&rsquo;est pas « entièrement autonome ».</em></p>
<p style="text-align: left;"><em><strong>Mais sur le terrain opérationnel, cette distinction relève davantage de la philosophie que de la balistique. Même si l&rsquo;opérateur conserve la supervision et le pouvoir d&rsquo;interrompre le système, il est techniquement impossible pour un humain de traiter assez d&rsquo;informations pour l&rsquo;utiliser à temps, face à la rapidité de calcul d&rsquo;un essaim de drones propulsés par une intelligence artificielle en réseau</strong>. Le temps que l&rsquo;opérateur comprenne que l&rsquo;essaim a fait une erreur d&rsquo;identification, la cible est déjà détruite. Dans l&rsquo;imaginaire collectif, une armée de robots tueurs se représente souvent sous la forme d’androïdes humanoïdes lourdement armés, marchant au pas sur un champ de bataille. Or, le Pentagone ne cherche pas à reproduire le soldat humain, mais à le dépasser par la logique de l&rsquo;essaim. (&#8230;) Il faut imaginer des centaines de petits drones, furtifs et peu coûteux. Animés par un modèle d&rsquo;IA, ils communiquent entre eux en temps réel. Ils fonctionnent en réseau et se comportent comme une ruche. Si des drones sont abattus par l&rsquo;ennemi, l&rsquo;essaim recalcule instantanément sa géométrie et poursuit sa mission.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Leur objectif tactique est de saturer la cible. Ils sont conçus pour submerger les radars, épuiser les défenses anti-aériennes, traquer une cible sous une multitude d&rsquo;angles simultanés et frapper de façon synchronisée.Cette stratégie s&rsquo;inscrit dans le programme <a class="css-146c3p1 r-bcqeeo r-1ttztb7 r-qvutc0 r-37j5jr r-1inkyih r-rjixqe r-16dba41 r-1ddef8g r-tjvw6i r-1loqt21" dir="ltr" role="link" href="https://thehill.com/policy/defense/4908997-pentagon-announces-replicator-2-initiative-as-us-eyes-more-ai-weapon-capabilities/" target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow">Replicator</a>, annoncé en 2023 avec une promesse opérationnelle pour août 2025. Son objectif est de contrer l&rsquo;avantage du nombre de l’armée chinoise en produisant des milliers de systèmes autonomes coordonnés par intelligence artificielle, sacrifiables et peu coûteux. C’est pour devenir le cerveau de ce type de chorégraphie qu&rsquo;Anthropic avait proposé Claude.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Comme les sources de Bloomberg le rapportent, Anthropic n&rsquo;était donc fondamentalement pas opposée au développement de systèmes autonomes, tant que la définition de l&rsquo;autonomie s&rsquo;alignait sur ses propres standards. L&rsquo;impasse est survenue lorsque la direction d&rsquo;Anthropic a exigé de maintenir l’humain dans la boucle de décision d’élimination de la cible, tout en refusant d&rsquo;accorder au Pentagone un accès complet et sans restriction au modèle. Or, le Pentagone n&rsquo;achète pas de boîtes noires. Perdant patience face à une entreprise qui plaçait sa gouvernance au-dessus des impératifs étatiques, le Secrétaire à la Défense Pete Hegseth a ordonné l&rsquo;interdiction pour les sous-traitants du Pentagone de mener toute activité commerciale avec Anthropic, la classant de facto comme un risque pour la chaîne d&rsquo;approvisionnement.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>C&rsquo;est une condamnation à mort commerciale qui excommunie la firme de tout l&rsquo;écosystème de défense : désormais, aucun sous-traitant de l&rsquo;armée n&rsquo;a le droit d&rsquo;interfacer ses systèmes avec Claude. Y compris Palantir. Anthropic a parié que ses capacités de raisonnement la rendraient indispensable. C&rsquo;était une erreur d&rsquo;appréciation. <strong>Pour l&rsquo;armée américaine, un modèle capable à 95 % qui obéit est infiniment plus précieux qu&rsquo;un modèle à 99 % qui discute les ordres</strong>.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Le Pentagone a immédiatement redistribué les cartes. Toujours selon Bloomberg, pour faire avancer son projet d&rsquo;essaims de drones autonomes, l&rsquo;armée s&rsquo;est tournée vers une coalition de remplaçants incluant SpaceX, xAI, et des firmes de technologie de défense partenaires d&rsquo;OpenAI.</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>D&rsquo;autres, comme Sam Altman le patron d&rsquo;OpenAI, se sont rapidement mis en mode carpette et plié à l&rsquo;ensemble des demandes de l&rsquo;administration Trump (avant de récemment <a href="https://www.leparisien.fr/futurs/openai-modifie-son-contrat-avec-le-pentagone-refusant-que-chatgpt-soit-utilise-a-des-fins-de-surveillance-03-03-2026-Z7PUZN2JPFB6LK7O5BTOOKL7NU.php">rétro-pédaler partiellement sur la question de la surveillance de masse</a>). Pourtant de fait et malgré la position de son patron, l&rsquo;IA Claude d&rsquo;Anthropic a largement été utilisée pour l&rsquo;offensive actuelle contre l&rsquo;Iran, un délai de 6 mois étant nécessaire avant son bannissement « effectif » et que l&rsquo;entreprise est pour l&rsquo;instant liée par contrat à l&rsquo;administration US.</p>
<p>Toujours dans le cadre de la guerre en Iran, <a href="https://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-politics/elon-musk-grok-ai-iran-missiles-pentagon-b2997321.html">on apprenait dans The Independant</a> que Grok avait été mobilisé pour une opération de lancement de plus de 2000 missiles :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Selon un haut responsable de la Défense, l’administration de Donald Trump aurait fait appel au chatbot Grok d’Elon Musk pour lancer des milliers de missiles en Iran. Dans une déclaration sous serment visant à défendre le « trillionaire » contre un procès alléguant que les centres de données de xAI polluent illégalement les communautés noires, le responsable de l’intelligence artificielle au Pentagone a déclaré que le maintien en service du chatbot était « une question de sécurité nationale primordiale » — et qu’il avait été utilisé pour tirer plus de « 2 000 missiles sur 2 000 cibles distinctes en 96 heures ».</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Grok, un chatbot d’intelligence artificielle générative développé par xAI, fait partie des quatre modèles d’IA « actuellement capables de prendre en charge des applications liées à la sécurité nationale », selon Cameron Stanley, directeur du numérique et de l’intelligence artificielle au Pentagone. »</em></p>
</blockquote>
<h3 style="text-align: right;">War (is not a) Game.</h3>
<p>Dans cette affaire et par-delà les singularités de la gouvernance actuelle des USA, c&rsquo;est, dans le champ social le retour d&rsquo;une imagerie de l&rsquo;IA agissant en Terminator avec la crainte d&rsquo;un soulèvement des machines. <strong>Certes les IA et les « machines » ne déclarent pas encore la guerre, mais sur les terrains de guerre, l&rsquo;automatisation de décisions leur appartenant désormais entièrement peut engager de nouvelles forces, de nouveaux déterminismes du conflit, y compris dans son extension possible</strong>. Ce scénario &#8211; d&rsquo;un soulèvement des machines &#8211; est aujourd&rsquo;hui une médiane paradoxale dans le champ de la prospective : il n&rsquo;est en effet ni pleinement ni actuellement crédible sur le plan technologique, mais il n&rsquo;est pas non plus totalement exclu sur un plan politique (qui serait celui d&rsquo;un emballement, une « <a href="https://www.philomag.com/articles/epic-fury-un-nom-doperation-qui-en-dit-long">furie épique</a> » par exemple &#8230;). Ce paradoxe s&rsquo;explique principalement par le fait que les IA « générales » ou « autonomes » n&rsquo;existent pas mais qu&rsquo;une autonomie de décision peut en revanche parfaitement leur être confiée, accordée ou déléguée et qu&rsquo;à ce stade là, plus personne n&rsquo;est actuellement en capacité de tracer les décisions qui seront alors prises : c&rsquo;est le scénario de l&rsquo;IA battant les meilleurs joueurs d&rsquo;échec puis les meilleurs joueurs de Go. Dans ces derniers cas, la rapidité de calcul peut-être mise exactement sur le même plan que la capacité de décision puisqu&rsquo;elle n&rsquo;aura d&rsquo;autre inférence, quoi qu&rsquo;il advienne, que celles circonscrites au plateau de jeu et à détermination de la fin de partie. Sauf qu&rsquo;on ne parle plus ici d&rsquo;une activité récréative mais de terrains de guerres. Et sur des terrains de guerre (mais également sur des terrains médicaux, éducatifs, juridiques, etc.), la rapidité de calcul des machines entre en concurrence directe avec la capacité de décision humaine. Or prétendre déléguer aux machines une capacité décisionnelle au motif qu&rsquo;elles calculent plus vite que nous est à la fois imbécile et dangereux. On m&rsquo;objectera que les terrains de guerre moderne impliquent la prise de décisions à la milliseconde tout comme les terrains spéculatifs modernes (nos bourses) ont vu l&rsquo;arrivée du High-Frequency Trading (trading à haute fréquence). <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dromologie#:~:text=La%20dromologie%20est%20l'%C3%A9tude,vitesse%20dans%20les%20soci%C3%A9t%C3%A9s%20modernes.">Relire Virilio</a> à ce stade n&rsquo;est plus une option mais une impérieuse nécessité.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12239" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-11-a-11.46.15-1024x678.png" alt="" width="770" height="510" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-11-a-11.46.15-1024x678.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-11-a-11.46.15-300x199.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-11-a-11.46.15-768x509.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-11-a-11.46.15-600x397.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/09/Capture-decran-2026-07-11-a-11.46.15.png 1250w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Image extraite du film War Games.</em></p>
<p>D&rsquo;autres accélérations surviennent. En à peine 30 ans nous avons connu la première guerre entièrement télévisée, en Irak. En Irak encore les drones de combat (Predator) après l&rsquo;attentat sur les tours jumelles. Hier toujours, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Raid_a%C3%A9rien_du_12_juillet_2007_%C3%A0_Bagdad">la guerre par écran interposé</a>. Aujourd&rsquo;hui donc les frappes assistées par IA (notamment après le 7 Octobre). Et sous nos yeux la première guerre assistée par des LLM (notamment pour cibler des populations et des individus mais aussi pour permettre à des drones de se coordonner avec une autonomie décisionnelle alignée sur un objectif militaire).</p>
<p>Je reprends ici ce qu&rsquo;<a href="https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7433924057454223361/?originTrackingId=aV3K7kqaveUL8StRMj54dA%3D%3D">Olivier Tesquet écrivait sur LinkedIn</a> (et je souligne) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>« Je lis dans The Wall Street Journal que l’armée américaine aurait – encore – utilisé Claude pour frapper l’Iran. Puisque ces informations sont classifiées, impossible de savoir à ce stade comment les États-Unis se servent précisément des IA génératives dans le cadre d’opérations militaires. Mais ça m’inspire quelques réflexions générales à chaud.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Tout d’abord, peut-être que le conflit de cette semaine entre Anthropic et le Pentagone – avec cet ultimatum très serré lancé par Hegseth – était lié à des considérations beaucoup plus opérationnelles que ce qu’on imaginait.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Ensuite, quand je travaillais spécifiquement sur les questions de surveillance, j’étais hanté par cette phrase de Michael Hayden, ancien patron de la NSA et de la CIA, évoquant les « assassinats ciblés » par drone : « <strong>Nous tuons les gens sur la base de métadonnées</strong> ». C’était il y a plus de dix ans.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Désormais, la guerre à Gaza l’a cruellement mis en lumière, <strong>l’armée utilise des LLM pour profiler la population (palestinienne) et des systèmes d’IA pour automatiser ses bombardements</strong>. Le continuum répressif est évident. </em><em>Il faut lire à ce sujet le travail capital de <a href="https://www.972mag.com/">+972 Magazine</a>.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Dans les deux cas, on tue en se basant sur des inférences probabilistes, qui prédisent des comportements. On prend la vie de quelqu’un qui ressemble statistiquement à une menace, pas quelqu’un dont on a établi la culpabilité. Les dommages collatéraux ? Les civils tués ? Des variables d’ajustement.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Mais <strong>avec l’IA, on franchit un seuil supplémentaire : celui de l’intelligibilité. On ne peut plus retracer le chemin logique qui mène du signal à la décision.</strong></em><br />
