Quand sonne le Glas

Ding. Dong.
Je l’ai déjà raconté dans ces colonnes, mais lors de chaque rentrée universitaire, à l’entame de l’un de mes cours consacré (notamment) à la “théorie de l’information documentaire”, je fais un pari avec mes étudiants. Cette année, j’ai parié qu’avant la fin de leur première année de DUT (en Août 2010) ils pourraient acheter leurs ouvrages directement sur le site de Google, comme ils le font aujourd’hui sur Amazon. Pari gagné. Or chaque année depuis 4 ans, je gagne tous mes paris.
J’avais parié qu’il  y aurait de la publicité sur Google Books ET que les ouvrages seraient téléchargeables (rappel : au départ, en 2004, Google Books qui s’appelait à l’époque Google Print jurait à qui voulait l’entendre qu’il n’y aurait jamais de publicité et que l’on ne pourrait jamais télécharger des oeuvres). Pari gagné.
J’avais parié que Google réussirait à “acheter” les éditeurs en y mettant le prix pour sortir des procès sur le droit d’auteur. Pari gagné.
J’avais parié que ce qui intéressait Google ce n’était pas d’être éditeur OU libraire mais les deux à la fois. Pari gagné.
J’avais parié bien d’autres choses, concernant souvent les appétences culturelles de la firme de Mountain View. Je vous en épargne la liste. Pourtant bien que l’on tente souvent de m’en faire revêtir les atours, je ne suis ni une Cassandre, ni Elisabeth Teissier. S’il y a bien une stratégie qui est limpide du côté de Mountain View, c’est celle qui concerne la numérisation des livres.
Le gong venant de retentir lors de la foire du livre de Francfort, on aurait mauvaise grâce à considérer cette annonce comme une surprise. Et pourtant … Et pourtant à cette heure mes différents capteurs et relais d’informations dans les différents cénacles qui composent la chaîne du livre m’indiquent que l’on n’a toujours rien compris à l’affaire. On reparle de l’intérêt de relancer et d’accélérer la création d’un portail unique (c’est trop tard), on reste extrêmement rigide sur les règles de diffusion et de copie (c’est pathétique), on se refuse à aborder la question d’une refondation totale du régime du droit d’auteur (un lobbying des éditeurs qui est non seulement contre-productif et inutile, mais qui dessert les intérêts de ceux-là même qui sont les lobbyistes les plus actifs … c’est donc navrant). Quand à attendre un éclair de lucidité politique … c’est utopiste.
Un petit coup d’horoscope ? Allez, c’est bien parce que c’est vous.
D’ici à la fin 2012, la majorité des libraires aura contracté un partenariat avec Google Books, lequel prendra en charge (et à ses frais) les protocoles nécessaires à la remontée de leur stock en temps réel. Les libraires qui n’auront pas contracté avec Google, auront en quasi-totalité disparus ou ne subsisteront plus que sous perfusion permanente de subventions et aides diverses, ce qui amènera leurs successeurs (ou repreneurs) à réclamer le droit de mourir dans la dignité.
D’ici à 2012, un tout petit groupe de très gros éditeurs se sera très largement gavé à l’aide des retombées à court terme de la finalisation du Règlement Google. Le même groupe emploiera alors toute son énergie à se diversifier (il le fait déjà), tant il aura pris conscience (il le sait déjà mais ne mesure pas à quel point) que passées les premières années du Règlement, la majorité des recettes ne tombera plus dans sa poche mais dans celle de Google, convergence des usages oblige.
D’ici à 2012, la majorité des auteurs (sauf les quelques très gros et “bancable”) vous rira au nez quand vous leur parlerez d’un contrat d’édition avec une maison d’édition. D’une part il y aura belle lurette que les maisons d’édition ne signeront plus que des auteurs “bancable”, et d’autre part, comme l’immensité des libraires et des éditeurs survivants ils feront partie du “programme partenaire” de Google. Leurs droits d’auteurs leurs seront automatiquement reversés en fonction d’un algorithme évolutif et complexe mais qui, pour l’essentiel, permettra d’intégrer dans le calcul desdits droits le nombre de consultations d’un ouvrage ou d’un extrait d’ouvrage et le temps passé à ces consultations.
D’ici à 2012, les bibliothèques fonctionneront sur le principe des MacDonald’s et resteront ouvertes tard le soir pour que les clients puissent venir y imprimer en 5 minutes des ouvrages sur l’Espresso Book Machine.
Alors bien sûr des solutions existent. L’article du Libé d’aujourd’hui (Mercredi) qui donne la parole à Robert Darnton (et à Bruno Racine mais … qu’il me pardonne cette taquinerie puisqu’il me lit, ce dernier semble disposer de bien moins de solutions que son prédécesseur …), Robert Darnton disais-je, résume bien les solutions les plus efficaces et les plus urgentes. Non. Ne comptez pas sur moi pour vous les narrer. Z’avez qu’à acheter Libé (et d’autres journaux) en kiosque, comme ça vous contribuerez utilement à la survie temporaire d’un secteur non encore entièrement phagocyté par Google.
Ding. Dong.

5 commentaires pour “Quand sonne le Glas

  1. J’ai parié que dans dix ans on trouvera normal de se faire implanter une puce RFID sous l’épiderme, ce sera pratique pour le métro, l’identification policière, la carte vitale… Et dix ans plus tard on trouvera curieux ou dérangeants les gens qui seront contre.

  2. Moi je prends le pari contre 2012 et la gestion de stock chez google. (je ne comprend pas pourquoi une chaine de librairie qui a déjà une gestion de stock changerait pour google)
    et changer les habitudes des lecteurs pour passer du physique au numérique en 3 ans pour le livre ??
    -déjà pour la musique / video c’est pas encore completement dans les moeurs alors que l’Ipod a 10ans

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