Parcoursup est l’outil dont rêvait l’institution disciplinaire décrite par Foucault. Fondamentalement. Et chaque année davantage depuis déjà 8 ans que cette saloperie existe. Je vous ai déjà à de nombreuses reprises expliqué tout le mal que je pensais de cette plateforme (en 2020, en 2021, en 2025, en 2026 …) que j’ai vécu et expérimenté personnellement à trois reprises en tant que parent de 3 enfants et que je pratique également donc depuis 8 ans en tant que responsable de formation.
Presque chaque année c’est une nouvelle contrainte imbécile qui tombe ou s’impose dans cette plateforme sans que jamais il ne soit possible de la discuter ou de la remettre en cause. Et cette année j’avoue que lorsque j’ai appris qu’à terme les lettres de motivation allaient totalement disparaître et que si on voulait les garder c’était à chaque responsable de formation de fournir un argumentaire pour se justifier, j’ai vraiment eu envie de coller une grande soupe de phalange dans le cimetière à magret de mon ami Mister T. Mais j’étais très loin du climax de mon courroux (coucou) car je n’avais pas encore reçu le message ci-dessous.
Donc il y a quelques jours, alors que sur les 1600 dossiers que nous recevons pour 60 places je venais de finir de traiter les 200 qui me reviennent, j’ai eu la surprise de recevoir un petit mail de Parcoursup qui disait ceci :

Je vous remets le texte directement :
Dans la perspective de la rentrée 2026-2027, le dispositif de demande de césure prévu sur Parcoursup a évolué pour tenir compte de la mise en place du nouveau Service national annoncé par le président de la République.
Pour les candidats, la case à cocher « demande de césure » a été remplacée par deux cases distinctes « demande de césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel » et « demande de césure pour réaliser un service national ». En effet, la césure pour service national sera une césure accordée de plein droit (projet de loi de programmation militaire) à la différence de la césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel qui est soumise à l’appréciation du chef d’établissement.
J’espère que tout cela est clair. Après la mise sous coupe algorithmique réglée de l’ensemble d’une classe d’âge, après l’empilement de réformes toutes plus débiles les unes que les autres à l’échelle du lycée et du baccalauréat, après la mise à sac programmatique de l’université publique, après les refus répétés en mode allegro obstinato de tenir compte de l’ensemble des retours des utilisateurs de cette p**** de plateforme qui chaque année expliquent que tout cela irait beaucoup plus vite et serait beaucoup moins stressant pour les lycéens et lycéennes s’ils et elles pouvaient classer leurs voeux dès le départ, voilà donc maintenant que Parcoursup se met au service d’un agenda politique national guerrier. Et voici Emmanuel Macron, le plutôt cadre ploutocrate enquillant son 2ème mandat à l’abri de toute mandale, qui d’une main nous incite à la chair du « réarmement démographique » et de l’autre anticipe le sort funeste de cette même chair.
Cette année on nous annonce donc que les demandes de césure pour faire son service militaire doivent être obligatoirement accordées. Et on nous l’annonce en plein milieu de la procédure et sans aucune concertation parce qu’il s’agit bien sûr aussi de nous discipliner.
Vu la situation et le contexte international, je ne suis pas le seul à nourrir d’immenses craintes pour ce que Parcoursup deviendra l’année prochaine et les suivantes. L’institution disciplinaire doit être vue, lue et comprise comme un continuum. Je rappelle que certains avaient déjà envisagé que celles et ceux qui avaient effectué le débilitant SNU puissent bénéficier de points supplémentaires dans Parcoursup. Une énième idée à la con qui avait heureusement été promptement identifiée comme telle mais qui avait aussi et surtout permis de préparer les esprits à ce qui adviendra inévitablement à l’horizon de quelques années.
Sans parler de la guerre, on observe cette année une augmentation très forte (et qui me semble inquiétante) de dossiers qui nous reviennent après avoir effectué une première année (en vérité quelques mois) dans une toute autre formation, preuve supplémentaire que la première orientation et la première expérience de la plateforme Parcoursup sont de plus en plus à côté de la plaque. Entendons-nous bien, on a bien sûr le droit de se réorienter et rien n’est dramatique, loin s’en faut, lorsque l’on est néo-bachelier. Ce qui est par contre inquiétant ce sont les choix qui semblent effectués en dépit de tout bon sens de la part de lycéens et lycéennes et de familles totalement égarés dans une offre surabondante et opaque, livrés au mieux à eux-mêmes et à la bonne volonté de professeurs principaux qui sont beaucoup de choses mais certainement pas des conseillers d’orientation ; lycéens, lycéennes et leurs familles qui sont surtout soumis, dès la fin du collège et durant toutes leurs années lycées, à une pression totalement inédite au regard des contraintes que l’on fait peser sur elles et eux.
Disciplinés très tôt par l’empilement de réformes aux temporalités imbéciles et sans aucune cohérence pédagogique ne serait-ce qu’interne, réformes totalement étanches aux rythmes de travail et de vie de nos sociétés et aux assignations parentales qui en découlent, ce ne sont pas les quelques ajustements cosmétiques annuels de l’interface Parcoursup qui permettront de régler le problème d’une plateforme qui semble n’avoir jamais été pensée ou même réfléchie pour accompagner des trajectoires mais qui donne hélas sa pleine mesure dès lors qu’il s’agit de sanctionner des parcours.