<em>Conséquence : tout principe de responsabilité – y compris pénale – disparaît. Et c’est peut-être ce qui attire tant le pouvoir américain. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Au milieu de tout cela, ne jamais oublier que comme tant d&rsquo;autres, cette guerre en Iran, « <em>du signal à la décision</em>« , a commencé par un tir sur une école. « D<em>u signal à la décision</em>« . Une école primaire. <a href="https://www.hrw.org/fr/news/2026/03/12/iran-lattaque-americaine-contre-une-ecole-demontre-le-besoin-de-reforme-et-de">L&rsquo;école primaire Shajareh Tayyebeh à Minab, dans le sud de l&rsquo;Iran</a>.</p>
<p>Et qu&rsquo;en plus de tout cela, nous nous éloignons toujours davantage de ce qu&rsquo;écrivaient Bostrom et Yudowsky (deux théoriciens de l&rsquo;intelligence artificielle) dont je cite souvent ici l&rsquo;article de 2011, « <a href="http://faculty.smcm.edu/acjamieson/s13/artificialintelligence.pdf" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Ethics of Artificial Intelligence</a> » :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« Les algorithmes de plus en plus complexes de prise de décision sont à la fois souhaitables et inévitables, tant qu&rsquo;ils restent <strong>transparents à l&rsquo;inspection</strong>, <strong>prévisibles pour ceux qu&rsquo;ils gouvernent</strong>, et <strong>robustes contre toute manipulation</strong>. »</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: right;">L&rsquo;infanterie des données.</h3>
<p>Si l&rsquo;IA (et les LLM) sont la nouvelle artillerie des guerres modernes, alors les données (et métadonnées) sont leur nouvelle infanterie. Or ces données sont des armes de contact à la volatilité extrême. Capables de se retourner contre l&rsquo;assaillant autant que vers l&rsquo;assailli. On ne peut en effet que constater aujourd&rsquo;hui avec autant d&rsquo;inquiétude que d&rsquo;effarement la multiplication, la massification et la récurrence des leaks, piratages et autres <a href="https://frenchbreaches.com/">immenses fuites et vols de données</a> : personnelles, fiscales, médicales, depuis des sources privées, des institutions publiques ou des ministères régaliens, pas une semaine, pas un jour parfois <a href="https://www.liberation.fr/societe/education/lunion-nationale-du-sport-scolaire-victime-dune-fuite-de-donnees-20260303_XL3ZRHATJJF5FFYCVFYN6KLF4I/?fbclid=IwY2xjawQVHLpleHRuA2FlbQIxMABicmlkETF4T3BhWjUwamgxb21LajBJc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHmPBrleXhLGFbDNXQI_kNAUB73yiSzX1ZEykXLGXGvrBGM1QezJTxAIUt8Kp_aem_53NDFs0_4rxBsqW3ADsVLw">sans un nouveau scandale</a>. A un point que cela en devient presque une sorte de routine et donne naissance à des <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/05/21/les-donnees-volees-et-leurs-moteurs-de-recherche-armes-redoutables-des-cybercriminels_6691908_4408996.html">arnaques de plus en plus nombreuses mais surtout de plus en plus efficaces</a>.</p>
<p>Parmi les plkus récentes rendues publiques on notera celles de l&rsquo;ANTS (11,7 millions d&rsquo;usagers), de Almeris (15 millions de patients concernés et <a href="https://www.cyberattaque.org/almerys-au-coeur-dune-fuite-massive-de-15-millions-de-numeros-de-securite-sociale/">autant de données critiques dans le domaine médical</a>), celle de la Banque Postale (11 millions d&rsquo;usagers), celle de l&rsquo;opticien Atol (5,9 millions de clients) ou de la chaîne Pierre &amp; Vacances (4,5 millions de clients), sans oublier jusqu&rsquo;à la DGFIP (direction générale des finances publiques) où les données de plus d&rsquo;1,2 millions de comptes fiscaux ont été volées.</p>
<p>Ces fuites, ces leaks, ces vols, ces actes de cyber-piraterie ou de cyber-guerre sont aussi bien menés par des pirates agissant en collectifs « autonomes » que par des corsaires au service d&rsquo;états voyous ou de puissances impériales. Et là encore, le scénario d&rsquo;un effondrement oscille entre celui de l&rsquo;impact d&rsquo;un Armageddon planétaire et le ressenti d&rsquo;une patate de forain en sortie de boîte de nuit à Arma-sur -Guédon dans la Creuse.</p>
<h3 style="text-align: right;" data-pm-slice="1 1 []"><strong>La stratégie Ender.</strong></h3>
<p data-pm-slice="1 1 []">Dans <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Strat%C3%A9gie_Ender">ce roman de science-fiction</a>, après des années à l&rsquo;entraîner via de gigantesques simulations, on présente à un humain (Ender) un acte de commandement en temps de guerre et pour une bataille décisive, comme celui d&rsquo;une énième « simple » simulation alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit en fait de la réalité et qu&rsquo;il est <em>vraiment</em> en train de commander des armées sur un terrain tout à fait réel.  Nous vivons aujourd&rsquo;hui une stratégie Ender en miroir. Des IA prennent des décisions en temps de guerre dont certaines s&rsquo;apparentent à du commandement, et elles le font sans en avoir de quelconque « conscience » tout comme Ender, persuadé d&rsquo;être dans une simulation, n&rsquo;éprouvait un quelconque sentiment de responsabilité sur des pertes humaines y compris lorsque celles-ci deviennent critiques. Et nous, nous les humains spectateurs de ces guerres, avons à la fois l&rsquo;impression terrible d&rsquo;observer une grande simulation qui nous échappe, tout en mesurant l&rsquo;atrocité de ce qui s&rsquo;y joue en temps réel, mais en la mesurant de si loin et via des images si artefactuelles et calquées sur la culture populaire (super-héros et autres reprises de codes de la pop-culture)  que la frontière entre le réel et la simulation n&rsquo;est désormais plus qu&rsquo;un vague continuum.</p>
<p data-pm-slice="1 1 []"><strong>Plus rien n&rsquo;appartient au réel qui ne puisse être simulé et donc simulacre. Et plus aucune simulation ou aucun simulacre ne nécessite d&rsquo;être ramené au réel pour être éprouvé en tant que tel</strong>.</p>
<p data-pm-slice="1 1 []">Depuis le début de la guerre faite par les USA et Israël à l&rsquo;Iran, le compte de la Maison Blanche multiplie les publications qui mêlent images de films (Top Gun, Predator, Mission Impossible &#8230;) et images réelles de missiles frappant des cibles ; et quand il ne s&rsquo;agit pas de films, ce sont les codes des jeux vidéos familiaux (les sports de la Wii U récemment) qui sont associés à ces mêmes images hyper-réalistes de frappes aériennes ou maritimes. De son côté le régime iranien des Mollahs répondait avec les vidéos du sacre de leur nouvel ayatollah où ce sont des personnages Lego qui sont filmés en stop motion (voir l&rsquo;excellent <a href="https://www.youtube.com/watch?v=DiFITmzxFQc">Dessous des images consécré à « La guerre en Lego »</a>). L&rsquo;idée n&rsquo;est pas de vendre une guerre « pop » : <strong>l&rsquo;idée c&rsquo;est d&rsquo;anecdotiser complètement l&rsquo;existence même de la guerre à l&rsquo;échelle de certains espaces médiatiques</strong>.</p>
<p data-pm-slice="1 1 []">Après que la guerre a été éloignée des médias à l&rsquo;exception d&rsquo;images et de discours qui n&rsquo;étaient que de propagande, après qu&rsquo;elle a été filmée au plus près et télévisée en temps réel, après que les témoignages et images qui la constituent se sont réfugiés dans les réseaux sociaux en en empruntant les codes (<a href="https://affordance.framasoft.org/2022/03/tiktok-war-tragedie-musicale/">comme ce fut le cas souvenez-vous en Ukraine ou les témoignages sous les bombes adoptaient le codes des comptes Tiktok de l&rsquo;âge des premières victimes</a>), <strong>aujourd&rsquo;hui ce qui se joue dans l&rsquo;économie médiatique de la guerre c&rsquo;est l&rsquo;écartèlement permanent entre le réalisme de la disponibilité d&rsquo;images et de témoignages insoutenables d&rsquo;un côté, et la réalisation d&rsquo;images et de récits totalement irréalistes et fantasmés de l&rsquo;autre côté</strong>. Le tout arbitré en visibilité par des algorithmes relais de pouvoir et totalement inféodées à la volonté de leurs maîtres.</p>
<p data-pm-slice="1 1 []">Et il ne s&rsquo;agit pas pour nous de choisir mais d&rsquo;accepter de prendre tout cela ensemble, car l&rsquo;architecture de circulation de ces discours est en forme d&rsquo;arène dans laquelle ces spectacularisations s&rsquo;enchaînent et se répondent sans cesse et sans que nous puissions ne serait-ce que dire que nous aimerions choisir.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Stratégie Ender (suite) : Attrapez-les tous !</strong></h3>
<p>Certains peut-être se souviennent du phénoménal engouement autour du jeu Pokémon Go décliné en réalité augmentée. Il s&rsquo;agissait de chasser les Pokémon un peu partout dans le monde réel, en passant par une application de réalité augmentée qui « superposait » sur notre géographie classique l&rsquo;environnement ludique du jeu. Je m&rsquo;étais de mon côté interrogé sur ces nouvelles affordances et j&rsquo;avais publié <a href="https://affordance.framasoft.org/?s=pok%C3%A9mon">plusieurs articles sur le sujet que vous retrouverez par ici</a>. Dans le <a href="https://affordance.framasoft.org/2016/07/pokemon-go/">premier de ces articles</a>, je proposais même le concept de « schizo-haptie » que je définissais comme suit :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">Quand nombre d&rsquo;entre nous sont aujourd&rsquo;hui incapables de se passer de leurs smartphones, de « lâcher » cet objet, quand et surtout comment serons-nous demain capables de s&rsquo;affranchir de nos corps-interfaces pour revenir à plus naturelles synesthésies qui risquent de nous apparaître comme « dégradées » puisque non-augmentées ? Le hold-up du haptique sur tout autre mode d&rsquo;interfaçage avec le monde et les objets techniques pourrait également donner naissance à de passionnantes études sur l&rsquo;interface … des faux-mouvements. Aux pathologies actuelles du numérique, à la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Nomophobie" target="_blank" rel="noopener">nomophobie</a>, à la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fear_of_missing_out" target="_blank" rel="noopener">FOMO</a>, à <a href="http://rue89.nouvelobs.com/2015/04/08/naissance-dune-nouvelle-pathologie-lalgorithmophobia-258573" target="_blank" rel="noopener">l&rsquo;algorithmophobia</a>, faudra-t-il rajouter une nouvelle forme de schizophrénie (du grec « schizein = fendre » et « phrên = esprit ») dénommée <strong>« schizo-haptie », une schizophrénie du mouvement et de l&rsquo;ensemble de la panoplie des « gestes-contrôle » ? »</strong></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous étions alors en 2016. Dix ans plus tard, nous venons d&rsquo;apprendre, dans <a href="https://www.technologyreview.com/2026/03/10/1134099/how-pokemon-go-is-helping-robots-deliver-pizza-on-time/">un article du MIT</a> repris notamment dans <a href="https://www.ledevoir.com/economie/techno/964269/donnees-pokemon-go-ont-servi-creer-carte-monde-realite-augmentee">Le Devoir</a>, que derrière cette ludification se tramait en parallèle (et sans un quelconque consentement de notre part), un entraînement pour permettre &#8230; de créer une carte du monde en réalité augmentée. Laquelle carte est notamment utilisée pour permettre à des robots de livrer des pizzas. La préméditation n&rsquo;est pas établie mais le fait est que la société Niantic (qui développait le jeu) dispose aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une nouvelle branche baptisé Niantic Spatial et dont l&rsquo;objectif est &#8211; je reprends leur slogan &#8211; « <em>de construire un LGM (Large Geospatial Model), un modèle vivant du monde auquel les êtres humains et les machines pourront s&rsquo;adresser</em> » (« <em>Niantic Spatial is building a Large Geospatial Model, a living model of the world that people and machines can talk to</em>« ).</p>
