Autour et atours du livre numérique

L'un de mes anciens étudiants de DUT poursuit actuellement ses études en licence professionnelle dans la belle ville de Montauban, et m'envoie, pour un prochain numéro d'un journal papier consacré au livre numérique, une petite demande d'interview. Comme je suis entièrement dévoué à mes anciens étudiant(e)s, comme les questions sont intéressantes et bien formulées, comme cela fait bien longtemps que je n'ai rien écrit sur ce blog, et comme les réponses fournies pourront peut-être intéresser quelques autres étudiant(e)s ou lecteurs d'Affordance, voici donc l'ensemble reproduit ci-dessous.

Amical salut à Vivien B. 🙂

=> Le livre numérique débarque et il est difficile de déterminer tout ce que ce nouveau support va impliquer. On sent une certaine peur chez les professionnels du livre. Pourquoi ? Menace réelle ou simple crainte d'une évolution ?

Probablement les deux. mais il ne faut pas résumer les positions des professionnels uniquement à cela. Il y a aussi heureusement beaucoup d'enthousiastes. Ceci étant, il est vrai que l'offre est encore inconsistante, que le modèle économique n'est pas défini, que les dispositifs sont en perpétuelle évolution. Il est donc, pour les professionnels toujours, délicat d'accompagner des usages en manque de réel amorçage.

=> On fait parfois le parallèle entre la catastrophe financière qui a touché les producteurs de disques et la situation qui attendrait les marchands du livre, est-ce pertinent ?

Non. D'autant qu'aucune catastrophe financière n'a touché l'industrie de la musique 🙂 L'effondrement réel d'une partie de leurs marges a été largement compensé par d'autres marges entretenues sur de nouveaux produits. L'une des leçons à tirer de tout cela est que l'industrie de la musique a su "inventer" de nouveaux formats (singles), de nouveaux "produits" (artistes jetables à la durée de vie limitée … le temps d'une star academy par exemple), pour reconquérir là-dessus ce qu'elle avait perdu ailleurs. Il n'est pas sûr que la "littérature" puisse effectuer une telle mue à son entier avantage. Il faut donc inventer autre chose.

=> La loi Lang est-elle outillée pour s'appliquer sans soucis sur le livre numérique ?

Difficile à dire. La loi Lang n'a pas vraiment été conçue pour le livre numérique 🙂 En revanche, si telle est votre question, une loi lang pour le livre numérique est plus que souhaitable. Et il y a urgence. Sans cela ce seront les grands distributeurs de type Amazon ou Google qui fixeront le prix (et les marges) du marché, comme Apple le fit en son temps pour la vente de morceaux de musique à l'unité.

=> Quels sont les dispositifs engagés par les libraires, les éditeurs et les bibliothécaires pour répondre à l'introduction du livre numérique ?

Chacun entre sur ce marché avec ses propres armes. Les éditeurs tentent d'innover en proposant de nouveaux "produits", de nouvelles scénarisations de lecture, de nouveaux systèmes de fragmentation d'une oeuvre. Les bibliothécaires se positionnent sur le terrain de l'accompagnement et de la formation des usagers, tout en essayant de bâtir une offre publique suffisamment consistante. Les libraires quant à eux sont encore très largement "prisonniers" et tentent de ne pas devenir de simples "services après-vente" (voir notamment l'analyse du directeur de la librairie Dialogues à Brest : http://audeladecettelimite.blogspot.com/2009/11/contrats-diboukes.html). Et puis il y a également les inventeurs, les défricheurs, comme l'est par exemple Publie.net (http://www.publie.net/) pour la littérature contemporaine, et qui travaille aussi bien avec les libraires qu'avec les bibliothèques.

=> Nous avons effectué un micro-trottoir sur la question de livre numérique, et nous avons relevé un paradoxe : les médias parlent énormément de lui mais le "grand public" ignore ce qu'est réellement le livre numérique. Qu'est ce que cela signifie ?

Cela atteste d'une confusion (longtemps entretenue) entre le dispositif de lecture "l'ebook" et les contenus, les livres numériques eux-mêmes. Ensuite cela prouve qu'il s'agit encore d'un marché de niche. Le prix d'achat des liseuses (plus de 250 euros) conjugué à l'extrême pauvreté de l'offre de contenus sont à mon avis les deux grandes raisons de cette difficulté à rencontrer le grand public. Il y a peut-être aussi une raison "historique" due au "flop" des premiers livres numériques il y a de cela 5 ou 6 ans.

