Europeana : 3 petits tours, et puis …

La bibliothèque européenne, Europeana a donc été lancée le 20 Novembre (communiqué de presse.pdf). Europeana se compose actuellement de "2 millions de documents, dont des livres, des cartes, des peintures et
des photographies, provenant des bibliothèques nationales et de plus de
1 000 institutions culturelles des 27 pays de l’Union européenne.
" Et Viviane Redding, dans le sus-mentionné communiqué de presse, lui fixe un objectif de 10 millions de documents en 2010.
Pour bien comprendre le contexte et les enjeux, un artcle de Bruno Texier fait le point dans Archimag :

  • "2,5 milliards de livres constituent le patrimoine des bibliothèques
    européennes. Seul 1 % de ce corpus est actuellement disponible en
    format numérique…"
  • Europeana restera en version "béta" (prototype donc) pendant encore deux ans.
  • "La Commission européenne a annoncé qu’elle allouera, en 2009-2010, un
    budget de 120 millions d’euros afin d’améliorer l’accessibilité en
    ligne de ce patrimoine."

Le New-York Times nous retourne aussi habilement qu'insidieusement la vieille antienne de l'hégémonie culturelle, en retenant que plus de la moitié des 2 millions de documents ont été fournis par la France, contre seulement "1 % par l'Allemagne, 1.4% par l'Espagne et seulement 10% par le Royaume-Uni."
Le BBF de son côté nous indique le communiqué de presse de l'INA (.pdf) indiquant que la totalité des documents numérisés par l'INA seront également disponibles dans Europeana. D
Dominique Lahary a par ailleurs entièrement raison de souligner l'enjeu d'Europeana pour "le web public, qui est aussi un web de service public."
Europeana c'est donc un petit peu Hourra et Hosanna. Oui mais voilà, Europeana n'a fait sur le web que trois petits tours … et puis s'en va. Parce que figurez-vous que sitôt le site ouvert, celui-ci a été assailli par des millions d'utilisateurs. 10 millions de curieux, de bibliophiles, d'étudiants, de quidams, de citoyens se sont donnés rendez-vous pour l'inauguration. Et là, c'est le drame. Bousculade à l'entrée, serveurs en rideau. Crac boum hue. A pu Europeana. Europeana.eu aujourd'hui, c'est un temps de chargement d'une minute trente (j'ai compté …) pour tomber sur le message suivant : "The Europeana site is temporarily not accessible due to overwhelming interest after its launch (10 million hits per hour). We are doing our utmost to reopen Europeana in a more robust version as soon as possible. We will be back by mid-December." Des sites pris d'assaut lors de leur ouverture, cela arrive. Des serveurs qui flanchent, c'est courant. Même le Grand Google a connu ce genre d'affres pour le lancement de Gmail ou d'Analytics. Mais visiblement, l'équipe de conception d'Europeana n'avait pas prévu un tel enthousiasme, une telle curiosité, une telle appétence, une telle bibliophilie planétaire. Faut dire aussi que l'annonce de l'ouverture avait largement dépassé l'étroitesse des frontières de l'union pour atteindre au communiqué de presse planétaire. Même Google s'était pour l'occasion fendu d'un billet relayant, annonçant et se félicitant de ladite ouverture de la bibliothèque numérique européenne, et en profitant pour lancer un appel du pied appuyé (à moins qu'il ne s'agisse d'un tacle sournois) :

  • "As we move ahead with Google Book Search, we look forward to finding
    new ways to collaborate on initiatives such as Europeana — and taking
    part in what could become the biggest technological leap in
    disseminating knowledge since Gutenberg invented the printing press.
    "

Dans ces conditions, difficile de faire un billet un peu fouillé sur un service inaccessible. Heureusement, quelques chanceux curieux de la première heure ont eu le temps d'apercevoir le site. L'intérieur d'Europeana ressemble donc à ça. Heureusement, on sait aussi que Gallica 2 a servi de prototypage pour le lancement d'Europeana. Et Gallica 2 est encore accessible en ligne, ce qui permet donc de se faire une petite idée de ce que sera l'intérieur d'Europeana en termes d'interface.
Europeana
Europeanasearchresults

En attendant la réouverture :

