Pourquoi il ne faut pas interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (mais réfléchir à interdire CNews aux adultes avec le droit de vote).

Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron tient un discours extrêmement offensif sur la nécessité d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Et pousse très fort (en tout cas communique très fort) sur sa volonté de légiférer rapidement. Très rapidement. D’ailleurs c’est aujourd’hui (lundi 26 Janvier) que le projet de loi arrive à l’assemblée nationale pour un examen en « procédure accélérée » avec en ligne de mire (mais il a un peu de mal à viser en ce moment, huhuhu) une entrée en vigueur pour la rentrée de Septembre 2026.

        Topper Harley ou Pete « Maverick » Mitchell, je crois que la question elle est vite répondue. 

En plus de celui de baser l’essentiel de sa communication sur le sujet au travers de publications sur … X, cette interdiction pose au moins deux problèmes.

D’abord la rationalité d’une telle décision en termes de politique de santé publique. Car tout le monde (je parle ici de la communauté scientifique, pas des experts de plateaux télé ou de votre oncle Patrick) est d’accord pour indiquer qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur le sujet d’une addiction (aux écrans et/ou aux réseaux sociaux). Or la démonstration de cette addiction serait pourtant la seule cause rationnelle d’une nécessité d’interdiction. Interdiction qui si une addiction était un jour réellement démontrée, et si on poussait alors la logique, devrait ne pas se limiter aux moins de 15 ans mais s’étendre aussi à l’ensemble de la société et donc aux publics y compris … adultes, ou à tout le moins, pour ces publics, faire l’objet de campagnes de sensibilisation au moins équivalentes à celle contre le tabac et l’alcool (toujours pour lesdits adultes).

Ensuite parce que, et je l’explique sur ce blog depuis des années, l’idée même d’une interdiction ou d’un couvre-feu est totalement idiote. Non pas que l’impact des médias sociaux sur les enfants et les adolescents soit nul, non pas qu’il faille le minorer, non pas que lesdits réseaux sociaux soient exempts de problèmes et ne causent aucune situation de souffrance ou de dépendance corrélées à des situations sans lien direct avec l’usage ou le non-usage des écrans ; mais cette interdiction telle qu’elle est imaginée aujourd’hui et au regard des dispositifs, des habitus technologiques partagés mais aussi de leurs failles inhérentes, cette interdiction porte en elle l’ensemble des possibilités de contournement qui seront (et sont déjà) à l’oeuvre pour s’en défaire et la rendre au mieux inopérante et au pire totalement contre-productive. Dans le seul pays (démocratique) qui l’a voté et tente de l’appliquer (l’Australie), les adolescents concernés détournent déjà les dispositifs de reconnaissance faciale supposés certifier l’âge. Et sur un autre sujet, depuis que l’on a interdit l’accès aux mineurs aux mastodontes du porno que sont Youporn ou Pornhub, on a vu croître et se multiplier les sites pornographiques se soustrayant à l’obligation de vérification d’âge et encore plus immondes en termes de violence de contenu et de pratiques que les deux sus-nommés.

La seule vertu d’une interdiction (pour autant qu’elle repose sur un consensus scientifique et qu’elle puisse s’appliquer sans atteinte aux libertés fondamentales ce qui n’est doublement pas le cas ce celle imaginée par Emmanuel Macron), la seule vertu d’une interdiction est de minorer les effets nocifs, malsains, « addictifs » qui auraient été démontrés.

Mais la seule chose qui est aujourd’hui démontrée, documentée et établie, et il faut donc encore une fois le marteler, c’est que les plateformes de médias sociaux sont non seulement parfaitement au courant des nuisances qu’elles produisent, mais qu’elles sont aussi parfaitement en capacité de les limiter voire de les réduire à néant (en cassant les chaînes de contamination virales, en supprimant la visibilité de certaines métriques, en embauchant en nombre suffisant des modérateurs, etc.). Et qu’elles ne le font pas parce que ce n’est pas bon pour leur modèle d’affaire. Et qu’après les industries du pétrole et du tabac, elles entretiennent de manière cynique et criminelle le troisième grand mensonge de notre modernité. Je vous remets ce que j’écrivais en Septembre 2023 dans l’article « Ouvrir le code des algorithmes ne suffit plus » :