<p>Or y compris avec la localisation GPS et notamment dans de grands centres urbains, on manque de précision au mètre près pour opérer un certain nombre de transactions et autres livraisons. Parce que <a href="https://affordance.framasoft.org/2020/04/dernier-kilometre-premier-metre-pandemie/">la distribution sur le dernier kilomètre</a> représentait  il y a 10 ans de cela la logistique la plus complexe, <a href="https://www.zdnet.fr/actualites/flex-amazon-va-proposer-un-uber-de-la-livraison-39825770.htm" target="_blank" rel="noopener">Amazon avait lancé en 2015 le service « Flex »</a>, pour « uberiser » ce dernier bastion, cette dernière proximité, et nous permettre de récupérer des colis et de les livrer sur le trajet nous (r)amenant chez nous ou à notre travail. Dix ans plus tard, c&rsquo;est la conquête des derniers mètres qui est devenue la grande bataille logistique. Et il ne s&rsquo;agit plus d&#8217;embaucher des humains mais de permettre à des robots autonomes d&rsquo;effectuer ces derniers mètres avec la plus grande précision possible. Comme l&rsquo;explique très bien <a href="https://www.presse-citron.net/30-milliards-dimages-collectees-revelations-embarrassantes-lia-pokemon-go/">Camille Coirault sur Presse-Citron</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« <em>Ce qui distingue ce système de tout ce qui existait avant, c’est sa nature : un GPS fonctionne grâce à des coordonnées mathématiques abstraites : une latitude, une longitude et une altitude. Pour les entreprises clientes, l’intérêt est de remplacer le calcul de probabilité du signal satellite par une identification visuelle instantanée des environnements réels.</em>« </p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Du côté des usages civils, on a donc cette technologie du dernier mètre qui est mise à disposition de robots livreurs de pizzas : des <a href="https://www.cocodelivery.com/">glacières sur roues de la société « Coco Delivery »</a>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-12095" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/telechargement-1024x683.jpeg" alt="" width="604" height="403" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/telechargement-1024x683.jpeg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/telechargement-300x200.jpeg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/telechargement-768x512.jpeg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/telechargement-600x400.jpeg 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/telechargement.jpeg 1200w" sizes="auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Cette glacière autonome sur roues peut contenir 8 pizzas (y compris à l&rsquo;ananas) et se déplace à 8 km/h.<br />
On vit une époque formidable. Pour les pizzas.</em></p>
<p>Jamais à l&rsquo;abri d&rsquo;un excès, dans <a href="https://www.technologyreview.com/2026/03/10/1134099/how-pokemon-go-is-helping-robots-deliver-pizza-on-time/">l&rsquo;article du MIT</a> qui a révélé l&rsquo;utilisation des données Pokemon Go pour ce nouvel usage, le patron de Niantic Spatial, John Hanke, parle carrément d&rsquo;une « <em>nouvelle explosion Cambrienne dans le domaine de la robotique.</em> » Pour celles et ceux qui comme moi auraient séché les cours de paléontologie au lycée, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Explosion_cambrienne">l&rsquo;explosion Cambrienne</a> c&rsquo;est lorsque (merci Wikipédia) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>Les sédiments cambriens révèlent l&rsquo;extension de mers peu profondes recouvrant des plates-formes continentales, et une brusque multiplication de nouveaux groupes animaux (animaux à parties dures notamment). Cette « explosion cambrienne » n&rsquo;a pas encore d&rsquo;explication. Elle peut avoir plusieurs causes : des modifications climatiques, l&rsquo;activité accrue de prédateurs ou encore les sels marins favorisant l&rsquo;absorption de substances chimiques et le dépôt de couches dures sur la peau. Le développement de squelettes externes (exosquelettes) peut avoir été une réaction adaptative à l&rsquo;apparition de nouvelles niches écologiques. Il pourrait également s&rsquo;agir d&rsquo;organismes des grandes profondeurs nouvellement acclimatés aux habitats de surface ou inversement, mais aussi d’une évolution vers des espèces capables d’exploiter des ressources alimentaires nouvelles.</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Alors pas sûr que les glacières sur roues soient une nouvelle branche de l&rsquo;évolution des espèces robotiques, mais la métaphore réussit à nous interpeller. Et comme souvent dans le secteur de la tech et du numérique, il faut lire ces usages métaphoriques pour ce qu&rsquo;ils sont : la nécessité d&rsquo;installer rapidement un imaginaire favorable à la naissance ou au maintient de nouvelles rentes économiques (par ailleurs souvent sur fonds publics). Si chacun peut voir dans cette supposée explosion cambrienne robotique des éléments de réel (oui il y a de plus en plus de robots et de dispositifs autonomes, mais non il n&rsquo;y a aucune logique évolutive derrière), l&rsquo;enjeu est de convaincre des financeurs, des industriels et des responsables de politiques publiques que cette explosion est en train d&rsquo;advenir et qu&rsquo;il serait de bon ton de ne pas se laisser dépasser.</p>
<p>Du côté des usages militaires, car oui Pokemon Go avait également été utilisé par des militaires engagés sur des terrains de guerre et cela avait fait immensément débat, je vous laisse imaginer ce qui peut-être fait de cette maîtrise des derniers mètres. Et s&rsquo;il faut parler un peu de géopolitique et de terrains de guerre, <a href="https://www.ledevoir.com/economie/techno/964269/donnees-pokemon-go-ont-servi-creer-carte-monde-realite-augmentee">Le Devoir</a> rappelle qu&rsquo;en mars 2025, « <em>le jeu a été vendu à Scopely, une entreprise détenue par le fonds d’investissement saoudien contrôlé par le prince héritier Mohammed ben Salmane. La transaction incluait toutes les données des utilisateurs.</em> »</p>
<p>Il y a quelques jours (19 Mai 2026), Google annonçait le <a href="https://www.numerama.com/tech/2255417-google-io-2026-toutes-les-annonces.html">lancement de « Gemini Omni », une IA multimodale capable de manipuler nativement le texte, l’audio et la vidéo</a> avec des résultats une fois de plus tout à fait sidérants de vraisemblance. La génération de ces vidéos peut notamment s&rsquo;appuyer sur les données captées depuis des années par Google Earth, Google Maps et Google Street View permettant par exemple de générer le film hyperréaliste d&rsquo;un personnage marchant, courant, volant, roulant ou naviguant dans à peu près n&rsquo;importe quel endroit de la planète.</p>
<p>Le problème de disposer d&rsquo;une carte à l&rsquo;échelle du territoire est entièrement résolu. Nous sommes complètement sortis de l&rsquo;âge où comme l&rsquo;écrivait en 1931 le mathématicien et philosophe Alfred Korzybski, « la carte n&rsquo;est pas le territoire », et où il il existait une différence entre la réalité et la représentation que l&rsquo;on s&rsquo;en faisait. Le problème est que l&rsquo;alignement, la superposition au réel ne peut-être résolu ou « exercé » sans recours à une simulation qui, dès lors, prend le pas sur le réel lui-même.</p>
<p>Par-delà tout un ensemble d&rsquo;autres sujets connexes, la multiplication de ces outils d&rsquo;IA génératives, leur « fluidité » et leur disponibilité immédiate, s&rsquo;accompagne aussi d&rsquo;un retour en grâce (ou d&rsquo;une nouvelle offensive marketing en tout cas) pour nous réimposer des appareillages sensoriels installant la prééminence de réalités simulées ou virtuelles, Google annonçant ainsi <a href="https://www.numerama.com/tech/2255417-google-io-2026-toutes-les-annonces.html">le retour de ses lunettes connectées</a>. Face à des artefacts génératifs désormais presque tous capables de simulations multimodales, s&rsquo;aligne la conception d&rsquo;une humanité sensoriellement appareillée non pour s&rsquo;augmenter mais pour s&rsquo;aligner avec la carte que dessinent ces Béhémots calculatoires plutôt qu&rsquo;avec le territoire que nous arpentons chacune et chacun avec nos propres focales.</p>
<h3 style="text-align: right;">Apostille.</h3>
<p>Si Ender remporte sa guerre, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais conscience d&rsquo;être ailleurs que dans une simulation ; c&rsquo;est parce que les choix qu&rsquo;il met en oeuvre se subordonnent entièrement à la conscience &#8211; en réalité une croyance &#8211; qu&rsquo;il a d&rsquo;évoluer dans une réalité simulée. La « stratégie Ender » c&rsquo;est le pari immensément risqué d&rsquo;un groupe d&rsquo;adultes face à une guerre d&rsquo;extermination imminente et qui vont faire le choix de confier l&rsquo;avenir d&rsquo;une civilisation à l&rsquo;habilité et à la ruse d&rsquo;un enfant habitué à ne prendre de décisions vitales que dans le cadre de simulations virtuelles. Par-delà même les guerres qui traversent aujourd&rsquo;hui directement nos vies ou nos voisinages, il n&rsquo;est pas totalement vain de s&rsquo;interroger sur la stratégie Ender dans laquelle entrent actuellement l&rsquo;essentiel de nos modes de conflits et de nos modes d&rsquo;existence.</p>
<p>Et s&rsquo;il faut trouver un dessein à cette stratégie Ender, il est à coup sûr dans la mise en fragilité ou en effondrement de l&rsquo;ensemble de nos formes collectives de gouvernance. C&rsquo;est en tout cas ce qui m&rsquo;est apparu comme une évidence à la lecture d&rsquo;un article: « <a href="https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=5870623">Comment l&rsquo;IA détruit les institutions.</a> »</p>
<h3 style="text-align: right;">IA : Institutions Apocryphes.</h3>
<p>Cet article traite de la percolation des technologies d&rsquo;IA dans l&rsquo;ensemble de nos institutions au sens régalien comme symbolique. Et du mal que cela leur fait. En d&rsquo;autres termes la manière dont <a href="https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=5870623">l&rsquo;IA détruit nos institutions</a>.</p>
<p>Depuis que je m&rsquo;intéresse à ces sujets et notamment à l&rsquo;IA générative, par-delà l&rsquo;enthousiasme légitime que l&rsquo;on peut avoir pour des usages grégaires, par-delà l&rsquo;inquiétude tout aussi légitime qui nous oblige à repenser presque totalement nos heuristiques de preuve, je cherchais ce qui dans ces artefacts génératifs était le point nodal des risques qu&rsquo;ils font peser aujourd&rsquo;hui sur nos sociétés. Et ce point est circonscrit et formidablement argumenté sous la plume de deux collègues juristes, Woodrow Hartzog et Jessica M. Silbey de la faculté de droit de l&rsquo;université de Boston, dans leur article : « <a href="https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=5870623">How AI Destroys Institutions</a>« , article dont voici le résumé (je souligne et traduis avec l&rsquo;aide partielle de Deepl) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">Les institutions civiques – l&rsquo;État de droit, les universités et la liberté de la presse – constituent l&rsquo;épine dorsale de la vie démocratique. Elles sont les mécanismes par lesquels les sociétés complexes encouragent la coopération et la stabilité, tout en s&rsquo;adaptant à l&rsquo;évolution des circonstances. La véritable superpuissance des institutions réside dans leur capacité à évoluer et à s&rsquo;adapter au sein d&rsquo;une hiérarchie d&rsquo;autorité et d&rsquo;un cadre de rôles et de règles, tout en conservant leur légitimité dans les connaissances produites et les actions entreprises. Les institutions axées sur des objectifs et fondées sur la transparence, la coopération et la responsabilité permettent aux individus de prendre des risques intellectuels et de remettre en question le statu quo. Cela se produit grâce aux mécanismes des relations interpersonnelles au sein de ces institutions, qui élargissent les perspectives et renforcent l&rsquo;engagement commun envers les objectifs civiques.</p>
