Navigateur Chromé et WebOS jantes alliage

Attention, ça va buzzer. Google vient d’annoncer (1er Septembre) sur son blog officiel le lancement de son navigateur open source maison. Nom de code : Google Chrome. Le pré-lancement s’est effectué de manière originale via la mise en ligne et la distribution ciblée d’une BD de 50 pages (réalisée par Scott McCloud, une référence dans le domaine) présentant les fonctionnalités dudit navigateur. Le lancement est prévu pour le 2 septembre (aujourd’hui) dans 100 pays. Aucun lien de téléchargement n’est à cette heure disponible.

Les arguments et fonctionnalités mis en avant dans ladite BD sont (seraient …) :

  • la stabilité (pour éviter les plantages en différenciant et en "autonomisant" chaque onglet comme autant "d’applications"),
  • la rapidité (notamment pour le chargement de java), la sécurité (hum … hum …),
  • la perfectibilité (Chrome est Open Source et a bénéficié de la large communauté de développement autour de Mozilla/Firefox)
  • la synchronisation (installation native de GoogleGears) : élément clé, cette synchronisation étant en effet (comme je me plais à le répéter), une pierre angulaire déterminante pour déployer un webOS.
  • L’utilisation des ressources mémoires (point certes plus technique mais important …) : l’idée est en gros la suivante : un onglet = un processus. Si je ferme l’onglet, j’arrête le processus (ce qui n’est pas nécessairement le cas dans les navigateurs actuels et ralentit très souvent les navigateurs tout en mobilisant beaucoup de ressources mémoire).
  • Simplicité et ergonomie : les onglets ne seront plus en dessous mais au-desus de la barre de recherche (comme dans le navigateur Opera). Google indique (c’est à mon sens un élément clé) que le browser et les "tab process" (processus tournant dans les onglets) seront séparés. Le navigateur est donc bien une fenêtre sur le monde (j’ai bien dit une "fenêtre", en anglais "windows", donc browser = OS) et les onglets ses applications. Chaque onglet est indépendant, avec l’affichage de sa propre barre d’adresse.
  • Captations mémorielles : et puis bien sûr, Google ne serait pas Google s’il n’y avait pas dans ce lancement une nouvelle OPA sur nos comportements et ressources mémorielles (externes et objectives : le web) et mnémoniques (internes et subjectives : nos comportements, nos habitus, nos historiques de recherche). Le truc s’appelle "omnibox" et s’inspire de la nouvelle barre de recherche Firefox (dont j’oublie le nom …) en ce sens qu’il ne permet pas seulement de rechercher la présence d’un mot dans des URL, mais : propose aussi des suggestions de requêtes (comme Google Suggest), farfouille dans les pages que vous avez le plus visitées, vous propose des pages que vous n’avez pas encore visitées mais qui sont "populaires" (résurgence du PageRank ?), et last but not least, propose une recherche full-text dans votre historique de recherche. Cette dernière fonction est d’importance car elle marque, en quelque sorte, la fin des bookmarks. Je m’explique : j’avais déjà il y a longtemps eu l’occasion d’écrire que l’arrivée de Google comme moteur de recherche rendait quasiment caduque l’utilisation des signets. Plutôt que de "marquer" des pages (processus tout de même assez fastidieux même si le web 2.0 – del.icio.us – lui a redonné ses lettres de noblesse) il suffisait de saisir le nom du service dans Google (ou dans la barre de recherche de Firefox), pour retomber instantanément sur ledit service ou le voir apparaître en première place dans les résutlats de recherche. J’avais à l’époque indiqué que Google se constituait ainsi autour d’une double "identité" : moteur de recherche bien sûr, mais aussi moteur "de sources". L’omnibox du navigateur Chrome marque donc une nouvelle étape : plus besoin de "bookmarker" une page, il suffira de resaisir la requête qui avait permis d’y accéder ("photo numérique" par exemple) pour retomber sur la page du catalogue FNAC présentant un comparatif de prix (par exemple toujours). Une prothèse mémorielle supplémentaire donc (à condition d’activer l’historique de recherche et de naviguer "en session" google … ce qui sera sûrement proposé par défaut). Nouvelle prothèse, et probablement nouvelle entrave.
  • Utilisabilité personnalisée : autre petit gadget : quand vous ouvrez un nouvel onglet, au lieu de vous proposer une page blanche ou un site paramétré par défaut, Chrome vous présentera "vos" neuf pages les plus visitées ainsi que les mots clés que vous utilisez le plus (cf copie d’écran plus bas … laquelle copie d’écran fait étrangement penser à un univers Netvibes).
  • Privauté : il sera possible de créer un onglet en mode privé ("incognito mode") dans lequel vous naviguerez anonymement et qui effecera les différents cookies quand vous le fermerez. C’est bien, mais cela veut surtout dire que dans tous les autres onglets, et par défaut, vous ne serez pas anonymes …
  • Sécurité : Chrome téléchargera "en permanence" une liste de sites pratiquant le phishing ou dotés de différents "malwares" et vous avertira lors d’une de vos visites sur ces sites. Soit Google = gendarme du net.