« Après les mensonges de l’industrie du tabac sur sa responsabilité dans la conduite vers la mort de centaines de millions de personnes, après les mensonges de l’industrie du pétrole sur sa responsabilité dans le dérèglement climatique, nous faisons face aujourd’hui au troisième grand mensonge de notre modernité. Et ce mensonge est celui des industries extractivistes de l’information, sous toutes leurs formes. (…) Et même s’ils s’inscrivent, comme je le rappelais plus haut, dans un écosystème médiatique, économique et politique bien plus vaste qu’eux, leur part émergée, c’est à dire les médias sociaux, sont aujourd’hui pour l’essentiel de même nature que la publicité et le lobbying le furent pour l’industrie du tabac et du pétrole : des outils au service d’une diversion elle-même au service d’une perversion qui n’est alimentée que par la recherche permanente du profit. »

 

Depuis que j’écrivais ceci en Septembre 2023, la dérégulation totale de l’espace médiatique (des chaînes de télé aux médias sociaux et passant par la presse écrite) s’est encore accélérée alors qu’on l’imaginait pourtant déjà au maximum de sa vitesse, et chaque fait de notre réalité n’est aujourd’hui plus que le prétexte à un récit médiatique pour l’essentiel aussi totalement hors de contrôle que totalement asservi aux intérêts de puissances illibérales ou d’individus ayant fait le choix de les incarner ou de ramper à leurs pieds pour préserver leurs propres intérêts économiques. Ce ne sont pas « les médias sociaux » qui maintiennent à l’antenne un pédocriminel (Morandini) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui donnent libre antenne à une personnalité politique multi-condamnée notamment pour complicité de provocation à la haine (Zemmour) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui font d’un gigot mal cuit la source d’un complot du monde musulman autour de la nourriture Halal ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui laissent sans sourciller à l’antenne et en présence de journalistes, le fils d’un chasseur de Nazis parler de la nécessité d’établir aujourd’hui des rafles de population immigrée (Klarsfeld) ; ce ne sont pas « les médias sociaux » qui face à des images de l’ICE assassinant à bout portant des citoyens américains reprennent mot à mot les éléments de discours de l’administration Trump qui sont à l’opposé de l’évidence des faits et des images les documentant.

Vous me pardonnerez donc la comparaison mais l’impact (délétère, problématique) des médias sociaux sur les mineurs de moins de 15 ans est infiniment moins problématique que l’impact de l’écosystème de l’empire Bolloré (notamment) sur la santé mentale et le rapport aux faits et à la vérité de toute la population adulte en âge de voter.

Et je veux ici encore une fois le rappeler, à chaque fois qu’Emmanuel Macron (ou d’autres) vous parlent de l’urgence et de la nécessité de réguler les médias sociaux, il évite de traiter de la seule urgence qui vaille et qui serait de totalement repenser et rééquilibrer les forces du champ médiatique « classique » qui part totalement en vrille.

« Oui mais donc on fait quoi ? » me direz-vous.

On fait ce qui suit. Il est de toute évidence éminemment urgent et nécessaire d’astreindre les plateformes de médias sociaux à des régulations limitant leur pouvoir de nuisance. Et chacun sait aujourd’hui exactement comment faire. Tout comme chacun se rend aujourd’hui compte qu’il n’est qu’une seule et unique manière d’y parvenir. Tout cela aussi je l’ai déjà écrit, dit, expliqué. Il faut que l’ensemble de ces plateformes de médias sociaux soient reconnues comme pleinement éditrices des contenus qu’elles portent. Et il faut en finir avec l’hypocrisie du statut d’hébergeur qui continue aujourd’hui de leur être accordé. J’ai écrit un long article sur le sujet il y a peu, voyez le « chapitre 4 » du billet titré « Le web pourrissant  et l’IA florissante : si nous sommes le bruit, qui sera la fureur. » En résumé (mais vraiment allez lire mon article en entier si cela vous intéresse) :

Dans la jurisprudence, l’un des critères les plus déterminants qui permet de distinguer entre hébergeur et éditeur et celui dit du « rôle actif », défini comme « la connaissance et le contrôle sur les données qui vont être stockées. » Or qui peut aujourd’hui sérieusement prétendre que Facebook, Instagram, X, TikTok et les autres n’ont pas un rôle actif dans la circulation des contenus hébergés, et que ces plateformes n’auraient ni connaissance ni contrôle sur les données et contenus stockés ? Le gigantisme fut longtemps l’argument mis en avant par les plateformes pour, précisément échapper à leur responsabilité éditoriale. Cet argument n’a aujourd’hui (presque) plus rien de valide techniquement ou de valable en droit.