<p style="text-align: left;">Malheureusement, <strong>les affordances des systèmes d&rsquo;IA anéantissent ces caractéristiques institutionnelles</strong> à chaque tournant. Dans cet essai, nous avançons un argument simple : les systèmes d&rsquo;IA sont conçus pour fonctionner d&rsquo;une manière qui dégrade et risque de détruire nos institutions civiques essentielles. <strong>Les affordances des systèmes d&rsquo;IA ont pour effet d&rsquo;éroder l&rsquo;expertise, de court-circuiter la prise de décision et d&rsquo;isoler les individus les uns des autres</strong>. Ces systèmes sont contraires à l&rsquo;évolution, à la transparence, à la coopération et à la responsabilité qui donnent leur raison d&rsquo;être et leur durabilité aux institutions vitales. En bref, les systèmes d&rsquo;IA actuels sont une condamnation à mort pour les institutions civiques, et nous devons les traiter comme tels.</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>De mon côté je souligne depuis longtemps à quel point ces outils d&rsquo;IA excellent dans 2 domaines : primo <strong>la simulation d&rsquo;expertise</strong> (en se présentant comme des systèmes experts en capacité de nous leurrer sur la base de notre propre ignorance tout en favorisant par ailleurs des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Dunning-Kruger">effets Dunning-Kruger</a> de plus en plus problématiques), et deuxio <strong>la dissimulation d&rsquo;expertise</strong> (notamment en opacifiant et en dissimulant d&rsquo;une part la valeur ajoutée des travailleurs de l&rsquo;ombre, et d&rsquo;autre part l&rsquo;ensemble des sources couvertes par le droit d&rsquo;auteur qui sont captées de manière extractiviste et prédatrice sans égard ni considération).</p>
<p>L&rsquo;autre point qui m&rsquo;a frappé dans l&rsquo;approche des auteurs de l&rsquo;article <a href="https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=5870623">« Comment l&rsquo;IA détruit nos institutions »</a> c&rsquo;est la question des affordances qu&rsquo;ils posent à l&rsquo;échelle de ces systèmes anthropo-techniques que sont les IA, notamment génératives. L&rsquo;affordance c&rsquo;est le titre éponyme de mon blog depuis près d&rsquo;un quart de siècle, et c&rsquo;est aussi le projet que j&rsquo;entretiens de documenter les affordances des systèmes numériques que nous utilisons pour mieux comprendre comment ils modifient nos propres comportements et habitus informationnels, cognitifs, relationnels, etc.</p>
<p>Autre extrait de leur article :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« Les premiers théoriciens, comme Émile Durkheim, considéraient les institutions — telles que la famille, la religion et l&rsquo;éducation — comme des « représentations collectives » qui<br />
soutiennent les normes sociales et assurent la cohésion dans des sociétés de plus en plus complexes. Max Weber s’est intéressé au développement des institutions bureaucratiques, telles que les systèmes judiciaires, qu’il considérait comme fondamentales pour les États-nations modernes. Les spécialistes du « nouvel institutionnalisme » de la seconde moitié du XXe siècle mettent l’accent sur les dimensions culturelles, cognitives et historiques des institutions, y compris leur dynamisme institutionnel par opposition à leur immobilisme. Ces théoriciens expliquent que les institutions sont des constructions sociales et acquièrent leur légitimité en s’ancrant dans les pratiques sociales et en étant façonnées par le comportement humain, reproduisant et maintenant les normes institutionnelles à travers les interactions quotidiennes. En conséquence, la légitimité institutionnelle n’est pas simplement imposée aux individus, mais découle du comportement humain et des interactions »</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et c&rsquo;est tout cela que viennent miner les IA telles qu&rsquo;elles se déploient en tout cas majoritairement aujourd&rsquo;hui.</p>
<p>Tout cela se noue dans une matrice au sein de laquelle les développements technologiques dans leur logique de massification, ont toujours eu pour principal objet une « économie de l&rsquo;attention » au sein de laquelle il nous faut toujours davantage faire l&rsquo;économie de notre propre attention aux choses et aux êtres, c&rsquo;est à dire fonctionner à coût cognitif nul. Sans friction. La marche d&rsquo;après, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est plus d&rsquo;économie possible car l&rsquo;essentiel de nos interactions sont déjà réduites à des activités de pousse-bouton ou de défilement infini, la marche d&rsquo;après consiste à progressivement et entièrement déléguer un ensemble de tâches à la machine et aux technologies. C&rsquo;est à dire à nous faire entrer dans des phases de déprise à la fois opérationnelles et symboliques, à la fois rationnelles et affectives. Et à ce titre l&rsquo;essor des artefacts conversationnels fonctionne comme un paradigme téléologique. Et une nouvelle forme de stratégie Ender.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>========================================</p>
<p><em>Cet article a été rédigé fin mai 2026, dans une actualité où les débats autour du positionnement de Dario Amodei et de l&rsquo;encyclique du Pape occupaient le devant de la scène.<br />
Il devait initialement paraître sur un autre média que ce blog. .</em></p>
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		<title>L&#8217;heure de l&#8217;IA au lycée. Buvez des données et mangez des tokens.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2026/06/lheure-de-lia-au-lycee-buvez-des-donnees-et-mangez-des-tokens/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Jun 2026 10:08:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ChatGPT et ses ami.e.s]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 1er Ministre Lecornu vient d&#8217;annoncer, au coeur des épreuves du bac et de la canicule, que tous les lycéens bénéficieraient à la rentrée prochaine, en classe de 2nde, d&#8217;une heure d&#8217;enseignement par semaine sur l&#8217;IA. Le même gouvernement qui a aussi annoncé l&#8217;interdiction des téléphones portables au lycée dès la rentrée prochaine. Le même [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 1er Ministre Lecornu vient d&rsquo;annoncer, au coeur des épreuves du bac et de la canicule, que tous les lycéens bénéficieraient à la rentrée prochaine, en classe de 2nde, <a href="https://www.ouest-france.fr/education/enseignement/les-eleves-de-seconde-auront-une-heure-denseignement-a-lia-a-la-rentree-2027-annonce-sebastien-lecornu-819963fc-6bf8-11f1-bda1-40414195e76f">d&rsquo;une heure d&rsquo;enseignement par semaine sur l&rsquo;IA</a>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12200" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-20-a-00.46.29-1024x797.png" alt="" width="770" height="599" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-20-a-00.46.29-1024x797.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-20-a-00.46.29-300x234.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-20-a-00.46.29-768x598.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-20-a-00.46.29-600x467.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-20-a-00.46.29.png 1454w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p>Le même gouvernement qui a aussi annoncé <a href="https://www.franceinfo.fr/societe/education/le-telephone-portable-interdit-au-lycee-des-le-1er-septembre-c-est-absolument-majeur-pour-nos-eleves-insiste-edouard-geffray_8065499.html">l&rsquo;interdiction des téléphones portables au lycée dès la rentrée prochaine</a>.</p>
<p>Le même gouvernement qui veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.</p>
<p>Le même gouvernement qui veut faire pousser des Data Center partout en mode « Viva Tech et Balek ».</p>
<p>En pleine canicule. Ne cherchez pas la cohérence vous n&rsquo;en trouverez pas. Mais eux, <a href="https://www.liberation.fr/societe/education/une-heure-par-semaine-denseignement-a-lia-en-seconde-a-la-rentree-2027-20260619_URPC566YVFGDZPDLSQTCPIEKCE/?at_campaign=bluesky&amp;utm_source=bluesky&amp;at_medium=Social%20Media">bah oui</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">Le chef du gouvernement souligne que <i>«former à l’IA»</i> et <i>«réduire l’exposition aux écrans»</i>, comme avec le projet d’interdire les réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans, <i>«participent d’une même ambition</i><i> </i><i>: faire de nos élèves des citoyens libres, autonomes. Condition de notre souveraineté collective».</i></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>« <em>Participent d&rsquo;une même ambition</em> » &#8230; Alors comment te dire, Seb. Y&rsquo;a rien qui va. Rien. Ces trois éléments pris successivement peuvent à la rigueur faire illusion de cohérence à la manière dont trois chansons de Michel Sardou font illusion de patriotisme mais franchement &#8230; <em>« Les écrans », « l&rsquo;IA », « les réseaux sociaux »</em>. Rien que ça déjà. Qui partagent autant de points communs que le taboulé, la mayonnaise et le nutella.</p>
<p>Prétendre tout aligner pour faire oublier que l&rsquo;on a tout mélangé. Là où l&rsquo;immensité des enjeux et des urgences nécessite une approche systémique, c&rsquo;est à dire articulée au plus près des conditions d&rsquo;enseignement (y compris et surtout pratiques et matérielles) et des modalités de ce qu&rsquo;est l&rsquo;expérience lycéenne de l&rsquo;apprentissage singulier et collectif, on a une bouillie de mesures à effet médaille, c&rsquo;est à dire qui ont pour principale vocation de décorer le torse des egos qui auront été les premiers à les brandir. Le lycée (surtout) est devenu un immense fourre tout d&rsquo;opportunismes politiques dans lequel chaque ministre se rêve en Derrida de chez Wish confondant la déconstruction et la reconstruction. Ce qui se déconstruit ce sont les collectifs, enseignants comme lycéens. Ce qui se déconstruit ce sont les espaces de classes et de groupe. Ce qui se déconstruit ce sont les choix que l&rsquo;on multiplie de manière totalement artificielle et de plus en plus tôt pour mieux masquer les impasses et complexifier les rares lisibilités de futurs envisageables.</p>
<p>Toutes les enseignantes et tous les enseignants vous le diront : cette idée de mettre une heure par semaine sur l&rsquo;IA en classe de 2nde qui sort comme ça pif paf pouf sans concertation à quelques jours des vacances d&rsquo;été, on appelle ça une mesure fantôme (qui s&rsquo;ajoute aux précédentes, EVARS, pix, e3d, etc). Ce n&rsquo;est pas financé, ça sort de nulle part, on ne sait même pas qui va faire les cours et quel en sera le contenu <del>et on a un mois et demi (de vacances) pour être prêts à la rentrée</del> et tout doit être prêt pour la rentrée 2027 alors même que les prochains au pouvoir déferont à leur tour probablement l&rsquo;essentiel de ce qui aura été fait. Ce qui compte ce n&rsquo;est pas la temporalité de la mesure, ce qui compte c&rsquo;est la temporalité de l&rsquo;annonce de la mesure. Viva Tech et Balek. <strong>Si le foutage de gueule était un doctorat, ces gens là seraient tous Honoris Causa.</strong></p>
<p>Oui bien sûr il faut former à l&rsquo;IA. Bien sûr. Mais là et dans les conditions exposées ci-dessus, on ne construit pas : on sabote, on dynamite, on vaporise. C&rsquo;est la méthode des vieux pubards : « Spray and Pray ». Vaporisez et priez. Mettez-en partout et attendez que ça prenne. Et si ça ne prend pas bah au moins vous en aurez foutu un peu partout.</p>
<p>Franchement ? Ce serait presque rigolo. Si le contexte n&rsquo;était pas ce qu&rsquo;il est, notamment depuis la mise à sac des réformes Blanquer qui est à l&rsquo;éducation nationale ce que Patrick Bruel est à la lutte contre les violences faites aux femmes ; si une génération n&rsquo;était pas en train d&rsquo;étouffer sous la canicule avec en face d&rsquo;elles une dynastie d&rsquo;immacescibles tanches qui s&rsquo;interrogent encore pour savoir si mettre des épreuves que le matin ce serait pas une bonne idée ; si la place des mathématiques n&rsquo;avait pas changé tous les ans sur le cycle lycée depuis (au moins) 5 ans en dépit de toute forme de bon sens et en débit de toute forme de rationalité ; si toutes ces conditions et quelques autres n&rsquo;étaient pas réunies, alors oui ce serait presque risible mais ça ne l&rsquo;est pas. Et c&rsquo;est un fait acquis que Lecornu, à l&rsquo;instar de tous ceux qui, osera tout.</p>