  • on pourra toujours relire la génèse du projet sur La République des Lettres.
  • gloser sur le choix du logotype, avec une stylisation du "E" suivi de deux "O" (évoquant un engrenage …), qui, si l'on applique un effet miroir au même "E" et aux deux "O" le suivant, nous donne étrangement les initiales d'une autre bibliothèque numérique mondiale : "GOO …"
  • moquer l'incapacité à anticiper le volume de connexions à l'ouverture ou le délai envisagé pour la réouverture (3 semaines tout de même …) … d'aucuns ont envisagé l'hypothèse (naturellement hautement fantaisiste) que Google prête quelques-uns de ses serveurs à Europeana, ou lui propose même d'héberger son contenu … ce qui, tout à fait sérieusement cette fois, nous renvoie à la question essentielle de l'informatique dans les nuages pour les institutions et services publics (voir par exemple ici et ).
  • prendre des nouvelles de la santé des serveurs d'Europeana sur la page dev.europeana.eu
  • se languir de la mise en ligne de cette collection exceptionnelle…

De tout cela je retiens qu'il faut prendre l'épisode du lancement raté de ce grand projet pour ce qu'il est : une fable moderne pleine d'enseignements sur la mesure et le périmètre d'un service public numérique à l'heure et à l'ère de l'accès comme clé de voûte bibliothéconomique renouvellée.

<Update> Voir aussi le débat nourri – et légèrement "trollé" – sous le billet de Jean Quatremer. Ainsi que les chiffres détaillés de Telerama.fr </Update>

9 commentaires pour “Europeana : 3 petits tours, et puis …

  1. vu le taulé de l’ouverture du site: “indisponibilité”; on comprend combien Google est compétent dans le domaine d’internet.
    Dés que l’on se risque dans ce domaine Google est hypercompétent.
    Mais quand apprendront ils que n’importe qui ne peut pas s’improviser aux métiers de l’internet?
    c’est un zéro pointé. Vraiment.

  2. @SloYvY : je ne comprends vraiment pas votre remarque… Alors quoi, laissons faire les pros : confions tout à Google ? Personne n’aurait parié sur 10M de visiteurs en seulement 1 heure !
    De plus, des services de ce type reste d’une excellente qualité (je ne sais pas en quel honneur, mais j’ai pu accéder à ce site, pourtant après avoir lu des articles annonçant le crash des serveurs…). Ce n’est pas parce que c’est du “public” que les gens sont incompétents. Ils ne se sont pas improvisés dans le domaine, ils n’ont simplement pas su correctement anticipé une telle affluence. Même Apple a eu ce même genre de problème, à la sortie d’une mise à jour importante pour l’iPhone : 1 journée entière où les serveurs étaient down. Alors, quoi, Apple, c’est pas des pros, peut-être ? Allons, soyons sérieux, un peu de bonne foi.
    Je trouve personnellement cette expérience incroyable et je suis vraiment ravi qu’un tel projet soit porté au niveau européen : l’Europe de la Culture, ça sonne autrement mieux que l’Europe libérale, non ?
    On ne peut en revanche que regretter de retrouver essentiellement du contenu de l’INA (déjà accessible sur leur propre site internet) et des bibliothèques françaises. Je me suis étonné, d’ailleurs, lors de ma très courte visite, de n’avoir affaire à aucun… livre. Uniquement des tableaux, vidéos, … Bizarre.
    Sinon, dans le même genre mais pour les revues scientifiques (entièrement gratuit), je signale l’existence de http://www.persee.fr, qui, bien que développé par une Université (en loccurence, celle où j’étudie, Lyon 2) en partenariat avec d’autres institutions, bien sûr, fonctionne parfaitement bien et représente, selon moi, un exemple dans l’utilisation numérique de document, avec une utilisation grand public d’un système OCR particulièrement efficace…
    Bon courage et longue vie à ce magnifique projet, en tout cas !

  3. Europeana était en fait accessible dès la veille, comme je l’ai découvert accidentellement. Par faute de temps, je n’en avais alors fait que 3 copies d’écran (http://bibliotheques.wordpress.com/2008/11/19/europeana-est-ouverte/), mais il me semble que ça n’a plus rien à voir avec Gallica 2 : c’est la première maquette d’Europeana (printemps 2007) qui a donné Gallica 2. Depuis, il n’en reste pas grand chose en terme d’interface.

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