La précarité tue. Témoignages d’étudiant(e)s.

Suite à l'immolation par le feu d'un étudiant de 22 ans, j'ai comme d'autres été saisi de ma propre inaction et de mon propre aveuglement, de ma propre acceptation de ce qui devrait pourtant rester de l'ordre de l'absolu inacceptable. C'est à dire que plus d'un étudiant sur deux en France au 21ème siècle vive sous le seuil de pauvreté. Cela, c'est l'inacceptable.

J'ai proposé à ceux de mes étudiants qui le souhaitaient, un espace de parole, de témoignage, en les invitant à me remettre leur sentiment suite à ce drame, ou leur propre témoignage, pour savoir comment eux, vivaient, observaient et ressentaient cette précarité. Ou simplement leurs mots. Leurs états d'âme. Cela ne changera rien mais cela me semblait aussi être le minimum que je puisse faire. Qu'au moins cette parole, leur parole puisse être lue, entendue. 

Aujourd'hui, mardi 26 Novembre, des manifestations et de mobilisations étudiantes ont lieu un peu partout en France. Pour dénoncer la misère d'une jeunesse. Très peu d'articles. Très peu, surtout, de témoignages et de paroles des principaux concernés, à l'exception de Mediapart.

Je vais donc publier sur mon blog cette série de témoignages. Voici le premier d'entre eux.

Pour le contexte, il s'agit d'étudiant(e)s en IUT (DUT information et communication), sur un site dit "délocalisé" (c'est à dire pas dans une "grande ville" universitaire). 

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Je ne suis pas forcément concerné par la précarité en tant qu'étudiant. Enfin, faudrait-il d'abord savoir quand peut-on dire qu'un étudiant est victime de précarité. 

On ne peut pas dire non plus que je suis étonné de l'acte de l'étudiant à Lyon. Bien sûr je suis touché et tout de même un peu choqué : s'immoler par le feu c'est un acte fort de détermination, à la fois de désespoir et de courage. Mais au fond de moi, est-ce que je suis vraiment étonné ? Non. Quelque chose allait arriver. Depuis le temps que les étudiants essaient de vivre, ou de survivre … Je suis juste étonné que ça ait pris autant de temps. 

Pour moi les études ça va. Enfin il faut faire des sacrifices mais on essaye. Mes parents m'aident un peu, comme ils peuvent, mais font des sacrifices en retour. Et puis je travaille l'été, enfin deux mois de travail payé au SMIC pour vivre toute l'année c'est un peu juste. Entre les courses, le loyer, les charges l'essence, l'abonnement de bus, les sorties demandées par l'IUT (certes ce n'est pas grand chose et c'est pour la culture, mais entre payer un mois de courses et aller voir un spectacle le choix est vite fait) … 

Moi je n'ai pas droit aux bourses non plus : dommage.Je paye ma scolarité mais je dépends encore de mes parents (ils gagnent trop pour avoir les bourses mais pas assez our avoir le loisir de me payer mes dépenses et de profiter). Et puis les APL ont baissé : 100 euros sur 425 c'est déjà ça mais est-ce assez ? Et encore nous ne nous plaignons pas, étudiants à La Roche sur Yon, les loyers ici sont bien bas et les surfaces vivables ! Pour mes études sur Angers, pour le même loyer et sans les charges comprises, on a droit à une chambre (qui fait office de maison) de 9 m2. Pas très grand pour un endroit où on est censé vivre toute l'année. 

J'ai connu un étudiant à Angers qui était victime de précarité. Lui, il vivait sur les bourses. Enfin essayait. Dans son frigo, il n'y avait jamais rien ; alors les soirées, on les faisait chez lui et on se cotisait pour acheter à manger (du riz, des pâtes, quelques conserves …) pour qu'il ait quelques provisions pour le reste du mois. On essayait de le faire discrètement pour ne pas qu'il ait l'impression qu'on ait pitié de lui. D'ailleurs cet étudiant a arrêté les études. Pas facile de suivre les cours quand on a déjà du mal à tenir debout par manque de nourriture. 

Et puis à part remplir son frigo et payer son loyer, il y a aussi la précarité mentale causée par les études. Parce que la fac, c'est pas une partie de joie. C'est une véritable broyeuse. Une machine qui absorbe tous les étudiants non conditionnés par le système. "La fac c'est pas pour moi" parce que "seuls les plus forts auront leur licence". "Et puis si vous n'allez pas à la fac, bah, bon courage dans la vie, tu vas avoir du mal à trouver un métier" … D'accord … Alors parce que on ne passe pas 27h/24h à réviser ou qu'on fait une filière autre on ne peut pas réussir dans la vie ? Très bien, alors, je suis nul. 

Tout ça pour dire que la précarité c'est présent, ça fait mal et personne ne s'en préoccupe. Et que le fac, bah les gars y'a du boulot pour modifier tout ça. 

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