<p>Je me permets donc de lui suggérer de pousser un cran plus loin. Une heure de cours sur l&rsquo;IA par semaine en 2nde ? D&rsquo;accord mais on regroupe tous ces cours sur le mois de Juin. De toute façon <a href="https://www.cafepedagogique.net/2026/05/04/des-eleves-morts-en-stage-un-projet-educatif-conteste-et-alerte-sur-la-securite-des-stagiaires/#:~:text=Vendredi%2017%20avril%2C%20Calvin%20Simon,%C3%A9cras%C3%A9%20par%20un%20chariot%20%C3%A9l%C3%A9vateur.">en Juin à part mourir en stage, les élèves de 2nde ils ne branlent rien</a>. Et on hydrate les lycéennes et lycéens en leur faisant <a href="https://vert.eco/video/aux-etats-unis-des-datacenters-de-meta-menacent-leau-potable/">boire de l&rsquo;eau issue de Data Centers</a>. Et on leur fait bouffer des tokens.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-12196" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-19-a-23.47.56-775x1024.png" alt="" width="514" height="679" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-19-a-23.47.56-775x1024.png 775w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-19-a-23.47.56-227x300.png 227w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-19-a-23.47.56-768x1015.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-19-a-23.47.56-600x793.png 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/06/Capture-decran-2026-06-19-a-23.47.56.png 790w" sizes="auto, (max-width: 514px) 100vw, 514px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Comme ça on est bien. Vous vous souvenez de Chirac et de son « mangez des pommes » ? Bah on on garde la même DA mais on va la glow up niveau expert et on leur dira : « Buvez des Datas et mangez des tokens ». Parce que c&rsquo;est notre projet.</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>&lt;Mise à jour du 21 Juin&gt;</strong></span> Suite à la publication de cet article, pas mal de réactions donc je précise un peu. Non il ne faut pas à tout prix « former à l&rsquo;IA », par contre il est vital de former à la culture numérique et de former de manière politique à la culture numérique (donc en gros et pour faire simple, travailler autour de <a href="https://cfeditions.com/public/">tout le catalogue sur ce sujet de C&amp;F Editions</a> <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f642.png" alt="🙂" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></p>
<p>L&rsquo;autre point sur lequel il y a débat c&rsquo;est sur l&rsquo;idée de cette supposée « <em>même ambition</em>« , de ce point commun in abstentia entre réseaux sociaux, écrans et IA. Là encore je maintiens ce que j&rsquo;écrivais et je précise. « Les écrans » c&rsquo;est avant tout une question sociale, une question d&rsquo;organisation sociale, de la manière dont nos sociétés, nos vies et nos rythmes (familiaux, professionnels, amicaux) créent ou empêchent des temporalités dans lesquelles le recours aux écrans devient une clé comme l&rsquo;était hier le recours à la télé ou à l&rsquo;ordinateur familial du salon. « Les réseaux sociaux » c&rsquo;est une question médiatique et éditoriale, <a href="https://affordance.framasoft.org/2023/12/ouvrir-le-code-des-algorithmes-ne-suffit-plus/">et ce n&rsquo;est que cela</a>. Enfin, « l&rsquo;IA » c&rsquo;est une question technologique, et oui bien sûr toute technologie est politique surtout quand elle met à mal l&rsquo;une des ressources actuellement les plus rivales entre un accélérationnisme industriel et notre propre survie, c&rsquo;est à dire la ressource en eau.</p>
<p>Ce qu&rsquo;il nous manque et ce que les annonces de Macron n&rsquo;ont jamais permis de penser et d&rsquo;installer depuis qu&rsquo;il s&rsquo;est fantasmé en président de la start-up nation, ce qu&rsquo;il nous manque c&rsquo;est une pensée politique capable d&rsquo;articuler la question des temporalités et des rythmes sociaux avec celle des instances médiatiques qui les donnent à voir dans des prismes toujours plus ambivalents et des régimes de vérités désormais structurellement mouvants, et avec ce que chaque nouvelle technologie peut changer ou prendre comme place dans l&rsquo;accélération ou la dilatation de ces temps et dans les choix de politiques publiques qui les mettent à leur service ou qui nous y asservissent.</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Entre la lame et la flamme. Chronique d&#8217;un « record »</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2026/05/entre-la-lame-et-la-flamme-chronique-dun-record/</link>
					<comments>https://affordance.framasoft.org/2026/05/entre-la-lame-et-la-flamme-chronique-dun-record/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 May 2026 08:02:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Rubrique à brac]]></category>
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					<description><![CDATA[« Record ». « Record ». « Record ». « Record ». « Record ». Des mots il y en a d&#8217;autres. Mais celui-là est le plus chaud, le plus saillant, le plus repris. Nous en franchissons. Nous en battons. Nous en dépassons de précédents. Des records. De chaleur donc. Et donc comment dire autre chose de « record ». D&#8217;autres mots s&#8217;alignent derrière : « jamais vu« , [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Record ». « Record ». « Record ». « Record ». « Record ».</em> Des mots il y en a d&rsquo;autres. Mais celui-là est le plus chaud, le plus saillant, le plus repris. Nous en franchissons. Nous en battons. Nous en dépassons de précédents. Des records. De chaleur donc. Et donc comment dire autre chose de « record ».</p>
<p>D&rsquo;autres mots s&rsquo;alignent derrière : « <em>jamais vu</em>« , « <em>historique</em>« , « <em>inédit</em> » &#8230; Mais toujours celui-là qui revient : « <em>record</em>. » Alors on y va au record, au rapport. Dire et redire le record de chaleur pour ,ne pas dire le record de souffrance, le record d&rsquo;épuisement, le record de sensation d&rsquo;étouffement, le record d&rsquo;irrespirabilité, le record de malaises, etc.</p>
<p>Dire et répéter sans cesse ce « <em>record</em> » c&rsquo;est installer narrativement une dimension qui est celle du sport, du dépassement, de la médaille, bref, des valeurs presque toujours associées à quelque chose de positif dans notre imaginaire. Alors dire sans cesse ces records, est-ce franchir une limite ou s&rsquo;affranchir des dernières supportables restantes ?</p>
<p>Dire et répéter sans cesse ce record c&rsquo;est aussi marquer le moment d&rsquo;un souvenir, s&rsquo;inscrire donc dans une histoire, un record c&rsquo;est un témoignage. Record nous dit le dictionnaire de l&rsquo;académie c&rsquo;est : « <em>Emprunté de l&rsquo;anglais record, &lsquo;procès verbal, témoignage consigné&rsquo;, déverbal de to record, &lsquo;enregistrer&rsquo;, lui-même emprunté du français recorder.</em> » Alors on enregistre. La hausse des températures, les images de plage, de glaces, d&rsquo;eau, d&rsquo;espaces et de lieux et ressources qui aujourd&rsquo;hui sont enregistrés comme ceux qui rafraîchissent, mais que l&rsquo;on enregistre aussi comme ceux qui seront demain impraticables, inaccessibles, épuisés.</p>
<p>Et puis il y a les autres records, les autres enregistrements, les autres mémoires collectives qui se construisent et se fixent.</p>
<p>J&rsquo;enregistre. Il faut aller à l&rsquo;école, en cours. Il faut passer des examens, des épreuves. Bacheliers professionnels à l&rsquo;épreuve d&rsquo;un baccalauréat que le ministre ne voit aucune raison de décaler, de déplacer, d&rsquo;aménager. Pourtant il n&rsquo;y a pas si longtemps on avait <a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/canicule-le-brevet-des-colleges-reporte-au-1er-et-2-juillet-1530934">déplacé, décalé, aménagé le brevet des collèges</a> mais là ce sont des bacheliers professionnels. Alors il faut les habituer à la peine. Il faut les tordre.</p>
<p>Plus rien n&rsquo;est adapté. Voilà des décennies que nous avons construit (et <a href="https://www.mediacites.fr/decryptage/nantes/2025/07/10/canicule-en-gare-de-nantes-elle-nest-soumise-a-aucune-regle-thermique-defend-son-architecte/">construisons encore contre toute logique</a>) des bâtiments faits pour dire que nous aspirions à la chaleur : larges fenêtres, baies vitrées immenses, orientations plein sud. Let The Sun Shine In. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=hHuNZdsoDvA">Laissons entrer le soleil</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-12181" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/istock-1254065595.jpg" alt="" width="652" height="438" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/istock-1254065595.jpg 652w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/istock-1254065595-300x202.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/istock-1254065595-600x403.jpg 600w" sizes="auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et nous avons des villes entières, des <a href="https://www.mediacites.fr/decryptage/nantes/2025/07/10/canicule-en-gare-de-nantes-elle-nest-soumise-a-aucune-regle-thermique-defend-son-architecte/">gares</a>, des lotissements, des <a href="https://www.liberation.fr/environnement/climat/en-direct-chaleur-extreme-alerte-orange-canicule-a-partir-de-midi-a-paris-20260528_6ZZXLUOKNVHWFJ32AGNDU5LVRQ/">écoles</a>, des collèges, des lycées, des immeubles tout entiers tournés vers le soleil qui désormais écrase.</p>
<p>Parmi les images les plus fortes d&rsquo;une littérature qui m&rsquo;accompagne, il y a celle du tout début du roman de Kim Stanley Robinson, « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Minist%C3%A8re_du_futur">Le ministère du futur</a>« , la description d&rsquo;une humanité écrasée d&rsquo;une chaleur insoutenable, qui à la nuit se réfugie en quête de fraîcheur dans un lac lui-même déjà trop chaud mais pourtant seul supportable, et d&rsquo;une partie de cette humanité qui y crève littéralement, et du narrateur qui s&rsquo;y réveille à peine vivant au milieu de cadavres. Ce roman est une vraie claque. D&rsquo;autres sciences et d&rsquo;autres fictions bien sûr racontent l&rsquo;inexorable qui vient.</p>
<p><strong>Nous avons maintenant juste besoin de politique.</strong> Et des formes les plus abouties de radicalité, de redirection écologique, de de planification, appelez cela comme vous voulez mais puisqu&rsquo;il est déjà trop tard, non pas tant pour nous que pour nos gosses, <strong>il faudra de la politique, et de la dure</strong>.</p>
<p>Il y a cette <strong>certitude sourde que deux choses ne nous sauverons pas : l&rsquo;innovation et l&rsquo;adaptation.</strong> Oui nous innoverons et oui certains trouveront encore à s&rsquo;adapter, bien sûr qu&rsquo;il le faudra. Mais ni l&rsquo;innovation ni l&rsquo;adaptation ne nous sauverons si nous considérons qu&rsquo;elles deux seules peuvent encore nous sauver.</p>
<p>L&rsquo;innovation ne nous sauvera pas. Elle ne fera que retarder certains pans d&rsquo;un inéluctable dont la capacité mortifère est d&rsquo;ores et déjà irréductible.</p>
<p>Notre capacité d&rsquo;adaptation ne nous sauvera plus. Nous ne pourrons pas, nous ne pourrons plus (nous ne le pouvons presque déjà plus), ni à l&rsquo;échelle de nos corps ni à l&rsquo;échelle de nos lieux, de nos corporéités et de nos habitabilités, nous ne pourrons pas nous adapter davantage, ni en creusant plus bas sous terre, ni en avançant plus loin ou plus profond dans l&rsquo;océan, ni en montant plus haut dans nos villes comme dans nos géographies ou dans nos conquêtes de l&rsquo;espace.</p>
<p><strong>Nous sommes depuis déjà trop longtemps entrés dans un cycle où les innovations et les adaptations effondrent les cohésions, les sociabilités, les cohabitations qu&rsquo;elles soient de voisinage ou de destin.</strong> Entre ceux qui ont la clim et ceux qui ne l&rsquo;ont pas. Entre ceux qui vivent là et ceux qui vivent ailleurs. Entre ceux qui peuvent financer leur adaptation et ceux qui ne le peuvent pas.</p>
<p>C&rsquo;est à la fois enthousiasmant et désespérant mais il ne nous reste plus que du politique pour nous sauver la peau et que nos gosses et les gosses de nos gosses ne soient pas les accablés nomades de nos errances ou les assignés à résidence punitive de nos tardives repentances.</p>
<p><a href="https://affordance.framasoft.org/2026/01/il-neige-alors-faites-de-vos-culs-des-luges/">D&rsquo;un record, l&rsquo;autre</a>. C&rsquo;est désormais la seule et l&rsquo;unique question, dont toutes les autres dépendent : nous visons dans un monde dont la géographie, l&rsquo;espace, l&rsquo;habitat, la circulation, ne sont plus du tout adaptés au climat que nous traversons et traverserons. Alors nous attendons. Nous attendons la lame, celle qui viendra de l&rsquo;océan. Nous attendons la flamme, celle qui viendra de nos forêts. <strong>Entre la lame et la flamme. Juste du politique. </strong></p>