=> On parle beaucoup du livre numérique, peut être trop.  Certains clament qu'il s'agit là d'une prophétie autoréalisatrice : à force de dire "le livre numérique va tout bouleverser", le livre numérique va effectivement tout bouleverser. Etes-vous d'accord avec ce point de vue ?

Je ne croie pas aux prophéties. Comme pour toute évolution des supports de lecture et d'accès à l'information et à la connaissance, nous sommes inscrits dans un temps long. Très long. La révolution numérique a démarré il y a déjà très longtemps, avec l'informatique. Il y a déjà 30 ans de cela on commençait à voir apparaître les premiers "romans hypertextuels", les premières pierres de la littérature "du" numérique. Aujourd'hui nous sommes à un chemin cardinal de l'évolution du marché du livre numérique : d'un côté il y a les dispositifs, les "terminaux", de l'autre, les contenus. Côté terminaux, on peut supposer que demain, nos téléviseurs, téléphones cellulaires, ordinateurs, netbooks et autres liseuses (ebooks) convergeront en un objet qui ressemblera (peut-être) à une tablette tactile. L'autre cardinalité dont je parlais est celle des contenus. Pour eux la perspective est double : il faut d'un côté simplement "reproduire" les contenus imprimés dans une version numérique (avec tout ce que cela impose et comporte de choix de formats, d'indexation, de partage de métadonnées, de risques de monopole – cf les épisodes autour de Google Books), et de l'autre inventer des contenus non pas seulement nativement numériques (c'est à dire produits directement à l'aide d'outils informatiques de traitement de texte et de PAO) mais plutôt réellement numériques, c'est à dire exploitant toutes les possibilités offertes par ce support (qu'il s'agisse d'hypertextualité, d'enrichissement du texte à l'aide de multimédia, de scénarisation interactive, etc.). Donc pour répondre à votre question initiale : non, le livre numérique ne va pas tout bouleverser. Mais en revanche oui, le numérique va complètement bouleverser la traditionnelle chaîne du livre, et au-delà, toutes les pratiques de réception et de diffusion des contenus culturels, notamment littéraires.

=> Le livre numérique implique un nouveau mode de lecture. Encore plus qu'auparavant, les nouvelles générations vont pouvoir apprendre dés leur plus jeune âge à lire sur écran. Les contenus vont forcément évoluer en même temps que les supports. Est-il possible de deviner dés aujourd'hui vers quoi se tournera cette évolution ?

Je ne crois pas que le livre numérique implique un nouveau mode de lecture. Le support change mais "l'habitus" de lecture reste le même, à la fois dans la posture et dans l'interaction (les interfaces les plus avancées ne font rien d'autre que singer le
mouvement du "tourne-page"). La plupart des ebooks et des contenus ne sont encore qu'une pâle copie du livre papier, sans liens hypertextes, sans possibilité d'annotation. Les progrès ont pour l'instant eu lieu du côté du "confort" de la lecture sur support numérique. Côté interactivité ou hypertextualité, comme je le soulignais en répondant à la question précédente, tout reste encore à inventer. Seule vague certitude, on ira très probablement vers une intégration, vers une interpénétration de plus en plus grande de différents médias à l'intérieur d'un seul et même "produit" numérique. L'autre certitude, réelle et angoissante cette fois, c'est qu'il va falloir se battre pour ne pas être totalement "dépossédés" de nos biens culturels numériques. Aujourd'hui en effet le modèle dominant (celui des DRM, protection supposément anti-copies mais essentiellement destinées à faire prospérer les grands marchands du temple de la culture grand public), le modèle dominant est celui d'un acte d'achat qui n'est en fait qu'une location déguisée. On fait l'acquisition d'une oeuvre (un livre numérique par exemple) mais soit on ne peut le consulter que sur un seul appareil ou sur un seul service en ligne, soit celui-ci se vérouille après un certain nombre d'utilisation ou après tant de mois d'utilisation, soit l'obsolescence de son format de production le condamne à moyen terme, etc. L'industrie des contenus culturels (musique, cinéma) entretient constamment cette déposséssion programmée de l'usager, le condamnant à racheter éternellement des lambeaux de culture formatés pour l'obsolescence, tel un pathétique Tantale. Le grand risque qui pèse actuellement sur le livre numérique, et plus globalement sur la littérature numérique est exactement celui-ci. 
 

