Quelques mots à propos de la polémique qui enfle et enfle encore au sujet du roman « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orelien. « Il paraît » qu’il aurait été en grande partie écrit par une IA. « On dit que » des détecteurs d’IA identifient des passages entiers comme « utilisant l’IA« . Les mêmes détecteurs qui sur à peu près n’importe quel texte classique du 18ème, 19ème siècle ou d’avant (donc de l’époque où les IA n’existaient pas) affirment avec autant d’assurance qu’ils ont aussi été écrits avec l’aide de l’IA.

A l’université comme dans tous les espaces critiques, sociaux et politiques dans lesquels l’écriture est socle, on passe notre temps à nous demander si ce devoir, ce rapport, cet article, ce mémoire, cette thèse a été ou non écrit avec l’aide de l’IA et dans quelles proportions. Et les « outils » de détection sont tous, je dis bien absolument tous, à la ramasse. Et bien sûr nous le sommes aussi parfois (mais bien moins souvent ceci dit que lesdits outils).
Thélyson Orélien. C’était ça ou mourir. Je n’ai pas (encore) lu le livre. Pourtant je vais ici vous affirmer qu’il l’a bien écrit, lui et lui seul. Et je suis prêt à parier beaucoup là-dessus. Pourquoi ? D’où sort cette étrange assurance qui en même temps fait aveu de n’avoir même pas lu l’ouvrage.
C’est assez simple. J’ai vu et j’ai surtout entendu Olélien Thélyson quand il est venu parler de son livre dans l’émission la grande librairie. Dans sa voix, son phrasé, dans sa langue, dans ce qu’il dit de son livre et dans la manière qu’il a lui-même de le lire, j’ai été immédiatement frappé, bien avant cette polémique naissante, par ce qu’on appelle un style, une intensité, une singularité, et l’évidence des trois précédents. Je n’ai absolument aucun doute. Comme je n’ai absolument aucune doute sur des rapports rendus par mes étudiants dès lors que je les ai entendu parler et que je les ai lus dans une cadre où l’usage de l’IA était impossible.
D’autres choses frappent dans cette polémique. Evidemment. Orélien Thelyson est noir et haïtien. C’est aussi l’un des derniers ouvrages publiés par Olivier Nora avant son éviction dans les conditions que l’on connaît. Les théories du complot ne jouent pas l’une contre l’autre. Bien sûr. Mais si l’on pose la question de la sincérité de l’écriture alors il faut aussi, et simultanément, poser la question du rattachement et de l’appartenance de cette écriture. Sinon on passe à côté de tout. Et surtout de ce qu’écrire veut dire lorsque l’on est noir, haïtien, poète, exilé, publié chez Grasset par Olivier Nora. Et aussi du fait qu’il écrivait déjà et était déjà salué et primé comme écrivain et poète bien avant l’invention de ChatGPT et des autres outils d’IA.
Dans un article précédent sur l’IA je parlais de la capacité qu’elle a de défaire et de dissoudre toutes les formes de collectif. L’écriture est toujours singulière. La question que pose la polémique lancée contre Thélyson Orélien est d’abord celle de notre capacité à faire collectif autour de la singularité d’une écriture située, comme toutes les sont mais comme la sienne l’est particulièrement. Aux yeux de certains en tout cas.
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Parmi les articles à lire qui ne sont pas qu’un ramassis d’amalgames, celui de Numerama fait le taff 🙂
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