 

Alors certes c’est un changement de paradigme. Alors certes là pour le coup va falloir se doter en termes de volonté politique de toute la panoplie du courage sacrificiel de l’imaginaire de Top Gun et pas simplement des lunettes aviateur de kéké.

Mais dans le discours ambiant autour de cette interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, il y a encore un point, un élément, une conséquence, que jamais personne n’évoque ni ne discute et qui me semble pourtant déterminant. Heureusement que je suis là 🙂

Admettons que cette interdiction soit votée et admettons qu’elle s’applique.

Si l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans était votée ce serait alors le plus tonitruant signal envoyé à l’appui de toutes les formes de dérégulation que ces plateformes espèrent et attendent.

Et c’est assez simple à comprendre : si plus aucun mineur de moins de 15 ans, aux yeux de la loi, ne peut et ne doit y être présent, alors le peu de (re)tenue et de régulation auxquelles elles s’astreignaient jusqu’ici par crainte d’une atteinte trop profonde à leur image deviendra instantanément caduque.

La responsabilité, la seule responsabilité de l’accès de mineurs de moins de 15 ans à des contenus extrêmement violents ou problématiques pour cet âge reposerait alors intégralement soit sur une défaillance de la responsabilité parentale, soit sur une incapacité de l’État à garantir le respect du cadre législatif dont il s’est doté. En clair et quoi qu’il puisse se passer ce ne sera plus du tout la faute des plateformes.

Si cette interdiction était votée et s’appliquait, tout se jouerait donc autour de la charge de la preuve de la vérification d’âge. Si c’est aux plateformes de faire la chasse aux comptes de moins de 15 ans, cela impliquera aussi, pour être efficace, que l’État (via des tiers de confiance comme … la CNIL ou l’ANSSI ou l’ARCOM ou PHAROS ou ma tante …) que l’État donc soit lui-même en capacité de documenter leurs manquements, c’est à dire d’identifier des comptes de moins de 15 ans toujours actifs alors qu’ils auraient supposément dû être repérés et fermés. Autant vous dire que ça va être compliqué vu les moyens actuels de l’état et le dimensionnement des effectifs des tiers de confiance sus-mentionnés. Notez bien sûr que les plateformes n’ont absolument aucun intérêt à effectuer cette vérification ou en tout cas à l’effectuer de manière optimale et maximale. Et si c’est à l’État de faire les vérifications, on retombe alors dans le scénario que j’évoquais plus haut, c’est à dire que l’entièreté de la responsabilité et de la charge de la preuve reposerait alors sur les familles (ou sur l’État lui-même). Aucune de ces deux solutions n’est ni souhaitable ni envisageable à l’heure actuelle autrement que dans des contextes politiques totalement et dangereusement illibéraux ou aveugles.

Soyez attentifs et attentives aux prochaines semaines autour de ce projet de loi. Vous serez surpris de constater qu’un certain nombre de plateformes ne vont pas le combattre avec toute l’énergie et la détermination que l’on aurait pu supposer. Car ce projet de loi ne les desservira pas totalement, et il est même probable qu’il leur soit utile pour basculer dans de nouveaux régimes de dérégulation.

« Oui mais en Australie. »

Je vous vois et vous entend. Et j’entends aussi notre Topper Harley national et tout l’hémicycle de droite et d’extrême-droite me dire « Oui mais en Australie ils l’ont fait et ça marche !« . Ce à quoi je réponds : « Alors en Australie ce qui marche c’est surtout des kangourous. » En d’autres termes, alors oui ils l’ont fait, mais ils l’ont fait de manière quand même assez … étrange, et pour l’instant bah ça marche pas super super.

Ils l’ont fait c’est certain et ce sont près de 5 millions de comptes qui auraient été supprimés ou désactivés ou restreints, en tout cas, et c’est important, selon les autorités.

Ils l’ont fait et en effet ça nous a mis le Zuck en pétard (mouillé) et en mode, « vous voulez pas plutôt collaborer avec l’industrie » et « travailler à un relèvement collectif des standards de sécurité, avec la possibilité de proposer des expériences adaptées à l’âge« , arguant (ce qui est vrai, je l’ai moi-même fait dans l’argumentaire de ce billet) que l’un des risques était de voir migrer les adolescents (en Australie la majorité numérique est à 16 ans) vers d’autres plateformes (encore) moins régulées.

