3 textes pour comprendre (vraiment) Facebook.

Je ne résiste pas à l'impérieuse nécessité de vous recommander la lecture absolument essentielle du texte de Dominique Cardon paru ce jour sur Libération : "Critiquer (vraiment) Facebook." C'est au-delà du limpide.

1

Pour archivage et digestion personnelle, j'en reproduis ici quelques extraits :

"Il y a quelque chose d’incohérent, et d’une incohérence qui se sait
elle-même fautive, dans les reproches que nous adressons continument aux
réseaux sociaux de l’internet (…). Ces critiques, le plus souvent, nous les destinons aux autres. (…) Cependant, si
tout le monde considère que les autres sont aliénés tout en s’en
exonérant, c’est la réalité de l’aliénation elle-même qui s’évapore."

"Tout se passe comme si la multiplication des discours critiques était
sans effets aucun sur les comportements des utilisateurs. Comment dés
lors comprendre que nous consentions aussi facilement à mener une vie
sociale numérique que nous désapprouvons ? (…)

"Ce qui nous pousse vers Facebook est aussi ce qui nous fait nous en
méfier. C’est dans le processus continue d’individualisation expressive
de nos identités, phénomène qui s’est mis en route dans les sociétés
occidentales dans les années 70’s, que s’enracine à la fois le désir de
relations sociales pures et authentiques et le souci accru de gérer son
capital social comme une micro-entreprise personnelle."

"les liens forts nous ennuient alors que les liens faibles nous
excitent (…) Le développement de l’imaginaire individualiste dans nos sociétés
valorise l’idée que l’autonomie des individus passe par l’émancipation
de toutes contraintes pesant sur nos choix, nos décisions et nos
comportements. (…) A idéaliser le fait que nos choix d’individus devraient être des
décisions purement internes aux personnes et qu’elles ne doivent rien à
leur environnement externe, nous entretenons une illusion permanente, et
constamment déçue, sur la réalité de notre vie sociale. L’exacerbation
de cette tension dans l’imaginaire libéral de l’individualisme
contemporain est justement ce à quoi confronte l’expérience à la fois
enthousiaste et malheureuse de Facebook.
"

Pardon du dithyrambe, mais c'est la 1ère fois que l'on parvient – me semble-t-il – à expliciter de manière aussi claire et aussi concise toute l'ambiguïté des raisons sociologiques qui poussent 1 milliard d'individus à "être" sur Facebook.

Tant qu'à y être, je me permets d'ajouter 2 autres suggestions de lecture qui me semblent pouvoir constituer un intéressant triptyque pour comprendre "vraiment" facebook.

2

Le second texte est signé de Gloria Origgi et développe le concept de Kakonomie : "Kakonomics. Or the strange preference for low quality outcomes." Je m'en étais d'ailleurs fais largement l'écho ici-même. Si ce texte me paraît essentiel c'est parce que le concept de "kakonomie" décrit parfaitement non pas les raisons (de notre présence sur Facebook) mais la nature des interactions qui y prennent place et ce pourquoi nous y trouvons satisfaction.

3

Le troisième texte est très immodestement signé de ma main et publié sous deux formes très légèrement différentes (sur Ecrans.fr la version "courte" et sur Affordance.info la version originale et longue). Il tente cette fois de qualifier non pas les raisons sociologiques de notre présence sur Facebook, non pas la nature des interactions qui nous donnent suffisamment satisfaction pour continuer d'y être, mais la particularité "technique / technologique" (= les "likes" versus les liens hypertextes) de ce site en tant que biotope fermé et rival "ontologique" du web dont il est pourtant issu.

Voilà

Si ces 3 textes n'épuisent naturellement pas le sujet, ils vont chacun à leur manière bien au-delà du seul exemple de Facebook, et leur rapprochement doit rappeller que seule la convocation croisée de facteurs techniques, sociologiques et des dynamiques interactionnelles qui les traversent, peut nous permettre de comprendre (vraiment) Facebook et/ou l'ensemble des écosystèmes informationnels qui font la réalité de notre monde numérique.

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