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		<title>Le cauchemar de Lessig. If « Code Is Law », what da fuck is « Vibe Coding » ?</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2026/05/le-cauchemar-de-lessig-if-code-is-law-what-da-fuck-is-vibe-coding/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 16:27:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ChatGPT et ses ami.e.s]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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					<description><![CDATA[Rapidement quelques réflexions construites en préparant mon intervention lors d&#8217;une journée autour de l&#8217;IAG organisée par l&#8217;APDEN de Poitiers. Merci à toute l&#8217;équipe pour l&#8217;invitation et l&#8217;organisation. &#160; Ecrire du code. Arthur Mensch est Le PDG de Mistral AI, entreprise spécialisée dans l&#8217;IA et « licorne » française. Il vient d&#8217;être auditionné par l&#8217;assemblée nationale. Si vous [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Rapidement quelques réflexions construites en préparant mon intervention lors d&rsquo;une journée autour de l&rsquo;IAG organisée par<a href="https://apdenpoitiers.wordpress.com/"> l&rsquo;APDEN de Poitiers</a>. Merci à toute l&rsquo;équipe pour l&rsquo;invitation et l&rsquo;organisation.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-12160" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/20260520_120500-1024x768.jpeg" alt="" width="770" height="578" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/20260520_120500-1024x768.jpeg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/20260520_120500-300x225.jpeg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/20260520_120500-768x576.jpeg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/20260520_120500-1536x1152.jpeg 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/20260520_120500-2048x1536.jpeg 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/20260520_120500-600x450.jpeg 600w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: right;">Ecrire du code.</h3>
<p>Arthur Mensch est Le PDG de Mistral AI, entreprise spécialisée dans l&rsquo;IA et « licorne » française. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=kKWOkWv6pJM">Il vient d&rsquo;être auditionné par l&rsquo;assemblée nationale</a>. Si vous vous intéressez au sujet, l&rsquo;entretien est assez intéressant même s&rsquo;il faut très souvent faire la part de ce qui relève de la réalité de cette firme (et qui peut être étendu à d&rsquo;autres semblables) et la dimension très prégnante de l&rsquo;opportunité de lobbying qui lui est ainsi offerte (mais c&rsquo;est le jeu, il fait son taff, et il le fait plutôt très bien).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-12153 aligncenter" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-20-a-18.25.11-1024x580.jpg" alt="" width="770" height="436" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-20-a-18.25.11-1024x580.jpg 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-20-a-18.25.11-300x170.jpg 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-20-a-18.25.11-768x435.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-20-a-18.25.11-1536x870.jpg 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-20-a-18.25.11-2048x1160.jpg 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-20-a-18.25.11-600x340.jpg 600w" sizes="auto, (max-width: 770px) 100vw, 770px" /></p>
<p>Deux séquences, ou plus exactement deux phrases m&rsquo;ont beaucoup frappé dans cette <a href="https://www.youtube.com/watch?v=kKWOkWv6pJM">intervention de presque une heure trente</a>.</p>
<p>« <em>Aujourd&rsquo;hui les ingénieurs chez Mistral n&rsquo;écrivent plus de ligne de code.</em> » Je répète et souligne : « <strong><em>Aujourd&rsquo;hui les ingénieurs chez Mistral n&rsquo;écrivent plus de ligne de code.</em></strong> »</p>
<p>Et il poursuit : « <em>Aujourd&rsquo;hui vous n&rsquo;êtes plus un artisan, vous êtes un manager, donc vous demandez à des agents (IA) d&rsquo;écrire le code pour vous. Vous donnez les spécifications ; vous êtes un donneur d&rsquo;ordre.</em> » (la séquence est accessible à partir de 1h 8 min et 41 sec.</p>
<p>Et là quand j&rsquo;entends ça j&rsquo;ai plein de questions.<br />
<strong>Première question : est-ce que c’est vrai ?</strong> Alors disons oui et non. Pour en avoir échangé avec des collègues informaticien.ne.s dont certain.e.s ont également travaillé dans ces grands groupes (Google et Facebook), disons que oui c&rsquo;est vrai il existe des ingénieurs / développeurs qui n&rsquo;écrivent plus de ligne de code, mais il existe aussi toujours quand même qui codent les agents IA qui à leur tour vont coder à la place d&rsquo;autres ingénieurs et/ou développeurs. Il y a d&rsquo;ailleurs une expression dédiée, on appelle cela du « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vibe_coding">Vibe Coding</a> » qui consiste à créer du code informatique (par des initiés ou des non-initiés) en utilisant du langage naturel grâce à l&rsquo;IA.</p>
<p><strong>Deuxième question : est-ce que c’est grave ? </strong>Je n&rsquo;ai pas la réponse à court terme mais à moyen terme j&rsquo;ai l&rsquo;absolue certitude que cela l&rsquo;est. Et que cela l&rsquo;est éminemment.</p>
<p><strong>Troisième question : est-ce que c’est une bonne nouvelle ?</strong> Pour répondre, je vous propose de transposer la situation du PDG d&rsquo;une boite d&rsquo;IA expliquant que ses ingénieurs n&rsquo;écrivent plus de ligne de code pour &#8230; coder, à la situation, par exemple, d&rsquo;un ou d&rsquo;une responsable de formation, d&rsquo;un ou d&rsquo;une enseignante, qui dirait : « je n’ai plus aucun étudiant / élève qui ait besoin de comprendre les concepts et notions que je manipule pour leur transmettre un savoir et qu&rsquo;ils soient en capacité d&rsquo;en produire de nouveaux à leur tour. Et là c&rsquo;est, convenez-en, tout à fait vertigineux. Alors oui bien sûr, comparaison n&rsquo;est pas raison, les ingénieurs d&rsquo;Arthur Mensch ne sont pas les élèves ou étudiants dans nos classes et nos amphis, et oui bien sûr le code est un langage mais on pourrait philosopher quelques heures (en relisant Saussure, Chomsky, Wittgenstein et quelques autres) sur le fait qu&rsquo;il est ou non une langue. Mais vous voyez l&rsquo;idée.</p>
<p><strong>Quatrième question.</strong> Si l&rsquo;on s&rsquo;accorde sur le fait que le code est une langue ou à tout le moins un langage, <strong>quand vous n’écrivez ou ne parlez plus une langue, au bout de combien de temps cessez-vous de la comprendre et de la maîtriser ? </strong>Arthur Mensch le dit lui-même, il est de cette génération « d&rsquo;artisans du code » (il a 33 ans), il a appris cet artisanat et il dit aussi que cela lui a plu. Mais une autre génération arrive, qui n&rsquo;aura plus la nécessité d&rsquo;apprendre, ou d&rsquo;apprendre autant. Alors que feront-ils ? Et s’ils n’écrivent plus une ligne de code mais doivent continuer de fabriquer des applications, alors que feront-ils … sans code ? Autre vertige.</p>
<p>Alors oui je sais, entre ce que dit Arthur Mensch, et le contexte et la place depuis lesquels il dit cela, il y a tout de même une série de nuances à apporter. Pour autant, dans le champ scientifique qui est le mien (les sciences de l&rsquo;information et de la communication), il nous appartient précisément de prendre des énoncés pour ce qu&rsquo;ils disent dans l&rsquo;instant, autant que pour ce qu&rsquo;ils installent aussi en terme de narration sociale plus ou moins implicite. Et Arthur Mensch « incarnant » et portant le discours technophile, accélérationniste et dérégulateur autour de l&rsquo;IA, ce qu&rsquo;il dit (même si cela n&rsquo;est que 2 minutes dans une vidéo d&rsquo;une heure trente) est en soi un énoncé particulièrement performatif auprès de celles et ceux qui l&rsquo;écoutent. Et ce que dit Arthur Mensch c&rsquo;est que « <em>aujourd&rsquo;hui les ingénieurs chez Mistral n&rsquo;écrivent plus de ligne de code.</em> » Comprenez et entendez que donc tous les ingénieurs dans toutes les entreprises d&rsquo;IA qui sont ou se rêvent en futures licornes, n&rsquo;écrivent et n&rsquo;écriront plus une ligne de code ou en tout cas n&rsquo;ont et n&rsquo;auront plus vocation à le faire. Juste du Vibe Coding.</p>
<h3 style="text-align: right;">Le cauchemar de Lessig.</h3>
<p>« Code Is Law. » (<a href="https://framablog.org/2010/05/22/code-is-law-lessig/">traduit en français par Framasoft</a>). « Le code c&rsquo;est la loi. » C&rsquo;est un livre (paru en 1999, « <a href="https://lessig.org/product/code">Code And Other Laws of Cyberspace</a>« ) et <a href="https://www.harvardmagazine.com/2000/01/code-is-law-html">un article</a> (paru en 2000). C&rsquo;est l&rsquo;un des textes fondateurs de la culture numérique. Publié au début des années 2000, absolument fondamental et totalement visionnaire, Lawrence Lessig (professeur de droit, spécialiste de propriété intellectuelle, inventeur des licences Creative Commons, etc.), Lawrence Lessig y explique notamment que le code est un régulateur, que le code décide et que le code :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">« <em>définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s’il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l’accès à l’information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu’on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d’une myriade de manières, le code du cyberespace régule. »</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et il poursuit en expliquant que :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>Des gens choisissent la manière dont le code effectue tout cela. Des gens écrivent ce code. Dès lors le choix n&rsquo;est pas de savoir si les gens pourront choisir la manière de réguler le cyberespace. D&rsquo;autres gens &#8211; les codeurs &#8211; le feront. Le seul choix est de savoir si nous jouerons collectivement un rôle dans leurs choix &#8211; et si nous pourrons alors déterminer la manière dont ces valeurs se régulent &#8211; ou si nous autoriserons collectivement ces codeurs à décider de ces valeurs à notre place. </em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>D&rsquo;où ma dernière question : if « Code Is Law », then what da fuck is Vibe Coding ?</strong></p>
<p>Le « Vibe Coding », un monde dans lequel les entreprises les plus puissantes en IA n&rsquo;auraient que des ingénieurs et des développeurs n&rsquo;écrivant plus de ligne de code, ce monde c&rsquo;est le cauchemar de Lawrence Lessig et notre cauchemar à toutes et tous. Car si les codeurs eux-mêmes sont à distance du langage ou de la langue par laquelle ils installent des valeurs dans le code, s&rsquo;ils ne parlent ou n&rsquo;entendent plus cette langue et s&rsquo;ils se réduisent à des fonctions de « managers d&rsquo;agents IA &#8211; faussement &#8211; autonomes », alors comment elles et eux en première ligne, et surtout comment nous toutes et tous en première cible, comment serons-nous encore capables de jouer collectivement un rôle dans la circulation et l&rsquo;établissement de ces valeurs, de ces agendas politiques, économiques, idéologiques, que le code véhicule et qui n&rsquo;ont jamais été aussi puissants et déterminants, et dans le même temps jamais à ce point été inféodés à des intérêts presqu&rsquo;uniquement marchands, mafieux et singuliers ?</p>
<p>Si le code se passe de développeurs autres que des agents non-humains, alors la question de la maîtrise des valeurs que le code véhicule devient une non-question, un inquestionnable.</p>
<p>« <em>Un algorithme c&rsquo;est la décision de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre</em> » me faisait l&rsquo;honneur d&rsquo;écrire Antonio Casilli dans la préface à l&rsquo;un de mes tout premiers ouvrages. Et ce quelqu&rsquo;un n&rsquo;était pas extrêmement compliqué à trouver, à isoler, et à questionner. Mais un algorithme « vibe codé » c&rsquo;est la décision de &#8230; qui ?</p>