13 commentaires pour “Autour et atours du livre numérique

  1. Merci beaucoup pour ces réponses détaillées (et rapides, en plus) ! En ce qui concerne la longueur, nous n’avons pas encore finalisé la maquette mais c’est quand même sans doute trop long, oui (mais on s’en fout 🙂
    Merci encore.

  2. Bravo Olivier pour ces propos frappés de bons sens et d’intelligence! Attention l’ebook anglo-saxon est pas le dispositif de lecture mais le fichier. Pour l’extrême pauvreté de l’offre, tu as la dent un peu dure, rappelons que certains éditeurs comme Fayard, Grasset ont mis près de 50% de leur catalogue. Les choses s’accélèrent de manière très nette depuis quelques mois. C’est surtout les fonds de livres de poche qui manquent à l’appel (comme Penguin de l’autre côté de la Manche).

  3. accord, mais tu le sais d’avance – comme d’hab, ce qui est bien c’est l’arborescence de ton raisonnement – mériterait bien une mise au propre sans smileys!
    par contre plus dubitatif sur cette histoire de loi Lang numérique – quand je vois au jour le jour tout ce qu’on prend sur le dos en taxes paperasses et machins juridiques pour le droit d’expérimenter un espace très précis et restreint de création comme publie.net, de plus en plus prêt à déménager la structure en hors sol

  4. Bonjour Olivier,
    C’est bien de commencer l’année avec le livre numérique, vu que ce sera le top buzz de 2010.
    Quelques remarques :
    – sur une “loi Lang” (prix unique) pour le livre numérique, il faut faire attention. Le marché n’existant pas, ou étant encore trop “de niche”, les techniques de mercatique (gratuité temporaire, cadeau en complément d’un achat, pré-achat, prix variables et promotions surprise,…) sont nécessaires.
    Ce n’est pas parce que les “grands” éditeurs ont choisi de tuer le livre numérique en le vendant hors de prix, avec des verrous et dans des formats peu utilisables (notamment le pdf, qui est inutilisable sur la majeure partie des liseuses) qu’il faut continuer à penser en mode “papyro-centré”.
    La loi Lang était faite pour protéger la librairie de création, et en rebond la possiblité d’une édition de création et de recherche. Nous sommes dans une situation différente, et il est certain que ce sont les libraires qui vont le plus souffrir du livre numérique, bien avant les éditeurs, qui vont au contraire trouver un nouvel espace d’interaction directe avec leurs lecteurs. Il faut penser l’aide à la librairie, mais cela doit-il être au travers d’unn “prix unique” ?
    Oui, les plate-formes ont l’avantage dans une économie de réseau. Ce sont plutôt de nouvelles règles anti-monopolistiques adaptées à la situation des réseaux qui peuvent être réfléchies… Mais c’est ue autre histoire.
    – sur l’hypertextualité du livre numérique, là encore, il faut préciser la différence entre un livre numérique (i.e. un système “clos”, dans lequel tous les éléments d’information sont regroupés et organisés) et un site web éditorial (dans lequel une plus grande capacité d’évolution, de liens externes, d’interactivité et de réactivité du lecteur est souhaitée – à l’image de Wikipedia). Le livre est une “référence” au sens où il possède des frontières, des dates certaines, des contenus spécifiés, et même des outils de repérage (pages, sommaires, index,…). Cela restera, qu’il soit numérique ou non. Le web est l’espace du dialogue de la connaissance.
    – Attention, le prix des liseuses est en train de connaître une chute radicale, car l’application de lecture s’insère dans des outils “universels”, i.e. capable d’autres usages, et donc susceptibles d’être achetés pour ces autres usages, rendant l’accès aux livres électroniques (la fonction “liseuse”) a un coût marginal nul. L’exemple typique est l’application Stanza sur le iPhone… et je n’ai pas encore vu le Nexus One, mais il m’étonnerait que l’on ait pas une liseuse intégrée. Certes, pour les applications spécifiques (BD, peut être les livres de cours) ce sont les tablettes qui vont devenir essentielles (le iSlate dans moins d’un mois !!!), ce qui va relancer le cycle de prix… avant que ces tablettes ne deviennent à leur tour des “outils universels” dont le coût pour chaque usage va diminuer radicalement. C’est le cycle habituel des technologies de l’information.
    – Un dernier point : C&F éditions, ma petite maison d’édition (http://cfeditions.com), croit beaucoup au livre numérique… des surprises à venir dans les mois qui viennent.
    Hervé Le Crosnier