Mais ils ne l’ont pas fait pour toutes les plateformes (et du coup bah … on cherche un peu le sens de tout ça …). Ils l’ont fait pour Facebook, Instagram, Threads, TikTok, Snapchat, Kick, Reddit, X, Twitch et YouTube (c’est certes déjà pas mal), mais ils ne l’ont pas fait pour Messenger, WhatsApp, Discord ou Roblox (plateformes initialement de messagerie ou de jeux mais qui sont aujourd’hui fonctionnellement construites et pensée comme autant de médias sociaux, perméables notamment à de la publicité et à toute une liste de dérives déjà largement documentées).

L’esprit de la loi australienne est le suivant « La législation est formulée de manière à donner une définition assez large des réseaux sociaux, laissant à la discrétion de la commissaire à la sécurité numérique [Julie Inman Grant – ndlr] le soin de désigner les plateformes comme telles. » Et bon courage à Julie Inman Grant qui jouit ici d’un grand pouvoir que j’espère corrélé à de grandes responsabilités parce qu’elle va avoir du taff … #SpidermanAttitude

Et donc l’une des premières conséquences a été un déport vers trois plateformes dont la popularité à explosé : « Lemon8, une application qui appartient à ByteDance, propriétaire de TikTok, puis Yope et WhatsApp. » Faut bien avouer que si on ferme des comptes de mineurs sur Instagram ou Tiktok pour qu’ils se retrouvent sur Lemon8 qui appartient à Tiktok …

Autre problème ou effet cliquet que ces débats mal posés et mal arbitrés inaugurent partout dans l’écosystème des services numériques, c’est celui d’une vérification d’âge que personne n’est en capacité de faire sans porter atteinte aux libertés (en l’état en tout cas des services actuels) mais que tout le monde à intérêt de faire y compris des pires manières possibles pour s’affranchir de possibles réglementations inabouties et bancales. Et voici donc « OpenAi qui ient d’annoncer le déploiement dans les prochaines semaines dans l’Union européenne de son outil de prédiction de l’âge » qui reposera, je cite toujours, sur « une combinaison de signaux, notamment la durée d’existence du compte, les sujets de conversations, les moments de la journée où l’utilisateur se connecte ou encore l’âge déclaré, a expliqué l’entreprise. » Et pourquoi OpenAI fait-il cela : parce qu’OpenAI vient d’ouvrir sa boîte de Pandore en proposant des chatbots sexualisés (notamment) et constate (comme c’est étonnant …) les dégâts causés à l’échelle de population jeunes (mais pas uniquement).

Conclusion.

Il faut avoir et garder un élément en tête. Jamais les grandes plateformes de médias sociaux ne renonceront à capter ce public adolescent et même enfantin. Jamais. Pour une raison simple : c’est là leur dernier levier de croissance. Et c’est le seul. Je vous l’expliquais déjà il y a … onze ans, en vous chantant : « Voici venu le temps du web des enfants. » C’est la raison pour laquelle toutes ces plateformes sans exception ont déjà déployé ou tenté de déployer des offres calibrées pour capter ces audiences : Youtube Kids, Messenger Kids ou encore Instagram for Kids (projet mis en pause depuis 2021). Et elles vont continuer.

La seule « bonne approche » dans cette régulation des accès des mineurs à ces plateformes, et quand je dis « bonne approche » j’entends qu’elle soit applicable en droit sans éparpiller façon puzzle les libertés publiques associées, la seule « bonne approche » consiste donc soit à modifier le statut des plateformes pour les rendre pleinement éditrices (et marginalement hébergeuses), mais en effet c’est un. changement complet de paradigme. Et/ou à travailler à contraindre les plateformes pour faire en sorte d’augmenter leurs responsabilités (éditoriales) à destination des publics mineurs qu’elles sont tout à fait ne capacité de circonscrire et de cibler. C’est par exemple l’orientation qui avait été travaillée, en Californie, à l’occasion du vote d’une loi « The California Age-Appropriate Design Code Act« , proposée en 2021 pour une entrée en vigueur en 2024, mais qui s’était finalement vue barrée par le puissant lobby des entreprises derrière « Netchoice » qui milite pour une dérégulation totale du commerce en ligne et combat toute forme de régulation quelle qu’elle soit au nom du 1er amendement de la constitution américaine.

