La fin de la recherche comme technologie. The end of Search Technology battle. (Chapitre 1)

Alexa est un outil de recherche appartenant Amazon. Qu’est-ce qu’un outil de recherche ? Ou plus exactement que faut-il pour construire un outil de recherche ? Bien sûr un peu de technologie, quelques algorithmes … et une base de donnée. Un Index. C’est ce qui à fait la force de Google au delà de son algorithmie propre, de pouvoir offrir un accès au plus grand nombre de pages possibles. Et ce en dépit de quelques intox de taille. Avant de faire disparaître cette mention de sa page d’accueil, Google annonçait offrir un accès à plus de 8 milliards de pages web. Le "club des milliardaires" était et reste encore un club très fermé. Seuls Yahoo!, MSN! et Exalead s’y distinguaient encore il y a peu. Or aujourd’hui, Alexa met à disposition son index de … 5 milliards de documents … Celui qui en parle le mieux est Olivier Andrieu dans son billet : "Moteur en Kit". Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les enjeux de cette annonce sont encore difficiles à saisir. Risquons-nous à quelques hypothèses :

  • primo il s’agit du cadeau d’anniversaire d’Alexa à Jérôme, et à la communauté de développement de l’outil Frutch (basé sur Nutch). Mais bon, cela reste tout de même peu vraissemblable (bon anniversaire quand même Jérôme).
  • deuxio : il s’agit du premier dumping documentaire de l’histoire. Car même si la taille ne fait pas tout, même si en plus de la quantité une base de donnée de moteur s’évalue aussi en terme de contenus (pages satellites, doublons, etc …), celle qui est ici offerte est tout de même suffisamment considérable. Il est donc raisonnable de penser qu’il s’agit là d’un grand coup de pied dans le petit monde autocentré de Mountain View. Car, selon l’hypothèse 1, il y a tout à parier que les communautés de développeurs qui, elles, disposent des algorithmies et parfois des infrastructures technologiques nécessaires, vont se ruer sur cette offre à très faible coût. D’autant que Web 2.0 oblige, ces communautés n’ont jamais été aussi actives, la multiplication des pains cédant la place à celle des APIs.
  • tertio : si l’hypothèse 2 se vérifie, Google va devoir dans l’urgence réunir une cellule de crise. Il est toujours, à cette échelle d’enjeux commerciaux, difficile de prévoir d’où viendra le coup fatal. Mais ces temps-ci, la succession de coups portés, si elle ne s’avère pas fatale, devra probablement amener la marque à reconsidérer son positionnement (pour mémoire, les coups portés sont : l’affirmation de Yahoo! comme leader du "social search", l’ouverture – mimétique –  de Microsoft aux déploiement d’outils "Live" et au modèle "gratuit-financé-par-la-pub" et ses récentes annonces promettant à l’internaute d’être rétribué pour ses recherches). Ajoutons à cela la marque de plus en plus pregnante des modèles et modalités "open" : Open Data, Open Access, Open Archives, Open Source, Open Office et … Open Search.
  • quarto : au nom des précédentes hypothèses (2 et 3) il faudrait regarder en termes d’intelligence économique quels sont les intérêts d’Alexa, appartenant à Amazon de proposer un tel chamboulement dans le petit monde des outils de recherche. Oui, c’est vrai. La réponse est dans la question. Amazon. Qui propose un moteur de recherche (A9). Qui vend des biens culturels. Qui propose un catalogue en ligne pour lesdits biens culturels. Et qui dispose encore de bien d’autres ressemblances avec Google.

A moins … à moins que cette annonce ne marque pas le début d’une nouvelle donne ou d’une nouvelle guerre des moteurs, mais, à l’inverse, la fin d’une bataille. Celle de la "recherche" et celle de la pertinence. Les algorithmies sont arrivées à maturité. On ne fera probablement jamais mieux que Google. Non pas que cela ne soit pas "algorithmiquement" possible de faire mieux. Mais le coût en termes d’investissements et de développements est probablement d’ores et déjà trop lourd au regard du très mince gain qualitatif que cela pourrait amener. En d’autres termes, à quoi bon faire mieux que des résultats déjà jugés suffisamment pertinents par une majorité d’internautes et de geeks ? Et surtout à quel prix ? La "recherche" en tant que technologie est probablement devenue à notre siècle ce que les fauteuils étaient à l’époque de Molière : une "commodité de la conversation". La seule question à poser est celle du modèle économique. Et il est de grandes chances pour que la réponse se trouve dans le titre de ce billet de Don Dodge (de l’équipe Microsoft) : "Search is a commodity. Ad serving is the business." Et cela, Google l’a compris depuis longtemps. Donc l’initiative d’Alexa/Amazon n’empêchera probablement personne de dormir ce soir du côté de Mountain View. Elle légitime au contraire tout leur "business model" : "Ads ARE content".

