Quiétude Emmanuel Macron ?

Quiétude Emmanuel Macron ? 

Mais surtout, qui es-tu Emmanuel Macron ? Qui es-tu pour souhaiter la "quiétude" à la famille d'une femme de 73 ans violemment percutée par "les forces de l'ordre" et qui souffre aujourd'hui de plusieurs fractures au crâne sans que les médecins soient capables d'évaluer les séquelles à venir et après que son pronostic vital ait, un temps, été engagé ?

Oui vraiment qui es-tu Emmanuel Macron ? Qui es-tu pour après plus de dix-neuf semaines de conflit, oser rajouter "mais pour avoir la quiétude il faut avoir un comportement responsable" ? L'irresponsabilité de cette femme de 73 ans, militante convaincue et essentiellement armée de convictions et d'un drapeau arc-en-ciel où était écrit "paix", son irresponsabilité fut donc de se trouver sur le lieu d'une manifestation non-déclarée ? Cela légitime-t-il quelque charge que ce soit ? De quelque force de "maintien de l'ordre" ? Contre une femme isolée de 73 ans ? Qui se trouvait de dos au moment de la charge ? 

Oui, vraiment qui es-tu Emmanuel Macron ? Qui es-tu, après lui avoir souhaité "un prompt rétablissement", pour oser rajouter, "et peut-être une forme de sagesse ?" Quelle ahurissante forme de mépris. Qui es-tu pour user d'une litote revenant à traiter cette femme de folle ? 

Qui es-tu Emmanuel Macron ? Comment peut-on oser à propos d'une femme qui vient d'être victime d'une charge de troupes supposées garantir le maintien de l'ordre, comment peut-on oser renverser la charge de la culpabilité sur celle qui est d'abord et avant tout victime en affirmant : "Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci". Mais Emmanuel Macron, quand on est fragile et qu'on peut se faire bousculer et que l'on se trouve, sans autre violence que celle de sa présence, dans un lieu que tu déclares interdit au nom du maintien de la répression plus qu'en celui de l'ordre, la république nous doit assistance et elle n'est pas supposée nous balancer la tête en avant contre un plot au risque de nous tuer. A 73 ans. 

Quelle sera la prochaine excuse Emmanuel Macron ? Quelle sera la prochaine menace ? Quel sera le prochain élément de langage Orwellien pour justifier l'injustifiable ? La guerre c'est la paix ? Manifester est un droit de rester chez soi ? 

La grand mère et l'enfant.

La grand-mère et l'enfant n'ont plus aucune quiétude Emmanuel Macron. La grand-mère c'est elle, Geneviève Legay, 73 ans, altermondialiste, fractures multiples au crâne. Et l'enfant c'est lui, Lilian Lepage, mâchoire fracassée le 12 Janvier par un tir de LBD 40 alors qu'il s'achetait des fringues, en marge d'une manifestation à laquelle il ne participait ni de près ni de loin. Lui aussi était fragile, lui aussi pouvait se faire bousculer, lui aussi avait un comportement responsable. Pour lui non plus la quiétude ne sera pas simple à retrouver. 

La "quiétude", Emmanuel Macron, c'est "une tranquilité profonde, de l'âme, de l'esprit, du coeur". La "quiétude", Emmanuel Macron, c'est ce qui "offre une impression de calme, de tranquillité, absence d'agitation, de mouvement, de trouble." C'est cela la quiétude. C'est la quiétude de Geneviève Legay, 73 ans, et de son drapeau pour la paix, qui était calme et tranquille, sans agitation, sans mouvement, sans trouble. C'est la quiétude de Lilian Lepage, quinze ans, qui s'achetait des fringues, qui était calme et tranquille, sans agitation, sans mouvement, sans trouble. 

Laissez les mots pour ce qu'ils sont. Geneviève Legay et Lilian Lepage n'ont causé aucun trouble. Eux et leurs familles n'ont que faire de votre quiétude. Et les autres, l'immensité des autres, n'ont qu'une immense inquiétude. Geneviève Legay était le cinq cent cinquante neuvième signalement du journaliste David Dufresne.

Alors pour elle et pour les cinq cent cinquante huit précédents, Monsieur le Président, je vous souhaite de vous torcher le cul avec votre quiétude, vos insinuations et vos insultes à l'encontre de la famille d'une femme de 73 ans qui a manqué de perdre la vie et est toujours dans un état grave. Et je souhaite que cette activité torcheculatoire vous laisse les stigmates d'une profonde irritation et d'un inconfort persistant. 

Vous êtes tellement sidérant de mépris calculé qu'aux inquiétudes martelées vous ne parvenez plus qu'à opposer le lexique d'une "quiétude" surannée. Vous n'êtes plus que la caricature du mépris de classe. 

David Dufresne, vigie républicaine qui lie nos inquiétudes et leur donne audience face aux quiétudes médiatiques, David Dufresne rappelle ces mots terribles de Robert Pandraud après la mort tragique de Malik Oussekine en 1986. Il avait dit, "Si j'avais un fils sous dialyse, je l'empêcherais de faire le con dans la nuit."  

La mort de Malik Oussekine marqua un tournant dans la doctrine française du maintien de l'ordre. Trente ans, 19 semaines et près de 600 signalements plus tard, quand une femme de 73 ans manque de perdre la vie suite à une charge visant à disperser une manifestation, vous expliquez que "quand on est fragile, on ne se met pas dans des situations comme celle-ci". 

Vous vous vouliez l'élève de Paul Ricoeur, vous n'êtes que l'héritier de Robert Pandraud. Voilà votre mesure. Ce portrait de vous-même, que vous vouliez en majesté, vous ne parvenez à l'incarner qu'en vanité. 

"Quand on est fragile, on ne se met pas dans des situations comme celle-ci". C'est l'ensemble des fragilités additionnées de ses citoyens qui est la seule force d'une démocratie. C'est de la préservation de l'ensemble de ces fragilités additionnées dont vous êtes comptable par mandat électif.  

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Voilà plus de 19 semaines et 560 victimes que l'on tente de vous le rappeler. En vain.

D2hvpNBXgAAqElM(Dessin de Loïc Sécheresse)

<Mise à jour du lendemain> Allez donc lire aussi le texte de Christine Jeanney, si juste dans la colère.  "un monde où celle qui porte le drapeaux de la paix se retrouve avec le crâne fracturé, ça devrait nous faire réfléchir : où est la guerre, et qui la porte." </Mise à jour>

2 commentaires pour “Quiétude Emmanuel Macron ?

  1. Le cœur du sujet (et ça n’a pas été assez expliqué ni analysé amha) est que pour les libéraux comme pour les policiers, la sagesse c’est obéir…

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