L’idée derrière le California Age Appropriate Design Code Act était pourtant assez vertueuse et bien dimensionnée puisqu’il s’agissait :

« d’obliger les réseaux sociaux – comme Instagram et TikTok – et les plateformes de jeux via Internet à faire passer l’intérêt des enfants avant leurs profits. Approuvé à l’unanimité, le « California Age-Appropriate Design Code Act » obligerait ces plateformes en ligne à examiner comment la conception de leurs produits, leurs algorithmes et leurs stratégies publicitaires pourraient constituer un danger pour les mineurs. (…) S’il est définitivement approuvé, ce texte n’entrera en vigueur qu’à partir de 2024. Les législateurs californiens ont renoncé à une autre mesure qui aurait permis aux autorités de poursuivre les réseaux sociaux s’ils développaient des produits addictifs pour les mineurs (sic). »
Source Les Echos. Août 2022

 

Mais ces approches de régulation concertée et centrée sur les plateformes ne sont envisageables que dans le cadre d’une sincérité législative qui est aujourd’hui malheureusement inenvisageable. Si les lobbies ne font pas entrave, si Donald Trump ne menace pas d’augmenter les droits de douane et d’envahir la Pologne, les détournements seront dans tous les cas massifs et pour l’essentiel invérifiables.

Interdire les médias sociaux aux moins de 15 ans est donc en l’état inapplicable, et l’applicabilité d’une telle mesure reviendrait à encore augmenter l’arsenal législatif entravant le respect de la vie privée et des libertés individuelles. Et au regard de ce qui se passe à l’étranger et se profile potentiellement en France pour les prochaines présidentielles, si on peut éviter de se tirer des balles dans le pied, ça permettra peut-être que la future « ICE » nous mette un peu. moins de balles dans la tête.

La seule décision raisonnable et rationnelle pour protéger les mineurs (mais pas uniquement) c’est que la responsabilité des plateformes soit engagée sur leur statut désormais clair d’éditeur de l’ensemble des contenus qu’elle agrègent et organisent éditorialement et que le recours à la mention d’hébergeur ne soit plus la règle mais l’exception.

Zuckeberg à l’époque où il faisait son tour du monde de convocations devant les représentations nationales pour une liste de manquements extrêmement graves et documentés de sa plateforme (c’était en 2020) avait eu cette phrase : « Treat us like something between a Telco and a Newspaper » (« traitez-nous comme quelque chose entre un opérateur télécom et un journal »). Et bien ne le traitons pas comme ça l’arrange mais comme ce qu’il est : avant tout un journal, avant tout un média. Et traitons tous les autres également et de la même manière.

 

Grain à moudre.

Petit recueil de textes pour réfléchir (‘sereinement) à tout ça (et comprendre pourquoi après y avoir réfléchi sereinement ça reste bien une idée à la con 😉

D’abord l’article très complet de Léo Roussel sur Mediapart à propos de l’expérience Australienne.

Ensuite l’interview d’Anne Cordier (la Queen sur ces sujets) et Grégoire Borst dans Usbek Et Rica : « Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? » (spoiler : bah non).

Bien sûr l’étude de l’ANSES dont tout le monde parle beaucoup mais que peu de personnes ont visiblement lu, et qui ne préconise pas d’interdire les réseaux sociaux mais de leur imposer des régulations suffisamment fortes pour désarmer leurs paramétrages toxiques (viralisation, biais de négativité, dark patterns, etc.)

Sans oublier les 3 articles d’Hubert Guillaud (le GOAT) sur la vérification d’âge, notamment le troisième (« un internet de moins en moins sûr« , « Impunité des géants et criminalisation des usagers« , « Panique morale en roue libre »)

Et parce qu’il traite d’une partie de ce sujet (autour de Grok qui déshabille les mineurs) mais aussi parce que chaque phrase de cet article est un coup de point dans la gueule des MAGA et de Musk (et une invitation à nous interroger sur ce que nous-mêmes tolérons et acceptons), le dernier papier de Thibault Prévost sur Arrêt sur Images, « Contre X », dont j’extraie cette citation, « Que faut-il attendre d’un président qui promet 109 milliards d’euros pour développer des IA génératives toxiques, et qui fête l’ouverture d’un sommet industriel pro-IA en publiant un deepfake de lui-même, sur X de surcroît ? »

 

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