Voir aussi : Abondance, John Battelle.
Pour poursuivre et débattre voir : Loi du marché et loi d’inertie (Chapitre 2)

4 commentaires pour “La fin de la recherche comme technologie. The end of Search Technology battle. (Chapitre 1)

  1. Merci Olivier… 😉
    En effet, je pense également que l’intérêt d’Amazon est de populariser A9 et Alexa pour drainer du traffic vers Amazon (que d’économies potentielles en annonces sur Google).
    La recherche est une commodité: C’est certain.
    Mais une commodité qui doit encore évoluer, une commodité qui à la vue des différents billets de notre gourou marabou (Jean) a encore énormément de possibilités d’évolutions (je design en ce moment un interface de recherche pour frutch et presque chaque jour je trouve de nouvelles fonctionnalités qui n’existent pas ailleurs à y intégrer => il me manque juste du temps).
    Je veux dire par là que tous les grands acteurs actuels de la recherche d’information sur Internet vont certainement suivre le même chemin que Microsoft avec IE => s’endormir et ne plus rien proposer de nouveau si ce n’est sur le plan du business (c’est d’ailleurs ce qui se passe en ce moment). C’est là que doivent intervenir de vraies solutions alternatives (à la manière de FireFox).
    En ce qui concerne le modèle d’Alexa, j’ai lu beaucoup de choses à son sujet aujourd’hui, et personne ne semble bien comprendre ce qu’il y a vraiment dans leur offre.
    Une chose est certaine, ça peut devenir un fait marquant du petit monde de la recherche sur Internet.. peut être un tournant, en tout cas, une remise en cause des modèles actuels. En même temps, si Alexa commence à faire trop de vagues, il est certain que Google augmentera le nombre de recherches gratuites via ses APIs, et que restera-t’il d’Alexa…
    Tout comme toi, je manque un peu de visibilité sur cette news. Je sens qu’il y a quelque chose d’intéressant, mais je ne vois pas bien tous les tenants et aboutissants…
    A suivre avec beaucoup d’attention…

  2. Et si la guerre des moteurs était finie?

    Hypothèse hardie dun spécialiste des sciences de linformation, la guerre des moteurs serait dans limpasse non du fait dune limite technologique mais par la bonne vieille loi des rendements décroissants.

  3. d’accord avec vous pour l’aspect business: c’est bien du côté de la pub que tout se joue.
    en revanche, olivier, je tombe des nues lorsque tu écris que :
    « Les algorithmies sont arrivées à maturité. On ne fera probablement jamais mieux que Google. Non pas que cela ne soit pas “algorithmiquement” possible de faire mieux. Mais le coût en termes d’investissements et de développements est probablement d’ores et déjà trop lourd au regard du très mince gain qualitatif que cela pourrait amener. En d’autres termes, à quoi bon faire mieux que des résultats déjà jugés suffisamment pertinents par une majorité d’internautes et de geeks ?»
    ce que je comprends dans l’annonce d’alexa c’est que les propriétaires du moteur croient à l’existence d’un immense champ d’exploration sur le plan technique. ils offrent du coup à tous les geeks de la planète un terrain de jeu où tester leurs idées algorithmiques (sans qu’ils aient à piller fort knox pour financer leur projet).
    en contre-partie alexa s’assure un accès permanent aux résultats des processus testés par les détenteurs d’une licence awsp (alexa websearch platform) puisque les données produites par les traitements accomplis (processed data) sur son index (web data) doivent être stockées sur les serveurs d’alexa (article 1.1 ii, terms of use).
    autrement dit, alexa cherche à embaucher la plus grosse équipe de développement “moteur” que l’on puisse imaginer, doublée de la plus grosse équipe de développement “web services” : la communauté mondiale des geeks. et alexa joue probablement gagnant car cette communauté se motive très facilement “contre”: contre microsoft, et apple dans une moindre mesure, avec les logiciels libres, et désormais contre google avec un potentiel moteur libre.

  4. Copie message de la liste RTP-DOC :
    Cette annonce est sans doute d’abord la réponse d’Amazon à Google qui est venu sur ses plate-bandes avec Google Print. Il est difficile de mesurer la part de bluff dans le poker menteur auquel jouent tous ces acteurs. Mais ils misent tous très gros. Chacun venant sur le terrain de l’autre pour le déstabiliser.
    Il est imprudent d’affirmer tout de go, sans étude sérieuse, qu’on est arrivé à un palier dans les algorithmes de recherche. Ceux-ci vont vraisemblablement, par exemple, continuer d’évoluer avec l’évolution des corpus. Pour ne donner qu’un exemple, il reste encore un champ immense dans le multilingue.
    Enfin, rien ne dit non plus que Google maintiendra longtemps sa position de leader de régie publicitaire sur le Web. Il profite actuellement pleinement de l’avance qu’il a acquise comme premier arrivant. Mais d’autres, globalement ou localement, peuvent entrer une fois le marché créé. Et là aussi l’ouverture de l’index d’Alexa, si elle confirme ses promesses peut-être une arme pour casser les barrières mises à l’entrée.
    Mais d’accord sur le fait que l’on observe en live la constitution d’un nouveau modèle de médias.

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