Quelle netiquette pour l’identité numérique ?

Avant-propos. L’une des grandes forces d’internet – et l’une des grandes chances de ses utilisateurs – est d’avoir disposé dès ses débuts, de mécanismes d’auto-régulation dont l’élaboration collaborative renforçait l’efficacité. Ainsi dès 1983 apparaît le terme de Netiquette, une "net étiquette ", une conduite protocolaire, des "bonnes pratiques" de ce qu’il faut ou ne pas faire sur certains réseaux, dans un certain cadre. Il s’agissait initialement, dans le cadre des forums de discussion Usenet, d’éviter les envois multiples (cross-posting) et les messages anonymes ou à connotation publicitaire. Il était également recommandé de signer les messages de son vrai nom.

Quelle net-étiquette, quelles "bonnes pratiques" est-il aujourd’hui envisageable de mettre en place dans la gestion de son identité numérique ?

Préambule & postulat. Le web n’est pas un espace privé. Il ne saurait donc y être d’une manière ou d’une autre question d’y défendre une quelconque vie privée. Tout au plus de contrôler le périmètre de nos agissements et de nos discours numériques.

Premièrement. S’exprimer sous son vrai nom, si cela est possible et si cela ne contrevient pas aux règles de sa profession ou de son employeur.

  • Contre-exemple : le célèbre avocat blogueur Maître Eolas est s'astreint à bloguer sous un pseudonyme, ce qui lui permet d’émettre des opinions politiques très fortement marquées qui pourraient le priver de certains clients ne partageant pas les mêmes vues, mais également et surtout parce que la profession d’avocat n’autorise pas la publicité pour une officine particulière, ce à quoi pourrait être facilement assimilée la renommée du blog de maître Eolas.

Deuxièmement. Ne donner que le minimum. Ne renseigner de manière délibérée, lorsque cela est nécessaire (par exemple pour s’inscrire sur un site) que les informations minimales, « administratives » (son nom, son adresse postale, son numéro de téléphone éventuellement) mais en aucun cas toute information susceptible de dévoiler des informations relevant de la sphère intime ou privée (comme notre appartenance religieuse, nos préférences sexuelles, nos vues politiques).   

  • Exemple : il est obligatoire, lors de l’inscription sur Facebook de renseigner les cases sur les vues politiques, sexuelles ou religieuses, mais rien n‘empêche de le faire de manière détournée ou humoristique. « Fox à poil dur » est ainsi la préférence politique de l’auteur de ce blog.

Troisièmement. Préférer les outils "libres" et lisibles. Préférer l’utilisation d’outils ayant une politique de confidentialité des données claire et lisible (les « guidelines » de Facebook sont plus longues à lire que la constitution américaine …). Préférer également l’utilisation d’outils "open-source" à celle d’outils ou de réseaux propriétaires.

  • Exemple : le site de Micro-blogging Twitter dispose d’un équivalent open-source baptisé identi.ca. 

Quatrièmement. Choisir l’outil ou le réseau le plus adapté à son besoin.

  • Exemples et contre-exemples : Facebook n’est pas un site de partage de CV. Ni un site de rencontre (même si beaucoup de gens en profitent pour faire des rencontres). Pour faire des rencontres amoureuses, pour tisser un réseau professionnel, pour partager des photos ou des vidéos de vacances, utiliser les sites qui ont été créés pour cela.

Cinquièmement. Hiérarchiser les zones de sa présence, et le périmètre de ses relations.

  • Exemple : disposer (comme le préconise également un nombriliste célèbre) d’un compte Twitter partagé avec ses proches et/ou ses collaborateurs, d’un compte Facebook pour son réseau professionnel, et d’un blog pour exprimer « publiquement » ses avis, opinions ou expertises. Ou bien, si vos « proches » sont plutôt présents sur Facebook que sur Twitter, utiliser Facebook avec vos proches et Twitter avec vos contacts professionnels. Bref, faites ce que vous voulez mais n’invitez pas en même temps votre patron, votre mère et votre maîtresse à venir discuter chez vous autour d’un bon café.

Sixièmement. Ne pas hésiter à multiplier les profils. A partir du moment où l’on occupe une certaine position sociale, et si l’on décide – nonobstant le point précédent – de centraliser sa présence et ses relations sur un seul site ou réseau (Facebook par exemple), mieux vaut pouvoir disposer d’un compte ou profil « personnel » et d’un autre compte ou profil « professionnel ».

Septièmement. Toute parole est située. Avoir conscience que toute prise de parole renvoie, au moment où elle est émise, à une position sociale donnée, comprenant ses propres règles, mais que cette prise de parole restera – très probablement – visible et que l’évolution de notre position sociale (et/ou notre appartenance institutionnelle) recontextualisera différemment nos prises de parole antérieures. Les gouvernements travaillent à anonymiser les données informatiques collectées par les moteurs et/ou les sites de réseaux sociaux. Mais rien n’anonymisera jamais des opinions émises en nom propre. Penser donc à remettre les compteurs à zéro, c’est à dire à supprimer des informations ou des comptes ou bien à en créer de nouveaux, à chaque fois que cela s’avère nécessaire (entrée dans la vie active, changement d’employeur, etc.) Pour le dire autrement, avant de s’exprimer, bien mesurer le potentiel de décontextualisation inhérent à certains de nos propos.

Huitièmement. L'identité n'est qu'un morceau du puzzle. Avoir conscience que l’identité numérique n’est que l’un des versants de notre/nos sociabilité(s) numérique(s).  Nos amis, nos relations, nos réseaux sont, en leur nom propre, des éléments constitutifs et déterminants de notre identité numérique. Mettre donc le plus grand soin à les choisir, et à les hiérarchiser.

Neuvièmement. Être présent en ligne implique d’y être réellement présent. Ne jamais laisser un profil, un compte ou un service à l’abandon. Clôturer immédiatement les comptes dont on ne se sert plus.  Et définir le seuil d’interactivité que l’on est prêt ou en mesure d’assumer / assurer pour chacun de ces services.

  • Exemple : ouvrir, fermer, modérer a priori ou a posteriori les commentaires sur son blog, restreindre la publication de ses photos sur Facebook à certains de ses amis, mettre à jour régulièrement son CV ou ses contacts sur un réseau professionnel. Si l’on est obligé d’utiliser plusieurs services et que l’on ne peut en permanence y être connecté, mettre en place des alertes mail pour nous avertir d’une activité sur lesdits services.

Dixièmement. Relire et appliquer les 4 piliers de l’identité numérique ;-)

Moralité. Cultiver son jardin. Le rêve d’une identité numérique comme un jardin à la française, avec son architecture propre et ses zones florales délimitées, risque fort de demeurer une utopie devant la multiplication des outils ou – ce qui revient au même – la concentration extrême de certains autres. Tout au plus pourra-t-on conseiller aux lecteurs sensibles à la métaphore horticole de faire en sorte que le jardin de leur identité numérique n’apparaisse pas trop longtemps en friche ou en jachère. Et surtout de ne jamais laisser la responsabilité de son entretien et de son organisation à d’autres que soi. Pour le reste, tous les jardiniers vous le diront, on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise récolte ou d’une catastrophe climatique.

Bien sûr, si vous voyez d'autres éléments importants omis dans cette esquisse de netiquette de l'identité numérique, les commentaires vous sont ouverts (et le billet sera mis à jour en conséquence)

4 commentaires pour “Quelle netiquette pour l’identité numérique ?

  1. Formidable récapitulatif. J’envoie le lien de l’article à tous mes collègues me posant des questions sur cette fameuse “netiquette”. Merci.

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