<p>« <em>Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde</em> » écrivait Wittgenstein.</p>
<h3 style="text-align: right;">L&rsquo;intelligence c&rsquo;est de l&rsquo;énergie (et la connerie c&rsquo;est de l&rsquo;énergie moins chère).</h3>
<p>Arthur Mensch dit aussi plein d&rsquo;autres trucs qui installent des narratifs extrêmement clairs et puissants dans leur fonction d&rsquo;agenda. Par exemple à plusieurs reprises il répète qu&rsquo;il faut réfléchir ou considérer l&rsquo;intelligence comme on réfléchit à l&rsquo;énergie, à l&rsquo;électricité. Alors bien sûr il parle de l&rsquo;intelligence artificielle. Mais il ne dit pas « intelligence artificielle », il dit juste « intelligence ». Et ce n&rsquo;est pas « juste » une omission ou un raccourci. C&rsquo;est l&rsquo;endroit d&rsquo;où il parle, celui d&rsquo;où il est situé, c&rsquo;est l&rsquo;énoncé de son futur probable et de son futur désiré, d&rsquo;un futur qui répond à « son » agenda propre. Un mode dans lequel en effet l&rsquo;intelligence se capte, se stocke, se transmet et se calcule comme l&rsquo;énergie, comme l&rsquo;électricité. D&rsquo;ailleurs et c&rsquo;est aussi extrêmement frappant, à plusieurs reprises et sur plusieurs questions, il commence toujours par répondre en nombre de kilowatts ou de mégawatts. C&rsquo;est son unité de mesure, son mètre étalon et ce sur presque l&rsquo;ensemble des questions qui lui sont posées et adressées. Tout se calcule en kilowatts ou mégawatts. Tout est là. Toutes les réponses sont là. Un mètre étalon. Qui est aussi son plus grand talon d&rsquo;Achille (à lui et à l&rsquo;ensemble de l&rsquo;industrie extractiviste de l&rsquo;IA).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>L&#8217;overview effect de l&#8217;IA.</title>
		<link>https://affordance.framasoft.org/2026/05/overview-effect-intelligence-artificielle/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 May 2026 12:44:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ChatGPT et ses ami.e.s]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie de l'info]]></category>
		<category><![CDATA[HDR]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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					<description><![CDATA[Et si notre terre était notre langue ? Et si les IA conversationnelles étaient nos vaisseaux ? Et si nous étions des astronautes sociaux ? &#160; L&#8217;Overview Effect ou « effet de vue d&#8217;ensemble » c&#8217;est « un choc cognitif, une prise de conscience dont témoignent certains astronautes lors d&#8217;un vol spatial qui se produit lorsque ceux-ci observent [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><em>Et si notre terre était notre langue ? </em><br />
<em>Et si les IA conversationnelles étaient nos vaisseaux ? </em><br />
<em>Et si nous étions des astronautes sociaux ?</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L&rsquo;Overview Effect ou « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_vue_d%E2%80%99ensemble">effet de vue d&rsquo;ensemble</a> » c&rsquo;est « <em>un choc cognitif, une prise de conscience dont témoignent certains astronautes lors d&rsquo;un vol spatial qui se produit lorsque ceux-ci observent la Terre depuis l&rsquo;orbite terrestre ou la Lune. Cet effet se produit par la mise en perspective directe de la situation de la Terre dans l&rsquo;espace : la planète est perçue comme une sphère fragile, un point bleu pâle « suspendu dans le vide », protégé par une fine atmosphère.</em> »</p>
<figure id="attachment_12121" aria-describedby="caption-attachment-12121" style="width: 572px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-12121" src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-04-a-14.52.21-572x1024.jpg" alt="" width="572" height="1024" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-04-a-14.52.21-572x1024.jpg 572w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-04-a-14.52.21-168x300.jpg 168w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-04-a-14.52.21-768x1375.jpg 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-04-a-14.52.21-600x1074.jpg 600w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/05/Capture-decran-2026-05-04-a-14.52.21.jpg 828w" sizes="auto, (max-width: 572px) 100vw, 572px" /><figcaption id="caption-attachment-12121" class="wp-caption-text">Copie d&rsquo;écran du <a href="https://www.instagram.com/p/DVjTEHAguLS/">compte Instagram de Sophie Adenot</a>, en plein Overview Effect.</figcaption></figure>
<p>L&rsquo;Overview Effect conduit donc à prendre conscience de la fragilité d&rsquo;un écosystème en l&rsquo;observant d&rsquo;un point, d&rsquo;une position qui ne nous est ni naturelle ni facilement accessible et qui introduit une grande distance impliquant un renversement de perspective.</p>
<p>Et bien &#8211; me semble-t-il en tout cas &#8211; c&rsquo;est très caractéristique de ce qu&rsquo;ont produit les premiers systèmes d&rsquo;IA conversationnels, ces <a href="https://affordance.framasoft.org/2023/01/gpt-3-cest-toi-le-chat/">artefacts génératifs</a>. Et de ce qu&rsquo;ils continuent de produire actuellement. En même temps que ces « agencements machiniques informationnels » ont <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/01/le-reel-le-vrai-et-la-technorrhee-comment-la-question-du-langage-sest-deplacee/">déplacé la question du langage</a>, ces IA conversationnelles et leur insincères maïeutiques nous ont mis dans une situation d&rsquo;observation tout sauf naturelle de processus discursifs en temps réel qu&rsquo;ils effectuent, processus discursifs pour autant (essentiellement) crédibles et « satisfaisants » (en tout cas satisfaisants aux principaux codes d&rsquo;un échange conversationnel entre deux êtres humains).</p>
<p>Voir des machines parler était déjà étonnant mais fut longtemps cantonné au seul imaginaire de science-fiction ; puis parler à des machines (<a href="https://affordance.framasoft.org/2018/09/we-need-to-talk/">via les interfaces vocales du World Wide Voice</a>) devînt une forme de routine mais demeurait, quelque part, toujours une forme d&rsquo;étonnement ; aujourd&rsquo;hui, voir des machines avoir avec nous des conversations rationnelles en temps réel, produit un effet de décalage qui fait que c&rsquo;est « <em>notre</em> » intelligence, « <em>notre</em> » capacité dialogique et rationnelle qui est vue comme immensément fragile et qui, par contraste, donne à ces machines et à ces artefacts, dans l&rsquo;interaction que nous avons avec elles, une place différente de ce qu&rsquo;elle devrait être. Un renversement de perspective.</p>
<p>Nous sommes dans la position de l&rsquo;astronaute qui observe non pas la terre mais la capacité de langage et d&rsquo;intellection (et parfois aussi d&rsquo;imagination), et qui l&rsquo;observe pour la première fois depuis la médiation artificielle et artefactuelle qu&rsquo;en propose l&rsquo;IA générative. Et si la distance de la terre à la station spatiale qui permet de l&rsquo;observer est considérable et se mesure en kilomètres (autour de 400 pour être précis), la distance entre notre « engagement langagier » et l&rsquo;écho conversationnel médié par les IA est tout aussi vertigineuse à ceci près qu&rsquo;elle ne se mesure plus en kilomètres mais plutôt en dépliant l&rsquo;ensemble des règles algorithmiques, corpus d&rsquo;entraînement, processus de « fine-tuning » mais aussi infrastructures techniques (data centers) et autres opérations qui permettent aux machines de faire à la fois illusion de langage et leurre de conversation.</p>
<h3 style="text-align: right;"><strong>Soit la langue est fragile, soit c&rsquo;est nous qui le sommes.<br />
Et si la langue est aux machines &#8230;</strong></h3>
<p>Cette position tout sauf naturelle (au même titre que celle de l&rsquo;astronaute Sophie Adenot ci-dessus) nous conduit, en partie au moins, à regarder et à mieux mesurer et prendre en compte toute la fragilité du langage et des interactions humaines qu&rsquo;il permet et conditionne. Mais cette situation d&rsquo;observation inédite produit également deux effets différents : certains cherchent à protéger ou à sanctuariser la nature ou à tout le moins la fonction du langage, et à ne pas entièrement et systématiquement les soumettre aux systèmes techno-politiques qui produisent et façonnent ces IA ; d&rsquo;autres au contraire font de cette fragilité évidente l&rsquo;occasion d&rsquo;un renoncement sur l&rsquo;autel de l&rsquo;efficience ou de la rationalité économique, <a href="https://next.ink/233423/le-boss-de-meta-se-dote-dun-clone-genere-par-ia/">prétextant se démultiplier via des IA agentiques</a> qui sont le Taylorisme d&rsquo;une langue véhicule. Et puis bien sûr il y a les enjeux même de l&rsquo;écriture et de la création, que décrit un récent et admirable texte de Gregory Chatonsky sur AOC : « <a href="https://aoc.media/fiction/2026/05/02/ce-qui-me-permet-decrire-est-ce-qui-vous-empeche-de-lire/">Ce qui (me) permet d’écrire est ce qui (vous) empêche de lire.</a> »</p>
<p>Dans les deux types de réaction possible à cet Overview Effect de l&rsquo;IA sur le langage, certains initialement en garderont donc surtout un sentiment accru de connexion avec une entité non-humaine, là où d&rsquo;autres n&rsquo;y verront que l&rsquo;instanciation de formes toujours plus abouties d&rsquo;isolement et de solitude. Tout comme la littérature scientifique autour de l&rsquo;Overview Effect (qui date des premiers vols à haute altitude dans les années 1950), documentait aussi bien « <em>l&rsquo;appréciation et la perception de la beauté, une émotion inattendue, voire bouleversante, et un sentiment accru de connexion avec les autres</em> » (<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Overview_effect">Wikipedia</a>) qu&rsquo;un effet paradoxal de « rupture » ; les aviateurs traversaient en effet un phénomène décrit comme un sentiment de séparation physique de la terre occasionnant des réactions individuelles allant qui pouvait soit les plonger dans un sentiment  « <em>d&rsquo;exaltation ou du sentiment de se sentir plus proche de Dieu</em> » tout comme à des formes élevées d&rsquo;anxiété, de peur ou de solitude (<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Overview_effect">Wikipedia</a>). Ce phénomène dit de « break-off » cessa d&rsquo;être étudié en tant que tel au début des années 1970.</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Dans l&rsquo;histoire des technologies numériques, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du Cloud, des réseaux sociaux, ou désormais de l&rsquo;IA, les effets de proximité sont presque toujours paradoxaux et ne font que masquer une distance de plus en plus grande</strong>. Le « Cloud Computing » permet une disponibilité immédiate de documents qui n&rsquo;ont jamais été stockés physiquement aussi loin de nous ; les réseaux sociaux ont historiquement fait proximité (puis promiscuité) avec des individus géographiquement toujours plus éloignés. Sans toujours le mesurer ou l&rsquo;éprouver, nous avons donc déjà traversé d&rsquo;autres « Overview Effects » :<strong> celui de l&rsquo;éloignement et d&rsquo;une distension de nos mémoires documentaires, celui de l&rsquo;éloignement et d&rsquo;une distension de nos relations sociales, et désormais donc, celui de l&rsquo;éloignement et d&rsquo;une distension là encore paradoxale de notre rapport au langage</strong>.</p>
<p>Voilà pourquoi, aussi, la question des heuristiques de preuve, celle de savoir comment à l&rsquo;échelle d&rsquo;une société nous serons &#8211; ou non &#8211; encore capables de définir la valeur de vérité d&rsquo;un énoncé ou d&rsquo;un fait et que cette valeur soit partagée parce que démontrable, documentable, voilà pourquoi la question des heuristiques de preuve est devenue aussi essentielle : non pas seulement par l&rsquo;industrialisation de la production du faux, non pas uniquement par la vitesse même à laquelle ce faux est créé et se diffuse mais parce que <strong>nous sommes placés à une distance lointaine, inédite, comme en « décrochage » de notre capacité à faire langage</strong>. Parce que pour filer cette métaphore au moins visuelle de l&rsquo;Overview Effect, c&rsquo;est un autre type de vaisseau que l&rsquo;ISS qui nous mène à si grande distance d&rsquo;un biotope (la langue) qui nous est habituellement si proche et qui à mesure qu&rsquo;elle se rapproche des machines semble aussi comme proportionnellement s&rsquo;éloigner de nous. Les IA, ou plus précisément leur cadre de déploiement technique (les LLM) et infrastructurel (Data Centers et processeurs), sont un vaisseau comme un vecteur de mise à distance, d&rsquo;éloignement de ce qui fait la langue.</p>