  5. @Hervé :
    “le prix des liseuses est en train de connaître une chute radicale, car l’application de lecture s’insère dans des outils ”
    Pour ma part, une liseuse se doit de fournir une lecture agréable (et les technos d’entre numérique sont requises) et je ne suis pas certain que les prix baissent rapidement car il y a besoin d’une progression dans cette techno (écran plus grand, meilleurs définitions, couleur, réactivité …)
    Certes, il va malheureusement y avoir aussi de plus en plus de capacité de liseuses ajouté à des appareils classiques (téléphone, tablette, …) mais tant que ces derniers utilisent du LCD, ça reste de la lecture sur écran avec les inconvénients qui s’y rapportent (lumière en pleine face).
    Je dis malheureusement, car même si d’un point de vue, c’est mieux d’avoir un appareil multifonctions, la techno actuelle des écrans des ordinateurs n’est pas adapté à la lecture (contrairement à celui des liseuses) et je crains que ça risque de provoqué des malentendus.

  6. À benoit :
    Le problème, quel que soit le prix, c’est que pour acheter une liseuse et des livres numériques, même avec écran hyper confort, il faut déjà avoir la volonté de lire des livres. Ce qui est très loin d’être le cas de tous. L’achat d’une liseuse est une espèce de « prix d’entrée » qu’il faut payer pour avoir accès aux livres numériques et ça ne favorise(ra) clairement pas l’accès au livres, même vendus moins chers que sur papier et même sans DRM.
    D’où l’intérêt d’amener la lecture sur des ordinateurs portables plus largement utilisés (qui soient un peu plus adaptés à la lecture de textes longs -> même si l’écran ne suit pas, un clavier détachable ou pliable à 180° et en couleur est déjà un plus).
    Si l’aventure du livre sur support numérique doit se résumer aux passage des lecteurs réguliers de livres papiers vers la lecture sur écrans, ça n’a pas grand intérêt, même si ça leur fait gagner du poids dans leurs valise lorsqu’ils partent en vacances.
    En revanche, amener de nouveaux lecteurs vers le format livres grâce au numérique, ça ce serait un vrai progrès (ordi multifonction plus adapté à la lecture + fonctions logicielles qui permettent par exemple d’avoir une mise en valeur des passages les plus surlignés par les autres lecteurs, ce qui pourrait séduire ceux qui sont réfractaires à la lecture de textes longs pour les amener vers la lecture de l’intégralité du texte ou au moins des idées principales d’une œuvre).
    Pour moi, l’enjeu principal n’est pas de lire plus confortablement, de gagner du poids ou de la place. L’enjeu principal est d’amener plus de lecteurs vers le format livre.

  7. Et puis de toute façon, même si les liseuses et les livres numériques étaient tous distribués gratuitement, je suis certain que cela n’amènerait pas plus de lecteurs vers le format livre. Ceux qui lisent déjà des livres en liraient peut être encore plus mais ceux qui ne lisent pas n’auraient pas beaucoup de raison de s’y intéresser (le prix des livres de poche est déjà très bas). Pour amener de nouveaux lecteurs vers le livre, à mon avis, il faut d’abord des fonctions logicielles adaptées (par exemple, celle que j’ai citée dans mon commentaire précédent) et la possibilité de lire sur des machines que l’on possède déjà (et qui peuvent servir à bien d’autre choses).