Googlechromess

Donc ?
Côté navigateurs : Google était jusqu’ici (et reste) le principal donateur de la fondation Mozilla. En termes de parts de marché, Internet Explorer est donc directement ciblé et convié à un enterrement de première classe (même s’il reste le navigateur par défaut du plus grand nombre d’OS dans le monde. Faudra donc attendre un peu avant de prononcer l’oraison funèbre). Quant à Mozilla/Firefox, même si officiellement on indique ne pas se faire trop de souci, on sait aussi qu’il n’y aura pas nécessairement de la place pour tout le monde, et on anticipe en réfléchissant au déploiement d’une suite de services en ligne. Bref on songe à se déversifier …
Côté stratégie : limpide (d’aussi loin que je puisse en juger …). Une confirmation en tout cas. Après la migration en ligne des applications (bureautique …), des services (logiciels, Saas) et des comportements (dérive des continents documentaires), le Web est devenu l’OS (operating system) de demain. Manquait encore à cet OS une interface, une fenêtre. Cette fenêtre, c’est le navigateur. Evolution largement annoncée et analysée (dernière analyse en date signalée dans mon billet de rentrée : celle de Nova Spivack). Enfin, rappelons que le déploiement d’une interface open-source pour un webOS n’est viable que si l’on contrôle suffisamment la chaîne de production, de traitement et de monétisation de l’information circulant dans ledit WebOS. Et il ne paraît pas aujourd’hui aberrant de considérer que Google contrôle de facto une bonne part de cette chaîne, ce qui le place en dehors d’un risque concurrentiel immédiat et l’autorise à se parer des atours et des vertus de l’Open source

Ailleurs dans la blogosphère : nombre de chroniqueurs se sont déjà fait le relai de ce lancement. J’ai retenu Ecrans, le billet de Tristan Nitot (et ses commentaires) pour avoir le point de vue en français de la fondation Mozilla, celui de Sébastien Billard (qui complète certains aspects techniques que je n’ai pas pris le temps de développer dans mon billet), et Emmanuel Parody, ce dernier présentant à mon sens l’analyse la plus pertinente de cette annonce. A la lecture du billet d’Emmanuel on s’aperçoit que tout "l’argumentaire de vente" autour de ce navigateur était habituellement dévolu aux systèmes d’exploitation (fiabilité, sécurité, ressources mémoire, etc …). Je conclue en vous redonnant la fin de son analyse :

  • " (…) si chaque onglet (”tab”) peut fonctionner en toute
    indépendance et se séparer du corps du navigateur et si dans
    chaque onglet nous ouvrons une application, alors nous avons reproduit
    via le navigateur l’exact fonctionnement d’une suite d’applications. (…) et il
    ne reste plus grand chose qui nous sépare de la suite de logiciels.
    C’est exactement ce que démontre la présentation de Google Chrome. Saut
    ultime. Plus besoin de PC complexe, place au terminal connecté au web.
    "

Y va y’avoir du sport … En tout cas une belle manière de fêter les 10 ans de la firme. Un anniversaire qui pousse à faire le rapprochement avec une autre grosse firme américaine :

(Temps de rédaction de ce billet : 2 heures // Sources : sous les liens)

12 commentaires pour “Navigateur Chromé et WebOS jantes alliage

  1. “Chrome le Netvibes Killer?”
    Déjà les tabs de Firefox, Opera et même Internet Explorer rendent pour moi sans intérêt les pages personnelles type Netvibes. Mais Chrome va encore plus loin dans cette direction et rend à mon sens Netvibes totalement inutile. Non ?

  2. Jérôme> La “persistance” des univers de type Netvibes me semble être une différence majeure par rapport aux “tabs” des navigateurs. Mais sur le fond, je pense également que l’un des points forts de “Chrome” est d’avoir intégré et assimilé cette notion d’univers de navigation. Avec cette différence majeure qu’avant d’être “sur le web”, on sera d’abord “dans un webOS”. Par ailleurs, l’outil de Google permettant de se créer et de personnaliser des pages web sera probablement intégré (ou facilement intégrable) dans Chrome. Il sera alors également possible de personnaliser ces onglets-univers, exactement comme dans Netvibes. Donc effectivement, le coup porté au concept de Netvibes est assez rude. Heureusement, il reste l’éternelle variable d’ajustement mystère : les utilisateurs (de Netvibes) suivront-ils, et si oui dans combien de temps …

  3. Avant de de faire du web un OS, il s’agit de mon point de vue plutôt d’une tentative de transformation de toute application (et session d’interaction homme-machine) en un espace publicitaire potentiel.

  4. Off-topic : c’est la première fois que je vois « privacy » traduit par « privauté », qui n’a pas du tout ce sens en français (« Excès de liberté dans le comportement auprès de personnes qui ne sont pas considérées comme intimes. Familiarité excessive, inconvenante. » — TLFI). C’est une étourderie ou un acte de créativité ?

  5. Je lis ce billet depuis Chrome. Sans être joli, c’est epuré et reposant. Par contre chez moi la suite google (gmail, google reader, agenda, docs, etc.) ne fonctionne pas. Impossible de me logger sur mon compte google. C’est paradoxal et c’est bien dommage !

  6. Télécharger Google Chrome

    Ça y est,  Google Chrome est finalement sorti hier soir, vous pouvez le télécharger depuis la page dédiée : Google Chrome.
    La première impression est bonne, linterface fluide et la machine virtuelle javascript permettent un rendu excelle…

  7. “notamment pour le chargement de java”
    En fait c’est javascript. Java et javascript n’ont pas grand chose à voir, évitons de confondre.
    Et pour continuer à être tatillons c’est l’exécution qui est accéléré et pas le chargement 😉

  8. Etant sous Ubuntu, je n’ai pas pu tester, mais le buzz est impressionnant. Faire parler les gens d’un produit qu’ils n’ont pas encore testé, c’est le must du marketing viral.
    La morale du jour c’est : Teasing + Buzz = Hype.

  9. Google Chrome en bande dessinée

    Google vient dannoncer la sortie, dans quelques heures, de son navigateur Internet, baptisé Chrome.
    En tant que réalisateur de sites web, lidée dun nouveau navigateur mangoisse toujours un peu, car chaque nouvelle offre d…

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