<p>Nous arrivons aujourd&rsquo;hui à un moment charnière dans lequel nous verrons si la massification de l&rsquo;usage des IA (pour autant qu&rsquo;elle continue d&rsquo;augmenter de manière constante et ne soit pas soumise à divers aléas d&rsquo;un modèle économique pour l&rsquo;instant reposant sur la dynamique d&rsquo;un gigantisme de l&rsquo;épuisement &#8211; toujours plus de ressources et de consommation), nous verrons, disais-je, si la massification de l&rsquo;usage des IA nous emmène plutôt vers la conscientisation de la fragilité de la langue ou s&rsquo;il faut plutôt se résoudre, après sa marchandisation dans un capitalisme linguistique (Frédéric Kaplan), à sa presque totale servicialisation dans un cadre où <strong>ce que l&rsquo;on appelait la novlangue et le néo-parler, seront l&rsquo;essentiel de la langue collective circulante quand d&rsquo;autres régimes discursifs et linguistiques, jusqu&rsquo;ici principalement vecteurs de socialisations affectives fines, seront de plus en plus cantonnés aux seuls échanges entre humains et machines.</strong></p>
<p>Je ne crois pas trop à l&rsquo;avènement à moyen terme d&rsquo;une <a href="https://www.wsj.com/health/wellness/speaking-study-words-per-day-decline-6f549d5a">société du silence qu&rsquo;extrapole par exemple un éditorial du WSJ</a> reposant sur <a href="https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/17456916261425131">un article scientifique</a> qui montre que nous utilisons en moyenne chaque année, 300 mots de moins par jour. Un recul de la parole qui touche toutes les classes d&rsquo;âge et que les chercheurs comptabilisent en indiquant que notre volume de parole a diminué de 28% en moins de 15 ans.</p>
<p>Je crois par contre que depuis l&rsquo;avènement des médiations numériques, l&rsquo;inflation de paroles et de discours directement monétisables d&rsquo;une part (capitalisme linguistique), et en parallèle et d&rsquo;autre part, l&rsquo;artificialisation soutenue de formes discursives indigentes au seul renfort d&rsquo;une nécessité d&rsquo;interaction rendant la langue soluble dans sa fonction phatique, je crois que oui, tout cela fait qu&rsquo;encore une fois <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/01/le-reel-le-vrai-et-la-technorrhee-comment-la-question-du-langage-sest-deplacee/">la question du langage s&rsquo;est déplacée</a> et qu&rsquo;elle continue de le faire toujours davantage, les IA conversationnelles augmentant la distance entre elle et nous à des échelles stratosphériques jusqu&rsquo;ici jamais atteintes.</p>
<h3 style="text-align: right;">One More Thing.</h3>
<p>Dans une interview au magazine <a href="https://usbeketrica.com/fr/article/reseaux-sociaux-la-nature-humaine-est-mal-adaptee-aux-foules-numeriques-nicholas-carr">Usbek &amp; Rika à propos de son dernier livre, la question était posée à Nicholas Carr</a> de savoir quelle serait sa première décision s&rsquo;il était nommé à la tête d’un puissant ministère de la technologie et du numérique par un gouvernement éclairé. Et il répondait ceci : « <em>Détruire tous les centres de données.</em> »</p>
<p>Or que sont ces centres de données fondamentalement dans la perspective qui nous occupe ? Ce sont des centres d&rsquo;accumulation de paroles et de discours ; de paroles et de discours retenus, en permanence recalculés, archivés non pas par vertu de conservation mais par nécessité de manipulation. Détruire tous les centres de données pourrait alors, en effet, redonner une chance à la parole d&rsquo;exister, et que chaque occasion nouvelle de discourir soit aussi une occasion nouvelle de découvrir. Ce qui fût un temps l&rsquo;essentiel de l&rsquo;intérêt de ce que nous appelions le Web.</p>
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		<title>Parcoursup saison 8 : faites l&#8217;armée plutôt que l&#8217;université.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Olivier Ertzscheid]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Apr 2026 16:17:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Métier]]></category>
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					<description><![CDATA[Parcoursup est l&#8217;outil dont rêvait l&#8217;institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en 2020, en 2021, en 2025, en 2026 &#8230;) que j&#8217;ai vécu et expérimenté [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Parcoursup est l&rsquo;outil dont rêvait l&rsquo;institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en <a href="https://affordance.framasoft.org/2020/05/parcoursup-algorithme-local/">2020</a>, en <a href="https://affordance.framasoft.org/2021/06/parcoursup2021-sucks/">2021</a>, en <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/05/cher-administrateur-parcoursup-mister-t/">2025</a>, en <a href="https://affordance.framasoft.org/2026/01/parcoursup-est-lance-et-a-luniversite-cest-tous-les-jours-le-doomsday/">2026</a> &#8230;) que j&rsquo;ai vécu et expérimenté personnellement à trois reprises en tant que parent de 3 enfants et que je pratique également donc depuis 8 ans en tant que responsable de formation.</p>
<p>Presque chaque année c&rsquo;est une nouvelle contrainte imbécile qui tombe ou s&rsquo;impose dans cette plateforme sans que jamais il ne soit possible de la discuter ou de la remettre en cause. Et cette année j&rsquo;avoue que lorsque j&rsquo;ai appris qu&rsquo;à terme les lettres de motivation allaient totalement disparaître et que si on voulait les garder c&rsquo;était à chaque responsable de formation de fournir un argumentaire pour se justifier, j&rsquo;ai vraiment eu envie de coller une grande soupe de phalange dans le cimetière à magret de <a href="https://affordance.framasoft.org/2025/05/cher-administrateur-parcoursup-mister-t/">mon ami Mister T</a>. Mais j&rsquo;étais très loin du climax de mon courroux (coucou) car je n&rsquo;avais pas encore reçu le message ci-dessous.</p>
<p>Donc il y a quelques jours, alors que sur les 1600 dossiers que nous recevons pour 60 places je venais de finir de traiter les 200 qui me reviennent, j&rsquo;ai eu la surprise de recevoir un petit mail de Parcoursup qui disait ceci :</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-12105 " src="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-scaled.png" alt="" width="1121" height="310" srcset="https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-scaled.png 2560w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-300x83.png 300w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-1024x283.png 1024w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-768x212.png 768w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-1536x425.png 1536w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-2048x566.png 2048w, https://affordance.framasoft.org/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-24-a-16.56.23-600x166.png 600w" sizes="auto, (max-width: 1121px) 100vw, 1121px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je vous remets le texte directement :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;"><em>Dans la perspective de la rentrée 2026-2027, le dispositif de demande de césure prévu sur Parcoursup a évolué pour tenir compte de la mise en place du nouveau Service national annoncé par le président de la République.</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>Pour les candidats, la case à cocher « demande de césure » a été remplacée par deux cases distinctes « demande de césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel » et « demande de césure pour réaliser un service national ». <u>En effet, la césure pour service national sera une césure accordée de plein droit (projet de loi de programmation militaire)</u> à la différence de la césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel  qui est soumise à l’appréciation du chef d’établissement.</em></p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p>J&rsquo;espère que tout cela est clair. Après la mise sous coupe algorithmique réglée de l&rsquo;ensemble d&rsquo;une classe d&rsquo;âge, après l&#8217;empilement de réformes toutes plus débiles les unes que les autres à l&rsquo;échelle du lycée et du baccalauréat, après la mise à sac programmatique de l&rsquo;université publique, après les refus répétés en mode <em>allegro obstinato</em> de tenir compte de l&rsquo;ensemble des retours des utilisateurs de cette p**** de plateforme qui chaque année expliquent que tout cela irait beaucoup plus vite et serait beaucoup moins stressant pour les lycéens et lycéennes s&rsquo;ils et elles pouvaient classer leurs voeux dès le départ, voilà donc maintenant que Parcoursup se met au service d&rsquo;un agenda politique national guerrier. Et voici Emmanuel Macron, le plutôt cadre ploutocrate enquillant son 2ème mandat à l&rsquo;abri de toute mandale, qui d&rsquo;une main nous incite à la chair du « réarmement démographique » et de l&rsquo;autre anticipe le sort funeste de cette même chair.</p>
<p>Cette année on nous annonce donc que les demandes de césure pour faire son service militaire doivent être obligatoirement accordées. Et on nous l&rsquo;annonce en plein milieu de la procédure et sans aucune concertation parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien sûr aussi de <em>nous</em> discipliner.</p>
<p>Vu la situation et le contexte international, je ne suis pas le seul à nourrir d&rsquo;immenses craintes pour ce que Parcoursup deviendra l&rsquo;année prochaine et les suivantes. L&rsquo;institution disciplinaire doit être vue, lue et comprise comme un continuum. Je rappelle que certains avaient déjà envisagé que <a href="https://www.info-jeunes.net/snu-parcoursup-guide-pratique-pour-les-candidats#:~:text=Ecolo-,Le%20SNU%20Parcoursup%20%3A%20un%20avantage%20pour%20les%20participants,inscription%20dans%20l'enseignement%20sup%C3%A9rieur.">celles et ceux qui avaient effectué le débilitant SNU puissent bénéficier de points supplémentaires dans Parcoursup</a>. Une énième idée à la con qui avait heureusement été promptement identifiée comme telle mais qui avait aussi et surtout permis de préparer les esprits à ce qui adviendra inévitablement à l&rsquo;horizon de quelques années.</p>
<p>Sans parler de la guerre, on observe cette année une augmentation très forte (et qui me semble inquiétante) de dossiers qui nous reviennent après avoir effectué une première année (en vérité quelques mois) dans une toute autre formation, preuve supplémentaire que la première orientation et la première expérience de la plateforme Parcoursup sont de plus en plus à côté de la plaque. Entendons-nous bien, on a bien sûr le droit de se réorienter et rien n&rsquo;est dramatique, loin s&rsquo;en faut, lorsque l&rsquo;on est néo-bachelier. Ce qui est par contre inquiétant ce sont les choix qui semblent effectués en dépit de tout bon sens de la part de lycéens et lycéennes et de familles totalement égarés dans une offre surabondante et opaque, livrés au mieux à eux-mêmes et à la bonne volonté de professeurs principaux qui sont beaucoup de choses mais certainement pas des conseillers d&rsquo;orientation ; lycéens, lycéennes et leurs familles qui sont surtout soumis, dès la fin du collège et durant toutes leurs années lycées, à une pression totalement inédite au regard des contraintes que l&rsquo;on fait peser sur elles et eux.</p>
<p>Disciplinés très tôt par l&#8217;empilement de réformes aux temporalités imbéciles et sans aucune cohérence pédagogique ne serait-ce qu&rsquo;interne, réformes totalement étanches aux rythmes de travail et de vie de nos sociétés et aux assignations parentales qui en découlent, ce ne sont pas les quelques ajustements cosmétiques annuels de l&rsquo;interface Parcoursup qui permettront de régler le problème d&rsquo;une plateforme qui semble n&rsquo;avoir jamais été pensée ou même réfléchie pour accompagner des trajectoires mais qui donne hélas sa pleine mesure dès lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de sanctionner des parcours.</p>
]]></content:encoded>
					
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