  8. Désolé, je squatte, je suis lancé :
    D’ailleurs, puisque ce sont des comparaisons que l’on fait souvent, l’intérêt de l’imprimerie et du MP3, c’était ça. Amener plus de gens vers les textes (sacrés au départ) et vers la musique. La qualité d’impression et de fabrication des premiers livres n’était pas au rendez-vous (ce devait être plus sympa et convivial d’écouter en groupe la lecture orale d’un curé ou d’un colporteur). Les premiers MP3, salement compressés qu’on s’échangeaient en P2P étaient légers mais d’une qualité médiocre. Pourtant, ces deux technologies ont amené, avant toutes autres considérations, énormément de monde vers la lecture et vers la musique. Le confort de lecture ou d’écoute est arrivé après.

  9. Comment expliquez vous que la dématérialisation ne provoque aucune baisse de prix
    Pour la musique le prix du téléchargement légal est simplement le prix du CD divisé par le nombre de morceaux, avec le support physique en moins… Ne risque-t-on pas la même chose pour le livre ?
    Dans ce cas comment ne pas conclure que la dématérialisation n’est juste qu’un prétexte à l’augmentation des marges commerciales ?

  10. @Christophe,
    Je voulais juste faire état du sentiment qu’il y a peut être un risque d’avoir des technos différentes pour un même objectif.
    Combien de fois j’ai entendu des personnes parler des liseuses avec à priori négatif puisque que ne les ayant pas vu, elles concluaient en disant “ça ne marchera pas, la lecture sur écran, c’est nul, ça me fait mal à la tête, donc j’imprime” (et on peut leur donner raison sur des écrans classiques)
    Donc plus qu’un confort, c’est à mon sens l’adoption ou le rejet du livre électronique qui peut se jouer sur un a priori.
    Bien entendu, si le marché décolle, elles reverront peut être leur position mais il faudrait qu’il ne soit pas tué dans l’oeuf.
    Ceci dit, je parle en tant que lecteur qui se convertira aux liseuses quand les écrans e-ink seront au point qui m’intéresse.
    Pour les autres types de population, votre remarque est intéressante, même si j’ai un doute sur le type de nouveau lecteur que cela peut attirer ? Contrairement à une idée répandue, avec internet, les sites, les blogs, les forums, il y a de jamais eu autant de lecteurs mais ces lecteurs sont des lecteurs zappeurs qui ont du mal à concentrer leur attention.
    @Gui,
    Pour ne pas spéculer sur les raisons d’un prix équivalent dans certains cas, disons qu’il existe quand même des exemples où la dématérialisation est moins cher : le site lulu.com
    Donc, c’est possible …

  11. À Benoît :
    « ces lecteurs sont des lecteurs zappeurs qui ont du mal à concentrer leur attention. »
    Et bien justement ! Puisqu’ils sont zappeurs, il faudrait que les livres diffusés sur supports numériques offrent la possibilité d’être survolés rapidement et efficacement. Et coup de chance, le format numérique peut le permettre. Donner accès (gratuitement) aux passages les plus surlignés par les autres lecteurs ; utiliser des moteurs sémantiques pour synthétiser intelligemment et en quelques mots des centaines de pages ; donner accès à tous les commentaires des autres lecteurs (qui peuvent cibler des passages précis et donner lieu à des débats) ; pouvoir lier des passages d’un site perso vers un livre en ligne ; les moteurs de recherche façon Google qui permettent de rechercher des mots ou des expressions directement dans un livre sont intéressants aussi pour celui qui cherche à se documenter sur un sujet précis ; et tout un tas de fonctions qui ne me viennent pas à l’esprit au moment ou j’écris.
    Tout cela devrait donner envie à une partie de ceux qui ne sont pas familiers à la lecture de pavés de plusieurs centaines de pages de s’y pencher un peu plus — ou, à défaut, de pouvoir tirer un minimum d’information sur un livre sans forcément l’avoir lu en entier, ce qui n’est pas rien en terme d’accès à la culture.
    Pour ceux qui sont déjà habitués à lire des livres sur papier, le numérique permet en gros de gagner du poids dans le sac, de la place dans la bibliothèque et peut-être un peu d’argent sur l’achat de contenu (et encore, ça dépend ce qu’on lit — il faut aimer les classiques qui ne sont plus sous droits). Très content pour eux mais si le support numérique n’apporte que cela et ne s’adresse qu’à ceux là, ça n’a pas grand intérêt.

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